00:00Cette semaine en politique, c'est aussi le retour de la loi sur la fin de vie à l'Assemblée
00:04nationale
00:04qui projette d'autoriser en France l'euthanasie et le suicide assisté.
00:08On en a peu entendu parler, mais un écrivain de premier plan s'est engagé contre ce texte, c'est
00:15Michel Houellebecq.
00:16Oui, merci déjà Romain de me donner l'occasion de revenir sur ce sujet car il est majeur
00:19et il ne faudrait pas donner l'impression qu'il est passé au second plan
00:22compte tenu de l'agitation par ailleurs de ces derniers jours.
00:24En mars 2024, Emmanuel Macron avait annoncé cette loi sur l'aide à mourir
00:28comme une loi de fraternité.
00:31Et précisément, ce sont ces mots qui ont fait bondir Michel Houellebecq,
00:34le célèbre écrivain au réolet du Prix Goncourt,
00:36et qui comme artisan de la langue sait le poids et la valeur des mots,
00:40mais qui sait aussi qu'en les manipulant avec soin,
00:42on peut leur faire dire parfois l'inverse de ce qu'ils signifient réellement.
00:45Donc il était invité d'une réunion, notamment rassemblant des personnes malades ou handicapées,
00:50opposées à la légalisation du suicide assisté et donc éligibles.
00:53C'est le nom qu'ils se sont donné, éligibles, car demain ils pourraient,
00:56compte tenu de leur maladie, demander l'euthanasie.
00:59Agnès Leclerc du Figaro y était, elle décrit Michel Houellebecq comme à son habitude.
01:03Je la cite bras croisés, bouche tombante, le regard baissé et concentré,
01:07enmitouffé dans sa parca.
01:09Mais avec Michel Houellebecq, l'apparence ne fait pas toujours le moine,
01:12et l'expression et l'intelligence étaient très vives.
01:16Michel Houellebecq relève que dans l'expression loi de fraternité,
01:19employée par le président de la République,
01:21il dit on sent bien une perversion du mot fraternité,
01:23donner la mort par compassion, j'aimais un doute.
01:26Qu'est-ce qui a poussé Michel Houellebecq à s'engager contre cette loi ?
01:31Michel Houellebecq, qui a déjà exprimé plusieurs fois son opposition à l'euthanasie,
01:35conteste notamment l'idée que ce texte serait une loi de progrès.
01:38Et pour une raison qu'on peut juger assez valable,
01:41empoisonner quelqu'un, dit-il, on sait le faire depuis des milliers d'années,
01:44ça n'est donc pas un progrès.
01:45En revanche, éviter qu'il souffre, c'est plus récent et plus sophistiqué,
01:48déclare l'écrivain.
01:50Et lui, donc, évidemment, défend le développement des soins palliatifs.
01:53Il a connu l'expérience de la prise en charge dans les soins palliatifs
01:57avec une personne de sa famille qui a mené cette épreuve jusqu'au dernier souffle.
02:03Et puis, Michel Houellebecq relève aussi, comme beaucoup d'autres,
02:05que pour les médecins, la situation serait terrible.
02:09Ce n'est pas le métier de tuer la personne pour un médecin,
02:12tranche Michel Houellebecq,
02:13même si une clause de conscience est éventuellement évoquée par les parlementaires.
02:16Donc, il évoque une rupture de société
02:18et il voit ce projet de loi comme une diminution du prix que l'on accorde à un être humain.
02:23Et sa crainte, c'est que cette loi nous fasse perdre en humanité.
02:27Oui, Michel Houellebecq relève ce que vous disiez aussi tout à l'heure dans votre réitement romain,
02:30à savoir que cette loi risque finalement de déshumaniser
02:33non pas seulement ceux qui pourraient avoir recours à l'euthanasie,
02:36mais tous ceux qui seraient susceptibles, par les pathologies dont ils souffrent,
02:40de pouvoir la demander.
02:40La soirée de débat à laquelle participait Michel Houellebecq
02:43était organisée autour d'un triptyque autour de la devise nationale
02:46liberté, égalité, fraternité.
02:48Houellebecq a choisi le mot fraternité
02:50et il échangeait là-dessus avec la normalienne Agathe Barrois,
02:53elle-même atteinte d'une maladie génétique
02:55et donc porteuse d'un handicap moteur extrêmement lourd.
02:58Et Michel Houellebecq lui faisait observer,
03:00donc elle qui est déjà éligible,
03:02que finalement nous sommes tous,
03:04même bien portant aujourd'hui,
03:06nous sommes tous à plus ou moins long terme déséligibles
03:08puisque la vie nécessairement mène un jour ou l'autre à la fragilité.
03:13La fraternité, dit-il, c'est bien le meilleur des cas,
03:16mais ce que l'on est en droit de demander lorsque l'on est malade,
03:18c'est un minima de la compassion.
03:20Et Michel Houellebecq y répond aussi à l'idée
03:22qu'il y aurait certaines morts qui seraient indignes
03:24quand on meurt dans un état de grave souffrance
03:26ou avec une maladie neurodégénérative,
03:29on serait finalement moins digne de vivre que les autres.
03:31Michel Houellebecq dit,
03:32« Par ma vague fréquentation de la philosophie,
03:34j'avais compris, moi, que la dignité,
03:35on ne peut jamais la perdre. »
03:37Voilà pour les mots de l'écrivain.
03:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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