00:00Les Vraies Voix Sud Radio
00:02Les incendies ne détruisent pas seulement les hectares de forêts.
00:05Ils frappent aussi de plein fouet le monde agricole.
00:08Chaque année en France, des milliers d'hectares de terres agricoles sont touchés directement ou indirectement par les feux.
00:13Culture détruite, prairies brûlées, clôtures et bâtiments endommagés, élevages menacés.
00:19A cela s'ajoutent les effets de la sécheresse, les vagues de chaleur, les fumées qui fragilisent aussi ces exploitations.
00:24Selon les experts, avec le changement climatique, le risque d'incendies s'étend désormais bien au-delà du sud de
00:29la France et concerne de nouveaux territoires.
00:32Alors pour en parler justement, nous sommes avec Nicolas Jaquet.
00:35Bonsoir Nicolas.
00:36Bonsoir.
00:37Bienvenue.
00:38Alors Nicolas, vous êtes agriculteur, membre de la CR40, qui est la coordination rurale des Landes,
00:44et membre de la DFCI 40, qui est l'association de défense des forêts contre les incendies.
00:49Vous, ce que vous dites tout simplement, Nicolas, c'est qu'il faut rendre la terre aux agriculteurs.
00:56Oui, enfin disons qu'on est dans une région où il y a un équilibre entre agriculture et forêt ici,
01:01parce que je suis également forestier.
01:06C'était une région de pâturage.
01:10Avant qu'il y ait la forêt, il y avait des troupes hauts de moutons.
01:12Dans ma commune, il y avait 80 familles qui vivaient de l'élevage de moutons jusqu'en 1900 à peu
01:18près.
01:19Ensuite, la forêt s'est implantée.
01:21Et à partir des années 1950-1960, il y a de grandes clairières qui ont été créées,
01:26avec une agriculture qui s'est développée dans la Haute-Lande et dans les Landes-Girondines également.
01:34Je pense qu'on a un rôle quand même important, parce qu'on fait des clairières, des pare-feux naturels.
01:40Il faut savoir que les incendies existaient déjà avant qu'il n'y ait pas la lande brûlée.
01:45C'est pour ça d'ailleurs qu'autour des maisons dans les terrains qu'on appelle les aériales,
01:50il y avait des chaînes de manière à ce que ça ne brûle pas.
01:53Oui, ce n'était pas des pains.
01:54Et puis, les zones qui brûlaient le plus, historiquement,
02:00finalement, ce sont les zones qui aujourd'hui sont cultivées.
02:03Oui, ben oui.
02:06Thierry Blandiner, quand on entend Nicolas Jaquet,
02:08je rappelle que vous êtes directeur général du groupe InVivo,
02:10c'est un peu votre truc, l'agriculture.
02:12Quand vous entendez ça, justement, il faut replanter,
02:15il faut redonner aussi aux agriculteurs,
02:17et donc forestiers, la possibilité de gérer leur terrain,
02:20puisqu'ils le connaissent bien.
02:22En fait, il y a des vraies questions sur le potentiel de production dans ces régions,
02:26qu'il faut préserver pour préserver le revenu des agriculteurs,
02:29voire avoir un projet pour nourrir la population française,
02:32parce qu'autrement, on ne peut pas lâcher,
02:34sinon on va importer encore plus de produits,
02:37donc ça sera difficile.
02:39Si on parle de souveraineté, il y a quand même un enjeu.
02:41Donc, il faut conjuguer, c'est une équation à plusieurs inconnues,
02:44qu'il faut conjuguer.
02:45Et donc, peut-être saisir ce moment de crise,
02:47où, je le disais hier, se mettre autour d'une table,
02:49et voir comment on repense le modèle agricole.
02:51La Nouvelle-Aquitaine, je connais un petit peu.
02:53C'est un peu votre région, à priori.
02:54Et pour avoir vécu à Mont-de-Marsan très longtemps,
02:57voilà, j'en parle régulièrement,
03:00et je pense que là-bas, il y a un potentiel qui reste à reconstruire
03:03avec l'agriculture de maïs et autres.
03:06Il y a des vraies questions qui se posent,
03:07avec notamment la gestion de l'eau,
03:08on en parlait hier,
03:09et comment essayer de réorganiser un peu tout ça.
03:14Alors, ce matin, j'étais avec le président de la Chambre d'agriculture
03:17de la Nouvelle-Aquitaine,
03:18pour échanger d'une manière générale sur qu'est le potentiel de production
03:22de la ferme de la Nouvelle-Aquitaine,
03:24et comment conjuguer tout ce qui est forêt
03:27et comment essayer de rééquilibrer tout ça
03:29et comment se servir, en fait,
03:31des cultures agricoles comme pare-feu,
03:33quelque part, la vigne fait partie de ces pare-feu,
03:36mais aussi le maïs, les carottes là-bas dans les Hautes-Landes,
03:39tout ça, c'est des rotations de culture aussi organisées
03:41et surtout après, organiser le stockage d'eau
03:44dans les points stratégiques qui pourraient être partagés
03:46pour la sécurité en cas de feu,
03:49mais aussi pour l'irrigation.
03:50Et je pense que là, il y a un vrai sujet à repenser,
03:52il faut en parler au président de région, Alain Rousset,
03:54pour qu'il s'y colle,
03:55parce que c'est un vrai sujet d'infrastructure de long terme
03:58et c'est peut-être maintenant qu'il faut saisir cette crise
04:01qui est vraiment incroyable dans la région
04:03pour proposer un plan d'infrastructure organisé,
04:07avec bien sûr, en concertation avec les agriculteurs.
04:10Oui, c'est certain.
04:10De ce point de vue-là,
04:13il y a quand même la question des retenues d'eau
04:14est quand même l'une des plus importantes.
04:18Il se trouve que c'est devenu, depuis quelques années,
04:21polémique.
04:22Les questions politiques les plus polémiques,
04:26il y a un élément assez drôle,
04:29c'est de penser qu'il y a justement eu en Charente,
04:32juste avant le départ de l'incendie,
04:35non seulement l'interdiction de quatre grandes retenues
04:38qui étaient déjà construites,
04:40mais pas seulement l'interdiction,
04:41c'est-à-dire la demande de destruction.
04:44Et il faut savoir qu'il y a des endroits
04:46qui n'ont pas polémiqué.
04:48Le problème qui a été principalement noté,
04:52c'était la taille.
04:53On les considérait comme trop importantes.
04:56Détruire ces retenues d'eau à ce moment-là,
04:58ça ne peut avoir que des conséquences extrêmement difficiles,
05:02d'autant plus, et c'est une des choses dans ce débat
05:04qui est comme d'habitude très manichéen
05:06et instrumentalisé, dont on ne parle pas,
05:09c'est qu'une retenue d'eau,
05:10ça a une valeur en fonction du sol
05:13de la région dans laquelle elle est posée.
05:16Or, là, nous sommes justement dans des endroits
05:18où on a des sols extrêmement perméables.
05:20Ce qui veut dire que la nappe phréatique,
05:21en réalité, ne retient pas l'eau.
05:23L'eau va directement vers la mer
05:24et en réalité, c'est extrêmement important
05:28de retenir l'eau dans les moments
05:30où elle est disponible.
05:34Elle est disponible dans l'été.
05:36Je voudrais intervenir un petit peu sur...
05:37Allez-y, Nicolas.
05:38Oui.
05:39En fait, dans tout le massif forestier d'Aquitaine,
05:43on n'a pas du tout besoin de stocker de l'eau
05:45parce que le stockage, il est naturel
05:47et il se fait dans le sable qui est dessous.
05:50On a une réserve énorme d'eau
05:52à deux mètres de profondeur.
05:54Le sable, c'est une grosse éponge
05:55et il suffit de reprendre l'eau du sable.
05:59Bon, il faut savoir qu'on est dans la région de France
06:01quand même où il pleut le plus.
06:02On a 1100 millimètres de gigomètres.
06:04J'aurais pas dit, tiens.
06:09Actuellement, un maïs irrigué
06:10va utiliser 650 millimètres d'eau
06:13et une culture de pas maritime
06:16qui, d'une quinzaine d'années,
06:17va utiliser 800 millimètres d'eau.
06:20Donc, ça veut dire que ce soit la forêt
06:23où l'agriculture, on utilise beaucoup d'eau
06:27dans le secteur,
06:28mais cette eau, elle est vraiment disponible
06:31à profusion.
06:32Donc, ici, on n'a pas de manque en eau,
06:35pas besoin de faire des méga-bassines.
06:36On est vraiment dans une région
06:38béni des dieux pour l'eau.
06:40Alors, quand on entend, justement,
06:42Nicolas, Jacques, là-dessus,
06:44Madi, Saïdi,
06:45et qu'on sait que, pour rappel,
06:472026, c'est une année record, déjà.
06:48Près de 116 000 hectares brûlés en France,
06:5013 550 feux recensés depuis au 27 juillet,
06:54soit déjà bien plus que le record de 2022.
06:57On se dit que, quand on a conscience
06:58des manières qu'on pourrait utiliser,
07:01en fait, pour éviter ce genre de situation
07:02et que ce n'est pas applicable,
07:04peut-être qu'il faut changer de vision
07:05et de projection.
07:06Oui, je pense qu'il faut changer de vision,
07:07mais surtout faire de la pédagogie,
07:09parce que tout ce qui a été dit ici
07:10est tellement logique.
07:13Mais il y a aussi un débat politique
07:14et idéologique qui font que les gens
07:16sont tellement dogmatiques
07:17qu'ils ne sont pas capables de réfléchir.
07:19Effectivement, on doit changer
07:20et nous adapter, justement,
07:21à tous ces changements climatiques.
07:23Il faut qu'on essaie de repenser
07:24la manière dont on fait de l'agriculture,
07:26la manière dont on se sert de l'eau.
07:27Il va y avoir de vrais enjeux de l'eau.
07:29Et honnêtement, quand on voit cette crise,
07:31peut-être que c'est l'occasion, justement,
07:32de réfléchir à nouveau et de se dire
07:33« Ah ben voilà, ça nous est arrivé,
07:35comment on fait pour la prochaine fois être prêt ? »
07:38Pour pouvoir, d'ailleurs,
07:38on a bien vu des pompiers,
07:39ça a été compliqué,
07:40ils sont allés prendre de l'eau dans la Seine.
07:41Oui, c'était impressionnant, d'ailleurs.
07:44Alors, on va filer à Marche Primes,
07:46en Gironde, pour faire un point avec le maire.
07:49Manuel Martinez.
07:50Bonjour.
07:51Bonjour, monsieur le maire.
07:52Alors, on va faire un petit point de situation,
07:54justement, à Marche Primes avec vous,
07:56parce que je crois qu'il n'y a toujours
07:56pas de retour à domicile chez vous.
07:58Comment ça se passe ?
08:00Racontez-nous, vous en êtes.
08:03Donc, la Marche Primes a été impactée
08:05par les incendies sur son territoire
08:08et sur sa partie forestière.
08:09La Marche Primes est constituée
08:12de 11% d'urbanisation et 88% de forêt.
08:17Et donc, la Marche Primes a été impactée
08:19par cet incendie.
08:20Donc, on a libéré neuf communes
08:24qui n'étaient pas ou peu touchées
08:26par l'incendie.
08:28Aujourd'hui, à l'heure à laquelle
08:30je vous parle, il y a deux points noirs
08:32et critiques de tête de feu
08:34au nord de la commune
08:35et un autre qui se trouve
08:37dans la commune voisine,
08:39qui se trouve à l'ouest.
08:40Et nous avons des vents d'ouest
08:44relativement élevés
08:45et qui ont réveillé un feu
08:49aujourd'hui, cet après-midi.
08:51Donc, on n'y est pas encore
08:52à libérer la commune de Marche Primes.
08:54Mais il faudra faire un bilan
08:55et on fait un bilan au quotidien
08:57pour savoir si on a la possibilité
08:59de faire revenir la population.
09:03Comment il est le moral ?
09:04Alors, il est relativement bon
09:06parce qu'on voit la lumière
09:09du bout du tunnel.
09:10Mais il faut être encore vigilant.
09:13Tant qu'on n'aura pas totalement fixé,
09:16le feu est stabilisé,
09:18il n'est pas encore fixé,
09:20donc il n'est pas totalement maîtrisé.
09:22Donc, voilà.
09:24On a des facteurs favorables
09:26aujourd'hui.
09:27Après deux jours
09:28de température très élevée,
09:30on a déjà au moins ceci
09:32et des vents qui sont
09:34moins élevés
09:35en intensité
09:37que la veille et l'avant-veille.
09:41Merci, M. le maire.
09:42Vous êtes Manuel Martinez,
09:43maire de Marche Primes.
09:44On vous souhaite du courage
09:45et on espère que vous allez
09:47bientôt tous pouvoir rentrer
09:48chez vous, évidemment.
09:50Avant de...
09:51Cette émission continue,
09:52les vraies voix de l'été.
09:53Dans un instant,
09:54c'est le tour de table
09:54des vraies voix.
09:55Ils ont des super sujets pour vous,
09:56donc restez avec nous.
09:57A tout de suite.
09:58Ma maison d'habitation
09:59est à Somence,
10:00donc j'ai tout perdu.
10:0017h.
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