- il y a 6 jours
Philippe Bouvard s'est éteint à l'âge de 96 ans ce lundi 24 août 2026, a annoncé son épouse à RTL. Journaliste et animateur bien connu des Français, il était notamment une figure de la station où il a présenté ses célèbres Grosses Têtes pendant 37 ans.
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00:00C'est avec beaucoup de tristesse que je vous l'annonce, c'est RTL, sa maison historique, qui l'a
00:06annoncé il y a quelques instants.
00:08Philippe Bouvard, Philippe Bouvard, 96 ans, est mort. Philippe Bouvard, quelle merveille, honnêtement, ce sourire, cette bonhomie, ce côté croustillant,
00:21ce personnage extraordinaire, Laurent.
00:24C'est l'homme qui a fait rire la France pendant plus de cinq décennies. Les grosses têtes sur RTL,
00:30c'est 1977, le petit théâtre de Bouvard sur la deuxième chaîne de télévision publique.
00:37Ça a fait aussi les beaux jours de la télévision aux horaires de prime time. Et puis, ce qu'on
00:44oublie, c'est que c'était un homme de presse écrite.
00:47Il a chroniqué dans le Figaro, dans François, l'Express, Paris Match, le point. Évidemment, le point. Et donc, ces
00:56chroniques étaient suivies.
00:57Clairement, c'était d'ailleurs un homme de droite. Il ne s'en cachait pas. Mais pour le grand public,
01:03c'est l'homme qui a fait rire la France.
01:05C'est lui qui a découvert toute une série d'humoristes qui ont fait les beaux jours de la scène
01:12française.
01:13Et puis, moi, je garde une image de lui parce que ça, peu de gens le savent. Vous savez qu
01:17'il se promenait dans Paris dans une limousine.
01:20Il avait organisé son bureau à l'arrière de sa voiture. Une voiture qui était gigantesque.
01:28Et donc, à l'arrière, il avait tout pour travailler. Il écrivait ses éditoriaux à l'arrière de sa voiture.
01:33Et puis, encore une petite anecdote personnelle parce qu'on connaît l'homme de télé, on connaît l'homme de
01:37presse écrite.
01:38Mais il avait une passion dans la vie. C'était le jeu. C'était un joueur de casino émérite à
01:44tel point qu'il s'était fait interdire de casino pour ne pas y laisser toute sa fortune personnelle.
01:50Voilà, c'est un personnage qui raconte, résume un peu l'histoire de France et l'histoire des médias en
01:56France.
01:56Géraldine ?
01:57C'est vrai que c'est une grande émotion parce que ça fait partie de ces personnages qui vous ont
02:01accompagné à tous les instants de votre vie.
02:05Moi, je vis, je grandis en regardant le petit théâtre de Bouvard. On écoute les grosses têtes.
02:11Et c'est vrai qu'il y a le personnage, l'amuseur public.
02:16Beaucoup de gens qui nous regardent aujourd'hui vont se souvenir de cette émission, de cette institution d'RTL qu
02:22'il a quittée.
02:22Il avait déjà 95 ans en 2024.
02:25Enfin, il l'avait un peu quittée avant. Il avait fait l'erreur.
02:29Il faut être honnête qu'il avait fait vraiment l'erreur de le sortir, justement. Et bien, il est revenu.
02:33Et cette dernière chronique, elle est quand même qu'en 2024. Et puis, toute cette première carrière, parce que c
02:40'est aussi un grand journaliste, une plume incroyable.
02:44Il faut relire ces chroniques mondaines dans Le Figaro qui étaient très redoutées. Ce sont des petits bijoux à chaque
02:50fois.
02:50Et je vous propose qu'on écoute, qu'on regarde, qu'on se souvienne ensemble de Philippe Bouvard.
02:56C'est le chroniqueur bien connu d'un journal non moins connu et considéré à Joutrej. Il s'appelle Philippe
03:02Bouvard.
03:031958, première télé. La description est fidèle au personnage.
03:08Beaucoup de gens craignent sa plume satirique. Il a un côté affreux jojo. Vous savez qu'il vous met du
03:12poil à gratter dans le dos.
03:13Regards malicieux, tons caustiques et bientôt un rire bondissant, connu de la France entière.
03:21Pendant près de 40 ans, Philippe Bouvard anime Les Grosses Têtes, émission la plus écoutée de France.
03:28Qui fait de lui un indéboulonnable du paf. En 2000, RTL qui voulait le remplacer doit le rappeler face à
03:33la chute des audiences.
03:34Sa marque de fabrique, un humour grivois et rablaisien assumé.
03:38Alors attention, cul sec. Celui qui finit son verre en dernier est obligé d'en boire un deuxième.
03:44Je me suis bien amusé et comme je suis en outre payé pour ça, je pense que je suis un
03:51privilégié.
03:52Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est pas ça qui...
03:54Un succès qui est adapté à la télévision fera les grosses audiences de la une.
03:58Il faut dire que Philippe Bouvard avait déjà exploré avec succès l'humour à la télévision.
04:02Dès 1982, de jeunes humoristes se voient imposer le thème de leur sketch dans le théâtre de Bouvard.
04:08De Bigard à Michel Bernier, en passant par Mimi Mathie ou Muriel Robin, tous vont accéder à la célébrité grâce
04:14à Bouvard.
04:15Le premier qui passe, je me le fais.
04:20Mais c'est aussi un journaliste talentueux qui, après trois échecs au bac et un renvoi de l'école de
04:25journalisme,
04:26entre comme coursier au Figaro, écrira dans Le Point et dirigera notamment France Soir.
04:30Tout un symbole pour Philippe Bouvard, directeur du journal.
04:34Plume acérée et ton interviewer impertinent à la télévision.
04:37Souscrivez-vous à la définition de l'amour donnée par Balzac.
04:41Un qui souffre, l'autre qui s'ennuie.
04:44C'est Balzac.
04:46Oui, sinon on n'aurait pas cité d'ailleurs parce que ça aurait fait un peu vulgaire.
04:51L'amitié.
04:52Il est fort à l'ascar.
04:53L'amitié.
04:56Bouvard, un touche-à-tout qui aura même dirigé la salle de spectacle Bobineau
05:00pendant 15 ans.
05:01Après son départ des grosses têtes en 2014,
05:04il avait continué d'animer une émission, puis des chroniques, le week-end, depuis son domicile cannois.
05:09L'une de ses dernières apparitions, c'était justement dans les Alpes-Maritimes, fin 2024.
05:14Affaibli, mais toujours avec beaucoup d'à-propos,
05:16il avait assisté à la projection des 1001 vies de Philippe Bouvard,
05:19un documentaire qui lui était consacré.
05:24Il est fort, le Lascar.
05:26Philippe Bouvard, extraordinaire.
05:28Et c'est vrai qu'on a l'impression que c'est non seulement un personnage,
05:30mais que c'est aussi une période, une manière de faire, une manière d'oser dire.
05:36Quand on le voit à la radio qui dit, le dernier, c'est plus sec,
05:40et le dernier est obligé d'en voir un deuxième,
05:42c'est vrai qu'on ne peut plus le faire.
05:44On ne peut plus le faire, on ne peut plus le dire.
05:46Et puis, non, mais il y a cette forme d'élégance de toute une époque.
05:49Encore une fois, quelqu'un qui s'est élevé,
05:52on voit qu'il a eu en fait un parcours très iconoclaste,
05:54c'était effectivement un trublion,
05:56mais j'insiste, c'était une plume.
05:59C'était quelqu'un avec un esprit acéré,
06:01qui avait le sens de la caricature,
06:05le sens de l'actualité,
06:07le sens des situations et des situations sociales.
06:10Il portait toujours un regard extrêmement pointu sur le théâtre public,
06:15et tout ça était un théâtre, il savait en rire.
06:17Il savait en rire.
06:18Steven Bellery est en direct avec nous,
06:20chef du service culture de BFM TV.
06:23D'ailleurs, vous aviez bossé, il faut le préciser, à RTL,
06:26où vous avez bien sûr côtoyé Philippe Bouvard.
06:29C'est vraiment une très très grande perte
06:31pour le monde de la radio, de la télévision,
06:34de l'esprit aussi.
06:36Bien sûr, en fait, c'est un géant du journalisme qui s'en va.
06:39Il s'amusait souvent à dire,
06:40j'ai la carte de presse 13 781, s'il vous plaît.
06:44Il le rappelait avec fierté.
06:45Pendant 70 ans, il a gardé cette carte de presse.
06:47Il aura marqué les médias français,
06:50par son sens de la formule,
06:51cet humour potache dont vous parliez,
06:53ce rire aussi extrêmement communicatif.
06:55Ce qui est assez étonnant dans le parcours de Philippe Bouvard,
06:57c'est qu'il a sévi sur tous les supports.
06:59Presse écrite, radio, télé, les livres aussi.
07:02Ça a été quand même un gros vendeur de bouquins.
07:04Il a exercé tous les métiers du journalisme.
07:06Petit reporter, éditorialiste, chroniqueur,
07:09patron de presse, interviewer.
07:1037 ans à la tête des grosses têtes sur RTL.
07:13Retraité depuis janvier 2025 seulement.
07:16Créateur du théâtre de Bouvard.
07:17En fait, il a inventé un style qui était très très français.
07:20C'est espiègle entre à la fois le journalisme et l'animation.
07:23C'est un peu un précurseur de ce qu'on a ensuite appelé aux États-Unis
07:26l'infotainment, divertir en informant.
07:29C'était un petit peu sa devise.
07:30Il disait aussi à Bouvard, parce que c'est un vétéran,
07:33que le travail était son sport.
07:35Il a été un infatigable travailleur.
07:37Il cumulait 19 000 heures au micro de RTL.
07:40C'était aussi un interviewer hors pair,
07:44un œil bleu pétillant, un hyperactif.
07:46Il disait souvent, ma vie s'est déroulée sans moi,
07:49tellement j'ai passé mon temps à observer les autres.
07:51Il a vraiment tout écrit, tout touché dans ce métier.
07:56On savait aussi qu'il avait un sens de la formule
07:59qui était courte, qui était cinglante.
08:01C'est drôle, concis, ça fait sourire
08:03et ça peut même donner à réfléchir, disait-il,
08:05à propos de ses phrases, à propos de ses formules
08:08qu'il avait l'habitude d'utiliser à la fois au micro des grosses têtes
08:11dans ses livres, dans ses chroniques.
08:13C'est quelqu'un qui a, avec brio, animé une émission
08:16qui aura marqué l'histoire des médias.
08:18Je pense que les grosses têtes restera son plus emblématique
08:22chemin médiatique et son plus grand succès.
08:25Steven, vous restez évidemment avec nous,
08:27mais je voudrais qu'on écoute Bouvard parler de Bouvard.
08:31C'était en 2015, il était sur le plateau de BFM TV.
08:35Il était venu nous raconter à quel point il avait été un cancre.
08:38J'ai été, pendant toutes mes études, si on peut appeler ça des études,
08:42un collectionneur forcené de zéro pointé.
08:45C'était ce qu'on pouvait avoir de plus moche, de plus négatif,
08:50de plus dissuasif, puisque le zéro pointé était éliminatoire.
08:54Ce qui vous explique que j'en sois resté au certificat d'études primaires.
08:58Je viens d'HEC et d'autres études communales,
09:01mais je ne m'en vente pas et je ne me pose pas
09:04comme un exemple à des jeunes.
09:06Je leur dis, au contraire, essayez d'apprendre
09:09pendant que vous en avez l'âge, le maximum de choses.
09:13Ça vous évitera d'être aujourd'hui, comme je le suis,
09:16condamné à vivre entouré d'anthologies et de dictionnaires.
09:20Une intelligence, une précision, une gourmandise,
09:24c'est vrai que c'est magnifique de l'entendre
09:26et il survit évidemment à la question de la mort par sa voix,
09:31parce qu'il laisse, on a l'impression que la voix
09:34et cette gourmandise dans les yeux restera éternelle.
09:37Une voix reconnaissable entre toutes
09:39et j'allais ajouter un rire reconnaissable entre tous.
09:43Et d'ailleurs, tous les imitateurs...
09:45Regardez-le, rien que de le voir sur ces images,
09:48avec ces épaules qui sursautent, on entend, on voit.
09:53Mais je rejoins ce que disait Géraldine,
09:55il y avait effectivement l'humoriste, le trublion,
09:59celui qui nous a fait rigoler à la radio et à la télé,
10:02mais il y avait aussi le journaliste,
10:04et je le répète, quelqu'un qui ne se cachait pas
10:06d'être un éditorialiste de droite,
10:08qui a travaillé pour le Figaro, qui a dirigé François
10:11et qui écrivait des éditoriaux au vitriol, au vitriol.
10:16Pas simplement, d'ailleurs, des chroniques mondaines.
10:18Il écrivait des papiers politiques d'une violence rare.
10:22Cinglant ?
10:23Mais oui, peut-être d'ailleurs une forme d'écriture
10:26qu'on retrouve assez peu dans la presse écrite d'aujourd'hui.
10:30Alors, ce n'était pas son seul métier.
10:31Il était aussi animateur de radio.
10:33C'est comme ça que le grand public le connaissait.
10:36Madame Belper.
10:37Mais, Deloche, évidemment.
10:40Et d'ailleurs, avec lui, avec sa notoriété à lui,
10:44toutes celles et tous ceux qui ont fait partie
10:45de ce qu'on appelle les sociétaires...
10:47Il a fait monter des personnalités.
10:49On voyait évidemment tout à l'heure,
10:51dans ce petit document qu'on a retrouvé,
10:53tous les humoristes qui avaient été lancés par lui.
10:56C'est aussi très fort d'être capable
10:59de tendre la perche, de transmettre,
11:01de faire monter d'autres.
11:03Je précise, c'est encore une fois une époque,
11:05mais quand il dit qu'il était un cancre
11:07qui l'accumulait, il est zéro pointé.
11:09C'est vrai, mais c'était en même temps
11:12quelqu'un de brillant, déjà, et très cultivé.
11:15Il avait lancé son premier journal au collège,
11:19je crois, dans ses toutes jeunes années.
11:21Il s'est fait virer du centre de formation des journalistes
11:24parce qu'il rédigeait les devoirs des autres
11:26et qu'il se faisait payer pour ça,
11:28pas parce qu'il était mauvais.
11:29C'était juste quelqu'un qui était libre,
11:31qui était libre jusqu'au bout, si vous voulez.
11:34Et ça, c'est vu dans sa plume,
11:36dans ses textes et dans toute sa carrière, finalement.
11:38Et vous avez raison de dire
11:40que lorsqu'il dirigeait Les Grosses Têtes,
11:42il s'entourait de gens très connus.
11:44Mais quand il a créé le théâtre de Bouvard
11:47à la télévision,
11:48là, il a choisi de s'entourer de gens
11:49que personne ne connaissait.
11:50J'ai même envie de vous dire,
11:51notamment les inconnus.
11:53Parce que les inconnus ont commencé
11:55dans le théâtre de Bouvard.
11:56Les inconnus, Mimi Maty, Muriel Robin,
11:59c'est-à-dire toute une génération d'humoristes
12:02qui, aujourd'hui, sont des stars de la scène,
12:05du cinéma et des grandes vedettes
12:07pour le grand public.
12:09La plupart d'entre eux sont nés
12:10auprès de Philippe Bouvard.
12:11Je voudrais qu'on écoute un autre extrait
12:14de cette interview qu'il nous avait accordée
12:16sur BFM TV,
12:17dans laquelle il parle, justement,
12:19des grosses têtes emblématiques.
12:22Les grosses têtes, c'était en 2015.
12:23Écoutez.
12:24C'était mon bébé,
12:25mais un bébé de 37 ans,
12:27ça fait marcher tout seul.
12:29J'ai tourné la page
12:30et j'en ai écrit une autre.
12:33Mais je voudrais dire,
12:34parce qu'on a évoqué toutes sortes de choses
12:36qui sont, je veux dire, inconcevables,
12:40qui sont déraisonnables.
12:42Je veux dire,
12:43tout le monde dit n'importe quoi,
12:45propose n'importe quoi,
12:46fait n'importe quoi.
12:47Alors, je voudrais simplement émettre un souhait.
12:50Si nous continuons à marcher sur la tête,
12:54il faut remplacer la brillantine par du cirage.
12:57Voilà.
12:57Eh bien, si on fait ça, à mon avis,
12:59tout fonctionne plutôt pas mal, non ?
13:01Oui, absolument.
13:02Mais ce qu'il vient de dire,
13:03c'est comme ça qu'il écrivait.
13:05C'est-à-dire qu'il y avait des formules,
13:07des tournures de phrases
13:09qui faisaient que,
13:10quand c'était écrit comme du bouvard,
13:12ça ressemblait à rien d'autre.
13:14Laurent Ruquier, qui a pris la suite,
13:16dit de lui, à l'instant,
13:18c'était un maître dans ce métier.
13:20Oui, oui, ceux qui l'ont...
13:22D'ailleurs, quand il a quitté l'antenne,
13:25ça a été difficile.
13:26On s'est dit, d'ailleurs,
13:27RTL s'en remettra pas.
13:28Puis il faut dire la vérité,
13:29Laurent Ruquier a parfaitement repris
13:31la suite de Philippe Bouvard.
13:33Il a gardé cet esprit des grosses têtes.
13:37Alors, évidemment,
13:37les équipes autour de Laurent Ruquier
13:39ont changé avec les années.
13:40Mais, en revanche,
13:41il y a toujours cette volonté
13:43de faire rire,
13:44d'apprendre en s'amusant.
13:45C'est exactement ce que Philippe Bouvard
13:47avait inventé.
13:48Géraldine, au point,
13:49journaliste aussi de presse écrite.
13:51Oui, oui,
13:51je n'ai pas lu,
13:53donc je ne peux pas vous en parler.
13:54Je regrette parce que c'est une...
13:55Mais il a travaillé au point.
13:58Il était effectivement chroniqueur,
14:00éditorialiste.
14:01Je pense que je vais me précipiter
14:03tout à l'heure
14:04pour ressortir ses archives.
14:07Et Vincent Perrault
14:08qui, je crois,
14:09est en direct avec nous
14:11pour réagir historique
14:13d'RTL et des grosses têtes.
14:16Il y a Alain Duhamel
14:16qui va également nous rejoindre
14:20et être avec nous
14:20pour évoquer
14:23celui qui était aussi
14:23son comparse d'RTL,
14:26bien sûr,
14:27Philippe Bouvard.
14:28Je vous le rappelle
14:28si vous nous rejoignez.
14:29Philippe Bouvard
14:30qui est donc mort à l'âge
14:31de 96 ans.
14:33Extraordinaire,
14:34Philippe Bouvard.
14:34une époque,
14:35un personnage,
14:36une manière de faire,
14:38une manière de rire également
14:40et de passer du sérieux
14:41au fou,
14:43j'allais dire,
14:44au sans-limite,
14:45à une vraie liberté
14:47de ton et d'humour.
14:49Bonjour Vincent Perrault.
14:50Bonjour.
14:51Bonjour.
14:52Merci d'être en direct avec nous.
14:53Comment vous avez réagi ce matin ?
14:56C'est-à-dire que...
14:57Mal, évidemment.
14:59Très mal.
15:00On a beau s'y attendre
15:02parce que je m'y attendais
15:03depuis pas mal de temps,
15:04au moins quand la nouvelle tombe,
15:06c'est toujours difficile,
15:09très difficile.
15:10J'imagine.
15:11Parce que j'écoutais
15:12les témoignages de Laurent,
15:15de Marc Olivier,
15:16il y a quelques minutes,
15:17et ils ont évidemment retracé
15:19les grandes lignes
15:20de la carrière essentielle de Philippe.
15:22mais il y a une chose,
15:23moi, je voudrais mettre en avant.
15:24C'était le pouvoir extraordinaire
15:26de cet homme
15:27à modifier,
15:29à changer
15:29le cours de la vie
15:31des gens
15:31qui l'approchaient
15:32de très près.
15:33À ce point ?
15:34À ce point ?
15:35Racontez-nous.
15:35Ah oui.
15:36Ah oui, c'est-à-dire que
15:37pour un grand nombre
15:39de comédiens,
15:40de jeunes comédiens
15:41qui étaient totalement inconnus,
15:42si Philippe tout d'un coup
15:44disait,
15:44il y a quelque chose
15:45chez vous,
15:46nous allons l'exploiter ensemble,
15:47à la radio et à la télévision,
15:49tout d'un coup,
15:50le cours de leur vie
15:51changeait.
15:52C'est-à-dire que moi,
15:53vous savez,
15:53j'étais un jeune présentateur
15:54de télévision,
15:55je faisais les après-midi
15:56de la Troie,
15:57je l'invite un jour,
15:58il me dit,
15:59mardi prochain,
16:00vous faites votre première
16:01aux grosses têtes,
16:01ce sera peut-être
16:02en même temps la dernière,
16:03et inutile de vous dire
16:05que c'est en partie
16:06grâce à ça
16:06que je suis entré à RTL,
16:08ça a totalement changé ma vie.
16:10Et Philippe avait ce pouvoir
16:12extraordinaire.
16:12C'est très généreux,
16:13c'est très généreux,
16:14cette capacité
16:15à aller emmener
16:17quelqu'un avec lui.
16:18Complètement,
16:19c'est-à-dire qu'en effet,
16:21il voulait essayer
16:23de trouver le meilleur
16:24chez chacun,
16:25alors il y avait aussi
16:27l'évident désir
16:29d'en faire quelque chose
16:31qui allait optimiser
16:32un programme de radio
16:34ou un programme de télé
16:35à travers le talent
16:36des uns et des autres,
16:37et puis vous entriez
16:38dans une famille.
16:39Il ne faut pas oublier
16:40que Philippe,
16:41avec la générosité
16:43dont nous parlions
16:43à l'instant,
16:44quand vous faisiez
16:45partie de sa famille,
16:47comme tous les clans,
16:48vous voyez,
16:49c'était pareil
16:49chez les Belmondo,
16:51c'était pareil
16:51chez Delon,
16:52chez ses immenses personnalités,
16:53alors attention,
16:54il ne fallait pas les trahir,
16:55parce qu'il fallait être
16:56à la hauteur
16:57de ce qu'il vous offrait,
16:59et à côté de ça,
17:02pour moi,
17:02c'était...
17:03Après,
17:03c'était à la vie,
17:04à la mort.
17:04Ah oui,
17:05c'est à la vie,
17:06à la mort,
17:06et puis c'est quelqu'un
17:07sur qui vous pouviez compter
17:08dans toutes les circonstances.
17:10C'est à lui
17:11que j'ai annoncé
17:11la naissance
17:12de mon premier enfant
17:13en premier.
17:14C'est pour les grandes décisions
17:18professionnelles
17:19ou personnelles,
17:20j'appelais entre guillemets
17:21papa Philippe,
17:23on se voyait à Cannes,
17:24on se voyait souvent,
17:25on se parlait,
17:26on n'entrait pas,
17:27ils n'entraient pas
17:28dans votre vie
17:29comme ça
17:29pour faire trois petits tours
17:31et puis s'en vont.
17:32Ça allait être quelque chose
17:33d'important
17:34pour beaucoup de temps.
17:36Et vous imaginez,
17:37j'ai fait les grosses têtes
17:3721 ans à ses côtés.
17:40C'est magnifique,
17:41c'est magnifique,
17:42et on comprend d'autant plus
17:43évidemment votre émotion,
17:45Vincent,
17:45ce matin.
17:46Il y a l'homme,
17:47et puis il y a aussi
17:48cette liberté,
17:50on parlait à l'instant
17:51de ce rire,
17:52de cette générosité,
17:53mais aussi de ce côté
17:54très incisif.
17:55Il était capable,
17:56Laurent Neumann le disait
17:57à l'instant,
17:58d'avoir des éditos
18:00parfois même extrêmement cruels,
18:02mais toujours très précis,
18:03très ciselés.
18:04Ça, c'est une immense force,
18:06c'est-à-dire que
18:06c'est vraiment quelqu'un
18:07qui disait les choses,
18:09une liberté de ton
18:10assez extraordinaire.
18:11Oui,
18:11c'est surtout quelqu'un
18:12qui ne parlait jamais
18:14de ce qu'il ne connaissait pas.
18:16Et bien souvent,
18:17il disait,
18:18les questions sont souvent
18:19plus importantes
18:20que les réponses,
18:21et moi je ne peux pas
18:22poser de questions
18:22si je ne sais pas déjà
18:24ce qu'on va me dire.
18:24Alors,
18:25je lui répondais,
18:26oui,
18:26mais vous vous posez peut-être
18:28d'une spontanéité
18:29dans la réponse
18:29de quelqu'un.
18:30Il me dit,
18:30oui,
18:31mais il faut toujours
18:32parler de ce qu'on connaît.
18:33Et c'est pour ça d'ailleurs
18:34que même quand il était
18:35cruel,
18:37impertinent,
18:39on ne pouvait rien dire
18:40parce que ce qu'il disait
18:41était vrai
18:42et donc forcément
18:45inattaquable.
18:46ça fait du bien,
18:47ça fait du bien
18:47et j'imagine que vous le dites
18:48aussi aujourd'hui,
18:49Vincent Perrault,
18:50parce que les choses ont évolué,
18:51parce qu'on a tendance
18:52à dire aussi qu'aujourd'hui
18:53chacun parle
18:54de tous les sujets.
18:55Cette volonté
18:56de s'appuyer
18:57sur quelque chose
18:58de solide,
18:59d'essorer,
19:00c'est vrai que c'est
19:01une très belle valeur.
19:03Philippe était
19:04un des honneurs
19:05du journalisme
19:06au sens propre
19:07du terme,
19:08c'est-à-dire
19:09informé
19:10en connaissant
19:11le bien fondé
19:12de toutes les informations
19:13qui sont données,
19:14leur vérification,
19:16pas lancer des trucs
19:17comme ça
19:17à l'emporte-pièce
19:18et en effet
19:20pour lui
19:21parler
19:22c'était savoir
19:23de quoi je parle.
19:25Une info
19:26par Bouvard,
19:27une pic
19:27par Bouvard
19:28était toujours
19:29motivée,
19:30étayée
19:31par quelque chose
19:31de précis.
19:33Donc c'était
19:33un homme sur qui
19:34on pouvait compter
19:35et un journaliste
19:36qui comptait
19:37essentiellement
19:38pour ça
19:38et que ce soit
19:39dans ses livres,
19:40à la radio,
19:41à la télévision,
19:42en tant que patron
19:43de presse
19:43dans tous les médias
19:44qu'il a pu diriger
19:45ou auxquels
19:45il a participé.
19:47C'est admirable,
19:48c'est une carrière
19:49admirable,
19:49admirable
19:50et immensement triste
19:52ce matin.
19:53J'imaginais,
19:54on l'entend vraiment
19:55dans votre voix,
19:56un très très grand
19:56merci d'avoir pris
19:57le temps ce matin
19:58de nous parler
20:00à la fois de l'ami
20:01mais aussi
20:02vraiment de celui
20:03que vous avez accompagné
20:04professionnellement.
20:05Merci de tout cœur
20:06Vincent Perrault.
20:07Je voudrais qu'on écoute
20:08justement,
20:09qu'on écoute
20:10Philippe Bouvard
20:12lors de sa première télé.
20:13Regardez,
20:14c'était en 1958.
20:17Mais je ne voudrais pas
20:18qu'on aille penser
20:19qu'il s'agit là seulement
20:20d'une déformation optique.
20:21Ça vous envie qu'on vous prenne
20:22pour un maniaque ?
20:23Oui,
20:24ce n'est pas exactement ça.
20:25Voyez-vous,
20:25la réalité est quand même
20:26plus complexe.
20:27Étant appelé professionnellement
20:28à fréquenter sans cesse
20:30des célébrités,
20:31des célébrités diverses,
20:34j'en suis arrivé très souvent
20:35à m'interroger
20:36sur les raisons
20:37de cette célébrité.
20:39Et dans la mesure
20:40où mes questions
20:40restaient sans réponse,
20:42j'ai pensé
20:43qu'il la devait d'abord
20:45surtout à leur physique,
20:46à ce qu'on nomme,
20:47vous savez,
20:47le physique de l'emploi.
20:49J'aime cette langue.
20:51Qu'est-ce qu'elle est belle,
20:52cette langue de Philippe Bouvard.
20:55Alain Duhamel est en direct
20:56avec nous.
20:57Cher Alain,
20:58partagez avec nous
20:59à la fois vos souvenirs
21:00et votre émotion ce matin.
21:03J'ai fait un certain nombre
21:04d'émissions avec Philippe Bouvard.
21:08D'abord, ce qui me frappait,
21:09c'était la méticulosité
21:11avec laquelle il préparait
21:13ses émissions.
21:14On se voyait toujours avant,
21:17longuement,
21:17et bien qu'il donne
21:19pendant les émissions
21:21une impression
21:22ou une illusion
21:23de spontanéité,
21:25tout ça était sur des bases
21:26qui étaient en roc.
21:28Et de ce point de vue,
21:30je dirais qu'il y a
21:31très peu d'animateurs
21:33de son niveau
21:34qui préparaient
21:35avec autant de précision.
21:38Bon, pour le reste,
21:39tout le monde le sait bien,
21:40il avait de l'esprit,
21:41il était drôle,
21:42il était naturel.
21:44Bon, plus ça allait,
21:45plus il était naturel.
21:46Je dirais que moi,
21:48je l'ai vu au fil des décennies
21:49devenir de plus en plus naturel.
21:51Et je dirais plus fin
21:53en apparence,
21:55plus fin à la fin de sa carrière.
21:58Où il avait...
22:00Oui ?
22:01Oui, non, non, allez-y,
22:02allez-y, pardon, allez-y.
22:03Non, mais il avait
22:03une dimension culturelle
22:05qui mettait volontiers
22:06en avant d'ailleurs
22:07et qui correspondait
22:08à de vraies lectures.
22:09Et donc, derrière
22:10l'amuseur,
22:12il y avait
22:13quelqu'un de cultivé.
22:15De cultivé,
22:16de précis,
22:16de méticuleux,
22:17vous le dites.
22:18À l'instant,
22:20Laurent Neumann
22:20rappelait aussi
22:21que c'était
22:21un homme de droite
22:23qui avait toujours
22:23assumé d'être de droite,
22:25qui faisait même
22:25des éditos
22:26et des papiers
22:26dans le Figaro.
22:28Ça, c'était
22:28clair et net pour lui ?
22:31Oui,
22:31il s'assumait
22:32comme il était.
22:33Moi,
22:34quand je l'ai connu,
22:35il était déjà
22:36tellement installé
22:36qu'on savait très bien
22:38le définir.
22:39Bon, sa définition,
22:41c'était un,
22:42très drôle
22:43et deux,
22:46bien retranché
22:47derrière des valeurs
22:49conservatrices.
22:49Ça, ça ne fait pas
22:50l'ombre d'un doute.
22:51D'ailleurs,
22:51il ne s'en défendait
22:53pas du tout.
22:53Au contraire,
22:54il le proclamait.
22:55Et ça s'explique
22:56qu'assez largement
22:57par son parcours personnel.
23:00C'est quelqu'un
23:01qui a commencé
23:02très en bas de l'échelle,
23:03qui est arrivé
23:04très en haut
23:05et qui a vraiment
23:06progressé
23:07et s'est imposé
23:08à la force du poignet.
23:09Pas parce qu'il a été
23:10pistonné,
23:11aidé,
23:12parrainé,
23:12etc.,
23:13parce qu'il a imposé
23:15un talent.
23:16Et du coup,
23:16comme souvent les gens
23:17qui partent de très bas
23:18et qui arrivent très haut,
23:19ils ont des valeurs
23:21conservatrices
23:21parce qu'ils trouvent
23:23que, d'ailleurs,
23:24ils le disaient,
23:24qu'une société
23:25qui a permis
23:26à quelqu'un
23:26comme lui
23:27d'arriver
23:27là où il est arrivé,
23:28c'est quand même
23:29une bonne société.
23:31Alain,
23:32il y a l'homme
23:33et il y a l'époque
23:34qui l'incarnent
23:35en quelque sorte.
23:36On entendait
23:37tout à l'heure
23:38Philippe Bouvard
23:39lancer à la cantonade
23:41« Allez,
23:41on boit cul sec »
23:42et puis le dernier
23:43en reprend un derrière,
23:45une forme de jovialité,
23:46de générosité,
23:47d'incarnation même
23:49avec évidemment
23:50des blagues
23:52historiques,
23:53éternelles
23:53comme Mme Belper
23:55Deloche.
23:56Est-ce que tout ça
23:56pour vous,
23:57Alain,
23:58ça existe encore
23:59ou est-ce que
24:00Philippe Bouvard
24:00finalement a incarné
24:03et donc aujourd'hui
24:04disparaît aussi
24:05cet esprit Bouvard ?
24:07C'est un style
24:08d'une époque,
24:09ça,
24:09très clairement.
24:10bon.
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