00:00Il y a un autre chiffre qui m'a vraiment frappé, et là on parle de prostitution,
00:04ces réseaux de prostitution, Jonathan, qui font, pardon le terme est horrible,
00:07mais qui font leur marché parmi les enfants placés à la zone.
00:10Oui, c'est un phénomène absolument massif, on voit passer des articles
00:14ou des reportages de plus en plus dans les médias,
00:17mais on n'a pas le sentiment que ça devienne un sujet d'intérêt public,
00:20en tout cas que les pouvoirs publics s'en saisissent réellement.
00:23En France, alors il y a eu différentes estimations,
00:25on estime à 20 000 le nombre d'enfants exploités par des réseaux de prostitution,
00:28un chiffre qui est en hausse constante de rapport en rapport.
00:3280% de ces jeunes filles, parce que ça concerne essentiellement des jeunes filles,
00:35mais pas seulement, des jeunes filles parfois âgées d'à peine 11 ans,
00:38on est quand même sur des phénomènes vraiment extrêmes, sont placées,
00:41donc ces 80% de ces jeunes filles sont placées sous la garde de l'aide sociale à l'en
00:45France.
00:45Donc c'est un constat qui a été fait de façon très officielle encore dernièrement en avril 2025
00:49par la commission d'enquête parlementaire, dont l'existence d'ailleurs doit beaucoup
00:53à votre ténacité, biais sloufoque, donc là on est dans une défaillance particulièrement grave,
00:57qui est un des nombreux dysfonctionnements de la zone, on a eu l'occasion d'en parler.
01:01Ça engage évidemment la responsabilité des départements,
01:04il ne s'agit pas de mettre tout le monde dans le même sac,
01:06comme vous le rappelez il y a quelques instants,
01:08mais puisque ce sont les collectivités qui en l'état sont en charge de la protection de l'enfance,
01:12c'est quand même normal de se tourner vers elles.
01:13– Oui, d'ailleurs l'an dernier, les présidents des départements des Bouches-du-Rhône
01:16et de l'Essonne ont été visés par des recours,
01:19pour faute des recours déposés par une trentaine de familles.
01:21– Oui, il y a une troisième procédure aussi qui a été initiée dans les Yvelines,
01:25et à chaque fois là j'ai regardé les communiqués qui étaient publiés par les départements
01:28après les enquêtes de différents médias,
01:30il y a notamment eu un numéro d'envoyé spécial spécifiquement consacré à cette question en décembre 2025,
01:35en fait c'est quand même, c'est de dénoncer l'injustice de ce qui est pointé,
01:39en disant ça jette l'opprobre sur l'ensemble du travail qui essaye d'être fait
01:42par les départements et les travailleurs sociaux,
01:44alors que ce n'est pas le sujet, ça vient pointer les choses qui doivent tous nous choquer,
01:47qui n'est pas pris en compte, et une responsabilité qui est posée évidemment,
01:51donc évidemment, on a eu l'occasion de le voir et vous en êtes l'illustration,
01:54il y a des travailleurs sociaux qui font tout ce qu'ils peuvent,
01:57qui essayent de se démener, qui ont un rôle éminemment positif,
02:00mais il y a surtout un problème systémique, on l'a dit au début,
02:03ça vaut pour quand même beaucoup de questions,
02:05systémique, c'est-à-dire que c'est au-delà de la bonne volonté des personnes,
02:07et c'est un problème qui n'est pas traité comme il devrait l'être,
02:10honnêtement quand on ne connaît pas la réalité des foyers,
02:12on a même du mal à imaginer comment c'est possible.
02:14– Alors ça, on a tous eu cette réaction, effectivement, Jonathan,
02:18comment vous l'expliquez ce phénomène ?
02:19– Il faut avoir à l'esprit que les enfants placés à l'ASE
02:21sont des proies particulièrement fragiles,
02:23et à ce titre particulièrement ciblés par les réseaux de proxénétisme
02:27qui savent faire miroiter des revenus soi-disant faciles,
02:30ces mineurs donc particulièrement fragiles,
02:31ont déjà vécu des traumatismes la plupart du temps,
02:34ça les rend plus vulnérables que la moyenne,
02:36dans des contextes où ils sont moins encadrés que la moyenne,
02:39que ce soit dans les hôtels, que ce soit dans les foyers,
02:41bien souvent quand même, on a vu dans des reportages
02:43que c'était les passoires, qu'on en sortait un peu comme on voulait,
02:45qu'on pouvait, à partir du moment où l'argent facile,
02:48les engrenages infernales de la prostitution commencent à pointer,
02:52il y a un certain nombre d'enfants qui y trouvent une façon de…
02:55qui trouvent en fait essentiellement de la souffrance supplémentaire,
02:58donc c'est choquant, c'est inacceptable,
03:00ça je pense que tout le monde sera d'accord pour le dire,
03:03mais voilà, la dénonciation c'est une chose,
03:05l'émotion c'est une chose,
03:07mais voilà, ce qu'on attend des pouvoirs publics,
03:08c'est l'action, je reprends le mot d'un avocat
03:11qui bosse beaucoup sur ces questions-là,
03:13qui parle tout simplement d'une pandémie
03:15quand on voit l'ampleur du phénomène,
03:16et enfin un dernier mot, parce qu'il ne faut pas non plus penser
03:19que les seules violences ont lieu dans les hôtels,
03:21dans les foyers, lorsque des enfants sont placés
03:24dans des familles d'accueil dont le profil n'est pas assez contrôlé,
03:26on l'a aussi beaucoup dit,
03:27il y a beaucoup de nombreux témoignages qui remontent
03:30et qui montrent que les agressions sexuelles,
03:31ils sont aussi légion, bref, c'est la cata, la catastrophe,
03:35et sur ce sujet comme sur beaucoup d'autres,
03:37je pense, et je l'évoquais tout à l'heure aux travaux de la civile,
03:39on se rend compte que dans notre pays,
03:41être un enfant, c'est pas toujours être protégé,
03:44voire c'est trop peu souvent être protégé,
03:46ça devrait être une honte.
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