00:00 Sciences Po, la grande école qui forme de nombreux décideurs politiques, renforce sa
00:04 formation sur l'urgence climatique.
00:06 Elle lance aujourd'hui un institut pour les transformations environnementales.
00:10 Vous en êtes la directrice, Charlotte Alpern.
00:12 Bonjour.
00:13 Bonjour.
00:14 De quoi s'agit-il exactement ? Est-ce que c'est une nouvelle formation, un nouveau
00:16 centre de recherche ou juste une structure qui chapeaute ce qui se fait déjà à Sciences Po ?
00:21 C'est une structure qui va coordonner ce qui se fait déjà à Sciences Po.
00:24 On fait beaucoup de choses à Sciences Po sur l'environnement, sur la biodiversité,
00:28 sur le climat en général.
00:30 Et puis on s'est rendu compte qu'on avait besoin de soutenir ces initiatives, de les
00:33 soutenir en transversal à l'échelle de l'établissement pour venir soutenir ce qui
00:37 se fait déjà dans nos centres de recherche, dans nos départements, dans toutes nos formations.
00:41 Mais ce n'est pas un cursus à part entière sur l'urgence climatique ?
00:43 Ce n'est pas un cursus à part entière.
00:44 Ce n'est pas un cursus à part entière sur l'urgence climatique.
00:47 On ne crée pas un nouveau silo.
00:48 Mais on vient simplement coordonner, donner plus de visibilité et puis développer, approfondir,
00:53 faire plus encore que ce que nous faisons pour le moment.
00:55 Mais il y a besoin de ça ? Parce que là pour le moment c'est disséminé un peu dans
00:58 tous les cours, c'est ça, et pas très bien organisé.
01:01 Vous voulez justement avoir une vision plus globale ?
01:02 Alors pour le moment, on a des choses qui sont à la fois disséminées dans les cours,
01:06 et puis on a des choses qui existent aussi.
01:08 Il y a plus de 250 cours à Sciences Po qui existent maintenant depuis une dizaine d'années
01:11 sur l'environnement, sur la biodiversité.
01:13 Mais on avait besoin de structurer, d'organiser, de mettre en valeur ce que nous faisions déjà.
01:19 Nos étudiantes, nos étudiants n'étaient pas toujours bien conscients.
01:22 Donc il fallait qu'on puisse par exemple organiser un site web.
01:25 Ce sont des choses qui sont un peu basiques, un peu concrètes.
01:27 Mais le fait de créer une structure, comme c'est un site pour les transformations environnementales,
01:32 c'est un moyen de mettre en place tout un ensemble de dispositifs de mesure, un site,
01:37 un point d'entrée, de telle sorte que l'on puisse organiser cette transversalité.
01:41 Puis c'est aussi un moyen de créer de la veille, de la réflexion à l'interne sur
01:45 la façon dont on réfléchit sur notre marché du travail, par exemple, et nous déboucher
01:48 pour les étudiants.
01:49 C'est un moyen de travailler aussi avec des partenaires extérieurs, de manière à pouvoir
01:53 organiser cette ouverture sur la cité.
01:56 Est-ce que c'est aussi un moyen de soutenir la recherche ? Est-ce que vous avez beaucoup
01:58 d'élèves, de doctorants qui travaillent sur ces sujets ? Et est-ce que vous soutenez,
02:03 est-ce que vous financez des postes permanents de chercheurs sur l'environnement ?
02:06 On a plus de 40 enseignants-chercheurs à Sciences Po qui travaillent déjà sur l'environnement,
02:10 dont les recherches portent sur l'environnement, que ce soit dans toutes les disciplines qui
02:15 sont centrales à Sciences Po, donc le droit, l'économie, l'histoire, la science politique,
02:19 la sociologie et l'économie.
02:21 Et puis, c'est un premier élément, on a une quarantaine de doctorants qui sont formés
02:28 sur ces sujets et donc cet institut va aussi pouvoir aider à aller chercher des nouvelles
02:32 bourses de thèses, pouvoir trouver de nouveaux financements.
02:35 Et puis nous avons aussi des postes doctorants, à la fois sur des contrats de recherche,
02:41 mais également depuis l'année dernière, grâce à notre fonds Bruno Latour pour la
02:44 recherche en sciences sociales, nous avons pu recruter 10 postes doctorants qui viennent
02:49 d'arriver à Sciences Po et qui travaillent sur toute une série de sujets qui ont trait
02:53 à l'actualité, qui ont trait à différentes thématiques environnementales.
02:56 Charlotte Alperne, cet institut pour les transformations environnementales, Sciences Po le lance aujourd'hui,
03:01 vous regrettez de ne pas l'avoir fait avant parce que ces préoccupations environnementales,
03:05 on les entend depuis longtemps, déjà même de la part des étudiants de plusieurs grandes
03:08 écoles, pas que la vôtre, pas que Sciences Po, il y a une envie, un besoin qui est formulé
03:13 depuis déjà pas mal d'années, pourquoi seulement maintenant ?
03:16 Alors, ça c'est une très bonne question, je pense qu'il y a deux manières de vous
03:20 répondre.
03:21 D'abord, la création de cet institut, c'est le résultat d'un cheminement, c'est le résultat
03:24 d'un travail de quelques années qui nous a permis tout d'abord de travailler sur le
03:28 besoin qui était celui des équipes, des enseignants, des étudiants, des salariés
03:32 de Sciences Po et de voir quels étaient les besoins qu'ils avaient, de manière à pouvoir
03:35 soutenir les initiatives qu'ils menaient déjà.
03:37 Nous, on savait qu'il y avait déjà tout ce terreau, toutes ces initiatives qui fourmillaient
03:40 un peu partout, mais on a voulu comprendre quel était le besoin et donc de créer cette
03:44 coordination.
03:45 Et puis, le deuxième élément, c'est qu'on a eu la chance d'être lauréat d'un programme
03:49 d'investissement d'avenir l'année dernière, ce qui s'appelle les PIA4, qui nous ont permis
03:53 en fait de financer la mise en place de cet institut en transversale à l'échelle de
03:56 l'institut.
03:57 Donc, c'est vraiment la rencontre de ces deux éléments.
03:58 D'accord, donc il n'y a pas de retard à l'allumage pour vous ?
04:01 Il n'y a pas de retard à l'allumage, ça s'inscrit vraiment dans une réflexion qui
04:05 est menée depuis une dizaine d'années maintenant sur le sujet.
04:07 Ça fait depuis dix ans et notamment les travaux qu'ont initiés Bruno Latour, Laurence
04:12 Toubiana, qui ont commencé à réfléchir à la manière dont on pouvait renforcer cette
04:15 question au sein de Sciences Po.
04:16 On a longuement hésité sur la forme que cela devait prendre et puis on a progressivement,
04:21 à travers ces besoins, et puis aussi les échanges avec nos partenaires extérieurs.
04:24 Ce n'est pas uniquement un institut qui est dédié à l'interne de Sciences Po, mais
04:27 qui va nous permettre aussi de nous ouvrir sur nos partenaires extérieurs académiques,
04:32 institutionnels, privés, de manière à pouvoir organiser.
04:34 Parce que cette réflexion, elle est aussi évoquée depuis plusieurs années par le
04:38 célèbre climatologue Jean Jouzel, qui d'ailleurs fait partie de votre comité.
04:41 Vous avez un comité au sein de cet institut qui regroupe des personnalités.
04:44 Jean Jouzel en fait partie.
04:45 Et lui, ça fait longtemps qu'il dit que l'enseignement supérieur n'est pas à la
04:48 hauteur de ses enjeux, qu'il faudrait qu'il y ait une formation à la transition écologique
04:51 dans tous les cursus.
04:52 Et ça arrive tard ?
04:53 Oui.
04:54 Alors Jean Jouzel, effectivement, est le président de notre conseil de partie prenante.
04:58 Et puis, on discute beaucoup avec lui sur la manière dont on va pouvoir faire rayonner
05:01 cet institut et l'ouvrir notamment à l'extérieur.
05:04 Et puis, articuler aussi sciences exactes, sciences naturelles et sciences humaines et
05:07 sociales.
05:08 Ça arrive tard ?
05:09 Oui.
05:10 Mais en même temps, et c'est ce que disent par exemple le Chief Project, pour un réveil
05:13 écologique depuis de nombreuses années, on sait bien que créer un cours de culture
05:16 écologique obligatoire en première année pour 1700 étudiants, 7 campus en deux langues,
05:21 avec 10 enseignants, 10 enseignantes, ça ne se prépare pas du jour au lendemain.
05:24 C'est ce qu'on fait depuis le mois de janvier.
05:25 C'est ce qu'on fait depuis le mois de janvier et on a mis une année pour le préparer.
05:27 Et une dernière question, est-ce que c'est aussi une réponse aux bifurcœurs, ces diplômés
05:31 de grandes écoles qui ne veulent pas suivre la voie toute tracée ?
05:33 Je résume vraiment, on se souvient de la rébellion de certains étudiants d'agro-parité,
05:37 vous avez ça à Sciences Po aussi ?
05:38 Alors, on a des étudiants qui nous poussent, qui nous talonnent, qui nous demandent et
05:42 qui cherchent à ce qu'on fasse plus.
05:44 Nous, ce qu'on veut faire avec cet institut et puis les actions que l'on mène à Sciences
05:48 Po, c'est de les aider, les accompagner pour transformer leur vision en action, c'est-à-dire
05:52 en capacité d'action.
05:53 Qu'on ne soit pas dans une attitude de renoncement, mais qu'on soit bien dans la recherche de
05:57 solutions, du débat, de la mise au service de toutes ces idées, de ces visions pour
06:05 répondre à cet enjeu majeur que va être le défi climatique.
06:07 Charlotte Alpern, directrice du tout nouvel institut pour les transformations environnementales
06:12 créé par Sciences Po.
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