00:00Depuis quelques jours, une polémique secoue les réseaux sociaux, un rapport du Sénat qui propose de lutter contre les ingérences
00:06intérieures.
00:07Mais d'Éric Zemmour à David Lissnard, en passant par Marine Le Pen, une bonne partie de la droite redoute
00:12un rétrécissement de la liberté d'expression sur Internet.
00:16Oui, le redoute à bon droit, car même déguisé au fond sous les meilleures intentions du monde,
00:20comment ne pas voir que le sénateur à l'origine de ce rapport, le centriste Laurent Laffont, ne cherche pas
00:24précisément à limiter la circulation de certains récits sur Internet.
00:27Il l'écrit noir sur blanc dans son rapport quand il dit que la France doit se doter d'outils
00:31pour lutter, je cite,
00:32contre le recours à des stratégies de communication coordonnées à des fins d'influence politique et la mise à profit
00:38de réseaux amplificateurs.
00:40En effet, tout effort au fond coordonné pour promouvoir une information ou un récit sur Internet afin d'influencer l
00:45'opinion peut tomber de main sous l'effet de sa mesure.
00:48Les mois collectifs suscités par le drame de Crépole et son possible mobile raciste, l'indignation populaire face à l
00:53'instauration des ZFE,
00:54ou peut-être la mise en cause du récit officiel du gouvernement sur les violences en marge de la finale
00:58de Ligue des Champions.
00:59Bref, tout cela, demain, pourra être étiqueté comme de l'ingérence intérieure.
01:03On relèvera d'ailleurs sans peine l'étonnant toxymore, ingérence intérieure.
01:07Une ingérence est par définition l'inmiction de quelqu'un dans les affaires d'autrui.
01:10Cette fois, le sénateur UDI, Laurent Laffont, veut calquer ce concept pour établir un parallèle avec des mouvements d'opinion
01:16orchestrés à l'intérieur de nos frontières.
01:18Sans voir que ce qu'il appelle ingérence intérieure, ça n'est que l'autre nom du débat public.
01:24C'est gênant quand on appartient à un parti qui s'appelle Union des Démocrates de se méfier à ce
01:28point de la démocratie.
01:29Ça rappelle un petit peu toutes les initiatives prises par Emmanuel Macron pour lutter contre les fake news.
01:33Oui, vous avez raison, cette initiative parlementaire s'inscrit dans la longue généalogie de dix années d'efforts répétés du
01:38pouvoir en place
01:38pour trier les bonnes et les mauvaises sources d'informations.
01:42En définitive, labelliser les médias ou les diffuseurs de contenu qui seraient approuvés officiellement par des experts en vérité.
01:49Alors cette obsession, on s'en souvient, a commencé dès le début du premier mandat d'Emmanuel Macron,
01:53lors de ses voeux à la presse, quand il a annoncé une loi à venir sur les fausses nouvelles.
01:56Il n'a eu de cesse depuis de vouloir y revenir.
01:59Il ambitionnait tantôt d'imposer au forceps une charte de déontologie commune à tous les médias
02:03ou en réfléchissant plus récemment à l'instauration d'un label pour séparer le bon grain de livret.
02:08En fin de compte, le problème est toujours le même.
02:10Qui va arbitrer ? Qui décidera de quelle source est fiable et de quelle source ne l'est pas ?
02:13Dans le cas d'Espèce, le sénateur Laurent Laffont réfléchit à confier cette mission à la Fondation Descartes,
02:19qui est un think tank pour résumer d'intellectuels centristes,
02:22mais qui elle-même s'appuie sur l'expertise supposée des journalistes du monde.
02:27Sans vouloir vexer mes confrères, mais cela reviendrait de fait à donner à ce média,
02:31en l'occurrence dont la ligne éditoriale penche nettement au centre-gauche,
02:34le droit de réguler l'ensemble de la concurrence médiatique.
02:37Il serait plus rapide de rétablir tout de suite l'ORTF.
02:39Pourquoi cette obsession à vouloir combattre la désinformation, selon vous ?
02:43Emmanuel Macron semble penser qu'il en est la cible privilégiée depuis le début,
02:48au point de devenir paranoïaque.
02:49C'est ce qui, selon lui, aurait déjà provoqué le soulèvement des gilets jaunes,
02:53mettant ainsi brutalement fin à l'état de grâce dont il avait bénéficié en début de premier mandat.
02:57Et puis, c'est ce qui lui a valu ses rumeurs ignobles sur son épouse.
03:00Mais regardons les choses d'un peu plus près.
03:01Alors, le mouvement des gilets jaunes ne peut se réduire à la caricature qu'on en a faite parfois
03:05d'un ramassis de complotistes droit sorti des égouts de Facebook.
03:09Non, c'était d'abord un authentique soulèvement populaire,
03:11rassemblé par une soif commune de démocratie directe.
03:14Et quant aux fausses informations sur les vaccins de Pfizer
03:17ou sur le sexe de naissance de Brigitte Macron,
03:19elles sont navrantes pour les premières ou ignobles pour les secondes.
03:22Mais soyons honnêtes, elles ont été sans effet politiquement,
03:25et ça n'a pas empêché le président d'être confortablement réélu en 2022.
03:28La raison est donc ailleurs en réalité,
03:30certainement dans l'inconscient collectif de l'extrême centre idéologique.
03:34Emmanuel Macron, ses amis, ses alliés,
03:36sont intimement convaincus d'être plus intelligents que tout le monde.
03:39Ils ont enjambé les clivages, transcendé les antagonismes partisans
03:43et ils se tiennent au-dessus de la mêlée.
03:44Mais le rejet brutal du macronisme dans le pays
03:46ne peut donc s'expliquer autrement que par la bêtise.
03:49C'est-à-dire qu'il est intellectuellement inconfortable
03:51et politiquement surtout insoutenable d'expliquer aux gens qui sont tous bêtes.
03:54Or s'ils ne le sont pas, c'est donc qu'on les manipule
03:56et que quelqu'un tire les ficelles,
03:58de préférence Vladimir Poutine ou des milliardaires de droite.
04:01Et voilà comment le cercle de la raison retombe,
04:03sans s'en apercevoir, dans les mêmes réflexes complotistes
04:06que la plèbe au-dessus de laquelle il voulait se hisser.
04:08Mais ce complotisme-là, lui, est autorisé
04:11puisque vous trouverez toujours des sénateurs centristes
04:13pour lui donner un vernis de légitimité.
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