- il y a 3 semaines
Avec Jean-Baptiste Andreoletti, secrétaire général adjoint du Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique
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NewsTranscription
00:00On va passer à une autre question dont on parlait tout à l'heure, qui est la question de la
00:05chirurgie esthétique illégale.
00:11Et pour en parler, on est avec Jean-Baptiste André Oloti, secrétaire général adjoint du Syndicat National de Chirurgie Plastique,
00:18Reconstructrice et Esthétique.
00:21Jean-Baptiste, bonjour, soyez le bienvenu sur l'antenne de Sud Radio, merci d'être avec nous.
00:27Alors, vous avez fait partie d'un collectif, si j'ai bien compris, qui a signé une pétition et qui
00:35l'a fait savoir ces dernières heures,
00:37parce qu'aujourd'hui, la situation est absolument dramatique en matière de chirurgie esthétique, et plus exactement de chirurgie esthétique
00:45sauvage,
00:46puisque c'est de ça dont on parle, de clients qui vont se faire injecter un peu n'importe quoi
00:54par n'importe qui, et c'est un problème.
00:56C'est pour cela, aujourd'hui, que vous souhaitiez intervenir.
01:00Alors oui, alors peut-être quelques petites corrections.
01:02Moi, je ne fais pas partie du collectif qui était, en fait, il y a une pétition,
01:06il y a une lettre ouverte à la ministre qui a été envoyée par les médecins libéraux,
01:11le syndicat des médecins libéraux.
01:12Nous, on est le syndicat des chirurgiens plasticiens.
01:15Ça fait depuis 2022 que nous alertons, que nous sensibilisons, que nous essayons, par tous les moyens,
01:23d'essayer de combattre ces injectrices illégales.
01:29Alors, ce n'est pas de la chirurgie esthétique, c'est de la médecine esthétique.
01:32C'est-à-dire que c'est des gens qui n'ont aucune qualification médicale, ni de près, ni de
01:36loin,
01:37et qui proposent des injections d'acide hyaluronique, dans certains cas de Botox, dans certains cas d'autres produits.
01:43On a parlé du lemon bottle, à un moment donné, qui sont des choses qui font fondre les graisses.
01:48Donc, ces gens proposent ce type d'injection, voire même des fois des actes carrément de chirurgie esthétique,
01:53des liposussions, du coup.
01:54C'est des gens qui n'ont pas de qualification et qui mettent clairement en danger la vie des personnes
02:00qui viennent les voir.
02:02Et voilà, malheureusement, ça fait cinq ans qu'on alerte là-dessus.
02:05On est déjà au deuxième décès dans un cabinet sauvage de médecine esthétique.
02:12C'est dramatique.
02:13Alors, bien sûr, toutes nos pensées vont pour les victimes, les familles des victimes.
02:20Mais il faut se rappeler que ça ne devrait pas arriver et que nos pouvoirs publics, aujourd'hui,
02:24ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux.
02:26Nous, on alerte depuis longtemps.
02:28Oui, c'est pour ça qu'on en parle aujourd'hui.
02:31C'est non seulement parce qu'il y a eu ce deuxième décès,
02:34mais aussi parce que, selon le collectif et selon votre syndicat,
02:39il y a trop d'inertie de la part des pouvoirs publics, aujourd'hui.
02:45Mais bien sûr.
02:46Mais bien sûr.
02:47Et ce n'est pas faute d'avoir signalé tout ça.
02:49On en voit.
02:50On cherche des interlocuteurs.
02:52On en a trouvé un en la personne de service de la gendarmerie
02:55qui s'occupe d'essayer de retracer tous les problèmes de santé qui vont derrière.
03:02On a enfin un interlocuteur depuis quelques mois.
03:04Mais malheureusement, c'est très lent.
03:06Ça n'avance pas.
03:07La première des choses, c'est que ces fake injectrices,
03:09parce qu'on dit injectrices, parce que ce sont souvent des jeunes femmes,
03:13plus ou moins venant des fois de pays d'Europe de l'Est,
03:16mais pas toujours,
03:17qui s'auto-forment, qui se forment entre elles, d'ailleurs,
03:23qui proposent des rendez-vous,
03:26généralement dans des appartements qui sont loués,
03:28soit par des plateformes, soit par des connaissances,
03:33avec des adresses qui sont données au dernier moment
03:35et qui fonctionnent sur les réseaux sociaux,
03:37et notamment Instagram, TikTok.
03:39Et ça, nous, on signale depuis longtemps,
03:41ces comptes-là devraient être interdits.
03:43C'est-à-dire qu'elles ne devraient pas pouvoir racoler,
03:46entre guillemets, sur les réseaux sociaux,
03:49les patientes.
03:50Par ce biais-là, ces comptes devraient être repérés et interdits.
03:53C'est très simple.
03:54N'importe qui prend son téléphone portable
03:57et cherche, trouve immédiatement,
03:58si vous mettez quelques mots-clés,
04:00vous tombez sur injection et vous tombez sur tous ces sites-là.
04:03Comment se fait-il qu'on n'empêche pas ces gens-là de nuire,
04:06déjà en arrêtant ça ?
04:07Premier élément.
04:08Deuxième élément, lorsqu'on signale
04:11ces personnes,
04:12la justice traîne énormément.
04:14On n'arrive pas du tout à avoir...
04:15On a un exemple de deux cousines sur la région lyonnaise
04:18qui travaillaient,
04:19qui ont été jugées.
04:24Elles ont changé leur compte.
04:27Elles sont encore en état de nuire aujourd'hui
04:28et continuent à fonctionner
04:30alors qu'elles ont été déjà condamnées.
04:32C'est incroyable.
04:32C'est pour ça, justement,
04:34quelles sont les solutions
04:35qu'on pourrait envisager aujourd'hui ?
04:37Parce que si les personnes qui sont condamnées
04:42peuvent reprendre leurs activités,
04:44on a du mal à comprendre
04:45quelles pourraient être les solutions.
04:48En fait, si les solutions,
04:50elles sont sains,
04:50premièrement,
04:52je vous l'ai dit,
04:53la première chose,
04:54c'est d'identifier les comptes
04:56et ça, c'est possible de le faire,
04:57c'est-à-dire avec une volonté
05:01de manifester clairement,
05:03c'est tout à fait possible
05:04de bloquer ces comptes,
05:05de les identifier.
05:06Deuxièmement,
05:07de réprimer de manière extrêmement sévère.
05:09C'est des délits
05:11d'exercice illégal de la médecine
05:13et de mise en danger de la vie d'autrui.
05:15Donc, ce n'est pas des petits délits tout simples.
05:17Je crois qu'il faut condamner fermement
05:19et sans attendre,
05:21arrêter les sites et repérer.
05:22Et puis, surtout,
05:23il faut sensibiliser de l'autre côté
05:27le public
05:28pour que les patients
05:30n'aillent pas vers ces cabinets
05:32de mise en danger.
05:33Bien sûr.
05:34Jean-Baptiste André-Aulotti,
05:35vous, ensuite,
05:37vous récupérez,
05:38d'une certaine façon,
05:39les dégâts qui ont pu être commis
05:42dans ces cabinets clandestins ?
05:47Absolument.
05:48Et bien avant qu'il y ait eu,
05:50malheureusement, des décès,
05:51on signalait déjà
05:53tout un tas de pathologies
05:56liées à des mauvaises injections.
05:58En fait, nous avons affaire
05:59à des personnes
06:00qui ne connaissent pas l'asepsie,
06:02donc qui ne savent pas désinfecter,
06:03tout simplement, la peau.
06:05Donc, ils peuvent injecter
06:05et entraîner des infections.
06:09Deuxièmement,
06:09nous avons affaire
06:10à des personnes
06:10qui ne connaissent pas l'anatomie,
06:12qui ne savent pas où injecter.
06:13Donc, on peut avoir des drames
06:15parce qu'on peut avoir
06:15des piqûres dans des artères.
06:17Nous, on peut récupérer
06:18des nécroses
06:20d'une partie du visage,
06:21des nécroses de la lèvre,
06:22des nécroses du nez.
06:23On peut même avoir
06:24des cécités par injection
06:25qui vont remonter
06:29un trajet artériel
06:30et aller oblitérer
06:32l'artère centrale de la rétine.
06:33Donc, on peut avoir
06:34vraiment des drames.
06:36On le signalait bien avant déjà
06:37qu'il y ait des décès.
06:39Alors maintenant,
06:39on se retrouve avec des décès
06:40par injection
06:40soit d'acide hyaluronique,
06:42soit de choc anaphylactique,
06:44si j'ai bien compris,
06:44sur une injection
06:47de l'idocaine.
06:48Bref, tout peut arriver
06:49et nous, on le signale
06:50depuis très longtemps.
06:53Donc, nos auditeurs,
06:54dites-leur bien
06:55qu'ils l'entendent bien.
06:56N'y allez pas,
06:57surtout, n'allez pas
06:58vous faire injecter
06:59par quelqu'un
06:59qui n'est pas médecin.
07:00Bien sûr.
07:02Et il faut le rappeler,
07:03parfois,
07:05certains dommages
07:05sont irréparables.
07:08Absolument.
07:08Quand on se retrouve
07:09avec une nécrose du nez,
07:10on n'a plus de nez.
07:11Donc, on peut essayer
07:12de réparer comme on peut.
07:13Quand vous avez une cécité,
07:14vous avez perdu la vue,
07:15vous avez perdu la vue.
07:16Et ça, on ne peut pas.
07:17C'est terrible.
07:18C'est terrible.
07:18Et quelle est l'ampleur ?
07:19Parce que vous dites
07:20que ça fait un petit moment
07:21que vous alertez
07:22les pouvoirs publics
07:23et que malheureusement,
07:24les choses bougent
07:25très, très, très, très,
07:26très doucement.
07:30On a le sentiment
07:30que ça prend de l'ampleur.
07:31C'est-à-dire qu'en fait,
07:32on pensait que c'était
07:33un petit phénomène,
07:34mais pas du tout.
07:36Ça ne fait pas peur
07:37aux jeunes, apparemment.
07:38Alors, le problème,
07:40c'est que souvent,
07:40c'est les jeunes
07:41qui sont ciblés.
07:44Alors, difficile
07:45d'avoir des chiffres
07:45parce que comme c'est...
07:48Oui, comme c'est
07:49qu'en destin.
07:52Change de nom,
07:54change d'adresse,
07:54change de site
07:55très, très vite
07:56pour éviter
07:56de se faire repérer.
07:58C'est compliqué
07:59d'avoir des chiffres.
08:00Ce qu'on sait,
08:00c'est qu'effectivement,
08:01l'augmentation
08:01est très importante
08:02parce que ça,
08:03c'est les patientes
08:03qui nous le disent.
08:04Et on le voit très bien.
08:07Deuxièmement,
08:08on a affaire maintenant
08:09à presque des réseaux mafieux.
08:11C'est-à-dire que
08:11comme on ne peut plus
08:13aujourd'hui se procurer
08:15grâce à notre action
08:16du cas des plasticiens,
08:18on ne peut plus se procurer
08:19de l'acidialuronique
08:20en vente libre
08:21dans les pharmacies,
08:21ils sont obligés
08:22pour se les procurer
08:23de passer par des réseaux
08:24clandestins aussi
08:25de fournitures,
08:26on vient Internet,
08:27et ça devient
08:28des réseaux mafieux.
08:28Donc, on commence
08:29à se trouver
08:30vers des filières
08:31qui sont clairement
08:33de l'ordre du banditisme.
08:35Est-ce que ça veut dire
08:35que les produits
08:36sont également
08:37de moins bonne qualité ?
08:39Non seulement
08:40ils sont de moins bonne qualité,
08:41mais on ne sait pas
08:41ce qu'on vous injecte.
08:42Et ça,
08:43je disais,
08:43on a des gens
08:44qui ne connaissent pas
08:45l'anatomie,
08:46ne connaissent pas la sepsie,
08:47et en plus,
08:48on ne sait pas
08:48quels produits
08:49on se fait injecter
08:50parce que vous trouvez
08:50sur des marchés parallèles
08:52des produits injectables
08:53qui n'ont plus rien à voir
08:54avec de l'acide hyaluronique
08:55avec toute la dangerosité
08:57que ça suppose.
08:58C'est terrible,
08:59Jean-Baptiste Andrelotti,
09:00ce que vous nous dites,
09:00parce qu'en fait,
09:01ça veut dire
09:02qu'on est en train
09:03effectivement là
09:05de commettre
09:06des dommages
09:07irréparables
09:07sur des jeunes,
09:08que tout le monde
09:09est inconscient,
09:10ceux qui pratiquent
09:11et ceux qui croient
09:12faire une bonne affaire
09:13parce qu'ils ne payent pas cher
09:14pour quelques piqûres
09:16et quelques modifications
09:19du visage.
09:20On se demande bien
09:21d'ailleurs
09:21où est l'intérêt,
09:22mais ça,
09:23c'est autre chose
09:24si je puis me permettre.
09:26C'est un autre débat.
09:28Oui,
09:28c'est un autre débat.
09:29Je ne vais pas rentrer
09:30dans ce débat-là,
09:31mais ce qui est terrible
09:32à vous écouter,
09:33c'est qu'on se rend compte
09:34qu'il y a quand même
09:35le développement
09:36d'une activité parallèle,
09:38clandestine,
09:41et qui aura des conséquences
09:43sur la jeunesse
09:45et qu'ensuite,
09:46il va y avoir aussi
09:47un impact
09:48d'une certaine façon
09:49sur la santé
09:49et donc,
09:51j'ai envie de dire,
09:51sur la santé légale.
09:52Enfin,
09:52je veux dire,
09:53surtout ceux qui ensuite
09:54vont devoir
09:54récupérer
09:55ces jeunes.
09:59Bien sûr,
10:00on ne parle même pas
10:01des décès,
10:02puisqu'on a deux décès
10:03à déplorer.
10:04Malheureusement,
10:04je crains qu'il ne finisse
10:05par y en avoir d'autres.
10:06C'est terrible,
10:07mais c'est comme ça
10:08parce que ça arrive.
10:09Donc oui,
10:10on est sur un vrai problème
10:12dans les publics
10:13et on est sur un vrai problème
10:14de justice
10:15puisqu'aujourd'hui,
10:16tout ça se fait
10:17en impunité la plus totale.
10:21Jean-Baptiste Andrelotti,
10:23quelles sont les causes
10:23des décès
10:25sur les deux cas
10:26qui sont recensés
10:27jusqu'à présent ?
10:29Alors moi,
10:29je n'ai pas eu
10:30toutes les infos.
10:31Je crois que la première
10:32qui était décédée
10:33à Villeurbanne,
10:34me semble-t-il,
10:35c'était des injections
10:36dans les veines
10:38qui ont provoqué,
10:39des injections
10:39d'augmentation
10:40de volume des fesses
10:41avec de l'acide hyaluronique
10:43qui ont provoqué
10:45une embolie pulmonaire.
10:46C'est-à-dire que si on injecte
10:48dans les veines,
10:48les produits passent
10:49dans le cœur,
10:51dans les veines,
10:52remontent jusqu'au cœur
10:53et le cœur envoie
10:54dans les poumons.
10:56Et ça peut provoquer
10:57l'emboli pulmonaire
10:58et la mort.
10:59Si j'ai bien compris
11:00sur le décès récent,
11:02ce sera un choc anaphylactique
11:03sur une injection
11:04de l'idocaine
11:07totalement illégale
11:07puisque faite par quelqu'un
11:08qui n'a pas les qualifications
11:09pour le faire.
11:10Et ce choc,
11:11comment ça fonctionne ?
11:13Dans un cabinet médical classique,
11:15dans un cabinet médical classique,
11:16vous avez un médecin
11:17déjà qui pose la question
11:18de savoir si les gens
11:19ont des allergies.
11:19Deuxièmement,
11:20qui est en mesure
11:22d'intervenir,
11:23de faire les premiers secours
11:24sur...
11:25Vous savez,
11:25quand vous allez chez le dentiste,
11:26quand vous allez voir
11:27n'importe quel médecin
11:28pour un geste
11:28sur une anesthésie locale,
11:29il y a un certain nombre
11:30de règles de base
11:31qui sont bien entendu
11:33totalement bafouées.
11:34Et puis,
11:35vous avez des gens
11:35qui ne sont pas aussi
11:36en mesure
11:37de comprendre
11:38la gravité
11:38de ce qui arrive
11:40à leurs patients.
11:42Merci infiniment,
11:43Jean-Baptiste Andréolotti,
11:45d'avoir témoigné
11:47sur l'antenne
11:47de Sud Radio ce matin.
11:48Je rappelle que vous êtes
11:49secrétaire général adjoint
11:50du Syndicat National
11:51de Chirurgie Plastique
11:53Reconstructrice et Esthétique.
11:55Donc,
11:55on a bien compris
11:55que c'était la partie,
11:57je dirais,
11:57légale
11:58de la chirurgie esthétique
12:00et que vous dénoncez
12:01tout ce qui se passe
12:02de façon absolument clandestine
12:04et qui est terrible aujourd'hui
12:06parce que les conséquences
12:08en matière de santé
12:09sont catastrophiques
12:11sur nos jeunes
12:11et il faut que les pouvoirs publics
12:13en prennent conscience.
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