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  • il y a 2 heures
1950, en pleine Guerre froide. Alors que les États-Unis sont saisis par la Red Scare - la « peur rouge », vaste panique anticommuniste - un couple apparemment sans histoire devient l'ennemi public numéro un. Julius et Ethel Rosenberg sont arrêtés par le FBI suite au témoignage de David Greenglass, le frère de Ethel. Une première question hante les esprits : est-ce une sombre querelle familiale, ou la plus grande affaire d'espionnage du siècle ? Les Rosenberg sont accusés d'avoir comploté au profit de l'URSS et d'avoir livré les secrets de la bombe atomique. Mais si le couple n'a de cesse de clamer son innocence, le procès se clôture par la plus terrible des sentences : la peine de mort. Dans leur prison, les époux Rosenberg s'échangent des lettres d'amour passionnées, parlent de leurs deux petits garçons et espèrent que le monde va les sauver. Car depuis la sentence, les soutiens arrivent des quatre coins du globe, mais les demandes de grâce sont toutes rejetées. En 1953, les Rosenberg périssent sur la chaise électrique, sans que le doute sur leur culpabilité n'ait été dissipée dans l'opinion. À travers un corpus d'archives souvent méconnues - au premier rang desquelles les lettres que les époux Rosenberg s'écrivent depuis leur cellule - enrichies d'illustrations animées, le film revisite cette affaire emblématique, en révélant les zones d'ombre du dossier et les mécanismes de la peur collective. Un nouveau regard sur un procès devenu symbole, à la frontière du thriller politique et de la tragédie intime. Année de Production :

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Transcription
00:00Sous-titrage Société Radio-Canada
00:30« Et si vos voisins étaient des traîtres ? »
00:33Bientôt, deux visages incarnent cette paranoïa collective.
00:36Celui d'un homme caché par ses moustaches sombres
00:39et celui de sa femme au sourire triste.
00:43Les journaux titres.
00:45Julius et Ethel Rosenberg, les espions rouges arrêtés.
00:50Le procès débute et les camps se forment.
00:53Sont-ils victimes d'une chasse aux sorcières ou des espions atomiques ?
01:01Mais à la veille des audiences, une seule question agite les foules.
01:05Qui sont vraiment les époux Rosenberg ?
01:22C'est à New York, dans ce quartier juif de l'East Side,
01:26où la misère est le lot de tous,
01:28que Julius et Ethel grandissent.
01:31C'est la première génération à naître sur le sol américain.
01:34Leurs deux familles venant d'Europe de l'Est.
01:37Julius et Ethel ont beaucoup en commun.
01:39Mais à ce stade de leur histoire,
01:41ils ne se connaissent pas encore.
01:45Julius pense un temps devenir rabbin,
01:47puis bifurque, pour faire des études d'ingénieur.
01:51Sa famille est aimante.
01:53Elle le soutient quoi qu'il décide.
01:56Pour Ethel, la vie est plus dure.
01:58Sa mère ne fait que l'accabler de reproches.
02:02Pendant toute son adolescence, en plus des corvées,
02:06Ethel s'occupe de son petit frère David,
02:08de sept ans son cadet.
02:11Mais qu'importe la rudesse de ce quotidien,
02:14Ethel n'a qu'un rêve,
02:15monter sur scène et chanter.
02:31La réalité la rattrape.
02:33Pour soutenir sa famille,
02:35Ethel trouve un emploi de sténographe.
02:37Sa mère ne lui avait-elle pas dit d'arrêter de rêver ?
02:40Enfin, un vrai travail.
02:49Rien, cependant, ne peut l'empêcher de chanter.
02:51Comme ce soir du nouvel an de 1936.
02:58Au milieu des danseurs,
03:00un jeune homme se distingue.
03:02Il a 18 ans.
03:03Elle en a 21.
03:05C'est le coup de foudre.
03:14Trois ans plus tard,
03:15dans une vieille synagogue orthodoxe du Lover East Side,
03:18un rabbin les unit.
03:24Aucune fête ne clôture le mariage.
03:26Pas assez d'argent.
03:28Cela n'a guère d'importance.
03:29Ils sont ensemble.
03:31Et pour toujours.
03:36Un autre lien les unit.
03:38La conviction profonde que le communisme sauvera le monde.
03:46Julius et Ethel passent leur temps dans les meetings
03:48et aux projections de films de propagande.
03:57Ils y emmènent le petit frère de Ethel, David,
04:00qui, comme eux, finit par prendre sa carte du parti.
04:08De l'autre côté de l'Atlantique,
04:10une guerre enflamme l'Europe.
04:12En 1939,
04:14Hitler envahit la Pologne.
04:17Ethel et Julius ne peuvent être insensibles
04:19au bruit de bottes des nazis,
04:20qui non seulement menacent les juifs,
04:22mais aussi envahissent les pays dont ils sont originaires.
04:27Ce n'est qu'à la fin de l'année 1941
04:30que les Etats-Unis entrent dans le conflit.
04:33La vie des Rosenbergs prend alors un autre tournant.
04:37Julius n'est pas mobilisé.
04:39En tant qu'ingénieur,
04:41il est essentiel à l'effort de guerre.
04:45Le petit frère David n'a pas cette chance.
04:48Il doit quitter sa jeune épouse Ruth,
04:50car il vient d'être appelé sous les drapeaux
04:52à Los Alamos, au Nouveau-Mexique.
04:57Ce site, construit en plein désert
05:00comme un bunker isolé de toute civilisation,
05:02abrite un projet top secret.
05:05Nom de code, projet Manhattan.
05:14Au milieu de dizaines de savants,
05:16David est mécanicien dans le laboratoire des explosifs.
05:20A Los Alamos,
05:21tous les corps de métier sont réunis
05:23pour que l'Amérique soit la première à fabriquer
05:25l'arme la plus puissante du monde.
05:28En à peine deux ans,
05:30la bombe atomique est créée.
05:35En août 1945,
05:37les Etats-Unis larguent deux bombes
05:39à Hiroshima et à Nagasaki.
05:54Moins d'une semaine plus tard,
05:56le Japon capitule.
06:01La fin de la guerre marque un coup d'arrêt
06:03dans le militantisme des Rosenberg.
06:06Ils n'ont d'ailleurs même plus leur carte du parti
06:08et se consacrent à leur premier enfant, Michael.
06:13Mais que pensent-ils lorsque quatre ans plus tard,
06:15l'URSS effectue ses premiers essais
06:17de la bombe atomique ?
06:32Les Etats-Unis frémissent,
06:34d'autant plus que la Chine
06:36vient de tomber dans l'orbite de Moscou.
06:38Pour les Américains,
06:40c'est la confirmation que le communisme
06:42n'est pas qu'une idéologie,
06:43mais une force militaire
06:45qui étend son pouvoir
06:46sur une partie du globe.
06:58Partout dans le pays,
06:59on construit des abris atomiques
07:01pour se prémunir des bombes russes.
07:15Des films tournent en boucle
07:16sur les postes de télévision
07:18indiquant la marche à suivre
07:19en cas d'attaque nucléaire.
07:41On recherche les espions atomiques
07:43dans toutes les sphères de la société.
07:44Et puisque les rouges sont invisibles,
07:47ils sont encore plus dangereux.
07:49Ils peuvent être monsieur et madame tout le monde.
07:53À la tête du bureau du FBI,
07:55l'inflexible John Edgar Hoover.
08:18les rouges savent-ils ce qu'ils risquent
08:22en tant qu'anciens communistes ?
08:23Ils devraient.
08:27Car la guerre froide
08:28est au centre de toutes les préoccupations.
08:30On craint que les rouges
08:32fomentent un complot
08:33permettant d'attaquer
08:34l'Amérique de l'Intérieur.
08:48Joseph McCarthy,
08:50un sénateur opportuniste
08:51et sans scrupules,
08:53prétend justement
08:53que des espions communistes
08:55ont infiltré
08:56toute la société américaine.
09:06Les Rosenbergs
09:07ne peuvent plus ignorer
09:08cette chasse aux sorcières.
09:16Mais dans l'immédiat,
09:18un événement va venir
09:19ébranler leur famille.
09:21L'hiver s'est installé sur New York,
09:23plus froid que jamais.
09:25C'est alors que la femme de David,
09:27Ruth,
09:28enceinte de 7 mois,
09:29est victime d'un accident domestique.
09:33Son chauffage d'appoint
09:34a enflammé sa robe de chambre.
09:37Dorénavant,
09:38le but de David
09:39sera de protéger sa femme
09:41à n'importe quel prix.
09:44Au même moment,
09:46le FBI
09:46est en pleine effervescence.
09:50Je prie
09:52que je soutiendrai
09:54et défend
09:55la Constitution
09:56des États-Unis
09:57contre les ennemis
09:59étudiants et domestiques.
10:02Les espions rouges
10:03deviennent une obsession
10:04pour le directeur du FBI,
10:06J. Edgar Hoover.
10:25Pour lister les espions potentiels,
10:27Hoover met en place
10:28un ingénieux système
10:29de cartes perforées,
10:31qui ne compte pas moins
10:32de 20 000 noms
10:33de sympathisants communistes.
10:54sur un des tableaux
10:56d'enquête du FBI,
10:57les photos des espions
10:58soupçonnées
10:59vont être punaisées
11:00jour après jour.
11:03Le premier à tomber
11:05est Klaus Fuchs,
11:07un scientifique
11:08qui avait participé
11:09aux recherches
11:09à Los Alamos.
11:14Le savant avoue
11:15sans résistance
11:16et livre même
11:17l'identité
11:18de son agent de liaison.
11:20Dans la foulée,
11:21le chimiste
11:21Harry Gold
11:22est arrêté.
11:24Harry Gold
11:25est venu ici
11:25à Philadelphie
11:26juste après
11:27qu'il a été granté
11:27de l'extradition
11:28à New York
11:29pour le trial.
11:30Il est accusé
11:31de passer
11:31des secrets atomiques
11:32à la Russie
11:32qui a,
11:33il est allégé,
11:34acté
11:34comme un go-between
11:35pour le Dr. Fuchs,
11:36le scientifique
11:36qui est convaincu
11:37de l'un traité
11:52un G.I. mécanicien
11:53bien bâti
11:54aux cheveux frisés noirs
11:56récemment mariés
11:57et dont la femme
11:58s'appelle Ruth.
12:01Le FBI
12:02n'a plus qu'à consulter
12:04ses petites cartes perforées.
12:07Sur l'une d'elles,
12:08le visage de David,
12:09le beau-frère
12:10de Julius apparaît.
12:15Sur ordre du FBI,
12:17David Gringla
12:18s'est arrêté chez lui.
12:19La scène est filmée,
12:21la presse convoquée.
12:25L'arrestation
12:26de ce citoyen lambda,
12:28père de famille,
12:29fait frémir le quartier.
12:30Les voisins s'agglutinent
12:31dans la rue,
12:32aux fenêtres.
12:33Cet homme qu'ils connaissent bien
12:34est donc un espion ?
12:38Dans les bureaux du FBI,
12:40David ne résiste pas
12:41à la pression
12:42et va reconnaître
12:43sans peine
12:44sa culpabilité.
12:47David Greenglass
12:48confesse
12:48à la presse
12:48de la presse
12:49de la presse
13:14pour espionner
13:15au profit de l'URSS.
13:19Au 10 Monroe Street,
13:21les agents du FBI
13:22débarquent dans le petit appartement
13:24des Rosenbergs
13:25et fouillent partout.
13:29Et elle,
13:31mère désormais
13:32de deux petits garçons,
13:33regarde avec effroi
13:34son mari escorté
13:35par les redoutés
13:36government men.
13:47Les caméras
13:48sont toutes braquées
13:48sur Julius.
13:50Avec son costume impeccable,
13:52il pourrait passer
13:52pour un trader
13:53de Wall Street
13:54comme un autre,
13:55très loin du fantasme
13:56de l'espion rouge.
13:57Cette allure
13:58d'homme ordinaire
13:59contribue au contraire
14:00à alimenter
14:01cette paranoïa
14:02d'une cinquième colonne
14:03qui aurait pénétré
14:04tout le pays.
14:11Après l'épreuve du choc,
14:13Etel se ressaisit
14:14et décide de faire
14:16tout ce qui est
14:16en son pouvoir
14:17pour aider Julius.
14:22Dans sa cuisine,
14:24une conférence de presse
14:25est improvisée.
14:26Au journaliste,
14:27elle répète
14:28inlassablement
14:29« Non,
14:30mon mari n'est pas
14:31un espion ».
14:32Mais elle ajoute
14:33cette phrase malheureuse
14:34« Ni Julius,
14:35ni moi
14:36n'avons jamais été
14:36communistes. »
14:37et nous ne connaissons
14:38aucun communiste.
14:40Pourquoi ment-elle ?
14:41Est-ce la peur
14:42qui la guide ?
14:43Car même
14:44les événements
14:44qui se produisent
14:45à l'autre bout du monde
14:46n'augurent rien
14:47de bon pour eux.
14:54L'Amérique
14:55vient en effet
14:56d'envoyer ses troupes
14:57pour soutenir
14:58la Corée du Sud.
14:59Mais à peine
15:00débarqués
15:00sur le sol asiatique,
15:01des milliers
15:02de soldats
15:03se font tuer
15:03par les communistes
15:04de la Corée du Nord,
15:05soutenus par l'URSS.
15:07et la Chine
15:08de Mao.
15:089,600
15:11prisonniers
15:11ont été
15:12mortes
15:13par les reds
15:14depuis leur
15:14entrée
15:15à la guerre.
15:1525,000
15:17d'entre eux
15:17Américains.
15:19Pour les Américains
15:20et pour le président
15:21Truman,
15:22le spectre
15:23d'une troisième
15:23guerre mondiale
15:24devient une menace réelle.
15:45même à des milliers
15:46de kilomètres,
15:47la guerre de Corée
15:48pourra avoir
15:49de terribles répercussions
15:50sur l'avenir
15:51de Julius.
15:53désemparé
15:54est-elle écrit
15:54chaque jour
15:55à son mari.
15:57Je t'aime,
15:58mon chéri.
15:59Tu me manques.
16:01Et j'attends dimanche
16:02avec impatience
16:03quand je pourrai
16:04te voir
16:04en prison.
16:07Je ne peux pas
16:08encore y croire.
16:11tendresse
16:11de tes deux fils
16:12qui n'arrêtent pas
16:13de te réclamer.
16:16Pourtant,
16:17le pire
16:17est encore
16:18à venir.
16:19Le 11 août
16:201950,
16:22un mois
16:22après l'arrestation
16:23de Julius,
16:24est-elle
16:24citée à
16:25comparaître
16:25devant le grand jury
16:26en tant qu'épouse
16:27d'espion.
16:28Enfin,
16:29c'est ce qu'elle pense.
16:32À peine
16:33a-t-elle
16:33descendu
16:33les marches
16:34du palais de justice
16:35que deux agents
16:36du FBI
16:36lui saisissent
16:37les bras
16:37et lui annoncent
16:38qu'elle est en état
16:39d'arrestation.
16:44Au FBI,
16:46les flashs crépitent.
16:51Après l'avoir mesuré,
16:52on lui prend
16:53ses empreintes digitales.
16:56Comme pour son mari,
16:58la caution est fixée
16:59à 100 000 dollars,
17:00une somme astronomique
17:01pour ce couple
17:02revenu modeste.
17:09le jour même
17:10est allée conduite
17:12au pénitencier
17:12pour femmes
17:13de Greenwich Village.
17:15Elle est au 9e étage,
17:16dans une cellule
17:17qui donne
17:18sur une avenue
17:18si bruyante
17:19qu'elle prive
17:20de sommeil
17:20la nouvelle détenue.
17:26« Très cher Julius,
17:28tu dois savoir
17:29ce qui m'est arrivé
17:30et pourquoi
17:31je t'écris
17:31de la prison.
17:33Chérie,
17:34je voudrais pouvoir
17:35te dire
17:36que je suis calme
17:37et de sang-froid,
17:38mais j'ai versé
17:39beaucoup de larmes
17:40et je n'ai rien pu
17:41arranger pour les enfants. »
17:45Mickaël et Robert
17:46sont alors confiés
17:47à la mère de Hétel,
17:48Tessie.
17:49C'est une catastrophe.
17:51Les deux garçons
17:52sont terrifiés
17:52et agités.
17:54Tessie n'a aucune patience.
17:56Elle ne les garde
17:57d'ailleurs pas longtemps
17:58près d'elle
17:59et décide de les abandonner
18:00au foyer juif du quartier.
18:06Tessie,
18:07dépourvue
18:07de toute culpabilité,
18:09rend ensuite visite
18:10à sa fille.
18:11Elle lui ordonne
18:12de divorcer de son mari,
18:13de coopérer
18:15avec le gouvernement
18:15pour sortir son frère
18:17David de cet enfer.
18:19C'est elle,
18:20la grande sœur.
18:21C'est sa responsabilité
18:23de le sauver.
18:29L'homme
18:30qui prend le risque
18:31de défendre Hétel,
18:33Emmanuel Bloch,
18:34n'est pas pénaliste
18:35et n'a presque
18:35aucune expérience
18:36des procès.
18:37Quant à son père,
18:38Alexander,
18:39qui défend Julus,
18:40il est spécialisé
18:41dans les ventes
18:42de boutiques.
18:42ces deux avocats
18:44n'ont à l'évidence
18:44pas les épaules
18:45pour traiter
18:45une affaire d'espionnage.
18:52Les conditions de défense
18:53ne sont certes pas idéales,
18:55mais les entrevues
18:56avec leurs avocats
18:56donnent à Julus
18:58et Hétel
18:58l'occasion
18:59d'être à nouveau réunis.
19:03Les journalistes
19:04s'empressent
19:05d'immortaliser
19:05le baiser des époux
19:06à l'intérieur
19:07de leur fourgon,
19:09qui devient
19:09l'image iconique
19:11de l'affaire.
19:16Le 6 mars 1951,
19:19après huit mois
19:20d'instruction,
19:21le procès commence.
19:22Les actualités
19:23de ce premier jour
19:24sont diffusées
19:25dans toute l'Amérique.
19:26à 10h du matin,
19:35les Rosenbergs
19:36sortent du fourgon.
19:38Le mari a les menottes,
19:40la femme
19:40comme seule indulgence
19:41conserve ses mains libres.
19:52Lui semble calme,
19:54élégant dans son
19:55pardessus sombre,
19:56elle ose sourire
19:57à l'objectif.
19:59Malgré leurs efforts
20:00à tous deux
20:01pour amadouer l'opinion,
20:02les journalistes
20:03soulignent
20:03la froideur du mari,
20:05quand d'autres
20:06sont persuadés
20:06que leurs yeux
20:07remplis de morgue
20:08sont la marque
20:09de vrais espions.
20:13L'audience est ouverte
20:15par le juge Kaufman,
20:17un juge qui,
20:18par ailleurs,
20:19n'a jamais caché
20:20être un ami personnel
20:21du directeur du FBI,
20:23J. Edgar Hoover.
20:28Une troisième personne
20:29est assise
20:29sur le banc
20:30des accusés
20:30avec le couple.
20:32À la gauche de Wettel,
20:33Morton Sobel,
20:34le meilleur ami de Julius,
20:36qui l'aurait recruté
20:37comme informateur.
20:40Le procureur général
20:42s'épaule,
20:43réputé pour être
20:44la terreur des rouges,
20:45ouvre le bal.
20:47« Etel et Julius Rosenberg,
20:49vous êtes accusés
20:50d'avoir participé
20:51à une conspiration
20:52soigneusement planifiée
20:53visant à fournir
20:55à l'Union soviétique
20:56des renseignements
20:57et des armes
20:58que le pays
20:59pourrait utiliser
21:00pour nous détruire. »
21:06Le procureur
21:07et ses adjoints
21:08sont déterminés
21:09à obtenir
21:09la peine capitale
21:10et s'en vantent même
21:11en dehors du prétoire
21:12devant les journalistes.
21:14Le procureur
21:15de poursuivre.
21:16« Nous prouverons
21:17que les Rosenberg
21:18ont mis en œuvre
21:19un plan complexe
21:20qui leur a permis
21:21de voler,
21:22par l'intermédiaire
21:23de David Greenglass,
21:24la bombe atomique. »
21:31Mais comment ce couple
21:33à l'air insipide
21:34pourrait-il être coupable
21:35d'espionnage atomique ?
21:38C'est finalement
21:39à cette question simple
21:40que le jury
21:41va devoir répondre.
21:51Le quatrième jour
21:52des audiences,
21:53David Greenglass,
21:55le frère de Etel,
21:56entre dans l'arène.
22:02Julius s'est vanté
22:03d'avoir des contacts
22:03avec des savants
22:04dans tous les états.
22:06Il lui déposait
22:07dans des cachettes
22:07des enveloppes
22:08remplies de documents secrets.
22:12Julius qui ramassait
22:13le courrier,
22:14microfilmait les papiers
22:15et enfin les remettait
22:16directement à son agent russe.
22:23Sans regarder
22:24une seule fois sa sœur,
22:26David continue
22:27de répondre au procureur
22:28et creuse minute après minute
22:30la tombe des Rosenberg.
22:33« Quand j'ai été mobilisé
22:35à Los Alamos,
22:36j'ai confié à mon beau-frère
22:37la nature de mon travail.
22:41Julius me répétait
22:42le besoin vital
22:43de l'URSS
22:44en information scientifique.
22:46Pour lui,
22:46la bombe atomique
22:47devait être partagée.
22:53Julius m'a demandé
22:54d'être attentif
22:55et de récolter
22:55tout ce que je pouvais.
23:03Les débats vont prendre
23:04une autre dimension
23:05quand la pièce
23:06à conviction numéro 2
23:07est soumise au jury.
23:11Un croquis réalisé par David
23:13sur le même modèle
23:14que ceux
23:15qu'il avait observé
23:16à Los Alamos.
23:19Est-ce crédible ?
23:21David n'a jamais été
23:22ingénieur,
23:22mais mécanicien.
23:24Peu importe,
23:25ce croquis
23:26fait forte impression.
23:28Ce n'est pourtant
23:29pas fini.
23:30Une autre pièce
23:31à conviction
23:31sème la panique.
23:34Le schéma transversal
23:36de la bombe atomique
23:37de Nagasaki.
23:41David précise.
23:43Pendant l'une
23:43de mes permissions
23:44à New York,
23:45j'ai remis ces croquis
23:46en main propre
23:46à Julius.
23:47J'ai aussi rédigé
23:48des notes
23:48sur tout ce que
23:49j'ai entreaperçu
23:50à Los Alamos.
23:51Mais mon écriture
23:52était illisible.
23:53Julius proposa
23:54que Etel tape
23:55mes notes à la machine
23:56comme elle faisait
23:57pour tous ces autres
23:57rapports
23:58qu'il remettait aux Russes.
24:07C'est avec cette
24:08dernière révélation
24:09que David transforme
24:10sa sœur en espionne active.
24:13Jusque-là,
24:14elle n'était que
24:15l'épouse d'un espion
24:16qu'elle avait couvert
24:17par son silence.
24:20L'opinion des journalistes
24:21est faite.
24:22Un frère ne peut trahir
24:24une sœur
24:24qu'il a pratiquement élevée
24:25sans au moins avouer
24:27une partie de la vérité.
24:34Le septième jour
24:35des audiences,
24:36la femme de David,
24:37Ruth,
24:38complètement rétablie
24:39de ses brûlures,
24:40arrive à son tour
24:41à la barre
24:42et les murmures
24:43du public
24:44de se muer en brouhards.
24:47Car ce témoin aussi
24:48devrait être
24:49sur le banc des accusés.
24:51Mais sûre du deal
24:52qui a été conclu
24:52avec le FBI,
24:54Ruth ne minimise pas
24:55l'aide qu'elle a fournie.
24:56Elle est convaincue
24:57qu'elle restera libre.
25:01Quand mon mari
25:02fut mobilisé
25:02à Los Alamos,
25:04je me suis installée
25:05tout près
25:05de la cité atomique.
25:08Julius voulait
25:08que je fasse
25:09de l'espionnage,
25:10moi aussi.
25:13Je devais rencontrer
25:14un agent de liaison
25:15pour lui fournir
25:16des papiers.
25:20comme signe de reconnaissance,
25:23Julius avait déchiré
25:24le côté d'une boîte
25:25en carton.
25:26Chaque bout
25:27s'emboîtait
25:28comme les deux pièces
25:28d'un puzzle.
25:30Le jour J,
25:32notre agent de liaison
25:33se présenta à nous
25:33avec la partie déchirée
25:35manquante.
25:36Nous lui avons présenté
25:36l'autre partie.
25:39La confiance établie,
25:40on pouvait lui transmettre
25:41les derniers secrets
25:42que David avait volés.
25:49Le temps est venu
25:50pour les Rosenberg
25:51de se défendre.
25:52Dès le début
25:53de l'interrogatoire
25:54de son client,
25:55l'avocat Emmanuel Bloch
25:56entre dans le vif
25:57du sujet.
26:00Avez-vous fait allégeance
26:01à un autre pays ?
26:03Non.
26:04Votre allégeance
26:05était-elle divisée ?
26:07Non.
26:08Seriez-vous prêt
26:09à vous battre
26:09pour votre pays ?
26:11Oui, je le suis.
26:12S'il était en guerre,
26:13contre n'importe quel pays ?
26:15Oui, mais je pense
26:18que le gouvernement
26:18soviétique a amélioré
26:20le sort des opprimés.
26:21Je pense également
26:22qu'ils ont énormément
26:23contribué à détruire
26:24la baie hitlérienne
26:24qui a tué 6 millions
26:25de mes co-religionnaires
26:26et cela me tient
26:27beaucoup à cœur.
26:29En répondant ainsi,
26:31Julius n'est pas seulement
26:32courageux,
26:33il est surtout naïf,
26:35car il n'a toujours pas
26:36mesuré l'ampleur
26:37de l'anticommunisme.
26:42Puis vient le jour
26:43du témoignage
26:44de Bétel.
26:45En ce lundi 26 mars,
26:47une chroniqueuse
26:48fait d'elle
26:48un portrait cruel.
26:50Il est difficile
26:51d'imaginer cette femme
26:52d'apparence ordinaire,
26:54un peu grassouillette,
26:56mêlée à quelque chose
26:57d'aussi excitant
26:58que de l'espionnage,
26:59car elle a l'air
27:00aussi exaltant
27:01que du pouding.
27:04Sur les conseils
27:05de son avocat,
27:06Etel utilise
27:07le cinquième amendement
27:08qui lui permet
27:08de ne pas s'auto-incriminer.
27:10À la question du procureur,
27:12avez-vous adhéré
27:13au Parti communiste ?
27:14Etel déclare
27:15Je refuse de répondre,
27:17car cela pourrait
27:17me mettre en cause.
27:21Cette stratégie de défense
27:22est peut-être malhabile.
27:24Elle ne permet pas
27:25en tout cas à Etel
27:26de gagner les faveurs
27:26du public,
27:27ni de la presse.
27:32Ce n'est pas le cas
27:32du témoin qui va suivre.
27:34Elisabeth Bentley,
27:36cette ancienne espionne,
27:37travaille à présent
27:38pour le compte du FBI
27:39et se retrouve
27:40systématiquement témoin
27:41à charge
27:42dans tous les procès
27:43contre les communistes.
27:46Elle profite
27:47de ses audiences
27:47pour faire la promotion
27:48de son autobiographie
27:49d'espionne repentie.
27:54À la barre,
27:56elle ne révèle
27:56rien d'extraordinaire,
27:58sauf à dire
27:59que tous les communistes
27:59américains sont voués
28:01à faire de l'espionnage
28:02au service des soviétiques.
28:24Elle ne reconnaît pas
28:25non plus les visages
28:26des Rosenberg.
28:28Cependant,
28:28elle affirme
28:28à la fin de son témoignage
28:30s'être rendue
28:30dans leur quartier
28:31pour remettre
28:32une enveloppe
28:32à un ingénieur
28:33du nom de Julius.
28:37Pour la presse,
28:38c'est une preuve
28:39accablante.
28:47Après 24 heures
28:48de délibération,
28:50les jurés
28:50sont tombés d'accord.
28:57Nous, le jury,
28:59déclarons Julius
29:00et Ethel Rosenberg
29:01coupables
29:02des faits
29:03qui leur sont reprochés.
29:06À ce moment précis,
29:08le couple ne bouge
29:09plus d'un cil.
29:11Sur les bancs
29:12où les curieux
29:13sont encore plus nombreux
29:14aujourd'hui,
29:15la grossièreté
29:15et la rage fusent.
29:24Avant de prononcer
29:25sa sentence,
29:26le juge Kaufman
29:26demande conseil
29:27au directeur
29:28du FBI,
29:29J. Edgar Hoover.
29:31Ce dernier,
29:32étonnamment,
29:32s'oppose à la peine
29:33capitale pour Ethel.
29:34Cette femme
29:35est tout de même
29:36mère de deux enfants.
29:38Son exécution
29:39déclencherait
29:40une réaction
29:40psychologique
29:41du public.
29:43Le juge Kaufman
29:44ne tient pas compte
29:45de son avis.
29:46Un mois après
29:47le début des audiences,
29:48le 5 avril 1951,
29:50le juge déclare.
29:52Je considère
29:54que votre crime
29:55est pire
29:56qu'un meurtre.
29:57Je crois
29:58que votre conduite,
30:00en mettant
30:01entre les mains
30:01des Russes
30:02la bombe,
30:02a provoqué
30:03l'agression
30:04communiste
30:05en Corée
30:06et causé
30:06des milliers
30:07de morts.
30:08Votre crime
30:09a modifié
30:10le cours
30:10de l'histoire
30:11au détriment
30:11de notre pays.
30:16Julius Rosenberg
30:17est le principal
30:18instigateur
30:19de cette conspiration.
30:21Etel Rosenberg
30:22l'y a aidé.
30:24Et parce que
30:24c'est une femme
30:25mûre,
30:26ayant trois ans
30:27de plus que son mari,
30:28c'était une partenaire
30:29à part entière
30:30dans ce crime.
30:45C'est la première fois
30:47en temps de paix
30:47que des espions
30:48vont être condamnés
30:49à mort.
30:51Une sentence
30:52disproportionnée,
30:53à plus forte raison
30:54si on la compare
30:55à celle
30:55des autres accusés.
30:59Morton Sobel,
31:00qui aurait été
31:00recruté par Julius
31:01et donc son complice,
31:03n'a pas voulu témoigner
31:04pendant le procès.
31:05Il prend 30 ans
31:06de prison.
31:08David,
31:09fort de l'accord
31:09qu'il a conclu
31:10avec le FBI,
31:11imagine une peine
31:12d'un an tout au plus.
31:14Il va être déçu.
31:16S'il échappe
31:17à la peine de mort
31:18et que sa femme
31:19demeure libre,
31:20il devra rester
31:2115 ans derrière
31:21les barreaux.
31:27Alors que la porte
31:28du fourgon se ferme
31:29sur Etel et Julius,
31:30Emmanuel Bloch
31:31se tient debout
31:32sur les marches
31:32du tribunal
31:33devant un parterre
31:34de micro.
31:35Il réaffirme
31:36avec conviction
31:36l'innocence
31:37de ses clients
31:38et soutient
31:39qu'ils ont été victimes
31:40de l'hystérie politique.
31:42Sa bataille
31:42pour sauver
31:42les Rosenbergs
31:43n'est pas terminée.
31:52Comme pour ajouter
31:53à l'horreur
31:54de la peine,
31:55on transfère Etel
31:56de sa prison
31:56de Greenwich Village
31:57à Sing Sing,
31:59effroyable
31:59centre pénitentiaire.
32:03Ici,
32:04le quartier
32:04des femmes est vide.
32:06Pour toute compagnie,
32:07elle devra se contenter
32:08de quatre gardiennes
32:09qui, à tour de rôle,
32:10devront la surveiller.
32:16Est-ce une forme
32:17de torture psychologique
32:18qu'on inflige
32:18à Etel
32:19pour qu'elle craque,
32:20donne des noms
32:21d'autres espions ?
32:22Après tout,
32:23elle est encore vivante,
32:25elle peut être un levier.
32:32Julius n'a pas le droit
32:33au même traitement.
32:34On le laisse
32:35dans sa prison
32:36de Manhattan
32:36où il occupe
32:37ses journées
32:37comme il peut.
32:38Lecture de journaux,
32:40échec avec les autres
32:41prisonniers,
32:42chasse aux cafards
32:43qui courent
32:43tout autour de son lit.
32:47Il confie à sa femme
32:48s'être également
32:49pris de passion
32:49pour une toute nouvelle
32:51occupation.
32:55Je me suis mis
32:56aux cigarettes furieusement.
32:58Imagine,
32:58plus d'un paquet
32:59par jour.
33:01J'ai acquis
33:01un tour de main
33:02surprenant
33:02pour lancer
33:03avec précision
33:03les mégots
33:04dans le lavabo.
33:08Par ces petits détails,
33:10Julius tente
33:11de redonner
33:11le sourire
33:12à Ethel
33:13dont il mesure
33:14l'isolement.
33:18Pour ne pas
33:18abandonner sa femme,
33:20Julius demande
33:20son transfert
33:21à Sing Sing.
33:22On lui octroie
33:23cette curieuse faveur
33:24qu'aucun autre
33:25condamné
33:25n'avait demandé
33:26avant lui.
33:28Contrairement
33:29à sa femme,
33:30il n'est pas seul.
33:31Des dizaines
33:32d'hommes condamnés
33:33à la peine capitale
33:34peuplent son couloir.
33:37Mais ce qui compte
33:38ce soir,
33:39ce ne sont pas
33:39les autres,
33:40ni même
33:41le béton
33:41et l'acier
33:41qui séparent
33:42leur quartier.
33:43Ce soir,
33:44les époux Rosenberg
33:46dorment
33:46sous le même
33:47toit.
33:54Le directeur
33:55de la prison
33:55daigne leur
33:56accorder la possibilité
33:57de se rencontrer
33:58chaque mercredi matin.
34:01On fait alors
34:02porter une cage
34:03dans laquelle
34:03on enferme Julius
34:04juste devant
34:05la cellule
34:06de sa femme.
34:08Ne pouvant
34:09s'observer
34:09qu'à travers
34:10d'oranges
34:10et de barreaux,
34:11chacun des deux époux
34:12peut mesurer
34:13la solitude
34:14de l'autre.
34:16Et tel écrit
34:17Mon cher amour,
34:18quel délice
34:19et quel enfer
34:20de t'accueillir
34:21à Sing Sing
34:21qui ne peut offrir
34:22que des jours monotones
34:24et des nuits
34:24sans joie.
34:27Quel malheur
34:28d'être assise là.
34:29Mais ne pas pouvoir
34:30toucher ta figure,
34:32ta femme
34:33qui se sent
34:33très seule.
34:35Julius
34:35lui répond.
34:37Ma précieuse femme,
34:39c'était tellement
34:40bon de te voir
34:40cet après-midi.
34:42Je voulais te prendre
34:43dans mes bras,
34:44t'étouffer de baiser
34:44et dire avec plus
34:45que des mots
34:46combien je t'aime.
34:53Entre temps,
34:54l'avocat Emmanuel Bloch
34:55ne chomme pas.
34:56Il a fait appel
34:57de la sentence
34:57pour faire suspendre
34:58leur exécution.
35:20Accrochés à ce frais
35:21l'espoir,
35:22les époux Rosenberg
35:23n'ont plus qu'à compter
35:24les jours
35:25qui les séparent
35:25du prochain mercredi.
35:28Enfin,
35:29la visite des enfants
35:30est autorisée.
35:34Les reporters,
35:35toujours dans les parages,
35:37filment l'avocat
35:37Emmanuel Bloch
35:38et Mickaël et Robert,
35:39presque joyeux,
35:41se dirigeant vers
35:41l'entrée de Sing Sing.
35:45Le directeur de la prison
35:47n'a pas permis
35:48que les parents
35:48rencontrent leurs enfants
35:49ensemble.
35:50seuls.
35:50Aujourd'hui,
35:51ils ne verront
35:52que leur mère.
35:55Cela fait presque
35:56un an
35:57que Etel
35:58n'a pas vu
35:58ces garçons.
35:59Et comme elle
36:00l'écrit à Julius
36:00le soir même,
36:01« Pour une première visite,
36:03après un an
36:04de séparation,
36:05on ne peut guère
36:05s'attendre
36:06à faire davantage
36:06qu'à rompre la glace. »
36:10Entre quelques
36:11embrassades maladroites,
36:12elle ne peut se soustraire
36:13à annoncer à ses enfants
36:14la sentence.
36:16À ce sujet,
36:18Etel et son mari
36:19étaient résolus.
36:20Mickaël et Robert
36:21devaient entendre
36:22de leur bouche
36:22ce qui allait advenir.
36:29En sortant du pénitencier,
36:31les garçons sont encore
36:32assaillis par les photographes.
36:43Les petits font
36:44bonnes figures.
36:45Peut-être parce qu'Emmanuel
36:46Bloch leur a glissé
36:48comme mince réconfort,
36:49ce qu'il espère toujours.
36:51« Je ferai tout
36:52ce que je peux
36:52pour sauver vos parents. »
36:58Julius et Etel
36:59ont décidé de conserver
37:00toutes les lettres
37:01qu'ils s'écrivent
37:02et demandent à leurs avocats
37:03de les rassembler
37:04dans un album.
37:06Sait-on jamais ?
37:07Ces échanges
37:08pourraient nous servir ?
37:12Bloch fait tout
37:12ce qui est en son pouvoir
37:14pour publier leurs lettres.
37:15Et il réussit.
37:17Une sélection
37:18paraîtra dans un journal.
37:24Cet homme,
37:25qui n'a pas particulièrement
37:27brillé pendant le procès,
37:28est déterminé
37:29à se battre jusqu'au bout
37:30et à user
37:31de toutes les cordes
37:32dont il dispose
37:33dans la procédure judiciaire.
37:37Il fait d'abord appel
37:38en affirmant
37:39que le juge Kaufmann
37:40était partial
37:41et n'a pas empêché
37:42les accusations
37:43de communisme
37:44de s'immiscer
37:45dans le procès.
37:46Grâce à lui,
37:47les lignes bougent
37:48et les sympathisants
37:50des époux
37:50d'oser se faire entendre.
37:54Cependant,
37:55parmi les pro-Rosenberg,
37:56tous ne sont pas
37:57lui-même avis.
37:58Certains sont persuadés
37:59que l'affaire
38:00n'est qu'une parodie de justice
38:01quand d'autres pensent
38:02que Etel et Julius
38:03sont bien coupables
38:04mais qu'ils ne devraient
38:06pas être exécutés.
38:11Très vite,
38:12un comité de soutien
38:13est créé.
38:14Le siège est établi
38:15dans un minuscule bureau
38:17au 246 de la 5e avenue.
38:19L'objectif
38:20est de réunir
38:21un maximum de fonds
38:23pour financer
38:23la procédure d'appel.
38:25Pour l'instant,
38:26les membres
38:26ne sont que
38:27quelques centaines.
38:30En ce début 1952,
38:32ces soutiens
38:33ne pèsent pas lourd
38:34car les anti-Rosenberg
38:35sont encore plus nombreux
38:37et très virulents.
38:49Sur le petit poste
38:50de radio,
38:51Etel entend fébrile
38:52la décision
38:53de la cour d'appel.
38:54Elle s'empresse
38:55d'écrire à Julius.
38:57« Mon chéri,
38:59j'ai appris
39:00l'horrible nouvelle.
39:02Il est difficile
39:03de dire quoi que ce soit
39:04sauf d'exprimer
39:05son horreur
39:05devant la hâte
39:06que semble mettre
39:07le gouvernement
39:07à nous envoyer
39:08à la mort. »
39:13Julius le répond.
39:15« Ma très chère femme,
39:17nous devons nous faire
39:18à l'idée
39:19que notre seul espoir
39:20réside dans le peuple.
39:22Lui seul peut arrêter
39:23ce lynchage légal. »
39:25Il ajoute
39:26« Continue de chanter,
39:29ma merveilleuse femme. »
39:34Julius sait que sa passion
39:35ne l'a jamais quittée.
39:38Le matin,
39:40le soir,
39:41et elle chante
39:41avec pour seul auditoire
39:43sa gardienne.
39:44« Je ne l'ai jamais quittée. »
39:46« Je ne l'ai jamais quittée. »
39:54« Je ne l'ai jamais quittée. »
40:05« Je ne l'ai jamais quittée. »
40:07« Je ne l'ai jamais quittée. »
40:11Au même moment,
40:12un nouveau protagoniste
40:13se mêle à la bataille
40:14et change la centaine
40:15de soutien
40:16en plusieurs centaines
40:17de milliers.
40:18Le Parti communiste,
40:19qui jusque-là
40:20avait brillé par son absence
40:21pour ne pas être associé
40:22à des espions potentiels,
40:24vole enfin
40:24au secours
40:25des Rosenbergs.
40:53Le mouvement
40:53pour sauver les Rosenbergs
40:55va aller croissant.
40:56On défile.
40:58On lit leurs lettres
40:58dans les meetings.
41:00Des femmes tentent même
41:01pour la fête des mères
41:02d'entrer à Sing Sing
41:03pour apporter leur soutien
41:04à ETHEL.
41:06Les communistes
41:07n'étaient pas les only protestants
41:08dans l'uprore
41:09évoqué par les deux spies
41:10de la conviction.
41:10Les familles et respectés
41:12comme Albert Einstein
41:13ont mis leurs signatures
41:14à des petitions
41:15demandant un nouveau trial.
41:19Sur tout le globe
41:20jaillissent des manifestations
41:22en leur faveur.
41:23Le Vatican transmet à Washington
41:25tous les appels
41:26à la clémence
41:26qui sont parvenus
41:27au Saint-Siège.
41:30Les comités de soutien
41:31surgissent en Angleterre,
41:33en Israël,
41:33en Italie,
41:34en Allemagne.
41:35En France,
41:36des personnalités
41:37comme Beauvoir,
41:38Sartre ou Signoret
41:39s'insurgent contre cette sentence.
41:44Or,
41:45toute cette agitation
41:46ne porte pas.
41:48La Cour suprême refuse
41:49de se saisir de l'affaire.
41:51Le seul espoir
41:53demeure la grâce présidentielle.
42:00En novembre 1952,
42:02Harry Truman,
42:02qui est sur le point
42:03de terminer son mandat,
42:05laisse le soin
42:05à son successeur
42:06de tranchée.
42:12Le sort des Rosenbergs
42:14est entre les mains
42:15du nouveau président Eisenhower.
42:21Devant l'entrée principale
42:23de la Maison-Blanche,
42:24une grande veillée
42:25débute
42:25qui n'en finira plus.
42:28Un mois plus tard,
42:30des campements
42:30se sont même dressés
42:31sur la pelouse du Capitole.
42:38Si le président
42:38voulait ignorer
42:39le sort des Rosenbergs,
42:40il ne le peut plus.
42:42Il va trancher.
42:44Malheureusement,
42:44ce ne sera pas en faveur
42:45de Etel et Julien.
42:56La mère de Julius, Sophie,
42:59était jusque-là
42:59restée en retrait,
43:00usée par l'âge
43:01et la maladie.
43:04Mais à l'idée
43:05de savoir son fils
43:06promis à un destin tragique,
43:08elle décide
43:08de se battre aussi
43:09et manifeste à New York.
43:12Puis,
43:12elle ose prendre la plume
43:14et écrit
43:15à la première dame
43:15des États-Unis.
43:19Madame Eisenhower,
43:21dans mon profond chagrin,
43:23je me tourne vers vous
43:24et vous implore
43:25d'intercéder
43:26auprès du président Eisenhower
43:27pour accorder grâce
43:29à mes enfants bien-aimés.
43:30Je vous implore
43:31d'agir pour une vieille femme
43:33dont les jours
43:34se passent à pleurer.
43:40Dans un ultime espoir,
43:42elle décide de faire
43:43le voyage de New York
43:44à Washington
43:45avec ses petits-enfants
43:46pour protester
43:47devant le Capitole.
43:51Michael et Robert
43:52remettent aux gardes
43:53à l'entrée de la Maison Blanche
43:54une lettre
43:55à l'intention
43:55de Eisenhower.
43:56« Cher monsieur le président,
43:59s'il vous plaît,
44:00ne nous laissez pas
44:01sans notre papa
44:02et sans notre maman. »
44:09Les garçons sont suspendus
44:10à la réponse du président.
44:12Mais pour la deuxième fois encore,
44:14Eisenhower refuse.
44:17L'homme est convaincu
44:18que la justice
44:19a fait son travail
44:20et comme le juge Kaufmann
44:21avant lui,
44:23il pense que Etel
44:23est le partenaire dominant,
44:25qu'elle a été le leader
44:26de ce réseau d'espionnage.
44:29La date de l'exécution
44:31est finalement fixée
44:31au 19 juin 1953,
44:34soit deux ans
44:34après la fin de leur procès.
44:40Emmanuel Bloch
44:40ne sait plus quoi faire
44:41pour Julius et Etel.
44:43Ils tentent de gagner un jour,
44:44quelques heures.
44:49Je demandais
44:50que le président
44:51des États-Unis
44:54défermer
44:55l'exécution
44:56des Rosenbergs
44:57qui a été arrêté
44:58pour aujourd'hui
44:58à 11h
45:00jusqu'à,
45:02au moins,
45:04le sabbat
45:05a passé.
45:07Le sabbat,
45:09comme vous le savez,
45:11est le février
45:13observé
45:14par les Joules.
45:16Le directeur de la prison
45:18lui répond.
45:19Puisque c'est ainsi
45:20que leur exécution
45:22soit avancée à 20 heures,
45:23avant le début du Shabbat.
45:33Toute la journée du 19 juin,
45:35les journalistes
45:35se sont rassemblés
45:36devant les grilles
45:37de la prison de Sing Sing.
45:40Très peu
45:41ont reçu une accréditation
45:42pour assister à l'exécution.
45:45En revanche,
45:47plusieurs agents du FBI
45:48entrent dans l'enceinte,
45:51espérant encore
45:52que les condamnés
45:53dans un dernier élan de vie
45:54parlent,
45:55donnent des noms
45:56pour échapper
45:57à la chaise électrique.
46:02Une guerre des nerfs
46:03que le gouvernement
46:04et Hoover
46:04pensent encore gagner.
46:08Le temps passe,
46:10les journalistes guettent,
46:11comme si le sort
46:12des Rosenbergs
46:13n'était pas encore joué.
46:20Après avoir passé
46:21leurs derniers jours ensemble,
46:22à 19h20,
46:24Julius et Ethel
46:25se disent adieu.
46:27Toujours séparés
46:28par des barreaux,
46:29les époux ne peuvent
46:30s'étreindre,
46:31des mots seulement échangés
46:33que personne
46:34cette fois ne lira.
46:47La nuit est tombée.
46:49Le compte-rendu
46:50de l'exécution
46:50est annoncé
46:51par deux journalistes
46:52fébriles,
46:53que rien n'aurait
46:54pu préparer à cela.
46:59All right.
47:03They died differently.
47:07Gave off
47:08different sounds.
47:10And they began,
47:12brought Julius in first
47:14at 8.02.
47:17They applied,
47:18placed him,
47:19immediately put him
47:19in the chair.
47:20He showed no emotion
47:21when he came in,
47:22looked almost defiant.
47:30Three jolts,
47:32finished him.
47:34And in that time,
47:36he never said a word.
47:39Never looked like
47:39he wanted to say a word.
47:42It was less than
47:43five minutes then
47:44until they brought
47:45Ethel in.
47:47She appeared
47:48the same as he,
47:49showing no emotion
47:50whatsoever.
47:52At the last moment,
47:53however,
47:55she turned into
47:56the matron
47:56who's been with her
47:57all this time
47:58and shook her hand
47:59and then very
48:00impulsively leaned over
48:01and kissed her.
48:03Then they put her
48:04in the chair.
48:06She died a lot harder.
48:10When it appeared
48:11that she had received
48:12enough electricity
48:13to kill an ordinary person
48:15and had received
48:17the exact amount
48:17that had killed
48:18her husband,
48:20the doctors went over
48:21and pulled down
48:22the cheap prison dress,
48:24placed the stethoscopes
48:27to her
48:28and seemed surprised
48:30that she was not dead.
48:32And she was given
48:33more electricity,
48:34which smoke
48:37that rose from her head
48:39and went up
48:41against the skylight
48:43overhead.
48:53In the streets,
48:56the protesters
48:56don't hold their
48:57larmes.
49:03Le lendemain, les photographies des époux Rosenberg dans leurs cercueils ouverts ornent les journaux.
49:10Julius est méconnaissable sans sa fameuse moustache. Etel porte un bandage qui lui
49:15couvre le haut de la tête, cachant les brûlures causées par le casque à électrode.
49:28Les caméras sont encore là pour assister à la mise en terre dans le cimetière juif de Wellwood à une
49:33heure de New York.
49:36Les époux sont enterrés côte à côte. Des centaines de personnes assistent à la cérémonie.
49:48Une silhouette se détache des autres, la mère de Julius hurlant sa peine dans les bras de l'avocat Emmanuel
49:54Bloch.
50:01Une seule personne manque, la mère de Etel.
50:05Tessie n'a pas voulu s'y rendre. Pour excuse, elle déclare au FBI que sa fille n'avait été
50:11qu'une agent de Staline.
50:14À 10 et 6 ans, Mickaël et Robert sont orphelins.
50:18Anne et Abel Myropol, un couple d'enseignants sans enfants, les adoptent.
50:23Les petits retrouvent enfin un foyer aimant.
50:29Moins d'un an après l'exécution de ses clients et amis, Emmanuel Bloch meurt d'une crise cardiaque, à
50:35l'âge de 51 ans seulement.
50:39En 1960, David Greenglass, le frère de Etel, est libéré de prison après avoir purgé une peine de 10 ans
50:47au lieu de 15.
51:15L'histoire aurait pu s'arrêter là.
51:20En 1995, les services de renseignement américains déclassifient une partie de leurs archives.
51:27Le projet Venona est révélé au grand public.
51:30La vérité peut éclater.
51:33Pendant la guerre, les Etats-Unis ont réussi à casser les codes de communication des Soviétiques.
51:40Dans ces transcriptions, 3000 messages ont été interceptés.
51:45Au milieu d'eux, la preuve de la culpabilité de Julius.
51:51Il y apparaît sous le nom de code libéral, en tant que recruteur d'espions et fournisseur de documents secrets
51:57aux agents soviétiques.
52:00Tandis que son beau-frère David est appelé Calibra.
52:04Et que Ruth est connue sous le nom d'Osa.
52:08Etel figure sous son vrai nom, car elle n'était que l'épouse d'un espion et ne faisait pas
52:13partie du réseau.
52:15David l'a accusé injustement pour sauver sa peau et celle de sa femme.
52:21Pire, le FBI savait que Etel était innocente.
52:25Ils avaient même espéré qu'elle ferait parler Julius ou qu'elle le dénoncerait.
52:30Malgré toutes les compétences des agents, les preuves secrètes dont ils disposaient,
52:34Ce que le FBI ne pouvait imaginer, c'est que Julius était convaincue que le peuple les sauverait.
52:41Quant à Etel, elle n'aurait jamais trahi son mari.
52:45Elle l'aimait trop.
52:46L'aimait trop.
52:59L'aimait trop.
53:03L'aimait trop.
53:15L'aimait trop.
53:16L'aimait trop.
53:22L'aimait trop.
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