00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 RTL, il est 7h43. Bonjour Martine Henry.
00:10 Bonjour.
00:12 Vous êtes la maman de Jonathan Daval, condamné à 25 ans de prison, je le rappelle, pour le meurtre de son épouse Alexia en octobre 2017.
00:18 Merci beaucoup de prendre la parole ce matin sur RTL.
00:20 Votre fils compare donc cet après-midi devant le tribunal correctionnel de Besançon.
00:24 Il y sera jugé pour dénonciation calomnieuse par la famille d'Alexia.
00:28 Je vais y revenir dans un instant, mais c'est d'abord à vous, à la mère que vous êtes que je m'adresse.
00:32 Comment allez-vous et comment vivez-vous ce drame plusieurs années après ?
00:36 Bon, ben je vais bien.
00:38 Et puis maintenant on est habitués à tous les rebonds, donc là on va encore en faire un.
00:45 Et non, je ne suis pas anxieuse.
00:48 On verra ce que ça va donner.
00:50 Sur le fond, je reviendrai après au rendez-vous d'aujourd'hui,
00:54 mais comment expliquez-vous cette affaire et surtout le geste de votre fils Jonathan ?
01:00 Cette affaire, elle était trop médiatisée.
01:05 Et puis sur le geste, ben écoutez, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ?
01:09 C'est pas bien ce qu'il a fait, mais maintenant c'est fait, c'est fait, on vit avec.
01:15 Avez-vous compris pourquoi Jonathan avait tué Alexia, votre belle-fille ?
01:19 C'est compliqué.
01:25 Je n'ai pas encore tout compris, mais bon, c'est compliqué.
01:34 Je ne parlerai pas de ça.
01:38 Vous n'avez pas vu arriver le drame dans ce couple ?
01:40 Ah non, pas du tout.
01:42 Non, non, j'ai pas vu.
01:45 On avait bien vu que ça n'allait pas bien, mais sans plus.
01:49 Vous comprenez qu'on soit stupéfait de ce que vous nous dites,
01:53 vous qui êtes, on l'a compris, très attentive, et à votre famille, et à votre fils ?
01:59 Oui, mais on ne s'attendait pas à un drame comme ça.
02:06 Personne ne pense à ça.
02:08 Enfin, moi, nous, on n'y a pas pensé, en tout cas.
02:10 On va en venir à l'actualité du jour, si vous le voulez bien, celle qui nous réunit ce matin.
02:14 Je rappelle brièvement les faits.
02:16 Après avoir avoué le meurtre de son épouse, Jonathan se rétracte et affirme que son beau-frère,
02:20 Grégory Gay, est le meurtrier.
02:22 Ses beaux-parents et sa belle-sœur, les complices, lui n'auraient fait que déplacer le corps.
02:26 Jonathan a finalement reconnu sa totale responsabilité.
02:29 Est-ce qu'il a bien fait, et est-ce que c'était nécessaire, Martine Henry ?
02:34 Est-ce qu'il a bien fait de faire comme il a fait ?
02:38 Écoutez, je pense que c'était en partie pour me rassurer, puisque je ne voulais pas accepter que c'était lui.
02:46 Après, c'est à lui de s'expliquer.
02:50 La famille d'Alexia réclame aujourd'hui 50 000 euros de dommages et intérêts.
02:54 Comment votre fils, que vous voyez régulièrement, aborde-t-il l'audience qui se tient aujourd'hui ?
02:59 Alors déjà, c'est 60 000, je m'excuse de vous reprendre.
03:03 On ne sait même pas s'il va être présent ou pas.
03:08 On l'a vu ce week-end, ça allait bien.
03:12 Il attendait pour venir, mais on ne sait pas s'il va être soustrait pour pouvoir être présent.
03:20 Mais vous, personnellement, en tant que mère, vous souhaitez qu'il soit présent, qu'il continue d'assumer tout cela ?
03:26 Il faut qu'il assume, oui, c'est ce qu'il va faire.
03:29 Mais c'est son choix, à lui. Il a voulu venir.
03:32 Moi, je ne suis pas contre toutes ses décisions.
03:36 C'est son choix, à lui. Donc, il veut venir, il vient.
03:39 Il aurait voulu rester et puis faire en visio.
03:42 C'était son choix aussi. Moi, je ne vais pas contre son choix.
03:45 Bien sûr. Et est-ce que...
03:47 S'il vient physiquement, ça veut dire qu'il va devoir, une nouvelle fois, affronter le regard de sa belle-famille.
03:52 Est-ce que ça l'inquiète ?
03:55 Je ne pense pas que ça l'inquiète.
03:58 Je pense qu'il en a peut-être besoin.
04:01 Je ne suis pas dans sa tête, mais moi, je l'ai senti bien.
04:04 Vous n'êtes pas dans sa tête, mais vous échangez avec lui.
04:08 Et j'imagine que vous êtes une mère, vous vous demandez dans quel état il se trouve.
04:13 Quand vous le rencontrez, que vous dites-vous, tous les deux ?
04:19 Quand on se rencontre, quand on va se voir, on parle de tout, mais on ne parle pas spécialement de l'affaire.
04:26 On parle de tout, du dehors, il veut savoir ce qui se passe dehors, si toute la famille va bien, même les voisins.
04:34 Mais on ne parle pas de l'affaire.
04:37 Donc vous parlez de votre vie quotidienne, c'est ça ?
04:39 Voilà, oui.
04:41 Qu'est-ce que vous lui racontez ?
04:44 Ah, ça, c'est une autre chose à nous.
04:49 C'est le dernier procès d'aval, normalement. Est-ce que c'est un soulagement pour vous ?
04:54 Ah, j'espère que c'est le dernier procès.
04:57 Oui, ça, ça sera un soulagement.
05:00 Et après, qu'on reste tranquille, chacun de notre côté, qu'on fasse la succession, que tout ça soit fini.
05:08 Parce que c'est long, c'est épuisant, on voudrait que ça s'arrête.
05:13 Vous en rêvez parfois ? Enfin, vous en cauchemardez parfois ?
05:17 Non.
05:18 C'était au début, mais non.
05:20 Non, ça, ça ne me travaille plus du tout.
05:23 On veut simplement que ça s'arrête, parce que c'est vrai que procès sur procès, c'est épuisant.
05:29 Votre équilibre personnel a été menacé par cette affaire ?
05:33 Pas du tout.
05:35 Non, ça a été très bien.
05:38 Je ne suis pas embêtée par les personnes, tout le monde dit bonjour.
05:43 Non, non, tout va très bien.
05:45 Vous comprenez que les mensonges de votre fils ont fait du mal et choqué ceux qui nous écoutent, et évidemment la famille d'Alexia ?
05:51 Ah ben ça, je comprends très bien, oui, oui.
05:55 Il aurait fallu éviter tout ça, mais ce qui est fait est fait, on ne changera plus rien.
06:02 Mais ça, je comprends que ça choque.
06:04 Comment en est-on arrivé là ?
06:07 Comment en est-on arrivé là ? Je ne peux pas vous le dire.
06:11 Mais c'est une question que vous vous posez ?
06:13 Non.
06:15 En tant que mère et en tant que belle-mère ?
06:17 Je ne me pose plus de questions.
06:19 Oui, je pense à la pauvre Alexia, c'est sûr.
06:24 Si on avait pu éviter ça, je vous assure qu'on l'aurait fait.
06:29 Dans votre livre publié il y a un an et demi, vous évoquez le fait que certains de ces mensonges, je parle de ceux de Jonathan,
06:36 étaient sans doute proférés pour vous protéger. Expliquez-nous.
06:40 C'est tout à fait ça, parce que comme je ne voulais pas, pour moi ce n'était pas lui, je ne voulais pas l'admettre.
06:45 À chaque fois qu'il voulait me dire quelque chose, je lui dis "tais-toi, ce n'est pas toi".
06:48 Et je pense qu'il a voulu dire ça en se disant "bon, mes parents seront contents, ce ne sera pas moi".
06:56 Mais bon, ce n'était pas la bonne chose à faire.
06:59 Vous serez présente à l'audience aujourd'hui ?
07:02 Tout à fait, oui.
07:04 Où trouvez-vous la force ?
07:05 Si il est là, qu'il voit qu'on est là, ça peut l'aider.
07:11 Où trouvez-vous la force de vous imposer ce qui va être forcément un nouveau moment extrêmement pénible ?
07:16 Je n'ai pas la force, c'est déjà l'amour pour mon fils, comme tous mes enfants.
07:24 Non, il faut être présent pour lui.
07:29 Vous êtes une mère éprouvée, mais ce sont bien entendu les fouillots, les parents d'Alexia qui ont perdu leur fille.
07:35 Avez-vous quelque chose à leur dire ce matin ?
07:39 Comme j'ai toujours dit, on pense bien à eux quand même, mais je n'ai pas les mots.
07:51 Ils vivent quelque chose de très dur, ça je le comprends.
07:57 C'est tout.
07:59 Vous n'avez jamais lâché votre fils dans une famille de 7 enfants.
08:03 A-t-il tenté de vous expliquer pourquoi il avait tué Alexia ?
08:10 Moi, je ne veux pas en parler.
08:14 Donc là, votre réponse c'est que cet échange a bien eu lieu entre vous,
08:18 mais que vous ne souhaitez pas en parler publiquement.
08:21 Oui, ça va remonter des choses, je ne veux pas.
08:25 Vous allez voir votre fils tous les 15 jours en prison.
08:29 Comment vivez-vous ces moments ? L'attente, l'appel, les autres familles, et puis le regard des autres ?
08:36 Le regard des autres, ça ne m'importe plus.
08:39 De toute façon, là-bas, on est tous pour quelque chose.
08:43 Et non, moi je parle à tout le monde, tout va très bien,
08:47 et puis on est content quand on le voit, ça c'est sûr, on se serre dans nos bras, on se fait des bisous.
08:53 Non, non, mais moi je ne m'inquiète pas du tout pour le regard des autres.
08:57 Moi je suis bien dans ma tête, c'est le principal.
09:01 C'est d'ailleurs troublant parce qu'il y a chez vous une sorte de doux mélange entre une forme d'équilibre
09:05 et une volonté de ne pas vouloir remuer tout ça encore.
09:09 Votre fils est incarcéré à Anzheim dans le Bahrain, c'est la prison des tueurs en série.
09:15 Il côtoie Francis Ohm, Guy Georges.
09:17 Lors de votre dernière interview sur RTL, vous nous aviez expliqué qu'il était en quelque sorte ami avec Guy Georges,
09:22 que les deux hommes s'entendaient bien. C'est toujours le cas ?
09:26 Tout à fait, parce que bon, amis c'est amis entre parenthèses,
09:30 mais qu'est-ce que vous voulez dans une prison ? Il faut bien qu'ils se parlent entre eux,
09:34 sinon ils vont parler à qui ? Au mur ?
09:37 Non, ils s'entendent très bien, tout le monde s'entend,
09:41 sinon il vaut mieux, c'est pour le respect de chacun de l'autre,
09:45 et puis que tout aille bien, sinon vous savez, ça dérape vite en prison.
09:51 De quoi lui parlez-vous quand vous allez le voir ? Tout sauf de l'affaire j'imagine ?
09:55 De tout et de rien, oui. De tout. Du temps, mais de tout.
10:02 Avant de nous séparer Martine Henry, voulez-vous nous dire une dernière chose, peut-être pour la famille d'Alexia ?
10:10 Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Ils ont de la peine, bon, on a de la peine aussi, mais je n'en dirai pas plus.
10:18 Merci beaucoup.
10:19 [SILENCE]
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