00:00Le financement de la traite britannique ne venait pas seulement d'hommes sur des navires.
00:05Il venait aussi de femmes qui achetaient des actions.
00:08Un nouveau registre, j'en ai déjà fait une vidéo,
00:11Historique vient d'identifier 1100 femmes, écoutez bien,
00:14parmi les investisseurs de la traite britannique.
00:16Et ce chiffre est probablement sous-estimé.
00:19Ces femmes achetaient, vendaient et négociaient des actions
00:23de la Royal African Company ainsi que de la South Sea Company
00:28et d'autres encore entreprises indiquées dans la déportation de personnes africaines esclavagisées.
00:34Certaines prêtaient de l'argent, d'autres fournissaient des marchandises
00:37comme par exemple des barils ou des armes qui étaient utilisées lors des échanges sur les côtes africaines.
00:44En 1752, environ 10% des actionnaires de la Royal African Company étaient des femmes.
00:51Or, cette compagnie avait déporté environ 150 000 personnes africaines esclavagisées.
00:57Mais comment pouvaient-elles investir alors que, comme nous le savons,
01:01elles avaient beaucoup moins de droits économiques que les hommes ?
01:04Pour le comprendre, en droit anglais, les femmes célibataires et aussi les femmes veuves
01:09pouvaient contrôler leurs biens et agir juridiquement en leur propre nom.
01:14Les femmes mariées, elles, ne le pouvaient généralement pas indépendamment de leur époux.
01:19Et les chiffres sont révélateurs.
01:20Parmi les 457 investisseurs dont le statut matrimonial a été retrouvé,
01:26près de la moitié étaient veuves.
01:29Un peu plus de 42% étaient célibataires.
01:32Et seulement 7% étaient mariés, principalement des aristocrates.
01:36Certaines aussi avaient hérité de leurs actions.
01:39D'autres les négociaient si activement, écoutez bien,
01:42que cela ressemblait à un véritable métier.
01:46Helen Gladman a même demandé à la Royal African Company
01:49de transporter une jeune africaine de Sherbro Island jusqu'en Angleterre
01:55pour servir dans son foyer.
01:56Le plus glaçant encore, certaines veuves réclamaient devant les tribunaux
02:01le ce qu'on appelait « head money » dû à leur mari,
02:04c'est-à-dire des primes calculées selon le nombre de personnes africaines qu'ils avaient déportées.
02:08Voilà la contradiction la plus brutale, je pense.
02:10Ces femmes utilisaient les profits de la traite pour protéger leur propre famille,
02:17alors que cet argent provenait de la destruction de familles africaines.
02:21Le sujet n'est donc pas de se demander si les femmes étaient aussi méchantes, j'ai envie de dire.
02:26Le véritable choc, c'est de comprendre que la traite était devenue un placement
02:32comme si c'était un placement en bourse financier ordinaire jusque dans les foyers britanniques.
02:38Est-ce que vous connaissiez cette histoire ?
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