00:06Comment transformer nos sites industriels, les rendre moins gourmands en énergie, tout en restant compétitifs ?
00:11Voilà les défis auxquels beaucoup des participants de ce CIPCA sont confrontés.
00:17Et c'est le thème de notre débat tout de suite. Je vous présente mes invités.
00:21Yann Daoud-Larion, bonjour, bienvenue.
00:24Bonjour Thomas.
00:24Vous êtes président du groupe Franc Architecture et Frédéric Covin, bonjour.
00:27Oui, bonjour à vous.
00:28A vous aussi, vous êtes directeur de projet à Grand Paris Aménagement.
00:32On va particulièrement parler d'un site, d'un projet qui s'appelle Euroménage, usine où l'on fabriquera notamment
00:38des ustensiles de cuisine.
00:40On est basé à Puiseux, en France, dans le Val-d'Oise.
00:42Je veux bien d'abord que vous nous présentiez le groupe Franc Architecture en quelques mots.
00:46Alors en quelques mots, le groupe Franc a 50 ans d'existence.
00:49On a fêté notre 50e année.
00:51C'est une agence qui a été fondée par Gérard Franc, architecte et ingénieur spécialisée dans la mission complète.
00:56C'est-à-dire qu'on prend un projet de l'esquisse au PC à la livraison, avec quand même
01:01une particularité.
01:02C'est que nous sommes spécialisés dans l'architecture industrielle, l'immobilier d'entreprise et précurseurs dans toutes les ambitions
01:09et philosophies,
01:11en tout cas qui sont des principes très forts chez nous, de qualité environnementale, de qualité de l'utilisateur et
01:16aussi de confort au travail.
01:17Et c'est évidemment au cœur de notre débat.
01:20Frédéric Covin, on peut peut-être présenter ce site, la ZAC de Bois-du-Temple.
01:24On est où ? Quels sont les défis auxquels un aménageur comme vous est confronté dans un site comme ça
01:28?
01:28Alors déjà, oui, effectivement, la ZAC de Bois-du-Temple s'inscrit dans un projet de territoire plus global.
01:32Oui, projet de territoire. Je tiens à commencer par remercier finalement le travail de toutes les collectivités territoriales qui se
01:40regroupent
01:40pour faire émerger, si vous voulez, le produit fini qu'aujourd'hui nous avons devant nous au reménage.
01:46Donc un projet global où la communauté d'agglomération du pays roissier de France nous a confié par traité de
01:53concession le projet d'aménagement de cette ZAC.
01:56Donc pourquoi plus en France ? Puisqu'effectivement, il y avait des fonciers disponibles et on était dans un secteur
02:02en développement,
02:03dans le cadre d'une planification plus générale.
02:06Et alors dans un secteur, dans un site comme celui-là, donc là, on est avec un projet industriel.
02:11Quel cahier des charges vous donnez en quelque sorte ?
02:14Alors nous sommes très exigeants avec nous-mêmes, mais aussi avec les acheteurs et également avec les masques aux oeuvres.
02:20On va pouvoir nous le confirmer dans un instant, Yann Daoud-Larian.
02:23Donc je peux effectivement vous en parler, mais c'est déjà un long processus chronologique.
02:29Déjà, il y a un long processus chronologique, c'est 15 ans de travail.
02:32Quand effectivement on reménage son bâtiment, c'est 4 ans de boulot pour eux.
02:35Nous, ça fait 15 ans qu'on bosse.
02:37Je pense que déjà, c'est une donnée qui est importante et c'est effectivement un partenariat de collectivité.
02:41N'oublions pas le conseil départemental du 95 qui a réalisé l'échangeur.
02:45Donc il y a une position stratégique déjà.
02:48L'AN 104, l'échangeur.
02:49Il faut que ce soit accessible, sinon ici il ne servira pas.
02:52Bien sûr, le flux, le transport, c'est important.
02:54Ensuite, il y a tout un travail d'acquisition foncière, de projet urbain.
02:59Et en termes d'exigence, effectivement, on se positionne dans la tendance et dans les exigences environnementales actuelles.
03:07Donc ça veut dire, par exemple, des bâtiments HQE, haute qualité environnementale.
03:12Ça signifie quoi pour un architecte comme vous ?
03:17Alors, avant tout, c'est une conviction.
03:19C'est-à-dire que c'est une démarche très forte.
03:21Et comme le disait Frédéric, la chance qu'on a, et déjà pour être installé dans le territoire avec 130
03:26collaborateurs et plusieurs agences,
03:28c'est de connaître beaucoup de collectivités, beaucoup d'aménageurs,
03:30et de toujours avoir même été architecte conseil, d'avoir ce souci du territoire
03:36et du devenir du territoire qui n'est pas à l'échelle d'un mandat,
03:39mais à l'échelle de l'homme du territoire, 20, 30 ou 40 ans.
03:43Et Frédéric le disait, ils ont travaillé pendant 15 ans.
03:46Nous, on arrive et nous sommes une sorte de filtre entre un investisseur privé, un aménageur public.
03:52Et on essaye de mettre en valeur le travail qui a été fait,
03:56et non pas de se mettre les pieds sous la table, j'insiste,
03:58mais au contraire, de continuer dans une synergie positive.
04:01J'entends ça, mais revenons à la question de ces normes environnementales.
04:06Vous me disiez avant qu'on démarre cette interview, nous, finalement, ça fait partie de l'ADN de l'entreprise,
04:12mais le thème du débat, c'est sobriété et compétitivité.
04:16C'est un surcoût évident, obligatoire ? Comment vous l'intégrez ?
04:19Parce que l'objectif, c'était de créer un véritable outil industriel de nouvelle génération.
04:23C'est-à-dire à la fois fonctionnel et performant, qualitatif sur le plan architectural,
04:28mais environnemental et pour les conditions de travail des collaborateurs.
04:32Avant, on le faisait avec du bon sens.
04:34Aujourd'hui, grâce à des labellisations qui étaient devenues des contraintes et des surcoûts,
04:39évident, puisqu'on n'était pas préparé, ou en tout cas d'autres faiseurs n'étaient pas préparés,
04:45ces surcoûts ont baissé au fur et à mesure pour devenir une normalité.
04:49C'est-à-dire que, alors oui, on est dans une course au label avec des noms très spécifiques, etc.
04:54Mais peu importe, ce sont les gardiens de la régularité.
04:57Et j'ai presque envie de vous dire, non plus de la contrainte, mais de la normalité désormais.
05:01Et c'est un enjeu essentiel.
05:03Ça veut dire, Frédéric Covin, que c'est une sorte de prérequis maintenant,
05:07dans un projet comme celui-là, là on parle de reménage,
05:10mais vous en pilotez beaucoup d'autres, le prérequis environnemental.
05:15C'est une obligation avant même de financer ?
05:16Alors en fait, c'est même plus une obligation, c'est une obligation réglementaire.
05:19C'est d'accord.
05:20Mais en fait, c'est même une demande aujourd'hui des investisseurs.
05:23J'en discutais hier avec justement un des patrons de reménage.
05:27Alors tout ce qui est norme, effectivement, il vaut mieux transférer à des professionnels
05:31qui vont gérer ça pour eux, parce qu'eux ont leur métier et nous on en a l'autre.
05:34Mais en fait, aujourd'hui, en feedback, il reconnaît la qualité du bâtiment.
05:40C'est un élément de communication pour lui.
05:43Quand il reçoit sa clientèle, c'est une valorisation.
05:46Donc en fait, si vous voulez, la question environnementale aujourd'hui n'est plus une problématique.
05:51C'est au contraire totalement intégré en fait dans, on va dire, dans la prévision patrimoniale.
05:57Et est-ce que ça rend ses projets plus chers ?
05:59Pas du tout.
06:00Non, pas du tout.
06:00Parlons de végétalisation.
06:02Est-ce qu'un art coûte beaucoup plus cher qu'hier ou aujourd'hui ?
06:05Non, pas du tout.
06:06C'est la manière d'aménager l'espace, c'est la manière de concevoir les bâtiments.
06:11Et en fait, il n'y a pas que le coût de la structure.
06:13Il y a aussi l'ambiance de vie et de travail dans le lieu de travail.
06:18Donc en fait, les questions environnementales aujourd'hui ne représentent pas des surcoûts,
06:22mais au contraire, sont totalement intégrées finalement dans le plan de financement et d'investissement de l'acheteur.
06:28Yann Daoud-Larian, cette usine là, Euroménage, qu'est-ce qu'elle a ?
06:31C'est compliqué parce que j'imagine beaucoup de choses, mais de fondamentalement différents en termes justement d'impératifs environnementaux,
06:40d'une usine que d'autres ou vous auriez pu construire il y a 20 ans.
06:44Comme je vous le disais, des choses déjà simples, une orientation, un respect d'un cahier des charges qui nous
06:49aide beaucoup.
06:51Aussi ce qu'on appelle un DQE ou des critères à respecter, tant sur le confort de l'utilisateur, sur
06:56les normes de pollution,
06:57sur les qualités constructives, mais aussi une valeur ajoutée sur la pérennité du bâtiment et sur sa valorisation patrimoniale.
07:02Et j'insiste sur la fierté des collaborateurs qui viennent y travailler et le confort de vie.
07:07On a fait des bâtiments et ce sont des vrais chiffres où après avoir mis de la lumière naturelle, d
07:13'avoir changé une structure, d'avoir mis du bois en structure,
07:15d'avoir mis beaucoup plus d'espace, des espaces extérieurs, de la végétalisation, des vues, des relations entre intérieur et
07:21extérieur, une qualité de l'air.
07:23Écoutez Thomas, on a 25% de taux d'absentéisme en moins par an sur un bâtiment.
07:28Donc le label n'est pas qu'un leurre avec un tampon.
07:31C'est une réalité.
07:33C'est pas seulement un pourcentage de carbone mis en moins.
07:35Sur l'orientation d'un bâtiment, si on prend un bâtiment industriel et sur les rotations d'un camion, quand
07:40c'est calculé à l'année, c'est tant de kilomètres en moins.
07:43C'est tant, c'est une empreinte carbone favorable.
07:46C'est une consommation d'hydrocarbures moindre.
07:50Et j'ai presque envie de vous dire, c'est une fierté.
07:52Et on est passé d'une surprise contrainte, normalité, prise de conscience, fierté.
07:58Est-ce que ça rend ces bâtiments aussi, parce que là, on sort d'un été quand même, qui nous
08:04a, pour ceux qui n'en étaient pas encore conscients,
08:06mais bref, fait prendre conscience de la réalité du changement climatique et des risques climatiques, notamment pour les usines.
08:14Est-ce que ça rend cette usine, par exemple, plus résistante au choc climatique ?
08:19Alors déjà, effectivement, si on prend la part bureau, c'est une RT 2012, de RE 2020.
08:28Enfin, c'est vrai qu'en même temps, avant, c'était RT 2012, moins 20%.
08:31Alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
08:32C'est la réglementation thermique, si vous voulez, avec un optimum d'isolation et de performance thermique de la partie
08:40bureau.
08:41Donc déjà, il y a une isolation renforcée sur la partie bureau.
08:45Sur tout le volet entrepôt, en fait, là, on est dans le cadre du code du travail.
08:50C'est le code du travail qui détermine, effectivement, les seuils de température minimale et maximale.
08:54Moi, je vais prendre un exemple sur, justement, l'évolution collective.
09:01Juste avant Bois du Temple, Bois du Temple, la continuité d'une opération qui est la but au berger.
09:05C'est juste à côté, c'est ça ?
09:06C'est juste à côté.
09:06En fait, but au berger est une opération antérieure.
09:09Il n'y avait pas d'obligation de poser des panneaux solaires.
09:11Donc, on demandait justement aux entreprises de prévoir des renforcements de structure en toiture pour anticiper éventuellement une évolution de
09:20réglementation.
09:20On ne la connaissait pas, cette évolution de réglementation.
09:22Vous avez raison.
09:23Aujourd'hui, ils le font naturellement.
09:25D'accord.
09:26Pourquoi ? Parce qu'il y a de l'autoconsommation.
09:28Donc, si vous voulez, aujourd'hui, ces bâtiments sont mieux préparés pour répondre à votre question, à justement, à du
09:33changement.
09:34Et donc, à résister à ces chocs avec quand même, parce qu'on a aussi pris conscience cet été qu
09:39'on pouvait avoir des bâtiments classés A,
09:43des PE classés A, mais qui étaient quand même des bouilloires thermiques.
09:45C'est-à-dire qu'on les a tellement bien isolés que c'était quasiment impossible d'y vivre, peut
09:50-être aussi d'y travailler.
09:51Est-ce qu'il y a eu des erreurs ?
09:54Oui, très clairement, puisqu'on est passé par des phases d'expérimentation et on est progressivement en train de passer
10:00dans des phases de reproductibilité.
10:04Et on essuie les plâtres.
10:06Et très clairement, qui n'a pas entendu qu'on était dans des bâtiments dits modernes où il fait trop
10:09chaud l'été, trop froid l'hiver,
10:11que le bilan de consommation énergétique était dégradé juste à l'utilisation d'un radiateur ?
10:17Aujourd'hui, on apprend de plus en plus.
10:18Et c'est là où, justement, nous, en tant que groupe franc, on a ce retour d'expérience et on
10:24apprend très vite.
10:25On apprend de nos erreurs.
10:26De toute façon, on n'a pas légitimité à dire qu'on sait tout faire d'un coup.
10:29Et c'est là l'avantage, c'est que cette normalité dont je parlais aujourd'hui,
10:33on s'en sort très bien parce qu'on n'a pas trop de catastrophes,
10:37puisqu'à nouveau, c'est basé sur le bon sens.
10:39Et j'insisterai sur les coûts.
10:41C'est qu'aujourd'hui, le bâtiment aujourd'hui qui a été construit est dans un coût traditionnel,
10:46mais avec des ouvrages de qualité, des gabions, du bois, des vues extérieures.
10:51Et c'est une énorme fierté aussi, une énorme fierté d'avoir travaillé avec un aménageur public
10:56et d'avoir rassemblé à la fois le public et le privé dans quelque chose de serein et de pérenne.
11:01Oui, parce que c'est aussi cette démonstration qu'on a faite lors de ce débat.
11:05Merci beaucoup.
11:05Merci à tous d'avoir participé à ce Smart Impact.
11:10On va tout de suite parler de pilotage intelligent des bâtiments.
11:13Tiens, un mot que vous ne connaissez peut-être pas, le géostockage.