- il y a 13 heures
Journaliste inventif, audacieux et hyperactif, Jean-Pierre Elkabbach a été témoin et acteur de plus d'un demi-siècle d'histoire de la France, de la radio et de la télévision. Sa fille, Emmanuelle Bach, en dresse un portrait personnel et intime, fondé sur des entretiens privés inédits : le destin romanesque d'un gamin d'Oran dont la passion pour le journalisme a bouleversé la vie. Année de Production :
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00:00:06Il y a, autour du jour de ma naissance, une légende que mon père, Jean-Pierre Elkabach, m'a raconté
00:00:12des dizaines de fois.
00:00:15Quand ma mère était sur le point d'accoucher, mon père, lui, était ici, à la maison de la radio.
00:00:22L'actualité était brûlante.
00:00:25Jean-Pierre Elkabach, c'est absolument extraordinaire.
00:00:30Ce qui se passe ici, nous sommes en plein boulevard Saint-Germain et trois fois...
00:00:34Étudiants en révolte, travailleurs en grève, gouvernement aux abois et, ce 30 mai 1968, De Gaulle disparaît.
00:00:45On le cherche. Les rumeurs les plus folles circulent.
00:00:49Enfin, le téléphone de mon père sonne.
00:00:51On a retrouvé De Gaulle, lance-t-il ?
00:00:53Non, Jean-Pierre, vous avez une fille.
00:00:57Le ton est donné.
00:01:00Mon père a déjà pour son métier de journaliste une passion dévorante.
00:01:05Je vais devoir le partager avec elle.
00:01:07Déployer tous les stratagèmes pour attirer son attention.
00:01:11Rivaliser avec l'histoire en marche et les soubresauts de l'actualité.
00:01:22Car ce jeune journaliste encore peu connu est promis un bel avenir.
00:01:2713 heures, le journal de France Inter.
00:01:30Jean-Pierre Elkabach présente le journal.
00:01:32Il va se faire un nom sur France Inter, puis à Antenne 2 et Europe 1.
00:01:37Mesdames, Messieurs, bonsoir.
00:01:39Diriger des rédactions, des antennes à radio et des chaînes de télévision.
00:01:44Et de toute la région de Datong où nous sommes.
00:01:46A certaines périodes de nos vies, je l'ai peu vu.
00:01:49Mais chaque minute passée ensemble était une aventure joyeuse et complice.
00:01:55Derrière la cuirasse du personnage public se dissimulait un homme chaleureux,
00:02:01enthousiaste, drôle, tendre, passionné.
00:02:04Un homme pudique, secret, marqué au fer rouge par les blessures de son enfance.
00:02:13Cet homme, c'était mon père, Jean-Pierre Elkabach.
00:02:18Cet homme, c'était mon père.
00:02:47La disparition d'une légende de l'interview, Jean-Pierre Elkabach.
00:02:51Il avait 86 ans, les hommages se multiplient pour saluer son parcours unique.
00:02:55Il aura connu 8 présidents, une vingtaine de premiers ministres et interrogé les plus grands.
00:03:00Quelle voix et quel sens est une née de l'interview, de la question qui fait bouche.
00:03:07Mon père, ce jeune homme de 4 fois 20 ans plus 6,
00:03:11s'est éteint le 3 octobre 2023, 74 ans jour pour jour,
00:03:16après son propre père.
00:03:21Une phrase de mon rire qui me plaît beaucoup.
00:03:25L'enfance est le tout d'une vie, puisqu'elle en donne la clé.
00:03:31Je suis fier d'évoquer les miens, les morts surtout,
00:03:35parce qu'ils ne me quittent pas.
00:03:38Et ils ne m'en voudront pas de les ressusciter pour leur dire ma gratitude.
00:03:48Cette voix, c'est la voix de mon père dans les dernières années de sa vie.
00:03:52La sienne, pas celle du journaliste.
00:03:55Elle provient de conversations privées,
00:03:57enregistrées au moment où il écrivait ses mémoires.
00:04:00Des dizaines d'heures d'entretiens inédites
00:04:02que j'ai découvertes après sa disparition.
00:04:06Il y évoque longuement Oran, la ville de son enfance,
00:04:11où il est né en 1937,
00:04:13dans cette Algérie qui était encore à l'époque une colonie.
00:04:23J'ai gardé un attachement fort pour Oran.
00:04:27Chaque fois que je lis, j'entends le nom,
00:04:30je suis à la fois ému et fier,
00:04:31parce que c'est une part intime de moi.
00:04:34Je sens Oran tout le temps.
00:04:36Les lieux, les gens, les parfums ne me quittent pas.
00:04:44Oran, c'est la ville où est mort mon grand-père,
00:04:47la ville du bonheur perdu.
00:04:54C'est là, dans la douleur et l'adversité,
00:04:56que vont se forger son tempérament et sa sensibilité.
00:05:02Toute la famille vivait dans un appartement haut-perché,
00:05:05donnant sur la place d'Armes.
00:05:09C'était un grand appartement.
00:05:10C'était le cinquième étage
00:05:12d'un immeuble qui en comprenait six,
00:05:15le sixième étant la terrasse.
00:05:16Et de ma terrasse, je voyais
00:05:18le port de la Méditerranée
00:05:21et le point d'horizon.
00:05:23C'était la France.
00:05:25Regardez, on rêvait.
00:05:30Mon père allait souvent en France.
00:05:32On voyait au loin
00:05:35un petit point qui était le bateau
00:05:36qui arrivait, qui se rapprochait
00:05:37et descendait au port pour aller le chercher.
00:05:51Mon père m'a emmené à Oran
00:05:53une seule et unique fois en 2004.
00:05:55Il aura fallu pour cela
00:05:57l'émission de Michel Drucker
00:05:59vivement dimanche.
00:06:09Bonjour.
00:06:10Bonjour.
00:06:10Ça va ?
00:06:11C'est bon, monsieur.
00:06:12Merci d'être là.
00:06:12Ça vous plaît, ici ?
00:06:13C'est ma ville.
00:06:14C'est mon pays, c'est ma ville.
00:06:15Vous savez, là, je voulais le raconter
00:06:17à ma fille qui est venue,
00:06:18qui vient sans premier voyage.
00:06:20On s'asseyait là avec des amis,
00:06:22là, comme ça.
00:06:23Ça c'est monstre.
00:06:24Vous savez, vous le faites aussi.
00:06:26On s'asseyait quand on était jeunes
00:06:27et on parlait, on disait
00:06:29on va aller en France,
00:06:30on va aller en France.
00:06:31Et j'habitais là.
00:06:32Regardez, ça c'est l'immeuble
00:06:33où j'habitais.
00:06:37Sur ces images,
00:06:39l'émotion de mon père
00:06:40est déjà palpable.
00:06:41Mais quand nous arrivons
00:06:43dans l'appartement,
00:06:44elle le submerge.
00:06:46Je vois l'orphelin en lui
00:06:47se réveiller d'un long sommeil.
00:06:59Charles et Anna,
00:07:00mes grands-parents.
00:07:03Ils ont trois enfants.
00:07:05Après Jean-Pierre,
00:07:06qui est l'aîné,
00:07:07viennent Max
00:07:08et la petite dernière,
00:07:10Élisabeth.
00:07:11Ils font partie
00:07:12de la communauté juive d'Oran.
00:07:14Mais mon grand-père
00:07:15possède une boutique
00:07:16d'import-export
00:07:17dans un quartier
00:07:18habité par des musulmans,
00:07:19comme on appelait alors
00:07:20les Algériens.
00:07:25C'était la périphérie lointaine
00:07:27où vivaient les musulmans
00:07:29qui ne descendaient presque jamais
00:07:30dans le centre de la ville.
00:07:31Et là où nous étions,
00:07:33ça se mêlait,
00:07:34ça grouillait.
00:07:35C'était l'effervescence totale.
00:07:36Les musulmans
00:07:37avaient des boutiques à côté.
00:07:38« Ah, monsieur le cavage,
00:07:39ah, monsieur Charles,
00:07:40venez boire le thé avec nous. »
00:07:42Lui leur disait
00:07:42« Venez boire le café. »
00:07:43Il y avait une sorte de fraternité,
00:07:45mais dans une sorte
00:07:46de pauvreté.
00:07:49Il y a eu,
00:07:50tu sais,
00:07:50le départ,
00:07:51une familiarité
00:07:52avec ces gens
00:07:53à la fois simples,
00:07:55pauvres
00:07:56et qui nous ressemblaient
00:07:59sans être nous.
00:08:07J'ai dit qu'à le grouage
00:08:08que je suis français,
00:08:11fier de l'être,
00:08:12naturellement,
00:08:13juif, agnostique et laïque,
00:08:16mais que je suis algérien,
00:08:18maghrébin,
00:08:20africain
00:08:20et européen.
00:08:27passionné de football,
00:08:28mon grand-père
00:08:29avait la réputation
00:08:30d'être fin connaisseur.
00:08:32Charles Elkabach,
00:08:33où dans la presse sportive,
00:08:35le Kaïd,
00:08:36était célèbre
00:08:37pour avoir repéré
00:08:38de grands joueurs
00:08:39devenus pour certains
00:08:40des légendes
00:08:42du ballon.
00:08:43Le voilà en costume sombre.
00:08:46Un journaliste l'interroge,
00:08:47un carnet à la main.
00:08:48Et là,
00:08:50tout fier à côté
00:08:51de son père,
00:08:52le petit Jean-Pierre.
00:08:54On allait voir
00:08:55tous les matchs de foot,
00:08:56on allait à l'entraînement
00:08:57et c'est là
00:08:58qu'il a découvert
00:08:58ce qui m'a marqué
00:08:59aussi,
00:09:00je pense,
00:09:01des joueurs
00:09:02d'un talent fou,
00:09:04amateur,
00:09:05mais qui étaient
00:09:06sereurs de chaussures,
00:09:08commerçants,
00:09:08assistants de l'épicerie
00:09:10et le dimanche,
00:09:11ils jouaient,
00:09:11ils étaient
00:09:12des trésors de foot.
00:09:22Il a commencé
00:09:23à s'occuper
00:09:23de leur trouver
00:09:24des clubs en France.
00:09:25Et c'est comme ça
00:09:26qu'il y a de grands types
00:09:27qui ont eu
00:09:27des carrières formidables.
00:09:29Et il y en a un
00:09:29qui l'a repéré,
00:09:31Ben Barrec.
00:09:32Ben Barrec,
00:09:32c'était Pelé.
00:09:40Premier voyage en France,
00:09:41l'aventure.
00:09:43Jean-Pierre, 11 ans,
00:09:44Max, 9 ans
00:09:45et Elisabeth, 5 ans,
00:09:47radieux et ravi
00:09:49sous l'œil attentif
00:09:50de mes grands-parents.
00:09:52Dernier été d'insouciance.
00:10:00De retour à Oran,
00:10:01quelques semaines plus tard,
00:10:02la foudre s'abat
00:10:04sur la famille.
00:10:05Le jour de la fête
00:10:06de Yom Kippour,
00:10:07mon grand-père
00:10:08s'effondre à la synagogue.
00:10:10Il avait 57 ans.
00:10:18J'avais pas 12 ans.
00:10:20C'était la brutale
00:10:22révélation de la mort.
00:10:25J'avais un père
00:10:27qui rayonnait,
00:10:29qui rassurait.
00:10:33qui était aimé
00:10:34par ses amis.
00:10:37Il disparaissait.
00:10:44Un deuil infini
00:10:45pèse sur l'adolescence
00:10:46de mon père.
00:10:48Souvent,
00:10:49il accompagne
00:10:50au cimetière
00:10:50ma grand-mère
00:10:51qui s'y rend,
00:10:52elle,
00:10:52tous les jours.
00:10:55Elle est sans ressources.
00:10:56ses frères,
00:10:58ses sœurs,
00:10:58ses cousins,
00:10:59tous la poussent
00:11:00à mettre ses enfants
00:11:00au travail
00:11:01dès que possible.
00:11:03Refus catégorique.
00:11:06Charles et elle
00:11:07s'étaient promis
00:11:08que,
00:11:08quoi qu'il arrive
00:11:09et coûte que coûte,
00:11:11Jean-Pierre,
00:11:12Max et Elisabeth
00:11:13iraient au bout
00:11:14de leur scolarité.
00:11:16Elle apprend
00:11:17la dactylographie
00:11:18et trouve un poste
00:11:19dans l'administration.
00:11:21Mais en dépit
00:11:22de tous ses efforts,
00:11:23la famille tombe
00:11:24dans la pauvreté.
00:11:32On mangeait
00:11:33de la pastèque
00:11:33sur le balcon
00:11:34l'été
00:11:35en écoutant
00:11:36le Tour de France
00:11:37et puis toujours
00:11:38en regardant la mer
00:11:40et on rêvait
00:11:40de foutre le camp.
00:11:46Oran est vraiment
00:11:47dans mon,
00:11:48tout le temps.
00:11:49parce que je ressentais
00:11:51la rage sociale,
00:11:53l'injustice,
00:11:55pourquoi j'étais fauché,
00:11:57parce que mon père
00:11:57était mort.
00:12:00Pour des raisons sociales,
00:12:02pour des raisons
00:12:02de tempérament personnel,
00:12:04j'avais l'impression
00:12:04d'être pas comme les autres.
00:12:05Je leur ressemblais pas,
00:12:07ils ne me ressemblaient pas.
00:12:11Une réunion
00:12:12d'anciens du lycée.
00:12:1440 ans passés.
00:12:17Je suis bégétarien.
00:12:19Je me vois la bière.
00:12:20Tous ont quitté l'Algérie.
00:12:22Beaucoup,
00:12:22malgré eux,
00:12:23contraints et forcés.
00:12:25Pas mon père.
00:12:26L'ancien élève
00:12:27du lycée
00:12:28d'Amourissière,
00:12:28fidèle à l'enseignement
00:12:30de ses premiers maîtres
00:12:31de là-bas,
00:12:32on appelle aujourd'hui,
00:12:33peut-être avec vous,
00:12:34au nom de nos
00:12:35si beaux souvenirs,
00:12:36à notre solidarité
00:12:37avec les démocrates algériens,
00:12:39avec les Algériennes,
00:12:41dont j'admire tellement
00:12:42le courage quotidien.
00:12:45Adolescent,
00:12:46mon père était mal à l'aise
00:12:47avec l'esprit colonial
00:12:48et la façon
00:12:49dont les musulmans
00:12:50étaient traités.
00:12:51Quand la guerre
00:12:52d'indépendance débute,
00:12:53il ne tarde pas
00:12:54à choisir son camp.
00:12:57En 56,
00:12:58il y a,
00:12:58à Oran,
00:13:00un groupe de militaires.
00:13:01Et parmi eux,
00:13:02il y a des musulmans
00:13:03qui jusqu'à présent
00:13:04étaient français,
00:13:04soldats français,
00:13:05qui se lèvent et ils tuent
00:13:06des soldats,
00:13:07leurs copains et tout,
00:13:07il y a beaucoup de morts.
00:13:09Puis après,
00:13:09il y a l'enterrement.
00:13:10Je vais jusqu'au cimetière,
00:13:12je ne dis pas en larmes,
00:13:13mais ému.
00:13:1518 ans.
00:13:17Il y a ceux qui étaient
00:13:18au cimetière,
00:13:19qui pleuraient.
00:13:20Ils s'attaquent
00:13:21à toutes les boutiques
00:13:22de musulmans.
00:13:23Dès qu'ils voient
00:13:24un musulman,
00:13:24et le tabac,
00:13:25c'est tout.
00:13:26Là, j'ai viré,
00:13:27ce jour-là.
00:13:29L'Algérie,
00:13:29il faut qu'elle soit
00:13:31indépendante,
00:13:31mais dans mon esprit,
00:13:32à la main des France,
00:13:33la coopération,
00:13:35l'Algérie,
00:13:35la France qu'ensemble,
00:13:36avec les droits égaux
00:13:38des Algériens.
00:13:50Foutre le camp,
00:13:51quitter Oran,
00:13:52sa ville natale,
00:13:53synonyme pour lui
00:13:54à l'époque de deuil,
00:13:56de pauvreté,
00:13:58d'injustice.
00:13:59Dans ses confidences
00:14:00enregistrées au soir
00:14:01de sa vie,
00:14:02mon père rappelle
00:14:03sans cesse
00:14:04ce désir adolescent.
00:14:06En 1956,
00:14:08le bac en poche,
00:14:09il se lance.
00:14:10Cette nouvelle traversée
00:14:12a le goût
00:14:13de la liberté.
00:14:15Je suis parti sans regret,
00:14:17sans chagrin,
00:14:19avec une exaltation
00:14:21de l'espoir et de la crainte,
00:14:23parce que j'allais vers l'inconnu.
00:14:34la France et Paris,
00:14:36tous les héros
00:14:37de ma jeunesse
00:14:38y étaient.
00:14:39La question,
00:14:40c'était
00:14:40est-ce que je parviendrais
00:14:41les voir
00:14:41de loin,
00:14:43à les approcher ?
00:14:45Je voulais les rencontrer.
00:15:05Mon père commence
00:15:06des études de sciences politiques
00:15:08et de philosophie.
00:15:09Il vit avec un camarade d'Oran
00:15:11dont il partage la chambre
00:15:12à la cité universitaire.
00:15:14Il s'appelait Gérard Fardeau.
00:15:17Il adorait
00:15:17les chanteurs
00:15:18et les chanteuses.
00:15:20C'est lui
00:15:20qui m'a fait découvrir
00:15:21Jacques Brel.
00:15:25On est allé un soir
00:15:26avec Fardeau,
00:15:27quelques amis à lui.
00:15:28On devait être
00:15:29sept ou huit.
00:15:30Il n'y avait personne
00:15:31dans la salle,
00:15:31que nous.
00:15:32Quand on n'a que l'amour
00:15:34à s'offrir en partage
00:15:36au jour du grand voyage
00:15:39qu'est notre grand amour
00:15:42Quand on n'a que l'amour
00:15:44Mon amour, toi et moi
00:15:46Pour qu'éclate de joie
00:15:49Chaque heure et chaque jour
00:15:51Et lui avait découvert
00:15:52une fille qui chantait
00:15:53qui était vachement bien.
00:15:55Il me dit
00:15:55« Je pleure quand je l'écoute. »
00:15:57Et voilà, on est allé
00:15:58Barbara.
00:16:00« J'ai troqué mes chaussettes blanches
00:16:03Contre des bas noirs
00:16:06Et mon sarreau du dimanche
00:16:09Contre de la moire
00:16:11Mon doux regard d'infante
00:16:14Et mes allures guindées
00:16:17Pour des regards d'amantes
00:16:20Pour des airs encanaillées »
00:16:23Personne ne la connaissait,
00:16:24que nous.
00:16:25Quand elle a commencé à chanter,
00:16:26on était tout fiers
00:16:27de l'avoir vue à cette égule.
00:16:36J'avais réussi,
00:16:37au bout de quelques temps,
00:16:38à acheter un scooter Vespa.
00:16:41Et je me souviens
00:16:42qu'avec le Gérard Fardou
00:16:43qui lui aussi avait un scooter,
00:16:45on traversait le pont des Invalides,
00:16:47ils faisaient beau tous les deux.
00:16:48« Oh, les cartes et les rires,
00:16:49on était contents. »
00:16:50« Putain, on vient de Doran
00:16:52et on est là. »
00:17:05On avait une boulimie de spectacle,
00:17:07de rencontres,
00:17:08de promenades,
00:17:08de conférences.
00:17:10Ce n'est pas le journaliste
00:17:11qui m'a rendu curieux,
00:17:12mais c'est le moins
00:17:13qui était tellement curieux.
00:17:14Il y avait tellement
00:17:15l'envie de voir.
00:17:17Je voulais voir de près
00:17:18ce qui nous avait marqués,
00:17:20qui nous marquaient encore.
00:17:22Sartre, Moriac,
00:17:23tous ces types-là,
00:17:24c'était ceux qui avaient
00:17:25dénoncé la torture
00:17:27alors que j'étais en Algérie,
00:17:28qui étaient des modèles.
00:17:30« Simon, nous pouvons voir
00:17:31Camus, oh là là ! »
00:17:32« Maria Cazares,
00:17:34Régianig,
00:17:35ce qui préexiste,
00:17:36c'est la curiosité. »
00:17:43Comme chaque immigré,
00:17:45je devais faire des petits boulots
00:17:47et envoyer un peu d'argent
00:17:48à ma mère,
00:17:49qui se débattaient
00:17:50pour que Max, mon frère,
00:17:53et Elisabeth, ma soeur,
00:17:55ne manquent de rien.
00:17:56Dans ces conditions,
00:17:58il était difficile
00:18:00d'aller jusqu'au bout
00:18:00des études.
00:18:02Je me suis consolé
00:18:05avec l'expérience
00:18:07parce que j'ai vu
00:18:08que les diplômes inculmelaient
00:18:10ne donnaient ni courage
00:18:11ni imagination
00:18:12et ne forgeaient pas
00:18:14le caractère.
00:18:17Après, il y a eu la rencontre
00:18:18avec le journaliste.
00:18:20Par hasard.
00:18:23Et nous voyons tout de suite
00:18:24maintenant
00:18:24quelles sont les nouvelles
00:18:25à Oran.
00:18:26« Les deux côtés,
00:18:27tant européens que musulmans,
00:18:29sont sensibles
00:18:29à toutes les rumeurs
00:18:30incontrôlées.
00:18:31L'arrivée signalée
00:18:33au corps d'armée d'Oran
00:18:34de 2500 hommes
00:18:35venant renforcer la guerre. »
00:18:36« Ceci est le premier sujet
00:18:37de mon père
00:18:37qui ait été conservé. »
00:18:40« Et l'annonce
00:18:40de la paréase
00:18:41de la flotte de Toulon
00:18:42échauffe quelque peu
00:18:43des esprits
00:18:43dont le sang-froid,
00:18:45on le sait,
00:18:45n'est pas la vertu majeure.
00:18:47Jean-Pierre Elkabacha,
00:18:48Oran, RTF. »
00:18:50Janvier 1961.
00:18:52Mon père a 23 ans
00:18:54et il couvre
00:18:54les dernières années
00:18:55de la guerre d'Algérie.
00:18:57À Oran,
00:18:59retour à la case départ.
00:19:03Il doit son entrée
00:19:04dans le métier
00:19:05à la chance
00:19:06et à sa curiosité.
00:19:07Un jour,
00:19:08pour passer le temps
00:19:09alors qu'il est en transit
00:19:10à Alger pendant quelques heures,
00:19:12il se met en quête
00:19:14du siège de la radio locale.
00:19:16La ruche bourdonnante
00:19:17qu'il découvre le séduit.
00:19:18Il demande à faire un stage
00:19:21et le voilà
00:19:22un pied à l'étrier.
00:19:26La guerre d'Algérie
00:19:27a été une grande consommatrice
00:19:28de jeunes journalistes.
00:19:30Plus on va aller
00:19:31vers l'indépendance,
00:19:32plus il va y avoir
00:19:33des soulèvements
00:19:34et d'Algériens
00:19:35et de Pieds-Noirs
00:19:35pour leur répondre.
00:19:37Et donc,
00:19:37les journalistes racontent
00:19:40et ils sont mal vus
00:19:41par les Pieds-Noirs
00:19:41qui écoutent
00:19:42la radio française.
00:19:44Les Pieds-Noirs disaient
00:19:45« Si on l'attrape sur un,
00:19:46il coupe les couilles. »
00:19:47Alors, au bout d'un moment,
00:19:50Paris les rappelait.
00:19:51Et puis après,
00:19:52on me rappelle à Alger.
00:19:56Et on me dit
00:19:57« Bon, c'est toi
00:19:57qui va faire les papiers
00:19:58pour France Inter. »
00:19:59« Moi ? »
00:20:01Alors, c'est plus la même chose.
00:20:01Tu t'as adressé à Paris.
00:20:04Et j'ai fait mon premier article
00:20:05pour Paris Inter
00:20:06ou France Inter.
00:20:08Je marchais rue Disly,
00:20:10à Alger.
00:20:11J'avais un transistor.
00:20:12Je venais de faire le papier
00:20:13et je l'avais enregistré
00:20:14et l'envoyé à Paris.
00:20:15Et pour la première fois
00:20:17de ma vie,
00:20:17j'entends
00:20:17« Regardez comme un
00:20:19notre envoyé spécial à Alger.
00:20:21Moi !
00:20:22C'est moi ! »
00:20:23J'ai exulté.
00:20:25Je regardais chaque passant.
00:20:27Je me disais
00:20:27« Est-ce qu'ils m'ont écouté ? »
00:20:29C'était une nouvelle naissance.
00:20:31Ce jour-là,
00:20:32je suis peut-être
00:20:32à mes yeux
00:20:33devenu journaliste.
00:20:34Et puis après,
00:20:35j'en ai fait un paquet.
00:20:36Puis après,
00:20:37il y a l'OAS qui est né.
00:20:38Et à mon tour,
00:20:39j'ai été un peu visé.
00:20:40Et on m'a rappelé
00:20:41à Paris.
00:20:45La guerre d'Algérie
00:20:46terminée,
00:20:47une page se tourne.
00:20:49Voilà mon père
00:20:49à la rédaction de France Inter
00:20:51« Comme un poisson dans l'eau ».
00:20:53Il a l'opportunité
00:20:54de rencontrer
00:20:54ceux qui, à Oran,
00:20:56le faisaient rêver.
00:20:57Là,
00:20:58à côté de lui,
00:20:59Raymond Poulidor,
00:21:00le champion de cyclisme.
00:21:01Et c'est lui,
00:21:03Jean-Pierre Elkabach,
00:21:04qui conduit l'entretien.
00:21:07Nous étions tous jeunes,
00:21:09tous fous,
00:21:11tous prêts à vivre
00:21:12sans dormir.
00:21:14Ou alors,
00:21:14dans une voiture,
00:21:15dans un bureau,
00:21:15n'importe où,
00:21:16pour être proche
00:21:17d'un événement,
00:21:18proche du fait,
00:21:19partout.
00:21:19Et c'est ainsi
00:21:20que moi,
00:21:20j'ai été désigné
00:21:21pour un des premiers
00:21:22voyages en province
00:21:22du général de Gaulle.
00:21:26Journaliste tout terrain
00:21:27pendant les années 60,
00:21:28le jeune Jean-Pierre Elkabach
00:21:30est partout.
00:21:31Là, par exemple,
00:21:32au basque du général de Gaulle.
00:21:36C'était de longs cortèges
00:21:37de plusieurs,
00:21:38plusieurs voitures.
00:21:39Nous,
00:21:39il fallait courir
00:21:40avec l'enregistraire
00:21:42qui pesait lourd
00:21:42pour attraper le général de Gaulle.
00:21:45Tendre le micro
00:21:45et être là.
00:21:46En ligne,
00:21:47Jean-Pierre Elkabach.
00:21:48La nuit est tombée
00:21:49sur Novosibir.
00:21:50Le général de Gaulle
00:21:51passe sa première nuit
00:21:53en Sibérie.
00:21:54A Plompens,
00:21:55c'est la nuit actuellement.
00:21:56Jean-Pierre Elkabach.
00:21:56Le général de Gaulle
00:21:57proposerait
00:21:58dans le discours
00:21:59qui est en France
00:22:00de la résistance
00:22:02et de la liberté
00:22:04qui se déplaçait
00:22:05et qui a encouragé
00:22:06partout au passé
00:22:08les revendications
00:22:09d'émancipation
00:22:10des peuples.
00:22:12Il pouvait tout dire
00:22:13parce qu'il était de Gaulle.
00:22:15Il est la France.
00:22:16Il est celui qui dit
00:22:16« Merde à l'Amérique,
00:22:18merde au capitalisme.
00:22:19Il est notre liberté. »
00:22:21Je n'ai jamais retrouvé
00:22:22de pareil moment,
00:22:23je dois le dire.
00:22:33« C'est aussi l'époque
00:22:34de la rencontre
00:22:35de mes parents.
00:22:38La vie leur sourit.
00:22:44Et bientôt,
00:22:47me voilà. »
00:22:49Ma mère,
00:22:50elle aussi est journaliste.
00:22:52Avec sa fille aînée,
00:22:53ma demi-sœur Francine,
00:22:55nous vivons au rythme
00:22:56de l'actualité
00:22:57et, de temps en temps,
00:23:00nous donnons
00:23:01un coup de main.
00:23:08Emmanuel s'est dit
00:23:09« Si j'avais un bureau
00:23:10à moi,
00:23:11comme papa et maman. »
00:23:16Le jouet préféré
00:23:17de mes parents,
00:23:17le téléphone,
00:23:18me fascine.
00:23:25« Mes parents vivent
00:23:26avec leur temps,
00:23:28portés par le vent
00:23:28de liberté
00:23:29qui se levait en mai 68.
00:23:31Les cheveux poussent,
00:23:33les vêtements se colorent,
00:23:35leur coupe s'assouplit,
00:23:37l'heure est au bouillonnement
00:23:38et à la créativité.
00:23:41Mon père,
00:23:42comme ma mère,
00:23:43soutiennent l'émancipation
00:23:44des femmes
00:23:44et les mouvements féministes.
00:23:47« Ça vient de loin,
00:23:48chez moi. »
00:23:49« De l'enfance
00:23:50et de l'Algérie. »
00:23:52Les femmes,
00:23:53à l'époque,
00:23:53étaient formées
00:23:54pour devenir,
00:23:56en silence,
00:23:57les gouvernantes
00:23:58de leur mari.
00:23:59Et je voyais
00:24:00la manière cavalière aussi,
00:24:02grossière,
00:24:03dont les filles
00:24:04de mon pays
00:24:04étaient traitées.
00:24:07Alors,
00:24:07dès mes premières enquêtes radio,
00:24:09je me suis attaqué
00:24:10à la contraception,
00:24:11à la liberté pour elles
00:24:13de choisir leur vie
00:24:15et leur vie sexuelle,
00:24:17si elles le voulaient,
00:24:18et leur émancipation
00:24:19passer par là.
00:24:22La télévision est encore
00:24:23raide et corsetée,
00:24:24mais c'est le média
00:24:25qui monte.
00:24:26Il faut la moderniser,
00:24:29inventer de nouveaux
00:24:30programmes d'information.
00:24:31En 1972,
00:24:33mon père lance
00:24:34sa première grande émission,
00:24:36Actuel 2.
00:24:37En confrontant en direct
00:24:39des points de vue détonnants,
00:24:40il veut créer l'événement,
00:24:42faire jaillir l'inattendu.
00:24:46Il ne s'agit pas
00:24:48de libéralisation
00:24:49de l'avortement,
00:24:49mais de liberté
00:24:50de l'avortement.
00:24:51Il s'agit qu'une femme
00:24:52est libre de son corps.
00:24:54C'est tout.
00:24:55Écoutez,
00:24:55Delphine Serric,
00:24:56je voudrais vous dire
00:24:56une bonne chose.
00:24:57Je ne comprends pas
00:24:58pourquoi vous êtes opposée
00:24:59à la contraception.
00:25:00Peut-être parce que
00:25:00ça demande un effort
00:25:01de faire la contraception,
00:25:02mais depuis le début,
00:25:04vous ne pensez
00:25:04et vous ne parlez
00:25:05que d'avortement.
00:25:06Je prends la pilule,
00:25:07c'est tout ce que je peux vous dire,
00:25:08donc je sais que je suis
00:25:09pour la contraception.
00:25:10Je prends la pilule
00:25:11moi-même tous les jours.
00:25:12Je sais qu'il m'arrive
00:25:13de l'oublier
00:25:13et je sais que si je l'oublie,
00:25:15je suis bonne
00:25:16pour un avortement.
00:25:18Et toutes les femmes
00:25:19le savent.
00:25:20Émission qui était
00:25:21très nouvelle
00:25:22et dans son esprit
00:25:23et dans sa forme,
00:25:24il faut bien le dire.
00:25:25Est-ce qu'elle vous a posé
00:25:26des problèmes politiques
00:25:27en tant que journaliste ?
00:25:29Non.
00:25:31Certains le croiraient
00:25:31peut-être difficilement.
00:25:33Mais d'abord,
00:25:33nous ne pouvons travailler
00:25:34que dans la liberté
00:25:34et une telle émission
00:25:35ne peut se faire
00:25:35que dans un climat
00:25:36absolument libre.
00:25:37Je ne pense pas
00:25:38que les Français
00:25:39acceptent maintenant
00:25:40une sorte de table ronde
00:25:42de discussions complaisantes
00:25:44où on a l'impression
00:25:45de voir une complicité
00:25:46entre celui qui interroge
00:25:48et celui qui est interrogé.
00:25:49Et elle existe parfois
00:25:51parce que ce sont
00:25:51des gens du même monde.
00:25:52Il faut au contraire
00:25:53tendre les rapports
00:25:54entre les uns et les autres
00:25:55pour qu'on arrive très vite
00:25:56au fond de ce que
00:25:58l'invité a à dire.
00:26:01A cette époque,
00:26:02je ne vois déjà
00:26:03plus très souvent mon père.
00:26:05Mes parents se sont séparés
00:26:06et c'est ma mère
00:26:07qui m'élève.
00:26:09Bientôt,
00:26:10mon père rencontre
00:26:11une jeune écrivaine,
00:26:12Nicole Avril.
00:26:14Ils passeront le reste
00:26:15de leur vie ensemble.
00:26:25Les photos de magazines
00:26:26sont parfois trompeuses.
00:26:28J'ai toujours refusé
00:26:30de me marier
00:26:31avec une femme
00:26:32qui me ferait des enfants,
00:26:34des dîners de famille
00:26:35avec les beaux-parents,
00:26:38les parents,
00:26:38je n'ai jamais.
00:26:39Et ça a été
00:26:40beaucoup plus simple
00:26:41parce que ma femme
00:26:41écrivait qu'elle ne voulait pas d'enfants.
00:26:43J'ai eu une fille
00:26:44avec un premier mariage
00:26:45que j'adore,
00:26:46mais un enfant.
00:26:48Un enfant.
00:26:52Mon père a grandi sans père
00:26:54et ne sent pas
00:26:55à quel point
00:26:55j'ai besoin de lui.
00:26:57plus tard,
00:26:58quand je deviendrai actrice,
00:27:00je comprendrai mieux
00:27:01ses absences.
00:27:03Mais lorsque j'étais petite,
00:27:05certains jours,
00:27:06j'aurais volontiers
00:27:07explosé face en puzzle
00:27:08cette télévision
00:27:09qui le tenait loin de moi.
00:27:13souvent, il est à l'étranger
00:27:15pour des reportages.
00:27:18Sa spécialité à l'époque,
00:27:20franchir le rideau de fer.
00:27:22Il a le goût du défi
00:27:23et enfonce les portes
00:27:25quitte à prendre des risques.
00:27:26Les batailles étaient très violentes.
00:27:29Il y avait beaucoup de blessés
00:27:30ici, des miliciens
00:27:31et des civilistes
00:27:32et des ouvriers aussi.
00:27:33La grève des chantiers
00:27:35navals de Gdansk
00:27:36est réprimée
00:27:36par le régime
00:27:37communiste polonais
00:27:38en 1970.
00:27:39Il remue ciel et terre
00:27:41pour entrer clandestinement
00:27:42dans le pays.
00:27:44La police garde
00:27:45en résidence
00:27:46surveillée à Varsovie
00:27:47l'ancien maître espion
00:27:48soviétique
00:27:49Léopold de Tréper,
00:27:50chef pendant la seconde
00:27:51guerre mondiale
00:27:52d'un fameux réseau
00:27:53anti-nazis.
00:27:53Il veut l'interviewer.
00:28:01Alors, une troisième
00:28:03téléphone.
00:28:10Léopold Tréper,
00:28:11pourquoi voulez-vous
00:28:11quitter maintenant
00:28:12Varsovie ?
00:28:13A l'aéroport,
00:28:15la police secrète polonaise
00:28:16confisque les bobines
00:28:17de l'interview
00:28:18qui seront retrouvées
00:28:20dans ses archives
00:28:20bien après la chute
00:28:21du mur
00:28:22en 2018
00:28:23avec tout un dossier
00:28:25de surveillance
00:28:25du journaliste français
00:28:26Jean-Pierre Elkabache.
00:28:34La cause de Léopold Tréper
00:28:36est devenue la sienne.
00:28:39Si je n'ai pas la défense
00:28:40d'une cause,
00:28:41je ne vois pas
00:28:42à quoi je sers.
00:28:43Mon métier étant
00:28:43un instrument pour faire ça.
00:28:49Mon père étouffe
00:28:50tout flamme
00:28:50et cela irrite.
00:28:51Votre mari qui a des aînés...
00:28:533, 2, 1...
00:28:56Il est 20 heures.
00:28:57S'offresse au RTF.
00:28:59Giscard, 50,9.
00:29:01Mitterrand, 49,1.
00:29:03Je répète.
00:29:05Avec l'élection
00:29:06de Valéry Giscard d'Estaing,
00:29:07les temps changent,
00:29:08mais le pouvoir
00:29:09a toujours la télévision
00:29:10à l'œil.
00:29:11Le gouvernement,
00:29:12dirigé par Jacques Chirac,
00:29:13remet au nouveau président
00:29:15de la deuxième chaîne,
00:29:16Marcel Julien,
00:29:17une liste courte
00:29:19mais précise
00:29:19de journalistes
00:29:20n'ayant plus
00:29:20leur place à l'antenne.
00:29:22Parmi eux,
00:29:24Jean-Pierre Elkabach.
00:29:26Pour un film.
00:29:2913, 14.
00:29:32Le retour aux sources
00:29:33radiophoniques de mon père
00:29:34est un succès.
00:29:35Un 13, 14
00:29:36qui a sa place
00:29:37dans l'opération
00:29:38Les femmes à la barre
00:29:38imaginée par Jacqueline Baudrier.
00:29:40Au point que,
00:29:41deux ans après
00:29:41l'avoir écartée,
00:29:42Marcel Julien le rappelle
00:29:44et lui offre le poste
00:29:45de directeur
00:29:46de l'information
00:29:46d'Antenne 2.
00:29:48Je me dis que si je suis là,
00:29:49c'est que le pouvoir politique
00:29:50l'a voulu.
00:29:51Mais en même temps,
00:29:52il va me surveiller
00:29:53et il va falloir
00:29:54que ça marche.
00:29:56Deuxièmement,
00:29:57je me dis,
00:29:58j'ai 39 ans,
00:29:59je suis fier,
00:30:00je suis heureux
00:30:01et je suis mort de peur.
00:30:06Après son élection,
00:30:08Valéry Giscard d'Estaing
00:30:09a profondément réformé
00:30:10la vieille ORTF
00:30:11et mon père entend bien
00:30:13être un acteur clé
00:30:14du changement.
00:30:19Il y a peut-être
00:30:20à cause de l'état
00:30:20des forces politiques
00:30:21en France
00:30:22un moment historique
00:30:24privilégié
00:30:24pour l'information
00:30:25qui est à la fois
00:30:27l'autonomie
00:30:27des responsables
00:30:29dans tous les secteurs,
00:30:30des programmes,
00:30:31de l'information,
00:30:31etc.
00:30:32Un pluralisme
00:30:33parce que nous donnons
00:30:35la possibilité
00:30:36à tous les leaders politiques,
00:30:37aux syndicalistes,
00:30:38à tout le monde
00:30:39de venir à l'antenne
00:30:39et je dirais
00:30:40un stade non pas
00:30:41de libéralisation
00:30:42mais de libéralisme
00:30:44auquel nous tenons
00:30:45et que nous vivons
00:30:46chaque jour
00:30:46et c'est pour ça
00:30:47que je disais
00:30:47que nous vivions
00:30:47une étape assez privilégiée
00:30:50dans le domaine
00:30:50de l'information
00:30:51dans l'audiovisuel.
00:30:52Il faut adapter la télé
00:30:54aux technologies nouvelles.
00:30:55Il faut essayer
00:30:55de trouver un ton,
00:30:56un style adapté
00:30:57plutôt à la télé
00:30:58de 90 et de l'an 2000
00:30:59qu'à la télé
00:31:00de mes débuts
00:31:01ou de mes grands frères
00:31:02ou de mes frères aînés
00:31:03que je respecte beaucoup.
00:31:04Il y a les satellites
00:31:05aujourd'hui.
00:31:06Il se passe n'importe quoi
00:31:07en Inde, au Japon,
00:31:09dans n'importe quel pays
00:31:10où l'information
00:31:11circule librement.
00:31:12Vous l'avez le soir
00:31:12dans le journal télévisé.
00:31:15Quand je suis arrivé
00:31:16direction de l'information,
00:31:18j'ai ouvert les fenêtres,
00:31:19les portes
00:31:19et j'ai fait une équipe.
00:31:21Tous les journalistes
00:31:21pouvaient s'exprimer.
00:31:23J'ai créé de la passion,
00:31:25de l'adhésion
00:31:26et en même temps,
00:31:27ça a valu après les critiques
00:31:28qui me sont m'ont mis dessus.
00:31:29Il était autoritaire.
00:31:31J'étais trop là.
00:31:33Je voulais trop les encourager.
00:31:35Je voulais trop les faire sortir.
00:31:37Je voulais trop que les femmes
00:31:38que j'avais recrutées
00:31:39s'imposent.
00:31:40Mais peut-être que j'en faisais trop.
00:31:46La même année, en 1977,
00:31:48mon père crée,
00:31:49avec son complice Alain Duhamel,
00:31:51carte sur table,
00:31:53une émission politique
00:31:54d'un genre nouveau.
00:31:56Dans cette arène,
00:31:57les deux journalistes
00:31:58passent au crible
00:31:59les grands fauves de la politique.
00:32:02Autour de la table,
00:32:04l'invité et ses deux hôtes
00:32:06sont à portée de baffe.
00:32:08De tous les acteurs
00:32:09de la scène politique,
00:32:11c'est à Georges Marchais
00:32:12que revenait la palme.
00:32:15Chaque coup porté
00:32:17à l'impérialisme,
00:32:18c'est une victoire
00:32:19pour le progrès social
00:32:20et la démocratie
00:32:21et c'est une victoire
00:32:23pour la paix,
00:32:24pour un monde
00:32:24sans armes
00:32:25et sans guerre.
00:32:26Voilà la conception
00:32:28révolutionnaire
00:32:29qui est celle
00:32:29du Parti communiste français.
00:32:30Autrement dit,
00:32:31pour vous,
00:32:31la toute...
00:32:32Sur l'Iran,
00:32:33monsieur Marchais,
00:32:34sur l'Iran...
00:32:34Non, non, non, non, non, non.
00:32:35Sur l'Iran,
00:32:36sur l'Iran,
00:32:36une remarque.
00:32:37On ne peut jamais aller
00:32:39au bout d'une démonstration.
00:32:41C'est sûr que vous n'êtes pas
00:32:43payé au nombre de questions
00:32:45que vous posez.
00:32:45Monsieur Marchais,
00:32:46vous connaissez la formule
00:32:47de l'émission,
00:32:48soyez détendu,
00:32:49soyez détendu,
00:32:51pas nerveux.
00:32:51Non, je n'accepte pas.
00:32:52Vous n'avez pas encore compris ceci.
00:32:56C'est que le Parti communiste français,
00:32:59dans toute question,
00:33:01quelle qu'elle soit,
00:33:02détermine sa politique
00:33:04en toute indépendance.
00:33:06Mais vous,
00:33:07vous semblez avoir du mal
00:33:08à vous accommoder...
00:33:10C'est difficile à faire avaler
00:33:11et à faire passer,
00:33:12je veux dire...
00:33:13Comment c'est difficile
00:33:13avec du temps,
00:33:14et oh,
00:33:15et doucement,
00:33:16et doucement,
00:33:17mon ami.
00:33:18Peut-être que vous,
00:33:18vous ne savez pas
00:33:19ce que c'est
00:33:20que l'indépendance
00:33:21et que...
00:33:23Moi, je sais ce que c'est
00:33:24que l'indépendance.
00:33:25Moi, je n'ai pas besoin
00:33:26de chef de file, moi.
00:33:31Souvent, on sortait du studio,
00:33:33on était ensemble,
00:33:33on rigolait.
00:33:34Alors, il me dit,
00:33:35j'étais bon.
00:33:36Vous savez,
00:33:37comme je suis invité-moi
00:33:38toutes les semaines,
00:33:39je vous sauve la télé.
00:33:41Il faisait des scores inouïs,
00:33:43mais après,
00:33:43dans le parti,
00:33:44ça gagne baissé.
00:33:51Mon père veut ouvrir
00:33:53la télévision sur le monde
00:33:54et confronter le public
00:33:56aux grands enjeux internationaux.
00:33:57Avec Alain Duhamel,
00:33:59ils font voyager
00:34:00carte sur table
00:34:01à Londres,
00:34:02Washington,
00:34:02Damas
00:34:03ou encore au Caire
00:34:04devant les pyramides.
00:34:06Monsieur le Président,
00:34:07cette date,
00:34:08je vous remercie
00:34:09de nous recevoir,
00:34:10Alain Duhamel et moi,
00:34:11pour cette émission
00:34:11carte sur table
00:34:12d'Antenne 2,
00:34:14ici,
00:34:14dans votre résidence
00:34:15au pied des grandes pyramides.
00:34:17Le moment aussi
00:34:18nous semble opportun
00:34:19et symbolique.
00:34:20Il marque en effet
00:34:21le premier anniversaire,
00:34:23jour pour jour,
00:34:25de votre voyage historique
00:34:26et si audacieux
00:34:27à Jérusalem.
00:34:29ce voyage inaugurait
00:34:30un long chemin,
00:34:32un long processus
00:34:33de paix
00:34:33qui vient de vous valoir
00:34:35le prix Nobel
00:34:36de la paix
00:34:37que vous recevrez
00:34:37avec M. Begin
00:34:38dans trois semaines
00:34:39à Oslo.
00:34:40Vous avez dit en Israël
00:34:41jamais plus la guerre.
00:34:43Un an après,
00:34:45est-ce que vous pensez
00:34:46que la guerre
00:34:46est une issue
00:34:47que vous écartez
00:34:48de toute façon
00:34:49définitivement ?
00:34:50Oui.
00:34:53Ça, je peux vous le dire.
00:34:55Je l'ai dit auparavant,
00:34:55d'ailleurs,
00:34:57comme je l'avais donc dit
00:34:58à Jérusalem,
00:35:01que la guerre d'octobre
00:35:03soit la dernière guerre
00:35:04entre nous.
00:35:07Après l'entretien,
00:35:08la caméra enregistre
00:35:09quelques instants de off
00:35:11pendant lesquels
00:35:12le prix Nobel
00:35:12de la paix égyptienne
00:35:13se dévoile.
00:35:15J'imagine le bonheur
00:35:17de mon père
00:35:17de côtoyer l'histoire
00:35:18en marche.
00:35:21Vous comprenez bien
00:35:22le français ?
00:35:22Je comprends bien
00:35:23le français,
00:35:24mais j'utilise l'anglais.
00:35:26Vous croyez
00:35:27que les jours
00:35:28qui viennent
00:35:28vont rendre nécessaire
00:35:30une initiative
00:35:31de votre part ?
00:35:32Peut-être.
00:35:34Peut-être.
00:35:35Et vous savez
00:35:35laquelle, déjà ?
00:35:36Oui.
00:35:38Je sais.
00:35:40Comme je vous ai dit
00:35:41maintenant,
00:35:42qu'il y a des efforts
00:35:43qui ont besoin,
00:35:45je vais le faire
00:35:45et j'ai beaucoup
00:35:48dans mon poquet.
00:35:50j'ai beaucoup.
00:35:52Il vous reste
00:35:53beaucoup de cartes.
00:35:54Oui, oui.
00:35:54Il y a beaucoup.
00:35:571981,
00:35:58la télévision
00:35:59est appelée
00:36:00à jouer un rôle
00:36:00toujours plus décisif
00:36:01dans l'élection
00:36:02présidentielle,
00:36:03ce qui met mon père
00:36:04en première ligne.
00:36:06Et à mesure
00:36:07que le premier tour
00:36:07approche,
00:36:09la tension monte.
00:36:11Est-ce que vous êtes,
00:36:13comment dirais-je,
00:36:13victime de pression ?
00:36:15Est-ce que,
00:36:15par exemple,
00:36:16en période électorale,
00:36:16on fait des pressions
00:36:17un petit peu plus subtiles
00:36:18que d'habitude ?
00:36:19Je lirais moins subtiles.
00:36:20Ah bon ?
00:36:21Moins subtiles.
00:36:21On reçoit souvent
00:36:22plusieurs appels téléphoniques,
00:36:24plusieurs lettres
00:36:25pour nous dire
00:36:25que le candidat
00:36:26va faire tel ou tel meeting
00:36:27qui est capital,
00:36:27qui est important.
00:36:28Puis ils le sont tous.
00:36:30On ne peut pas leur en vouloir.
00:36:31Ils sont dans une telle période
00:36:31de passion et de tension.
00:36:33C'est à nous
00:36:33de faire preuve
00:36:34de sang-froid,
00:36:35de patience,
00:36:36d'énergie,
00:36:37de maîtrise de nous-mêmes.
00:36:38Comment se fait-il
00:36:38que vous soyez
00:36:39autant critiqué,
00:36:41attaqué ?
00:36:41Je vais vous dire,
00:36:42lorsqu'une campagne
00:36:43s'essouffle,
00:36:44j'ai un peu d'expérience
00:36:48lorsque les thèmes,
00:36:49les arguments
00:36:50ne se renouvellent pas,
00:36:51on tombe sur la radio
00:36:53et la télévision
00:36:54sous plein des journalistes.
00:36:55Nous ne faisons
00:36:56la campagne de personne,
00:36:57nous ne faisons
00:36:58l'élection de personne.
00:37:00Les Français ont voté
00:37:02dimanche clairement
00:37:03et les résultats
00:37:05sont connus de tous.
00:37:06Deux candidats
00:37:07restent en lice.
00:37:08Le président sortant,
00:37:09M. Giscard d'Estaing,
00:37:11dont on connaît
00:37:12le bilan catastrophique
00:37:13sur le plan économique
00:37:14et social,
00:37:15et François Mitterrand,
00:37:17le candidat du changement.
00:37:19Compte tenu de l'enjeu
00:37:20et de la volonté
00:37:22exprimée par les Français,
00:37:23la règle
00:37:25de l'égalité absolue
00:37:27devrait s'imposer
00:37:28à la télévision
00:37:29et à la radio.
00:37:31Ce partage équitable
00:37:33nous est refusé.
00:37:35Et ceux qui font obstacle
00:37:36à la libre information
00:37:38conspirent en fait
00:37:40contre nos libertés
00:37:41et la démocratie
00:37:43sans lesquelles
00:37:44il n'y a pas de république.
00:37:45Bien, voilà donc
00:37:46la déclaration
00:37:46que vient de faire
00:37:47en direct,
00:37:48je tiens à le préciser,
00:37:49M. Pierre Monroy
00:37:50du siège de la campagne électorale
00:37:52de M. François Mitterrand
00:37:53et de Jean-Pierre Elkavache,
00:37:55vous venez d'arriver
00:37:55dans notre studio.
00:37:56Excusez-moi,
00:37:56je suis nier rasé
00:37:57et je ne porte pas de cravate,
00:37:59c'est comme
00:37:59un fait exprès
00:38:00chaque fois que Jacques.
00:38:01Je viens d'écouter M. Pierre Monroy
00:38:03de mon bureau
00:38:04et au nom du président
00:38:05de l'antenne 2
00:38:05avec beaucoup de calme,
00:38:06de sérénité
00:38:07et au nom de la rédaction
00:38:09que je dirige,
00:38:10en mon nom personnel,
00:38:11je proteste.
00:38:12Pour différentes raisons,
00:38:13vous avez donné
00:38:14un certain nombre
00:38:15d'indications
00:38:15et de chiffres,
00:38:17de précisions.
00:38:18M. Mitterrand
00:38:18est même intervenu
00:38:19à trois reprises
00:38:20depuis la soirée
00:38:22des élections
00:38:23du 26 avril.
00:38:24Les chaînes de télévision
00:38:26et je pense les radios
00:38:27souhaitent avoir le droit
00:38:29de pouvoir travailler
00:38:32avec les conditions
00:38:33modernes de l'information,
00:38:34c'est-à-dire
00:38:34de faire de l'information continue.
00:38:36J'ajoute,
00:38:37j'ajoute
00:38:38qu'il n'y a eu
00:38:39jusqu'à présent
00:38:41aucune espèce
00:38:42de manquement
00:38:43à ces règles
00:38:43de l'équité
00:38:44pendant toute
00:38:46la campagne
00:38:47du premier tour,
00:38:48la nuit
00:38:48du premier tour
00:38:49et il n'y aura
00:38:50aucun changement
00:38:52dans cette ligne
00:38:53jusqu'au
00:38:5410 mai.
00:38:55Nous y tenons
00:38:55tous,
00:38:56les journalistes,
00:38:57la direction
00:38:58de l'information
00:38:58d'Antenne 2
00:38:59et le président
00:39:00d'Antenne 2.
00:39:00Bien, merci.
00:39:01Je crois qu'il y avait
00:39:02M. Moroy.
00:39:02Non, non, visiblement
00:39:04nous n'avons plus
00:39:04la liaison
00:39:05avec M. Ferignot.
00:39:05Je crois que M. Moroy
00:39:06a quitté la salle.
00:39:07Mais on peut
00:39:08en profiter
00:39:09pour demander
00:39:10à la plupart
00:39:11des entourages
00:39:11de garder
00:39:13le sang-froid
00:39:13dans une période
00:39:14qui est assez tendue,
00:39:15nerveuse,
00:39:16une période d'irritation.
00:39:17Je veux dire
00:39:18que l'on reste calme.
00:39:23graphisme,
00:39:24carte électorale,
00:39:26estimation réalisée
00:39:27par ordinateur,
00:39:28duplex partout
00:39:29en France
00:39:29pour recueillir
00:39:30les premières réactions.
00:39:32La soirée électorale
00:39:33télévisée
00:39:34change d'époque.
00:39:36Pour jouer
00:39:37avec les nerfs
00:39:37des téléspectateurs,
00:39:38mon père
00:39:39et Étienne Moujotte,
00:39:40son homologue
00:39:41d'Europe 1,
00:39:42ont commandé
00:39:42des portraits
00:39:43de Mitterrand
00:39:44et Giscard
00:39:44si ressemblants
00:39:45qu'il faut attendre
00:39:46le tout dernier instant
00:39:48pour reconnaître
00:39:48le visage du vainqueur.
00:39:50François Mitterrand
00:39:51est élu président
00:39:52de la République.
00:39:58Jacques Merlino.
00:39:59Oui, je vous entends
00:40:00ici au siège
00:40:01du Parti Socialiste.
00:40:02Comme vous pouvez le voir
00:40:03autour de moi
00:40:03c'est une véritable
00:40:04explosion de joie.
00:40:05Il y a tellement
00:40:06de monde ici
00:40:07que je n'ai plus
00:40:07de retour image
00:40:08et que j'ai à peine
00:40:10un retour son.
00:40:11Mon père
00:40:12est à mille lieues
00:40:13d'imaginer
00:40:14la tempête
00:40:14politico-médiatique
00:40:15qui est sur le point
00:40:16de le jeter à terre.
00:40:19Parce qu'il a été nommé
00:40:21à son poste
00:40:21par le pouvoir giscardien,
00:40:23il symbolise pour la gauche
00:40:25l'ancien régime
00:40:26et du jour au lendemain
00:40:28il devient l'homme
00:40:29à abattre.
00:40:30Monsieur Deferre,
00:40:31vous avez jeter
00:40:31le cabage,
00:40:32vous pouvez le prendre
00:40:33en du plaid ?
00:40:34Oui.
00:40:35Vous prenez l'oreillette
00:40:37et il vous parle.
00:40:39Je vais l'écouter
00:40:40avec d'autant plus
00:40:41d'intérêt
00:40:42que dans le passé
00:40:43je l'ai écouté
00:40:43dans des conditions
00:40:44bien différentes.
00:40:47Non,
00:40:48vous étiez toujours
00:40:49à la télévision
00:40:51et vous étiez
00:40:52en général assez aimable
00:40:53avec les gens du pouvoir.
00:40:54Je ne vous demande pas
00:40:55de l'être avec moi
00:40:56et je vous demande
00:40:57simplement
00:40:57de faire votre métier
00:40:58de journaliste.
00:40:58Je ferai avec vous
00:40:59comme je l'ai toujours fait,
00:41:00comme je le faisais auparavant.
00:41:01Il n'y a pas de raison
00:41:02de changer de ce point de vue-là.
00:41:04Et nous nous connaissons
00:41:05depuis longtemps,
00:41:05monsieur Deferre.
00:41:06Merci d'être avec nous
00:41:06sur Antoine 2.
00:41:07Avec grand plaisir.
00:41:08Alors,
00:41:09est-ce que vous voulez
00:41:09nous commenter
00:41:12en tant que ministre
00:41:13de l'Intérieur
00:41:13le résultat de ce soir ?
00:41:15Eh bien,
00:41:15je viens de Deferre.
00:41:16Votre télé
00:41:17était branchée à la tête.
00:41:18Je ne veux pas recommencer
00:41:19à dire ce que j'ai dit
00:41:19il y a cinq minutes quand même.
00:41:21Avant de passer la parole
00:41:22à un de mes confrères,
00:41:23Claude Sirion,
00:41:24qui a une question
00:41:24à vous poser,
00:41:24je voudrais vous donner
00:41:25la réponse.
00:41:26Pourquoi ?
00:41:27On ne vous avait pas vu
00:41:28tout à l'heure.
00:41:28La réponse m'a été donnée
00:41:29par Pierre-Henri-Anstam
00:41:30et Jean Cazenave
00:41:31qui réalisent et coordonnent
00:41:32la soirée.
00:41:32c'était des raisons techniques.
00:41:34Monsieur Deferre.
00:41:35Je viens de croire,
00:41:35c'est toujours avec nous
00:41:36que la technique ne fonctionne pas.
00:41:38Avant,
00:41:39ça nous arrivait souvent.
00:41:40À la droite,
00:41:41ça n'est jamais arrivé.
00:41:42Alors,
00:41:42je ne sais pas pourquoi
00:41:42les caméras se détraquent
00:41:44quand un homme de gauche est là.
00:41:45Claude Sirion.
00:41:46Maintenant,
00:41:46nous voilà majoritaires.
00:41:48Peut-être que les caméras
00:41:49tomberont moins souvent
00:41:50pour nous.
00:41:51D'accord,
00:41:51vous saurez leur parler.
00:41:53Oui,
00:41:54mais je parle toujours
00:41:54très gentiment avec le sourire,
00:41:55oui,
00:41:56même aux hommes
00:41:56qui nous ont parfois
00:41:57un peu malmenés.
00:41:58Oh,
00:41:59Claude Sirion,
00:41:59la question.
00:42:00Bonsoir,
00:42:00monsieur Deferre.
00:42:01Je voulais vous demander.
00:42:04Quelques jours plus tard,
00:42:06le coup près tombe.
00:42:07Le Premier ministre
00:42:08Pierre Moroy
00:42:09annonce au président d'Antenne 2
00:42:11l'éviction
00:42:12de tous les dirigeants
00:42:12de la chaîne
00:42:13et,
00:42:14en particulier,
00:42:15du directeur de l'information.
00:42:18Sept ans après la droite,
00:42:19c'est au tour de la gauche
00:42:21de jeter mon père.
00:42:24J'étais socialement mort.
00:42:29À ma vue,
00:42:29on changeait de tontoir
00:42:32parce qu'on estimait
00:42:33que j'étais mal vu
00:42:33par l'Elysée.
00:42:35J'entendais parler
00:42:37de moi,
00:42:39mais en réalité,
00:42:39c'est un autre que moi.
00:42:42C'est très formateur.
00:42:44C'est l'apprentissage
00:42:45de l'indifférence.
00:42:47On a même annoncé
00:42:49que je m'étais suicidé.
00:42:53À cette époque,
00:42:55j'ai 13 ans.
00:42:56Je rentre des États-Unis
00:42:57où j'ai vécu deux ans
00:42:58avec ma mère à Miami.
00:43:00La ville a été secouée
00:43:01par de violentes
00:43:02émottes raciales
00:43:02qui nous ont assommées.
00:43:04De retour à Paris,
00:43:05je ne comprends pas
00:43:06le déferlement de haine
00:43:08qui s'abat sur mon père.
00:43:09À l'école,
00:43:10professeurs et élèves
00:43:11me cherchent.
00:43:13On me trouve.
00:43:14Je me bagarre.
00:43:17Ça n'est pas facile
00:43:18d'être journaliste
00:43:18parce que nous sommes
00:43:19souvent confrontés
00:43:20à deux ennemis
00:43:21terribles et pervers
00:43:23de notre profession,
00:43:24la censure
00:43:25et l'auto-censure.
00:43:26C'est-à-dire que non seulement
00:43:27les journalistes
00:43:27ne possèdent pas toujours
00:43:29dans leur manche
00:43:29toutes les cartes
00:43:30de la vérité,
00:43:31mais il peut arriver,
00:43:32il peut arriver
00:43:33que certaines cartes
00:43:34disparaissent,
00:43:34soit par ordre supérieur,
00:43:36soit par complaisance
00:43:37ou pusilien limité.
00:43:39J'ai néanmoins intitulé
00:43:41cette émission
00:43:41Carte sur table.
00:43:53Sept mois donc
00:43:53après votre éviction
00:43:55d'Antenne 2,
00:43:56voici donc votre témoignage
00:43:57sous le titre
00:43:57Taisez-vous et le cabage.
00:43:58C'était si pressé ?
00:43:59C'est neuf mois,
00:44:00c'est long.
00:44:03Pourquoi ?
00:44:03C'était...
00:44:04Parce qu'il y a quand même
00:44:05une hâte à avoir publié ce livre.
00:44:07Ça vous a semblé
00:44:08court, vous ?
00:44:09Oui, quand même.
00:44:11Je pense que je me suis dû
00:44:13pendant neuf mois
00:44:14et que j'ai résisté
00:44:16à toutes sortes
00:44:16de sollicitations
00:44:17ou de pressions
00:44:18pour intervenir
00:44:19et j'ai pensé
00:44:20comme j'aime me battre
00:44:21qu'à ma manière
00:44:23je devais intervenir
00:44:24et je devais me faire entendre.
00:44:25Bon, un point d'histoire maintenant.
00:44:27Bon, et ça alors
00:44:27je dois avoir des réponses
00:44:28très précises.
00:44:29Qui vous a nommé
00:44:30à la direction de l'information
00:44:31en temps de deux ?
00:44:32C'est Marcel Juillant
00:44:33en face de vous
00:44:34ou bien est-ce l'Elysée ?
00:44:35J'ai été informé
00:44:37par le porte-parole
00:44:38de l'Elysée de l'époque
00:44:39qui s'appelait
00:44:39Jean-Philippe Lecas
00:44:40que Marcel Juillant
00:44:43aurait probablement
00:44:44s'il le souhaitait
00:44:46et s'il le décidait
00:44:47Il était gentil de vous dire.
00:44:49à m'appeler
00:44:49à la tête
00:44:50de la rédaction
00:44:51d'Antenne 2.
00:44:52On ne va pas jouer
00:44:52au plus fin.
00:44:53Je n'ai pas choisi
00:44:54Jean-Pierre
00:44:55parce que je suis allé
00:44:55ensuite devant
00:44:56une commission d'enquête
00:44:57sur l'information
00:44:59où j'ai dit
00:44:59je n'ai pas choisi
00:45:00Je veux dire
00:45:01que j'ai travaillé
00:45:01librement.
00:45:02Vous qui avez épuisé
00:45:03trois directeurs
00:45:04de l'information
00:45:04en deux ans
00:45:06Comment pouvez-vous dire
00:45:07que la rédaction
00:45:08belle, forte,
00:45:10exigeante
00:45:11d'Antenne 2
00:45:12aurait accepté
00:45:13quelqu'un
00:45:13pendant quatre ans
00:45:14et demi
00:45:14qui aurait triché
00:45:15ou menti ?
00:45:16La difficulté
00:45:17que nous avons
00:45:18c'est que nous avançons
00:45:19et nous travaillons
00:45:19avec différents pouvoirs
00:45:21que ce soit
00:45:22le patronat,
00:45:22les syndicats,
00:45:23toutes les forces politiques
00:45:24et qu'à travers
00:45:25ces écueils
00:45:26il s'agit
00:45:27avec un certain caractère
00:45:28nous ne sommes pas
00:45:29des gens parfaits
00:45:30d'avancer
00:45:31et d'essayer
00:45:32de tenir
00:45:33une certaine ligne
00:45:34ou un cap
00:45:34pendant quatre ans
00:45:35et demi
00:45:36je n'ai jamais
00:45:37demandé à Giscard
00:45:38s'il fallait inviter
00:45:39Madame Garrault
00:45:39Monsieur Marchais
00:45:40Monsieur Mitterrand
00:45:41jamais
00:45:42et d'autre part
00:45:44je ne le demandais
00:45:44même pas à mon PDG
00:45:45vous pouvez en témoigner
00:45:52Quelques semaines plus tard
00:45:53à sa grande surprise
00:45:54le pestiféré
00:45:56est invité
00:45:56par François Mitterrand
00:45:57à l'Elysée
00:45:58au cours de leur entretien
00:46:00le président glisse à mon père
00:46:02c'est dans l'adversité
00:46:04que l'on mesure
00:46:04le caractère d'un homme
00:46:06cette phrase
00:46:07il me la rappellera souvent
00:46:16après une année de purgatoire
00:46:18c'est par la petite porte
00:46:20que mon père rejoint Europe 1
00:46:21je recommence les après-midi
00:46:23à Europe
00:46:24pour mon métier
00:46:25je recommence doucement
00:46:28moi-même
00:46:29je continue à apprendre
00:46:30apprendre en lisant
00:46:32découvrir des sujets
00:46:33découvrir des personnages
00:46:34découvrir des thèmes
00:46:35que personne ne traite
00:46:36puis après
00:46:37vous voyez que
00:46:38on recommence à vous voir
00:46:40comme journaliste
00:46:41plus le directeur salopard
00:46:44auquel on prête
00:46:45des crimas
00:46:48avec les matins d'Europe 1
00:46:49j'ai reconquis
00:46:50un statut
00:46:52très fort
00:46:53mais
00:46:53c'était du temps
00:46:54c'était du travail
00:46:55c'était le pâle souci
00:46:56de ce qu'on racontait
00:46:58ça inspire peut-être
00:47:00au bout du compte
00:47:00plus de respect
00:47:03avec ses interviews
00:47:04politiques quotidiennes
00:47:05mon père rencontre
00:47:07en journaliste
00:47:08dirigeant de partis
00:47:11responsable gouvernementaux
00:47:12et chef d'état
00:47:14ce qui m'intéressait
00:47:15c'est celui qui est dans l'action
00:47:16quand on dit
00:47:16il aime le pouvoir
00:47:17non
00:47:17il aime celui qui décide
00:47:18celui qui agit
00:47:19celui qui prend la décision
00:47:21qui prend la responsabilité
00:47:22de la décision
00:47:23quelle qu'elle soit
00:47:23avec les conséquences
00:47:24pour lui
00:47:25pour son pays
00:47:26pas les commentateurs
00:47:27mais les acteurs
00:47:30avec François Mitterrand
00:47:31il y a quelque chose
00:47:33de plus
00:47:33une affection
00:47:35une estime mutuelle
00:47:37la passion des livres
00:47:38et pour mon père
00:47:39la satisfaction
00:47:41de se sentir reconnu
00:47:42par ce personnage
00:47:43fascinant
00:47:44et insaisissable
00:47:45et c'est avec lui
00:47:47qu'il va conduire
00:47:47l'interview
00:47:48la plus difficile
00:47:49de sa carrière
00:47:49en 1994
00:47:50dans la dernière année
00:47:52de son deuxième septennat
00:47:56j'aime pas la meute
00:47:59quand la société
00:48:00s'acharne
00:48:01sur quelqu'un
00:48:02qui le piétine
00:48:03jusqu'à la mort sociale
00:48:04ça je peux pas le supporter
00:48:09je l'ai vu tout seul
00:48:10je l'ai vu malade
00:48:11et tout seul
00:48:12abandonné
00:48:12sauf par une petite poignée
00:48:14de gens
00:48:15je n'ai jamais flirté
00:48:16avec l'extrême droite
00:48:17de 1942 à 1944
00:48:19j'ai pris beaucoup de risques
00:48:21ceux qui écrivent
00:48:22à ce sujet
00:48:22j'aurais voulu les voir
00:48:23en tout cas
00:48:24François Mitterrand
00:48:25allume là
00:48:25des contrefeux
00:48:26au ravage
00:48:26suscité par d'autres
00:48:27petites phrases
00:48:28extrait-elle
00:48:29du livre de Pierre Péan
00:48:30une jeunesse française
00:48:31François Mitterrand
00:48:32y donne son appréciation
00:48:33toute personnelle
00:48:34sur le secrétaire général
00:48:35à la police de Vichy
00:48:36René Bousquet
00:48:37responsable de la déportation
00:48:38de juifs
00:48:39c'était un homme
00:48:40d'une carrière exceptionnelle
00:48:41je le voyais avec plaisir
00:48:42il n'avait rien à voir
00:48:43avec ce qu'on a pu dire de lui
00:48:45un jugement
00:48:46qui a provoqué
00:48:46un débat houleux
00:48:47hier soir
00:48:48au bureau national du PS
00:48:50Bousquet a été
00:48:51le maître d'oeuvre
00:48:51de la rafle du Veldiv
00:48:52en 1942
00:48:54les confidences
00:48:55de François Mitterrand
00:48:56bouleversent
00:48:57jusque ses amis
00:48:58les plus proches
00:49:00malgré la maladie
00:49:01qui le ronge
00:49:02il décide de s'expliquer
00:49:08Mitterrand est là
00:49:09il s'appuie sur mon bras
00:49:11et on le porte
00:49:13jusqu'au maquillage
00:49:15je passe seul avec lui
00:49:16et il m'a dit là
00:49:19soyez avec moi
00:49:19le plus dur possible
00:49:21ne laissez rien passer
00:49:23j'ai besoin de ça
00:49:24dans ma homme
00:49:27M. le Président
00:49:28bonsoir
00:49:28vous m'avez dit
00:49:29que je peux vous poser
00:49:30toutes les questions
00:49:30oui toutes les questions
00:49:31dans quel cas
00:49:32vous diriez
00:49:33M. le Président
00:49:33M. Mitterrand
00:49:34vous vous direz
00:49:36j'arrête
00:49:36je pars
00:49:37je ne peux pas continuer
00:49:38je dirais
00:49:38si la souffrance
00:49:42est telle
00:49:43qu'elle
00:49:45pèse sur moi
00:49:46au point que
00:49:46je ferais passer
00:49:48l'examen de mon sort
00:49:49avant celui
00:49:50des devoirs d'état
00:49:51à ce moment-là
00:49:52il est évident
00:49:52qu'il faut partir
00:49:53qui vous aidera
00:49:54à prendre la décision
00:49:55j'étais dur
00:49:56sur le questionnement
00:49:57mais j'étais attendre
00:50:00je sentais qu'il mourrait
00:50:02je craignais
00:50:03comme toujours
00:50:04ne pas être à la hauteur
00:50:06et j'ai eu un sentiment
00:50:07au bout de 7-8 minutes
00:50:08un sentiment
00:50:10immense de satisfaction
00:50:12ou de paix intérieure
00:50:13en me disant cette fois
00:50:15je vais le faire parler
00:50:17est-ce que c'était un intime
00:50:18de François Mitterrand
00:50:19mais non c'était pas un intime
00:50:20ou un ami
00:50:21on dit la relation amicale
00:50:23écoutez
00:50:23on dit ce qu'on veut dire
00:50:25non mais vous
00:50:25votre vérité
00:50:27la chronologie commande
00:50:29Bousquet redevient
00:50:31un libre citoyen
00:50:32très introduit
00:50:33dans les milieux
00:50:34politiques
00:50:34et dans les milieux
00:50:35financiers
00:50:36de banques
00:50:37dès les années 50
00:50:39mais est-ce que vous saviez
00:50:40ce qu'il avait fait ?
00:50:40non mais qu'est-ce que vous racontez là
00:50:41excusez-moi
00:50:42dites-moi tout
00:50:43vulgaire
00:50:44il est accusé
00:50:46d'actes
00:50:48insupportables
00:50:49mais il est acquitté
00:50:50de cela
00:50:50par la haute cour de justice
00:50:52vous pensez que l'histoire
00:50:54sera plus ou moins sévère
00:50:56que vos contemporains
00:50:57avec vous ?
00:50:58un homme
00:50:58il ne sera pas sévère
00:51:02pourquoi vous vous dites ça
00:51:03il ne sera pas sévère ?
00:51:04non Jean-Pierre
00:51:04un homme se construit
00:51:06un homme se construit
00:51:08il se construit par ses actes
00:51:10mais aussi par sa réflexion
00:51:12et je me suis construit
00:51:14à ma manière
00:51:15et je suis devenu
00:51:16non seulement un homme de gauche
00:51:18mais responsable
00:51:20de la gauche en France
00:51:21c'est pour moi
00:51:22une immense honneur
00:51:27quelques mois plus tôt
00:51:28en décembre 1993
00:51:31l'ambitieux gamin Doran
00:51:32a été élu
00:51:33par le conseil supérieur
00:51:35de l'audiovisuel
00:51:36président de France Télévisions
00:51:39on a beau si attend
00:51:40quand on vous téléphone
00:51:41pour vous dire ça
00:51:42quel effet ça fait ?
00:51:44on va vous rester sans voix
00:51:46c'est le même
00:51:50et vous pensez
00:51:51c'est ma mère
00:51:58elle m'ont peu
00:51:59mais pas trop
00:52:00Pierre Fremantin
00:52:02qui m'a tout appris
00:52:03depuis très longtemps
00:52:03en France Saint-Ève
00:52:05Jacques Baudrier
00:52:06avec qui j'ai travaillé
00:52:07et que je me dis
00:52:08que pendant les 10 ans
00:52:09où j'ai travaillé
00:52:10j'ai pas eu tort
00:52:11de baisser les bras
00:52:12j'ai pas eu tort
00:52:12d'arrêter
00:52:14que la haute idée
00:52:14que je me faisais
00:52:15de mon métier
00:52:16et que je me fais
00:52:17de mon métier
00:52:19j'avais pas tort
00:52:19de l'avoir
00:52:22à la tête
00:52:23de la télévision publique
00:52:24il ne s'occupe
00:52:25plus seulement
00:52:26d'informations
00:52:26mais aussi
00:52:27de divertissement
00:52:28de fiction
00:52:30des finances
00:52:31et de la stratégie
00:52:32de l'entreprise
00:52:32on se brûle
00:52:34si on décide
00:52:35si vous prenez
00:52:36trop de décisions
00:52:37on vous craint
00:52:38et on vous caricature
00:52:41il fallait de la créativité
00:52:42et TF1 avait commencé
00:52:44ayant plus de moyens
00:52:46que la télévision publique
00:52:47elle pouvait payer
00:52:48très cher
00:52:49les animateurs
00:52:49les piquer
00:52:50là où ils étaient
00:52:51et laisser la télé
00:52:53publique à la traîne
00:52:54et donc
00:52:54il a fallu
00:52:55quelques acrobaties
00:52:56qui dans certains cas
00:52:58m'ont été reprochées
00:53:00j'y vais
00:53:01j'y vais
00:53:01oh oh oh
00:53:02j'y vais
00:53:03j'y vais
00:53:03j'y vais
00:53:05dis donc j'y vais
00:53:06ça te dirait
00:53:06qu'on fasse des émissions télé
00:53:07des programmes top popularité
00:53:09des trucs super quoi
00:53:11oh non
00:53:12ouais
00:53:13j'y vais
00:53:14super super
00:53:14d'accord
00:53:17il est peut-être
00:53:24pas du tout
00:53:28mai 96
00:53:29nouvelle tempête
00:53:31mon père est accusé
00:53:32de dilapider l'argent
00:53:33du service public
00:53:34au bénéfice
00:53:35d'animateurs
00:53:36producteurs stars
00:53:37et doit démissionner
00:53:38j'étouffe
00:53:39à mon tour
00:53:41de foutre le camp
00:53:41je change de continent
00:53:43et pendant 5 ans
00:53:45je vis aux Etats-Unis
00:53:52ma stratégie
00:53:53a abouti
00:53:54à faire que la télévision publique
00:53:56était numéro 1 en France
00:53:57avec de l'audience
00:53:59avec
00:54:00des finances équilibrées
00:54:02mais vous reconnaissez
00:54:03que pour que ces finances soient saines
00:54:04il a fallu donner
00:54:04des contrats importants
00:54:06à des jeunes gens
00:54:06à la mode
00:54:07qui devaient remonter
00:54:08l'audience de France Télévisions
00:54:10vous le savez
00:54:10vous le racontez parfaitement
00:54:11dans le livre
00:54:11or c'est justement
00:54:12pas l'image
00:54:13qu'une partie
00:54:14de la presse
00:54:14ou des collaborateurs
00:54:15de la télévision
00:54:16voire les rédactions
00:54:16ont du service public
00:54:17pendant toute la période
00:54:18dont vous parlez
00:54:19nous n'avons eu
00:54:21rien à demander à l'Etat
00:54:22rien aux citoyens contribuables
00:54:24et nous avons pu
00:54:24continuer
00:54:25à faire construire
00:54:26le siège
00:54:27de France Télévisions
00:54:28on est à son 7ème étage
00:54:29nous développer
00:54:30dans le bouquet numérique
00:54:31et aider
00:54:32les créateurs français
00:54:33toute l'ambiguïté
00:54:34de cette crise
00:54:35fait que depuis des années
00:54:36on ne fait pas
00:54:36ces France Télévisions
00:54:37comme un autre modèle
00:54:38de faire de la télévision
00:54:39alors que finalement
00:54:40une télévision généraliste
00:54:41fut-elle publique
00:54:43ressemble fortement
00:54:44à une télévision généraliste
00:54:45fut-elle privée
00:54:46et que toute l'hypocrine
00:54:47il y a une grande différence
00:54:49il y a les émissions
00:54:51qu'on ne trouve pas ailleurs
00:54:51ou que longtemps
00:54:52on n'a pas trouvé ailleurs
00:54:53des émissions
00:54:53de débats de société
00:54:55la télévision publique
00:54:56permet de traiter
00:54:58de problèmes culturels
00:54:59vous n'avez jamais
00:55:00sur TF1
00:55:02cassé un programme
00:55:03de divertissement
00:55:04un feuilleton
00:55:05les grosses têtes
00:55:06pour mettre à la place
00:55:08un direct
00:55:09sur la mort de Rabine
00:55:10la télévision publique
00:55:11peut le faire
00:55:12même si ça
00:55:13ça coûtait de l'audience
00:55:14la télévision publique
00:55:15elle a des missions
00:55:16qu'elle a
00:55:17respectées
00:55:22comme après chaque revers
00:55:24mon père retourne
00:55:26aux fondamentaux
00:55:26les matins d'Europe 1
00:55:28et en 2000
00:55:30à l'aube de la soixantaine
00:55:31un nouveau défi
00:55:32l'information continue
00:55:34à la télévision
00:55:353
00:55:352
00:55:361
00:55:37punissez-moi
00:55:38peu de moyens
00:55:40des jeunes poussent
00:55:42à qui mon père
00:55:43transmet son art
00:55:43de l'interview
00:55:44ce style tranchant
00:55:46qui dès la toute première question
00:55:47contraint l'invité
00:55:48à sortir des discours convenus
00:55:52bonjour Marine Le Pen
00:55:53vous n'avez pas honte
00:55:55pardon
00:55:56vous n'avez pas honte
00:55:57honte de quoi
00:55:58vous n'avez pas de regrets
00:56:00en fait
00:56:01en fait j'essaie d'imaginer un scénario
00:56:03parce que si vous laissez un type
00:56:05faire un exposé
00:56:05vous êtes perdu
00:56:07ce sont souvent des politiques
00:56:08qui passent dans d'autres médias
00:56:10ils ont tendance
00:56:10à se répéter
00:56:11mais comme nous
00:56:12on les a lus
00:56:13ou entendus
00:56:13quand ils commencent
00:56:15oui
00:56:16non non non
00:56:18on coupe
00:56:19ce qui fait qu'on était mal vu
00:56:20etc
00:56:21et puis après
00:56:22il y avait le dernier moment
00:56:24quand le type arrivait
00:56:25je regardais
00:56:25je voyais son humeur
00:56:26et c'est dans ce quart d'heure
00:56:28que vous devez tout de suite saisir
00:56:30comment le prendre ou pas
00:56:32un fanfaron
00:56:33vous lui rentrez dedans
00:56:35un type en difficulté
00:56:36un type attaqué par tout le monde
00:56:38que vous ne l'enfoncez pas
00:56:39vous lui demandez de s'expliquer
00:56:40bonsoir monsieur le ministre
00:56:42bonsoir
00:56:42alors depuis des années
00:56:44on sait que vous vouliez être ministre
00:56:45vous êtes ministre
00:56:45vous exercez d'une certaine façon
00:56:46le pouvoir
00:56:47est-ce que gouverner c'est courir ?
00:56:48Emmanuel Macron bonjour
00:56:49bonjour
00:56:50est-ce que vous connaissez
00:56:51la rumeur d'Alesia ?
00:56:53allez-y
00:56:54Brutus aurait le projet
00:56:55de tuer César
00:56:55vous connaissez ?
00:56:57oui allez-y
00:56:57oui justement
00:56:59pendant quelques années
00:57:00je travaille à ses côtés
00:57:02à Bibliothèque Médicis
00:57:03l'une de ses grandes fiertés
00:57:06bienvenue à Bibliothèque Médicis
00:57:08ils sont inséparables
00:57:10l'un ne va jamais
00:57:11une émission pour assouvir
00:57:13sa soif d'innovation
00:57:14de littérature
00:57:15d'histoire
00:57:16de philosophie
00:57:31ton père
00:57:32voilà
00:57:33l'appel du soir
00:57:35j'ai réfléchi à une ou deux trucs
00:57:37ok
00:57:39tu m'appelles
00:57:41à cette période
00:57:42je le vois l'ouvrage
00:57:44c'est la rivalité
00:57:45sa fougue
00:57:46son impatience
00:57:47l'électricité
00:57:49sur son passage
00:57:51son intranquillité
00:57:52les vents
00:57:54les tempêtes
00:57:54les vents
00:57:55ses doutes constants
00:57:57les tempêtes
00:57:59soufflent
00:58:00même si c'est son nom
00:58:01les vents
00:58:01et les tempêtes
00:58:02les tempêtes
00:58:04aujourd'hui
00:58:05ça va
00:58:06on a traversé
00:58:07les tempêtes
00:58:09derrière chaque émission
00:58:11un travail
00:58:12méticuleux
00:58:13acharné
00:58:14qu'il couche
00:58:15au stylo rouge
00:58:16sur des milliers
00:58:17de fiches
00:58:17rehaussées de couleurs
00:58:20ne m'enfermez pas
00:58:21dans le passé
00:58:22je me demande
00:58:23plutôt
00:58:24quoi encore
00:58:25qu'est-ce que je vais faire
00:58:27il y avait deux trucs
00:58:28que je redoutais
00:58:29c'est le temps
00:58:31et l'ennui
00:58:33je ne veux pas m'ennuyer
00:58:34et en même temps
00:58:35je pense que je ne peux pas m'ennuyer
00:58:40sans la passion du journalisme
00:58:42sans cet engagement
00:58:44je ne sais pas
00:58:45physique
00:58:45qui me prenait au tré
00:58:47aurais-je voyagé autant
00:58:49me serais-je construit autant
00:58:52aurais-je pu rencontrer
00:58:54l'inimaginable
00:58:55c'est pas possible
00:59:02il n'y a pas si longtemps
00:59:04hier peut-être
00:59:05mon père me disait encore
00:59:07lis
00:59:08écoute
00:59:08observe
00:59:09aime
00:59:09sois curieuse de tout
00:59:11ma fille
00:59:11il n'y a pas de temps à perdre
00:59:17notre relation était unique
00:59:18nos éclats de rire
00:59:20nos engueulades
00:59:21nos silences
00:59:23notre complicité
00:59:24sans limite
00:59:26je ferme à double tour
00:59:28le coffre où repose notre trésor
00:59:30tu es partout où je suis
00:59:37alors tu ne m'appelles plus en père
00:59:40bah il écrit
00:59:41c'est un père
00:59:43tout va bien
00:59:45très bien
00:59:45je veux comprendre
00:59:47enfin bah
00:59:47tu m'appelles demain
00:59:48si tu es là
00:59:48tu me parles aussi du travail
00:59:50que tu fais
00:59:51j'aime
00:59:52dans moi
01:00:01quelques temps avant son départ
01:00:03en 2023
01:00:03il m'a confié
01:00:05cette chanson me fait penser à toi
01:00:08ne nous oublie pas ma fille
01:00:12tu as tant voyagé
01:00:15moi de mon côté
01:00:17j'étais souvent parti
01:00:20des Indes à l'Angleterre
01:00:23on a couru la terre
01:00:24et pas toujours ensemble
01:00:27mais à chaque retour
01:00:30nos mains se rejoignaient
01:00:31sur le dos de velours
01:00:33d'un chien qui nous aimait
01:00:35c'était notre façon
01:00:37d'être mon compagnon
01:00:41mon enfant
01:00:44mon petit
01:00:47bonne route
01:00:50bonne route
01:00:53tu prends le train
01:00:55pour la vie
01:00:57et ton coeur va changer
01:01:02de pays
01:01:05à vivre sous mon toit
01:01:08il me semble parfois
01:01:10que je t'avais perdu
01:01:13je vais te retrouver
01:01:15je vais me retrouver
01:01:17dans chacun de tes gestes
01:01:20on sait qu'il est parent
01:01:22on se retrouve amis
01:01:24ce sera mieux qu'avant
01:01:26je n'aurais pas vieilli
01:01:28je viendrai simplement
01:01:31partager tes vingt ans
01:01:34je vais te retrouver
01:01:35c'est le petit
01:01:35c'est le petit
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