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  • il y a 10 minutes
Tous les jours de la semaine, invités et chroniqueurs sont autour du micro de Pierre de Vilno pour débattre des actualités du jour.

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00:00parce que j'accueille sur ce plateau, lors de cette émission, Marie Costa, maire d'Amélie-les-Bains.
00:05Bonjour Madame le maire.
00:07Bonsoir.
00:08Bonsoir, effectivement, bonsoir et merci d'être parmi nous ce soir.
00:12Alors, je le rappelle, ce qu'il s'est passé dans votre commune dépasse l'entendement
00:17et vous y êtes totalement étrangère, Madame le maire, mais je vais rappeler les faits.
00:21Votre commune d'Amélie-les-Bains, 3500 habitants, avec, il y a quelques jours,
00:26pour deux jeunes de 17-13 ans qui ont mis le feu à une salle communale.
00:31Conséquence, c'est une de vos décisions, Madame le maire, couvre-feu pour les moins de 15 ans.
00:37Alors, cette salle, Madame Costa, a été dédiée à l'accueil des jeunes.
00:41Vous nous confirmez qu'elle a été entièrement détruite déjà et qu'on est passé tout près de la catastrophe
00:47parce que je crois que votre jolie commune est située tout près d'une forêt, c'est ça ?
00:51Alors voilà, elle est située en pleine montagne.
00:53Bon, donc si vous voulez, cette salle communale, qui est une salle très importante pour la sociologie du village
00:59parce qu'il s'y passe beaucoup de choses, outre l'accueil des jeunes, des baptêmes, des mariages, des fêtes,
01:06etc.
01:07Il s'y passait, exactement.
01:09Et donc, cette salle a la particularité d'être encadrée par deux énormes pins parasols
01:14et d'être à 5 mètres, donc il y a une route qui sépare, d'une forêt de chênes verts
01:19qui monte jusqu'à un fort Vauban et qui va jusqu'à la frontière espagnole qui est à 5 km.
01:24Donc on a frôlé le drame, en fait, là.
01:26En fait, il y a eu deux drames qui ont été évités.
01:29Le premier, c'est évidemment ce feu qui aurait pu aller jusqu'à la frontière espagnole.
01:34Et d'autre part, évidemment, si jamais les jeunes n'avaient pas pu sortir de la pièce où ils ont
01:41mis le feu.
01:42Vous voyez, donc, on a évité deux drames.
01:44Donc finalement, les choses se terminent plutôt bien.
01:47C'est pour ça qu'il me semble urgent d'avoir un acte symbolique qui sorte du discours performatif.
01:54– Alors, quel est le profil socio-culturel de ces jeunes ?
01:58Et puis surtout, alors, bon, au-delà, et je ne veux certainement pas stigmatiser qui que ce soit,
02:04ni une classe sociale, ni qui que ce soit, mais les jeunes, qu'est-ce qu'ils sont devenus, là
02:08?
02:08Est-ce qu'ils, pendant qu'on se parle, ils sont en liberté dans la commune ?
02:12– Ah ben non, je suppose qu'ils sont chez leurs parents.
02:15– Donc ils sont en liberté, voilà.
02:17– Bien sûr, et ils sont, alors, il s'agit de deux jeunes, tout à fait de, enfin, deux jeunes
02:22vraiment locaux,
02:24tout à fait de la classe moyenne, je veux dire, il n'y a pas de problème social, il n
02:27'y a rien,
02:27donc il n'y a rien à fantasmer de ce côté-là, c'est bien.
02:29C'est d'ailleurs ce qui est très inquiétant, là, c'est-à-dire qu'on est devant une espèce
02:33de vacances occupationnelles
02:35pendant l'été, qui est doublée certainement d'une espèce de pyromanie d'atmosphère due à l'influ des images.
02:42– Marie Costa, vous parlez, pardon de vous couper, parce que c'est intéressant ce que vous dites,
02:45vous parlez de « pyromanie d'ambiance », ça veut dire quoi ?
02:49– Oui, ça veut dire que, si vous voulez, vous prenez des jeunes qui, évidemment, n'ont pas encore un
02:54esprit fait comme vous et moi,
02:56qui sont en pleine formation avec toutes les souffrances de l'après-adolescence,
03:00qui, comme on le sait, arrivent de plus en plus précocement maintenant, bon,
03:04et tout d'un coup, vous voyez un afflux d'images, d'images de feu, le feu c'est beau,
03:09le feu ça fascine,
03:10et donc, déjà, ces deux gamins nous avaient déjà donné du fil à rotor au niveau de la police municipale
03:15en mettant le feu à des poubelles.
03:17Donc, si vous voulez, il y a eu une sorte de crescendo,
03:19et donc, l'incendie d'un bâtiment, ça fait suite à des petits délits
03:27qu'on aurait tendance à considérer comme mineurs.
03:29– Pardon, Mme le maire, on les a un peu vus venir quand même, ces deux jeunes.
03:34– Franchement, moi, je n'ai pas vu venir ça, alors, je ne suis pas Mme Irma, évidemment,
03:39mais je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il y ait un passage à l'acte sur
03:43un bâtiment, non, pas du tout.
03:45– Alors, Ophélie Roch, enseignante, donc, toute indiquée pour vous questionner,
03:49Mme le maire souhaite intervenir.
03:52– Oui, bon, bonjour, madame, j'avais une petite question,
03:56parce que vous êtes, en effet, maire d'une commune de 3500 habitants,
03:58donc c'est vrai que c'est à la fois grand et petit.
04:00Est-ce que vous avez pu parler ou discuter avec les parents,
04:04et qu'est-ce qu'ils vous en disent ?
04:05– Je les connais, les parents.
04:08– Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
04:12– On est dans une commune, si vous voulez, c'est l'été,
04:15on est dans une station thermale, bon, c'est l'été,
04:19les parents travaillent, les enfants sont dehors,
04:22et puis tout d'un coup, l'enfant, on a l'impression qu'il est là,
04:25et puis il est allé plus loin, il n'est plus là, voilà.
04:27Donc, après, pourquoi l'enfant a-t-il un briquet ?
04:30Autre question ?
04:31Bon, moi, je pense qu'il y a un problème de parentalité responsable qui se pose,
04:34qui dépasse très largement Amélie-les-Bains,
04:37c'est qu'on a des générations de parents qui eux-mêmes sont restés dans leur tête
04:41plutôt des enfants ou des adolescents, bon,
04:43et que donc on a tout d'un coup des plantes qui poussent sans tuteur,
04:49j'ai envie de dire, c'est un peu ça.
04:51Vous savez, ça me fait penser au roseau sauvage, voilà,
04:54ce magnifique film de Tavernier, vous voyez, il y a cette idée de roseau sauvage,
04:57alors bon, ces enfants, là, je voudrais leur mettre une limite, voilà,
05:02et mettre une limite surtout aux parents.
05:04Il faut quand même comprendre que quand on fait un enfant,
05:08bon, on va accompagner quelqu'un dans sa construction,
05:12et on va l'accompagner toute sa vie.
05:15Et donc, il est temps de revenir à des choses de bon sens.
05:19C'est aussi simple que ça, du bon sens.
05:21– Alors, je crois quand même que l'un des parents a malgré tout sermonné son enfant.
05:28– Ah oui, oui, oui, plus que ça.
05:29– Un peu léger, d'ailleurs, vu les circonstances,
05:32mais voilà, nous ne sommes pas face à des parents qui n'ont rien dit
05:36sur ce qu'il s'est passé à leurs enfants.
05:38Il y a eu quand même une petite leçon de morale.
05:41– Heureusement, mais si vous voulez, on n'en est plus là.
05:44Je crois que la leçon de morale, tout comme d'autres discours à d'autres niveaux,
05:49ça reste de l'ordre du... Le performatif, ça ne marche pas.
05:52Je veux dire, ce n'est pas parce qu'on va faire un grand discours, etc.
05:55S'il n'y a pas d'effet concret, s'il n'y a pas un effet concret,
05:59s'il n'y a pas une crainte, s'il n'y a pas quelque chose
06:01qui est de l'ordre du marquage de l'autorité,
06:04parce qu'il s'agit de ça quand même.
06:05Moi, je n'ai pas peur de prononcer des mots.
06:08Donc, c'est l'autorité qu'il faut rétablir, là.
06:10L'autorité des parents qui sont défaillants,
06:13mais l'autorité aussi tout autour d'une société qui,
06:17par exemple, avant, dans un village comme le nôtre,
06:20mais les enfants, ils étaient élevés par tout le monde.
06:21Jamais un enfant ne se serait éloigné sans que quelqu'un ne le voie.
06:24Sauf que comme on vit dans un individualisme forcené,
06:28l'enfant des autres n'est plus le nôtre.
06:30Donc, c'est une espèce de démission collective,
06:33une démission du collectif
06:34et une sorte d'érection de l'individu en totem qui est insupportable.
06:40Donc, l'enfant ne se sent plus appartenir à un groupe.
06:44Antoine André souhaite vous interpréter.
06:45Justement, je suis tout à fait intéressé par votre témoignage
06:49et vous parliez justement de la nécessité d'un acte d'autorité,
06:53de rappel à l'ordre, de rappel des règles.
06:56Quand ces enfants ont été interceptés,
06:59je ne sais pas exactement quelles sont les circonstances,
07:00mais quand ils ont été récupérés, identifiés et récupérés,
07:04est-ce qu'il y a un moment où il y a une confrontation
07:06avec des policiers, avec une autorité,
07:08voire même avec un juge des enfants
07:10qui pourrait justement jouer ce rôle de pression,
07:13j'allais dire, et de marqueur
07:14qui pourrait imprimer quelque chose dans leur esprit
07:17comme le souvenir d'une sanction et de règles à respecter ?
07:20Alors, chose très importante,
07:22d'abord, un des enfants nous a été ramené par son père.
07:24Donc là, il y a une conscience des parents
07:26qui ont ramené l'enfant immédiatement.
07:28Et donc, il y avait évidemment les gendarmes,
07:31les pompiers, la police municipale.
07:33Donc, il y a eu une première confrontation directe à l'autorité.
07:36Ensuite, vous savez bien qu'on ne peut pas, en France,
07:40mettre un mineur en garde à vue.
07:42Donc déjà, l'enfant, ce soir-là,
07:44qu'est-ce qu'il fait ?
07:44Il retourne chez lui.
07:46Ensuite, nous, nous avons porté plainte.
07:48C'est-à-dire, moi, j'ai porté plainte en tant que mairie
07:50puisque j'ai quand même un équipement communal qui a disparu.
07:53Le président de la communauté de communes
07:55qui possédait dedans du matériel
07:57a également porté plainte
07:58parce qu'évidemment, il se retrouve sans le matériel en question.
08:01Plus le club de foot intercommunal
08:03qui, lui aussi, a vu son matériel brûler.
08:05Donc, il y a une plainte.
08:06Donc, ça veut dire qu'évidemment, ça suit.
08:08Voilà.
08:09Madame le maire, Marie Costa,
08:11maire d'Amélie Lébin, je le rappelle.
08:13On sait que les maires qui décident d'instaurer,
08:16comme vous le faites, des couvre-feux dans leurs communes
08:18sont souvent retoqués par le tribunal administratif.
08:22Est-ce que ça, c'est votre crainte ?
08:24Est-ce qu'il y a, est-ce que vous avez déjà eu vent ?
08:27Oui, j'ai déjà donné.
08:28D'une ligue des droits de l'homme ?
08:30Je le dis au hasard.
08:30Ah bah écoutez, moi, j'ai déjà donné personnellement.
08:33J'ai déjà donné personnellement
08:34parce qu'on avait des groupes d'enfants,
08:37d'enfants, hein, 12-13 ans,
08:39qui nous ont terrorisés
08:41pendant les mois de janvier, février et mars.
08:43Donc, en, évidemment, crevant des pneus de voiture
08:46et en cassant les vitres des voitures garées.
08:49Donc, vous imaginez que dans une station thermale,
08:52c'est quand même pas exactement idéal, voyez,
08:54pour attirer le chaland.
08:55Bon, donc, évidemment, là aussi, j'ai pris un arrêté.
08:58Bon, évidemment, cet arrêté a été cassé
09:01à la demande de la Ligue des droits de l'homme
09:03parce que c'était, soi-disant, liberticide
09:05et que, évidemment, comme, malheureusement,
09:08en février et mars, on était en période électorale,
09:11ça a été perçu comme, évidemment,
09:13une prise de position politique et électorale.
09:16Ce que ce n'est pas du tout.
09:17Donc, là, je suis ravie déjà qu'on ne soit plus en période électorale.
09:19Oui, madame le maire, ce qu'il faut préciser, peut-être,
09:21pour que les auditeurs comprennent,
09:23c'est qu'en prenant cet arrêté de couvre-feu,
09:25en fait, vous donnez le pouvoir aux policiers municipaux
09:28qui sont présents de pouvoir contrôler les jeunes
09:31parce qu'il y a une infraction qui est faite
09:33parce qu'elle est verbalisée.
09:34Alors, si la loi permettait aux policiers municipaux
09:37de contrôler les jeunes
09:38sans aucune infraction commise en soirée,
09:42il y aurait une façon d'endiguer ces violences
09:44en amont, j'allais dire.
09:45Et en fait, vous êtes contrainte à prendre ce couvre-feu
09:47pour donner pouvoir à vos policiers municipaux.
09:50Absolument. Moi, j'ai fait partie des gens
09:51qui ont, quand M. d'Aragon s'occupait de la police municipale,
09:56je fais partie des maires qui ont écrit
09:57pour demander une extension des pouvoirs de nos polices municipales.
10:00Donc, de ce côté-là, je suis tout à fait d'accord avec vous
10:03parce qu'on se retrouve avec des supplétifs,
10:05ça, c'est la réalité,
10:06des supplétifs à la Gendarmerie nationale
10:08parce que vous savez comme moi
10:09que les effectifs de la Gendarmerie nationale,
10:12c'est la peau de chagrin.
10:12Donc, tout d'un coup, l'État a trouvé
10:15comment faire payer à la Commune
10:16ce qu'il ne paye plus lui-même,
10:18n'ayons quand même pas peur d'énoncer les réalités.
10:21Donc, on a des polices communales.
10:23En ce qui me concerne, moi, j'ai trois fois l'effectif
10:25que m'impose ma trace de population.
10:28Madame Marie Costa,
10:30bon, alors, là, pour le coup,
10:32ce couvre-feu a été mis en place depuis quelques jours.
10:36Est-ce que vous sentez, finalement,
10:39que la Ligue des droits de l'homme
10:40va à nouveau vous chercher des poux ?
10:45Pardon de le dire comme ça.
10:46Écoutez, je vais vous dire, j'en sais rien
10:47parce qu'on a fait très attention.
10:49D'abord, j'aime pas du tout le mot couvre-feu
10:51parce qu'en fait, ça a un côté presque médiéval.
10:53Vous voyez, le couvre-feu.
10:54Puis, il y a un côté défense passive aussi
10:56qui, quand même, dramatise un peu la situation.
10:59En fait, il s'agit d'interdire qu'un jeune
11:02ou une jeune, c'est pas du tout sexiste que je dis,
11:05de moins de 15 ans,
11:07se promène dans la nuit,
11:10donc entre 23h et 6h du matin,
11:12sans être accompagné d'un adulte.
11:14Bon, c'est encadré dans le temps.
11:16On a choisi le 1er septembre.
11:17Non, on a tout fait pour que, normalement,
11:19ça passe sous les fourches codines
11:21de la Ligue des droits de l'homme.
11:22Mais vous savez, comme moi,
11:24que ce sont des fourches codines
11:25extrêmement élastiques et pesantes.
11:27Voilà.
11:27N'avez-vous pas peur ?
11:28Parce que vous êtes une magnifique station thermale
11:30traversée par un fleuve qui s'appelle le Tec.
11:34Oui, il fait bon vivre.
11:36Il fait bon vivre, effectivement,
11:38contrairement à ce qu'on peut croire.
11:39Voilà, comme ça,
11:39je redore un peu le blason de votre jolie ville,
11:43Madame Le Maire.
11:43C'est une ville magnifique.
11:44Mais alors, n'avez-vous pas peur ?
11:45Parce que là, on vous a vu,
11:47et vous avez raison,
11:48vous avez pris la parole,
11:49vous avez fait preuve d'un énorme courage.
11:51Mais n'avez-vous pas peur
11:53que cette histoire soit un peu contre-productive
11:56dans une ville comme la vôtre,
11:57qui dépend aussi du tourisme thermal ?
12:00Un village où on met le feu aux salles communales ?
12:02Voilà.
12:03Vous savez, ce qui est contre-productif,
12:04c'est le silence.
12:06Ce qui est contre-productif,
12:07c'est que c'est de taire la réalité.
12:09Ça, c'est contre-productif.
12:11Ce qui est...
12:11Je veux dire, là, qu'est-ce que c'est ?
12:13C'est deux gamins qui ont fait une bêtise.
12:15Bon, certes, elle est énorme.
12:16Et donc, certes,
12:17on leur met des garde-fous,
12:19mais des garde-fous pour eux.
12:21Surtout des garde-fous pour eux.
12:22Mais je ne vois pas en quoi
12:23ça vient, comment dirais-je,
12:26flétrir la réputation d'un village.
12:28Moi, je crois que ce qui est grave,
12:29c'est de le taire.
12:30Parce que si tout le monde parlait en même temps,
12:32et si tout le monde expliquait
12:33la réalité de ce qui se passe,
12:35la réalité de la détresse
12:36d'une certaine jeunesse,
12:38parce qu'il y a une oisiveté
12:39que nous n'avons pas connue,
12:40il y a une absence de lecture
12:41que nous n'avons pas connue.
12:43Voilà.
12:44Très bien, bien sûr, merci.
12:46Merci, madame le maire,
12:47d'avoir été parmi nous.
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