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Cécile Duflot, Directrice générale de Oxfam France, ancienne ministre de l'Égalité des territoires et du Logement et Jacques Ferrier, architecte et urbaniste, spécialiste de l’adaptation au réchauffement climatique, sont nos invités pour évoquer la vague de canicule actuelle. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-du-we-du-samedi-20-juin-2026-9652220
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00:00Et un grand entretien spécial canicule ce matin, 60 départements en vigilance orange, vous l'entendiez dans la météo de
00:06Céline D'Acosta,
00:0741 millions de personnes concernées sur le territoire, des pointes à 40 degrés, c'est entre le bitume et les
00:16immeubles qu'on souffre le plus
00:18et nous avons voulu ce matin vous parler des conséquences sociales, sanitaires, de l'urbanisme de la canicule
00:25et des réponses pour y faire face avec deux invités, vos questions, réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000
00:34ou l'application Radio France. Cécile Duflo, Jacques Ferrier, bonjour à tous les deux.
00:40Bonjour.
00:41Bonjour.
00:41Et merci d'être avec nous, nous voulions croiser vos regards. Cécile Duflo, vous êtes directrice d'Oxfam France,
00:48directrice ancienne ministre de l'égalité des territoires et du logement, santé et climat, la fièvre monte,
00:54comment le réchauffement climatique menace notre santé. C'est le titre du rapport flippant d'Oxfam
01:01qui vient de paraître cette semaine. Vous, Jacques Ferrier, vous êtes architecte, auteur d'une tribune passionnante
01:07publiée par le journal Le Monde. La ville de demain ne peut pas être une succession de refuges climatisés
01:13reliés par des espaces extérieurs devenus hostiles. Voilà ce dont on va débattre ce matin.
01:19Cécile Duflo, ce qui est intéressant, c'est de noter que vous êtes urbaniste de formation et donc que vous
01:26avez
01:26aussi une connaissance fine de ces sujets santé et climat. La fièvre monte. C'est le titre du rapport d
01:32'Oxfam.
01:33C'est directement la question de la santé par laquelle vous vous êtes emparé de cette question qu'on pourrait
01:39penser écologique tout simplement.
01:41Oui, parce qu'en fait, on a travaillé sur des études et avec des experts. On a publié un premier
01:46rapport sur les manques en matière d'adaptation
01:49en 2024 en disant nous ne sommes pas prêts sur les questions d'infrastructures, de bâtiments.
01:55Et puis on s'est rendu compte qu'il y avait quand même un gros sujet santé.
01:57Donc on a décidé de creuser ce sujet santé en travaillant avec des études scientifiques,
02:02toutes les productions qui existent, qui sont très solides, et puis des experts.
02:05Et vous avez raison, moi qui lis beaucoup de rapports, celui-là je l'ai lu, il a été coordonné
02:10par Robin Hell,
02:11et je l'ai appelé, je me suis dit, waouh, mais on est sûr de tous ces chiffres ?
02:14Enfin c'est extrêmement inquiétant. Et juste pour que tout le monde sache, un chiffre très récent,
02:19publié par Santé publique France, la dernière canicule, celle de mai,
02:22elle a tué plus de moins de 45 ans que de plus de 45 ans.
02:26Donc on a fait entrer dans la tête des gens que...
02:27Ça c'est contre-intuitif.
02:28C'est totalement contre-intuitif, ça montre en creux que la prévention fonctionne.
02:32C'est-à-dire que depuis la vague de chaleur de 2003, on sait que les personnes âgées sont vulnérables.
02:37Une canicule qui avait duré 15 jours.
02:39Qui avait tué des milliers de personnes âgées.
02:41Notamment dans les EHPAD.
02:43Exactement. Depuis on a vraiment mis en place des mesures de prévention.
02:46Donc ce rapport, il insiste sur les conséquences, il montre le risque,
02:50le risque qui est considérable sur l'aggravation de maladies chroniques,
02:53sur l'aggravation des AVC, sur le fait qu'une vague de chaleur c'est 26% de plus d
02:59'accouchements prématurés,
03:00et que du coup, il faut absolument à la fois s'occuper de notre système de soins
03:05et avoir une vraie politique de prévention très transparente pour alerter sur les risques
03:10et éviter que des jeunes hommes de 19 ans meurent sur des toits pendant une vague de chaleur.
03:14Il y a la question des inégalités et on va y parler, on va en parler évidemment.
03:18Vous citez dans votre rapport la formule du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres,
03:23qui parle d'une épidémie de chaleur extrême.
03:25L'expression, elle est forte et elle est parlante parce que la chaleur agit comme un virus,
03:30c'est-à-dire qu'elle se propage et elle met à l'épreuve notre système de soins,
03:34notre société comme le ferait une épidémie avec certaines populations donc plus exposées que d'autres.
03:40Exactement, plus on est pauvre, plus on est exposé,
03:42mais aussi elle met en lumière les inégalités femmes-hommes.
03:45Les femmes sont plus victimes du changement climatique que les hommes
03:49et notamment en termes de santé, par exemple, parce qu'elles augmentent les AVC
03:52et que les femmes meurent plus des AVC, y compris les femmes jeunes.
03:56Donc c'est compliqué de parler de ces sujets sans avoir l'air alarmiste.
04:00Mais là, il y a effectivement alerte rouge sur cette question.
04:03Il n'y a pas non plus de fatalité, c'est-à-dire qu'on peut agir à la fois
04:06pour faire baisser nos émissions,
04:07mais aussi travailler sur l'adaptation, sur la santé et aussi sur le système de soins et sur les hôpitaux.
04:13Parce qu'une grande partie de nos hôpitaux dans lesquels on a sous-investi sont vétustes.
04:17Donc il y a des choses à faire.
04:18Et juste un chiffre, parce qu'on peut se dire que c'est énorme et on est écrasé par ça.
04:22On a calculé que les besoins d'investissement dans le système de santé,
04:26c'est 17 mois de bénéfice de total.
04:28Donc c'est un ordre de grandeur pour dire que ce n'est pas hors de portée.
04:31De bénéfice mondial de total, mais ce n'est pas hors de portée.
04:3320 milliards d'euros.
04:34Exactement, ce n'est pas hors de portée.
04:35Et en tout cas, si on ne le fait pas, ça nous coûtera beaucoup plus cher.
04:38Financièrement, mais surtout en vie humaine.
04:40Et là, c'est vraiment ce rapport, ce vœu, un signal d'alarme pour réveiller les politiques
04:44qui doivent absolument agir sur l'ensemble de ces sujets.
04:47C'est intéressant ce que dit Cécile Duflo, Jacques Ferrier, notamment sur la question des inégalités.
04:51C'est-à-dire qu'on ne subit pas pareil la chaleur quand on est dans un territoire qui est
04:58privilégié
04:59ou dans un territoire qui est modeste.
05:00Et ça, c'est vraiment mesuré.
05:02En 2025, dans les dix départements de l'Hexagone et de la Corse,
05:06avec le taux de pauvreté le plus élevé, la part de mortalité liée au fort chaleur est beaucoup plus importante.
05:12Vous qui êtes architecte urbaniste, vous le voyez aussi, le bâtiment, le bâti,
05:17la végétation n'est pas la même selon qu'on habite dans un quartier modeste ou un quartier privilégié ?
05:22C'est-à-dire que c'est biaisé dès le départ si on considère vraiment l'addiction de la ville
05:28à la technique
05:29qui est un phénomène relativement récent à l'échelle de l'urbanisme.
05:31C'est-à-dire qu'on a rendu la ville dépendante de technosolutions depuis, disons, 150 ans.
05:38Comme la climatisation, par exemple.
05:39Comme la climatisation, comme l'éclairage artificiel, etc.
05:43Et ces techniques, quand elles se sont mises en place, notamment aussi pour les transports en commun, etc.,
05:47elles privilégient toujours en premier ceux qui ont les moyens de s'offrir à la technique.
05:52Parce que la technique marche main dans la main avec l'économie, avec le système financier.
05:59La climatisation, c'est quand même fantastique.
06:02C'est-à-dire que jusqu'en 1902, date d'invention de la climatisation,
06:07jusqu'en 1902, l'air dans lequel l'humanité baigne, il n'y a qu'un air.
06:12C'est le même.
06:13Et puis il y a un homme, Willis Carrier, qui est arrivé,
06:16qui a donné son nom à l'une des plus grandes marques de climatisation de la planète.
06:19Racontez-nous ce qui se passe.
06:20C'est un capable qui ait un système qu'il invente ?
06:23Il invente un système qui maîtrise l'hygrométrie, la température, la ventilation.
06:28Et ça va de pair avec le thermostat, qui fait que tout ça, ça se règle automatiquement
06:32et qu'on éloigne, c'est le propre de toutes ces techniques qui gèrent notre habitat et notre ville,
06:36on éloigne de plus en plus l'utilisateur du contrôle de son ambiance.
06:42Donc pour en revenir à votre question, ces techniques, elles ont un coût.
06:45Et l'air qui était le même pour tous devient un air qu'on perd.
06:48Oui, mais il n'y a qu'à monter la clim, Cécile Duflo.
06:51C'est ça qu'on entend le plus souvent.
06:53Là, dans le journal de 8h, il y avait une des personnes interrogées dans un reportage
06:58qui disait « j'étais contre la clim, mais j'y ai été obligé ».
07:01C'est comme si on avait aujourd'hui la télécommande de la climatisation
07:05et qu'on pouvait finalement s'adapter au réchauffement climatique
07:09et non pas repenser notre architecture et notre urbanisme.
07:13Alors, je vais prendre la suite de ce que dit Jacques Ferrier.
07:16Ce n'est pas une mauvaise chose en soi, la climatisation.
07:19Ce n'est pas non plus une bonne chose.
07:21C'est une solution qui peut servir, notamment dans les cas où on a besoin de protéger,
07:26je pense en particulier aux maternités, des nouveaux-nés.
07:29Les tout petits bébés, ils se protègent très mal de la chaleur.
07:32Donc, il ne faut pas les mettre dans des maternités surchauffées.
07:35Les écoles aussi, parce que là, il y en a 800 qui vont être fermées.
07:37Mais les écoles, et là, je vais rejoindre ce que dit Jacques Ferrier,
07:40les écoles, elles ont fonctionné dans un certain nombre d'endroits
07:43parce qu'elles étaient aussi bien construites.
07:46C'est-à-dire que ces grands vitrages qui étaient protégés par des stores,
07:50ils chauffaient moins que quand vous avez des grands vitrages
07:53qui deviennent des serres avec des enfants à l'intérieur.
07:55Parce qu'on pouvait aérer.
07:56On a fait des fenêtres qu'on ne peut pas ouvrir ou qu'on peut juste entreouvrir.
07:59Donc, en fait, on ne peut pas utiliser tout ce qui n'a pas besoin de technique
08:04avant de l'utiliser.
08:06Mais surtout, ce qu'il faut comprendre, c'est que plus on utilise des climatiseurs,
08:10plus on réchauffe autour de l'endroit où on climatise.
08:13Et ça, ça a des impacts parce que même les gens qui achètent ces climatiseurs,
08:17à un moment, ils vont sortir dehors.
08:19Et puis, par ailleurs, l'augmentation des températures et ces vagues de chaleur
08:23ont un impact sur les infrastructures.
08:25Je fais référence à notre rapport de 2024.
08:27Si tout le monde a de la climatisation qui fonctionne à l'électricité,
08:30mais que le réseau est vulnérable,
08:32qu'il n'a pas été conçu pour supporter des très, très grandes vagues de chaleur,
08:35et que vous n'avez plus d'électricité,
08:37on voit bien qu'on est dans un piège.
08:38Jean-Claude Covici disait que ce n'est pas si grave, la consommation électrique.
08:41Je ne parle pas de la consommation, c'est vrai,
08:43parce qu'effectivement, c'est les moments où il y a du soleil,
08:46donc on peut imaginer qu'on les fait fonctionner à l'énergie solaire.
08:48Mais le système électrique, le transport de l'électricité,
08:52comme les ponts, comme les routes, comme les voies ferrées,
08:54n'a pas été dimensionné pour le climat dans lequel nous allons vivre.
08:57Et ça, ça fragilise toutes nos infrastructures.
09:00C'est là aussi où nous, ce que nous disons, c'est qu'il faut s'y préparer.
09:03Et le plan d'adaptation qui a été adopté,
09:05il ne finance pas tous ces travaux.
09:07On sait quels sont les risques, mais ils ne sont pas financés.
09:09On va filer au standard dans un instant.
09:11Beaucoup de questions d'auditeurs, mais Jacques Ferrier,
09:14vous écriviez dans Le Monde,
09:16si l'on veut lutter contre le réchauffement climatique,
09:18il faut renoncer aux bâtiments standardisés de l'architecture de l'après-guerre.
09:23C'est renoncer donc à un modèle,
09:24mais en inventer un autre, vous qui avez publié la ville machine,
09:29rétablir le lien avec l'environnement, ça passe par quoi ?
09:33Retrouver une intelligence du climat,
09:34Vous dites que les solutions, elles sont simples.
09:37L'ombre, la ventilation naturelle, l'inertie des matériaux,
09:40la présence de l'eau, du végétal.
09:42Mais ça, ce n'est pas du tout le modèle de l'urbanisme contemporain ?
09:45Ce n'est pas du tout le modèle.
09:46Et c'est vrai que le bâtiment fermé,
09:48à partir des années 1950,
09:50va de pair avec la climatisation et permet d'avoir Dubaï,
09:54permet d'avoir les mêmes grattres ciels de verre sous tous les climats.
09:56En plein désert, à Dubaï, dans un mall, il peut faire 13, 15, 17 degrés.
10:03On peut avoir besoin d'un pull en plein désert.
10:05On vit à contre-saison.
10:07Aux Etats-Unis, c'est devenu un luxe de dire
10:10j'ai une chambre d'hôtel qui est ultra chauffée l'hiver
10:13et j'ai une chambre d'hôtel qui est glacée l'été.
10:15Je crois qu'il y a un problème sur les mots,
10:17c'est-à-dire que climatisation, c'est une solution.
10:20La question, ce n'est pas la climatisation.
10:22La question, c'est le rafraîchissement.
10:24Si on dit qu'on a besoin de rafraîchissement,
10:26là, ça change complètement la donne.
10:28Parce que le rafraîchissement, c'est ce que vous venez d'énoncer,
10:30ça passe par beaucoup de choses.
10:32Ça passe par prendre une douche, ça passe par des stores,
10:35ça passe par l'ombre, ça passe par le végétal.
10:37Et puis la climatisation, c'est la solution la plus pointue,
10:40adaptée à l'hôpital, adaptée à la maternité,
10:43qui n'est pas forcément celle...
10:44Mais vous, comme architecte, comment est-ce que vous travaillez
10:46pour limiter la surchaleur ?
10:49Alors, déjà, toujours pouvoir ouvrir la fenêtre.
10:53Et ça, ça entraîne d'ailleurs un rapport avec l'extérieur,
10:56ce qu'on appelle la ville sensible,
10:58renouée avec les sensations de la ville.
11:00Donc ça fait...
11:01Nous, tous les bâtiments de bureaux, etc.,
11:03peuvent avoir des fenêtres qui s'ouvrent,
11:05contrairement aux immeubles de la Défense.
11:07Travailler avec le végétal, avec les paysagistes,
11:10travailler avec, effectivement, des bons matériaux,
11:13le bien construire, qu'évoque Cécile Duflo,
11:15il est essentiel.
11:16Les bâtiments neufs, aujourd'hui,
11:18ne sont pas conçus pour cette confrontation avec le climat.
11:24Et surtout, éviter d'aggraver par la clim,
11:27c'est plus 25%.
11:29La clim, excusez-moi,
11:30la clim rejette 25% de plus de chaleur
11:33qu'elle n'en note au bâtiment.
11:35Alors, question à l'ancienne étudiante en urbanisme
11:37et à la ministre, surtout Cécile Duflo,
11:39il y a des surfaces dont on pourrait se passer,
11:41le bitume, le béton, le zinc.
11:43Donc, bon, c'est l'architecture d'aujourd'hui.
11:46Alors, en fait, on peut construire différemment.
11:49On le sait, les architectes ont travaillé.
11:50Et ce que je trouve intéressant,
11:52ce que je voudrais revenir sur la climatisation et Dubaï,
11:54parce que je pense aux gens qui nous écoutent
11:55et qui nous disent, oui, bon,
11:56on met du chauffage l'hiver,
11:58on met de la climatisation l'été.
11:59Et donc, Dubaï, ça marche, en fait.
12:01On peut avoir frais.
12:02Sauf que Dubaï a vécu des inondations dévastatrices.
12:04Parce que le changement climatique,
12:06ce n'est pas uniquement des vagues de chaleur.
12:08C'est aussi un dérèglement total
12:12de la pluviométrie.
12:13Et donc, des orages,
12:15des périodes de pluie extrêmement violentes.
12:17On le voit même en ce moment.
12:18Donc, des inondations.
12:19Et d'ailleurs, la chaleur,
12:20ça augmente aussi les maladies infectieuses.
12:23Notamment, les maladies transportées par les moustiques.
12:25Le chikungunya, aujourd'hui,
12:27est répandu dans beaucoup de départements en France.
12:30Et il y a eu plus de morts en une seule année du chikungunya,
12:32ou plus de cas, pardon, de chikungunya,
12:34que la moyenne de l'Union Européenne
12:36de ces dix dernières années.
12:37Donc, ça, vous ne pouvez pas échapper aux piqûres de moustiques.
12:39Donc, réfléchir de manière,
12:41juste petite boîte par petite boîte,
12:43c'est pour moi quelque chose...
12:44Alors, j'ai essayé de le comprendre,
12:46parce que, comme je suis une vieille écologiste,
12:47ça fait 25 ans,
12:48je me dis, enfin, tous les trucs qu'on a annoncés
12:50sont en train de se réaliser.
12:51Là, maintenant, on devrait pouvoir agir.
12:53Donc, il y a une part de déni,
12:55qui est un réflexe humain assez naturel.
12:57C'est trop compliqué, on ne veut pas voir.
12:58C'est un peu comme les enfants de deux ans et demi,
12:59quand ils jouent à cache-cache,
13:00et qu'ils mettent les mains sur les yeux en disant
13:01je suis cachée.
13:02Ben, on dit pareil.
13:02On dit, bon, ben, c'est pas grave,
13:03on va faire un plan clim.
13:05Et, en fait, on aura un autre problème.
13:08On aura ces inondations massives
13:09qu'on ne saura pas gérer,
13:10des bâtiments qui seront encore plus vulnérables,
13:12des inondations sèches,
13:14c'est-à-dire des gens qui n'habitent pas
13:15à proximité d'un cours d'eau.
13:16Mais quand vous avez dimensionné
13:17les conduites d'évacuation des eaux pluviales
13:19en disant cinq fois plus
13:21que ce qui pleut au maximum
13:22et qui pleut dix fois plus,
13:23ben, vous avez l'eau qui monte dans les rues.
13:25Et donc, le sujet, c'est justement
13:26d'arrêter d'être dans le déni
13:27et de se dire, allez, on prend le sujet à bras-le-corps
13:29et on l'affronte tous ensemble.
13:31Mais vous avez entendu
13:31la ministre actuelle de l'Environnement,
13:33Cécile Duflo, cette semaine,
13:34elle disait, l'erreur qu'on a fait
13:35pendant longtemps,
13:36c'est de dire qu'il fallait choisir
13:37entre l'adaptation au changement
13:39et l'atténuation du changement.
13:41Est-ce qu'il faut choisir ?
13:42Je ne suis pas d'accord.
13:43Et puis, vous savez,
13:44je commence à avoir peu de patience
13:45à l'égard d'un certain nombre
13:46de responsables politiques.
13:47Alors, je comprends,
13:48ils sont ministres pour quelques mois,
13:49donc ils ne veulent pas prendre des décisions
13:51qui peuvent être un peu compliquées,
13:52mais qui sont celles qu'il faut prendre.
13:54Mais il faut bien parler de dire ça.
13:55Ce n'est pas vrai.
13:55Tout le monde a parlé de ce sujet.
13:57Ça fait de longues dates.
13:58Quand on dit qu'il fallait
13:59atténuer les émissions,
14:00c'est qu'on disait,
14:01voilà ce que vont être les conséquences
14:02et donc il va falloir faire avec.
14:04Mais en fait,
14:05il y a eu plusieurs rapports
14:06qui ont été publiés.
14:07Celui du RAC sur l'impact
14:09sur le patrimoine.
14:09Est-ce qu'on a envie
14:10que le château de Chenonceau
14:14s'effondre ?
14:14Non, on n'a pas envie.
14:15Donc, en fait, vraiment,
14:17je me dis,
14:18il peut y avoir
14:18cette mobilisation générale.
14:19Sur la Loire,
14:20pourtant, ce n'est pas le pire endroit
14:21où être en ce moment
14:23dans le château de Chenonceau.
14:24Parce qu'en fait,
14:26ce qu'on sait aujourd'hui,
14:27c'est que les techniques
14:29les plus efficaces,
14:30je rejoins totalement
14:31ce qu'a dit Jacques Ferrier,
14:33c'est les techniques naturelles.
14:34C'est celles-là
14:35qui sont les plus efficaces
14:36et notamment la part de la nature.
14:37Remettre de la nature en ville,
14:38remettre des arbres,
14:39remettre des zones non bitumées,
14:41éviter les surfaces
14:42qui sont des surfaces étanches
14:44et foncées.
14:45C'est des techniques
14:46qui sont très connues
14:47et d'ailleurs,
14:47c'est des techniques
14:48qu'on connaissait,
14:49que les humains ont utilisées
14:49et qu'on a perdues.
14:51Et je pense qu'il faut justement
14:52faire un peu diminuer
14:53la prétention de la technique.
14:55Justement,
14:56question sur l'appli Radio France.
14:58Dominique vous demande
14:59à propos des lois
15:01et des techniques d'isolation.
15:02Elles ont été créées
15:03contre le froid au départ.
15:05Aujourd'hui,
15:05elles emmagasinent la chaleur.
15:07Est-ce que ces systèmes d'isolation
15:09auxquels nous sommes habitués
15:09sont contre-productifs ?
15:11Alors,
15:11ils ne sont pas contre-productifs,
15:13mais c'est vrai
15:13que c'est deux questions différentes
15:14qu'on a tendance à assimiler,
15:16c'est-à-dire la question
15:16d'économie d'énergie l'hiver
15:19et la question dont on parle aujourd'hui
15:21qui est le confort d'été,
15:22qui ne sont pas les mêmes.
15:23Néanmoins,
15:24dans l'architecture,
15:25effectivement,
15:26dans l'histoire de l'architecture,
15:28on s'est toujours confrontés à ça,
15:29mais notamment en demandant
15:30des adaptations d'usage.
15:32C'est-à-dire,
15:33on n'utilise pas
15:33la même pièce forcément
15:35l'été
15:36que la pièce
15:36qu'on utilise l'hiver.
15:37On n'utilise pas
15:38le même espace extérieur
15:40l'été
15:41que l'hiver.
15:42Il y a aussi
15:44la technique
15:45qui nous a habitués
15:46à avoir
15:46des espaces
15:48indéfiniment disponibles,
15:49qu'on soit le jour,
15:50la nuit,
15:51l'été,
15:52l'hiver.
15:53Et donc,
15:53je crois qu'il va falloir
15:54aussi mettre en jeu
15:56la compétence des habitants
15:57qui a été niée
15:58depuis un siècle
16:00pour qu'ils reprennent la main
16:02et qu'ils soient aussi
16:03responsabilisés.
16:04Mais quand on habite
16:05sous les toits,
16:05c'est qu'en général,
16:06on a assez peu d'argent.
16:07Enfin, en tout cas,
16:08à Paris,
16:08dans les chambres de Bonne,
16:10par exemple,
16:10sous le zinc,
16:11ça peut être
16:13absolument insupportable.
16:14Sous les toits,
16:15évidemment,
16:16ça c'est un sujet
16:16très parisien.
16:17Sous les toits,
16:18il est évident,
16:19et de toute façon,
16:20c'est ce que les ingénieurs
16:21nous disent,
16:21la première paroi,
16:22disons,
16:23du bâtiment à isoler,
16:25c'est la couverture.
16:26Et dans les bâtiments
16:27récents à Paris
16:28comme ailleurs,
16:29aujourd'hui,
16:29il y a de plus en plus
16:30de toiture végétalisée.
16:32Pourquoi ?
16:32Parce que ça résout
16:33la question de l'eau,
16:34on stocke de l'eau,
16:35on crée donc de la vapeur,
16:36on rafraîchit,
16:37ça stocke l'eau
16:41en cas d'orange,
16:42et puis c'est un super isolant
16:43été comme hiver.
16:45Mais Jacques Ferrier,
16:45quand on vous lit
16:46et quand on lit votre tribune,
16:47vous parlez presque
16:48de ce qu'on fait
16:48dès le départ
16:49dans la construction,
16:50dans la conception
16:51des bâtiments.
16:52Mais là,
16:53on a le bâti
16:53qu'on a aujourd'hui,
16:54il faut l'adapter,
16:56ça nécessiterait
16:56un gros investissement
16:58de repartir de zéro.
16:59On peut ajouter
17:00des balcons,
17:01on peut remettre
17:02en service des stores,
17:03on peut ajouter des volets,
17:04regardez autour de vous,
17:05les volets ont souvent disparu,
17:07parfois des bâtiments
17:08qui avaient des volets,
17:09les volets ont été ôtés,
17:10je ne sais pas trop pourquoi,
17:11on peut ajouter ceci.
17:13Haussmann,
17:14qui a fait une ville
17:15hyper dense,
17:16vous connaissez
17:17l'immeuble haussmannien,
17:17il a des toutes petites
17:18cours étroites,
17:19les gens se plaignent
17:20parce que ce n'est pas bon
17:21pour la lumière.
17:22Mais en fait,
17:22c'est très bon
17:23pour la ventilation,
17:24c'est-à-dire
17:24si on ouvre judicieusement
17:27des ouvertures
17:28qui permettent
17:29de faire circuler
17:29l'air frais de rez-de-chaussée
17:30qui monte,
17:31c'est ce qu'on appelle
17:32une cheminée avant,
17:33on peut ventiler.
17:34Donc il y a des solutions
17:35mais effectivement,
17:37il faut les envisager
17:38de façon globale
17:39et pas toujours
17:41recourir à la technique
17:41pour résoudre les questions
17:43que la technique
17:44a elle-même créées.
17:44La double peine climatique,
17:46elle est terrible,
17:46Cécile Duflo,
17:47c'est-à-dire qu'il y a
17:48à la fois évidemment
17:48la question de la chaleur
17:50et des risques sanitaires
17:52mais il y a aussi
17:53la question des inondations
17:54des feux de forêt,
17:55vous en avez parlé,
17:56du pic de pollution,
17:57c'est assez incroyable
17:58comme tout est intriqué.
18:00Exactement.
18:01Les études là
18:01ont montré
18:02qu'on se souvient
18:03des méga-feux,
18:04les premiers méga-feux
18:05de l'histoire de France
18:05et ceux des lans
18:06de l'été 2003,
18:07ils ont émis
18:08plus de particules fines
18:10que la circulation,
18:11quatre fois la circulation
18:12de tous les camions
18:13en France.
18:14Donc ça,
18:15ça a des conséquences,
18:16oui oui,
18:16ça a des conséquences.
18:17C'est pour ça que je vous dis,
18:18ce rapport,
18:18vous dites qu'il est flippant.
18:19Non non,
18:19mais il est passionnant.
18:20Il est passionnant
18:21parce qu'il est un appel
18:22à l'action
18:23et c'est ça que j'ai envie
18:24de dire
18:24parce qu'on est au bord
18:25d'un grand débat politique
18:27sur 2027,
18:28je vois plein de gens
18:28qui pensent
18:29qu'ils peuvent individuellement
18:30sauver la France,
18:31en vérité,
18:32on va avoir besoin
18:33d'une mobilisation générale
18:34de tout le monde,
18:35de tous les habitants,
18:36de tous les professionnels,
18:37des services de santé,
18:39mais aussi des entreprises,
18:41aussi des techniciens,
18:42en fait,
18:43et c'est un chantier
18:43qu'on doit pouvoir mener ensemble
18:45et je dis,
18:46c'est un vrai sujet
18:47d'intérêt général,
18:48ça dépasse absolument
18:49tous les clivages
18:49et pour ça,
18:50il faut se réveiller
18:50et je pense que les citoyens
18:52peuvent aussi être
18:54un outil de mobilisation
18:55très important
18:56pour faire pression
18:56parce qu'on ne peut pas
18:57subir ça durablement.
18:58Ceux qui meurent d'asthme,
18:59effectivement,
19:00ce sont souvent les enfants
19:01et souvent les enfants
19:02plus pauvres
19:02et ceux qui meurent
19:03du dérèglement climatique,
19:04ce sont plus souvent
19:05les plus pauvres
19:05et encore plus souvent
19:06les femmes.
19:07Donc je crois vraiment
19:08qu'on doit pouvoir agir maintenant.
19:10Espérons en tout cas
19:10que ce sera l'un des sujets majeurs
19:12de la campagne présidentielle.
19:14Après tout,
19:14on peut toujours rêver.
19:15Merci Cécile Duflo.
19:17Le rapport d'Oxfam
19:19est à lire sur votre site
19:20et merci infiniment.
19:21Je recommande la lecture
19:22de cette tribune Jacques Ferrier
19:24qui est publiée
19:25dans le journal Le Monde
19:26et votre livre
19:26La Ville Machine.
19:28Excellente journée
19:28à tous les deux.
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