Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 11 heures
Entretien événement avec Cécile Kohler et Jacques Paris, ex-otages en Iran du 7 mai 2022 au 04 novembre 2025, qui viennent tout juste de revenir en France le 8 avril dernier. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mardi-14-avril-2026-9141449

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Ils ont passé trois ans et demi dans les jôles iraniennes, otages d'Etat.
00:04Ils disent avoir vécu l'horreur quotidienne des conditions de détention inhumaines.
00:09Pour autant, disent-ils, nous ne sommes pas brisés.
00:12Une semaine après leur retour en France, ils ont choisi France Inter pour parler en hommes et en femmes libres
00:18ce matin.
00:18Bonjour Cécile Collère et bonjour Jacques Paris.
00:21Bonjour.
00:22On est très heureux de vous voir ce matin et bienvenue aux auditeurs qui vont pouvoir échanger avec vous via
00:26le 01 45 24 7000.
00:28et l'appli Radio France.
00:30Vous avez donc atterri à Paris mercredi dernier après quatre ans passés loin des vôtres.
00:37Ça fait une semaine.
00:38Une semaine, c'est court par rapport à tout ce que vous avez vécu.
00:41Comment allez-vous ce matin ?
00:43Écoutez, on va très très bien.
00:45On attendait ce moment depuis presque quatre ans.
00:49Lorsqu'on a traversé la frontière entre l'Iran et l'Azerbaïdjan,
00:54on est arrivé sur un pont.
00:57Et à ce moment-là, immédiatement, j'ai voulu appeler ma sœur et ça a été un moment que je
01:02n'oublierai jamais.
01:03Je lui ai dit, Noémie, j'ai traversé la frontière, je suis en Azerbaïdjan.
01:08C'est fini.
01:09Et ça a été magnifique.
01:12Ça y est, je suis libre.
01:13Ça y est, je suis libre.
01:14Qu'est-ce que, on va revenir sur toute cette histoire et les conditions de votre détention,
01:20la façon dont cette libération a pris du temps et effectivement ce chemin entre Téhéran et Bakou,
01:27mais qu'est-ce que vous avez rêvé de faire pendant ces quatre années et que vous avez enfin pu
01:33faire
01:33cette semaine-là qui vient de s'écouler, cette première semaine de liberté ?
01:37Vous savez, quand on est privé de presque tout, un rien vous émerveille.
01:45Et simplement serrer nos proches dans nos bras, c'était fantastique.
01:52C'était absolument émouvant et c'était ça le goût de la liberté.
02:02Serrer par exemple dans vos bras votre fille ?
02:05Oui, Anne-Laure, Aude, et puis voir les petits-enfants, ma sœur, ma mère,
02:15c'est quelque chose qui est à la fois banal et extraordinaire.
02:21Cécile Coller, quand on a été privé aussi longtemps de liberté, comment est-ce qu'on retrouve le monde ?
02:29Est-ce qu'on réussit rapidement à retrouver ces marques ?
02:33Vous avez eu cette période à l'ambassade de France à Téhéran qui a sans doute agi comme une forme
02:37de sas de décompression.
02:39Comment est-ce qu'on retrouve tous ces réflexes qu'on a perdus pendant près de quatre ans de détention
02:43?
02:44Eh bien en fait, pendant quatre ans, j'ai rêvé de ce moment et j'ai rêvé de ces instants
02:47de découverte.
02:48Donc c'est comme si je les avais joués avant qu'ils arrivent.
02:51Et j'étais prête en fait.
02:53Comme j'ai dit à beaucoup de gens, on se réhabitue très vite à la vie et au bonheur.
02:58Et donc ça a été facile en fait.
03:00Ça a été facile.
03:01Ce n'est que maintenant du bonheur en fait.
03:05Et donc vous avez retrouvé votre appartement, votre ville, se promener dans les rues de la ville,
03:10peut-être prendre un café en terrasse.
03:11Vous l'avez fait tout ça ?
03:13Oui, on a fait tout ça.
03:15On s'est réinstallé chez nous et j'ai retrouvé l'odeur de notre appartement,
03:21puisque notre appartement a une odeur très particulière qui est pour moi une source de réconfort.
03:26Et rien que retrouver cette odeur, ça a été très fort.
03:29Il faut qu'on revienne au point de départ, cette arrestation.
03:35Nous sommes en mai 2022.
03:37Vous êtes au dernier jour de votre voyage de tourisme en Iran.
03:41Il faut que vous nous racontiez comment ça se passe à ce moment-là.
03:43Je crois que vous êtes sur le point de quitter l'Iran.
03:47Et oui, on va vers l'aéroport.
03:51On est même tout près de l'aéroport, dans un taxi.
03:54Et là, deux véhicules nous bloquent sur la dernière bretelle,
04:00avant qu'on puisse être vu en public, en quelque sorte.
04:06Parce que c'est un enlèvement, c'est un rapte.
04:09C'est quelque chose qui se fait dans la nuit,
04:12et sans que personne ne le voie, à part le chauffeur de taxi qui s'est crié.
04:17Mais ce sont des touristes.
04:19Et là, on nous arrache de la voiture.
04:22Et puis, on nous met chacun dans une voiture différente.
04:26On nous menote, on nous bande les yeux.
04:29Et on nous dit, vous ne partirez pas.
04:32Et on nous emmène dans un endroit inconnu,
04:35pour un premier interrogatoire.
04:37Et au matin, on nous emmène au quartier 209 de la prison d'Evine.
04:42Sans nous dire, d'ailleurs, que c'est la prison d'Evine.
04:46Et là, on bascule dans un autre monde,
04:48qui est celui de l'insupportable,
04:51et de l'incarcération sous le régime iranien.
04:55Ça, vous allez nous le raconter.
04:57D'abord, il faut qu'on rappelle que vous êtes, vous, Cécile Collère,
05:01professeur de français dans un lycée de région parisienne.
05:04Que vous, Jacques Paris, vous avez eu une carrière de prof de maths,
05:06et que vous exercez des responsabilités au syndicat Force Ouvrière.
05:10Est-ce qu'on vous accuse tout de suite d'espionnage,
05:13dès le moment où vous êtes arrêtée ?
05:15Non, on nous accuse de complot contre la sécurité de l'État.
05:19De participer à un complot contre la sécurité de l'État.
05:22Et très vite, à la fin de la garde à vue,
05:24on m'accuse moins, mais ça n'a pas été le cas pour Jacques,
05:26de terrorisme.
05:27Donc très vite, je comprends qu'on va rentrer dans un régime d'exception.
05:31Je sais, je suppose qu'en Iran,
05:35la justice n'est pas transparente.
05:37Mais à partir du moment où on me dit,
05:39vous avez rencontré des terroristes,
05:41parce que c'est ça qu'on m'a dit,
05:44là, je me dis, bon, on est mal parti.
05:48Là, vous vous dites tout de suite, ça va être très long.
05:51J'ai peur, en fait.
05:53C'est juste, j'ai peur.
05:54J'ai peur.
05:55Jacques Paris, de la même manière,
05:57qu'est-ce que vous vous dites à ce moment-là ?
05:59Est-ce que vous comprenez ce qui est en train de vous arriver,
06:01ou est-ce qu'il y a une forme de sidération absolue
06:05quand on est, et vous venez de le raconter,
06:08enlevé, immédiatement incarcéré ?
06:10Écoutez, oui, il y a d'abord une forme de sidération
06:13parce qu'on vous dit des choses
06:15qui sont sans rapport avec la réalité.
06:18Ils inventent.
06:19Ils ont un narratif
06:23qui progresse d'ailleurs au fil des interrogatoires,
06:27puisque au départ, comme l'a dit Cécile,
06:29c'était, vous mettez en cause la sûreté de l'État,
06:34et graduellement, on devient des espions.
06:37C'est comme ça.
06:39Alors après, on s'est aperçu que l'accusation d'espionnage
06:43pour les otages étrangers était systématique.
06:48Pour une raison de fond,
06:50c'est que le régime a besoin de boucs émissaires
06:54quand il a des problèmes.
06:56Et les boucs émissaires font forcément des étrangers.
07:00Et puis, il y a cette séquence
07:01qui a été très pénible pour vous,
07:04qui est la séquence des aveux.
07:05On vous oblige à dire que vous êtes des agents
07:08de la DGSE, en gros,
07:10en mission pour déstabiliser l'Iran.
07:12c'est quelque chose que vous avez très mal vécu tous les deux.
07:15En fait, c'est une sorte de viol, tout simplement.
07:19Et Jacques l'explique très bien.
07:22On ne nous a pas léché le choix.
07:24On ne nous a pas léché le choix.
07:26Non.
07:26Si vous voulez, quand on vous extrait de la cellule,
07:30on vous emmène dans un endroit,
07:32une sorte de studio.
07:35En ce qui me concerne,
07:36il y avait cinq gros bras dans la pièce d'à côté,
07:39puisque j'étais accompagné par trois dans la voiture.
07:44Alors, il y en a un qui m'a dit
07:45« Regarde, je n'ai pas mis ma ceinture,
07:47je suis ton bodyguard. »
07:48Et il brandissait son arme automatique
07:52sur le parcours.
07:54Il y avait une autre voiture derrière,
07:55donc ils étaient cinq.
07:57On vous traîne dans le studio.
07:59Et on vous assoit,
08:01on vous met un micro.
08:02Et puis, ce qu'il faut dire.
08:05C'est-à-dire qu'on vous donne un texte.
08:06Non, pas un texte.
08:07Mais on vous dit « Il faut que tu passes aux aveux »
08:09et que tu dises que tu fais un espion.
08:12Oui.
08:13Il faut qu'on parle de l'horreur quotidienne.
08:17Vous avez eu des mots bouleversants à ce sujet
08:18sur cette section 209 de la prison des Vines,
08:22connue par tous les opposants politiques iraniens
08:23comme étant un enfer.
08:26Il faut là essayer de mettre des mots
08:28sur ce que vous avez vécu, Cécile Collère.
08:29Qu'est-ce que vous y avez vécu ?
08:31Pourquoi est-ce que cette section 209
08:33de la prison des Vines est si terrible ?
08:36D'abord, parce qu'on est tout seul.
08:38Pendant trois mois,
08:39on a été vraiment tout seul.
08:40Donc, il faut vous imaginer
08:41que les seules interactions
08:42avec des êtres humains,
08:43c'est vos gardiens et vos tortionnaires,
08:46c'est-à-dire les gens
08:47qui prétendent vous interroger.
08:49Ça, c'est déjà une première chose.
08:50Ensuite, il y a les conditions matérielles,
08:52on dort par terre,
08:53on n'a aucun accessoire,
08:56aucun vêtement, rien,
08:57pas de brossadant, pas de livre, rien.
08:59On est totalement seul entre quatre murs.
09:01Donc déjà, ça, en soi, c'est une torture
09:03parce qu'au bout de quelques jours,
09:04en fait, on devient presque fou.
09:07Il faut lutter contre cette folie.
09:09Et puis ensuite, il y a l'incertitude,
09:10c'est-à-dire qu'on ne sait jamais
09:12quand ils vont venir.
09:13On n'est prévenu de rien
09:14et jamais à l'avance.
09:15Même ensuite,
09:16quand la situation s'est améliorée,
09:18c'est-à-dire qu'on a changé,
09:19on est passé de l'isolement à des cellules
09:21avec d'autres personnes
09:22et on a eu le droit de se voir
09:24et d'appeler nos familles.
09:25Ce n'est pas un droit,
09:26c'est une faveur qu'on nous accorde
09:29au gré des intérêts
09:30de nos tortionnaires.
09:32Vous dites, Cécile Collard,
09:33on ne sait jamais ce qui va nous arriver.
09:34Vous avez peur qu'on vienne vous voir
09:36et qu'on vous dise
09:37on va vous exécuter,
09:38vous allez mourir.
09:39C'est ça.
09:40C'est-à-dire qu'on a des menaces
09:41en permanence pendant les interrogatoires.
09:43Si vous ne faites pas ce que je vous demande,
09:45vous allez être pendu.
09:46Si vous ne faites pas ce que je vous demande,
09:47je vais vous envoyer dans un endroit
09:49dont vous ne reviendrez pas vivante.
09:51Vous ne reverrez plus jamais vos proches.
09:53On a eu des...
09:54En fait, en permanence,
09:56pendant les interrogatoires,
09:57on a eu des menaces très très dures.
09:59Et donc, le soir,
10:01avant de s'endormir,
10:02on pense à tout ça
10:03et on se dit,
10:03c'est peut-être pour demain.
10:05Jacques Paris, vous dites,
10:06on a voulu nous briser.
10:08Tout à fait.
10:10C'est même le principe de base.
10:12Vous savez, il y a...
10:13C'est un protocole qui le suive.
10:16Donc, trouble du sommeil,
10:19lumière 24 heures sur 24.
10:20C'est-à-dire un néon
10:21qui ne s'éteint jamais.
10:23Jamais.
10:24Vous ne voyez pas le ciel, par ailleurs,
10:26puisqu'il n'y a pas de fenêtre.
10:29Trouble de l'alimentation qui en résulte.
10:32Vous maigrissez.
10:35Incertitude maximale, menace.
10:41Si vous voulez, par exemple,
10:43on m'a dit,
10:44pour ta famille,
10:45tu es déjà mort.
10:47Si tu ne coopères pas,
10:50comme l'a dit Cécile,
10:52on va t'emmener dans un endroit,
10:54on ne retrouvera que la poudre de tes os.
10:58On m'a aussi menacé de mort immédiate.
11:03Le prochain mensonge, c'est la mort.
11:05C'est-à-dire le mensonge,
11:06c'est ne pas dire ce qu'ils veulent que vous disiez.
11:09En l'occurrence.
11:10Puisque la vérité, c'est le mensonge dans ce système-là.
11:13C'est en rouélien.
11:14Voilà.
11:15C'est en rouélien.
11:162 plus 2, ça fait 5.
11:18Comment on fait pour tenir ?
11:21Comment on fait pour rester fort dans sa tête ?
11:24Alors, là, le sport.
11:26Tous les matins, on se lève.
11:28Et pour ne pas laisser place à la tension,
11:30on se met au sport.
11:31Alors, comment on fait dans une cellule
11:33de 9 mètres carrés du sport à plusieurs ?
11:35Alors, bon, ça dépend.
11:37Parce qu'on est à 3, on est à 4,
11:39on peut être à 6, on peut être à 9.
11:40Donc, quand on était à 9,
11:41pendant les mouvements Massa Amini,
11:43moi, je courais sur place.
11:45Je faisais du footing,
11:47juste sur un espace,
11:49l'espace de mes pieds, en fait.
11:51Voilà, il y a ça.
11:52Et puis ensuite, il y a la poésie.
11:55Donc, ça, c'était un élément important.
11:57C'est que la poésie m'a aidée à tenir.
11:58Ça, racontez-nous comment,
11:59parce que vous nous l'expliquiez
12:01juste avant de rentrer dans les sociaux,
12:02comment la poésie a été
12:03une sorte de fil conducteur
12:05de cette détention pour tenir ?
12:07C'est ça.
12:08Alors, dans la voiture à mon arrestation,
12:10j'ai pensé, ils vont me tuer.
12:11Donc, j'ai commencé à réciter
12:12des vers dans ma tête,
12:14ce qui m'a permis de mobiliser,
12:15de me concentrer sur autre chose
12:17que des pensées négatives.
12:18Et ensuite, il y a eu des périodes
12:20où on n'avait pas de télévision
12:21dans la cellule.
12:23Et donc, mes co-détenus
12:24m'ont fait découvrir Afez,
12:25qui est un très grand poète iranien.
12:28Et on n'avait pas grand-chose à faire.
12:31Il y avait très peu de livres.
12:32Donc, je leur ai dit,
12:33apprenez-moi le poème d'Afez.
12:35Donc, j'ai appris chaque jour
12:36un nouveau vers.
12:37Donc, des poèmes en perçant,
12:38en phonétique.
12:38En perçant, en phonétique,
12:40que je me répétais, en fait,
12:42parce que le fait de l'apprendre
12:43prend énormément de temps.
12:45Donc, pendant toute cette période
12:46où j'apprenais le texte,
12:47je ne pensais pas à la mort,
12:49je ne pensais pas au fait
12:49que je ne pouvais pas voir Jacques,
12:51que je m'inquiétais pour lui, etc.
12:52Vous avez appris le farci
12:54avec vos co-détenus ?
12:56Au fur et à mesure, tout à fait.
12:58Et du coup, vous pouviez parler avec elle.
13:01J'imagine que vous étiez avec des femmes,
13:03que vous avez vécu
13:05cette succession de révolutions
13:07et de vagues d'arrestations
13:09dans cette section 209
13:11de la prison des Vines,
13:11qui est la section politique.
13:13Quelles relations est-ce que vous avez eues
13:15avec vos co-détenus ?
13:16Les relations étaient globalement excellentes.
13:18Il y avait une énorme solidarité.
13:20Si j'ai appris le farci,
13:21c'est justement parce que
13:22ces filles autour de moi,
13:23ces femmes,
13:24parce que ça allait de 19 ans
13:26la plus jeune jusqu'à plus de 60 ans.
13:29Et puis, je sais qu'il y avait
13:30des femmes encore plus âgées
13:31qui étaient dans les prisons.
13:34Elles étaient ouvertes
13:35et elles prenaient le temps
13:36d'essayer de comprendre ce que je disais.
13:37Donc, c'est comme ça que j'ai appris
13:39parce qu'il y avait cette solidarité-là.
13:40Jacques Paris,
13:42vous avez à quelques occasions
13:43la possibilité de contacter vos proches,
13:46même si c'est des échanges
13:47qui sont bien sûr surveillés
13:48par vos geôliers.
13:50Dans ce cas-là,
13:51quand on parle à ses proches au téléphone,
13:53même si on a quelques minutes,
13:54qu'est-ce qu'on leur dit ?
13:55La priorité, c'est de les rassurer,
13:57de leur dire
13:58ça va aller, on tient ?
13:59Alors, d'abord,
14:00on n'a pas eu de contact
14:02pendant sept mois
14:04avec nos proches.
14:06Deuxièmement,
14:07ça a duré quatre minutes.
14:08Montre en main,
14:10pas plus.
14:11Sous surveillance,
14:13puisque c'était enregistré
14:14et filmé.
14:15Alors, vous savez,
14:16ce qu'on essaie de faire,
14:18c'est, oui,
14:19un, de les rassurer
14:20et deux,
14:21de savoir
14:21s'il y a quelques informations
14:23qui peuvent, nous,
14:24nous rassurer
14:25de la part
14:26de leur démarche,
14:28de ce qui se passe
14:29pour nous.
14:29Puis, c'est fini.
14:31Parce que quatre minutes,
14:32c'est...
14:32Parce que, voilà.
14:33Elle n'attend rien à dire.
14:34Voilà.
14:34Et c'est fait pour.
14:35Parce que, à la fois,
14:37c'est un...
14:38Les coups de téléphone
14:39rares
14:40avec nos familles
14:43s'étaient attendus
14:44par nous
14:44comme une bouffée
14:45d'oxygène
14:46et en même temps
14:47une immense frustration
14:48parce que le temps
14:49était extrêmement court.
14:52Cécile et Jacques,
14:53on a des auditeurs
14:53qui ont évidemment
14:55très envie de vous parler,
14:56de vous poser des questions.
14:58Bienvenue, Francis.
14:59Bonjour.
15:00Bonjour.
15:00Je crois que vous vouliez poser
15:01une question
15:02à nos deux invités
15:05sur, précisément,
15:06tous ces gens
15:06qu'ils ont croisés
15:07pendant leur détention.
15:08Tout à fait.
15:09Aussi bien, Jacques,
15:11que Cécile.
15:11Vous avez été en contact
15:13avec des Iraniens
15:14et des Iraniennes
15:15incarcérés.
15:16Est-ce que vous pouvez,
15:17brièvement,
15:18nous donner
15:20leur tranche d'âge,
15:21leur catégorie
15:22socio-professionnelle
15:23et surtout,
15:24qu'est-ce qu'ils avaient en tête,
15:25quels étaient leurs idéaux
15:26et qu'est-ce qu'ils ont pu
15:30échanger avec vous
15:31sur ce qu'ils attendaient
15:32de la situation à venir ?
15:34Merci, Francis.
15:36Jacques Paris ?
15:36Eh bien, moi,
15:37la tranche d'âge,
15:38c'est de 18 à 82 ans.
15:42Donc, à tout âge,
15:43on peut être
15:43à la section 209.
15:46Et le sentiment général,
15:49c'est l'aspiration
15:50à la liberté.
15:51C'est aussi simple que ça.
15:53Parce que vous avez traversé,
15:54non seulement vous en parliez,
15:55Cécile Collère,
15:56le mouvement après la mort
15:57de Marcia Amini,
15:58vous avez aussi traversé
15:59ce qui s'est passé en janvier.
16:01À cette époque-là,
16:02vous étiez à l'ambassade
16:03avec les massacres,
16:04plusieurs dizaines de milliers.
16:05Vous avez suivi
16:06la répression
16:07qui a progressé
16:09et le massacre
16:09d'une partie du peuple
16:11iranien,
16:11Cécile Collère.
16:12C'est ça.
16:13Alors, nous,
16:13on a effectivement
16:14rencontré des personnes
16:15qui souhaitent
16:16la liberté,
16:17qui souhaitent
16:18que le régime change.
16:20Et c'est aussi cela
16:23dont on voulait parler un peu.
16:24C'est-à-dire qu'on voulait dire,
16:26voilà,
16:26nous sommes rentrés,
16:26mais nous pensons
16:27à tous les prisonniers
16:28politiques en Iran,
16:30mais aussi aux otages.
16:31Il y a encore des otages
16:33qui sont dans les prisons
16:34iraniennes
16:35et nous pensons à eux,
16:36nous pensons à leur famille.
16:38Voilà le message
16:39que nous voulions faire passer.
16:41Juste avant de parler
16:42de votre libération,
16:43on a Guy
16:44sur l'application Radio France
16:45qui pose cette question.
16:46Quelles étaient vos possibilités
16:47de communiquer
16:48durant votre détention ?
16:48Est-ce que vous aviez
16:49des nouvelles
16:49l'un de l'autre,
16:51Cécile Collère
16:52et Jacques Paris ?
16:53Eh bien,
16:54pas beaucoup.
16:56Ça s'était dur.
16:57Oui,
16:57parce que pendant 17 mois,
16:59on s'est vus 4 minutes.
17:00Les 17 premiers mois.
17:03Exactement 4 minutes.
17:05Et encore,
17:05on était filmés.
17:07Et ensuite,
17:08on avait des rencontres
17:11épisodiques.
17:12Bref,
17:13on ne pouvait pas se voir
17:14pendant 3 mois.
17:16comme on pouvait se voir
17:17au bout d'un mois.
17:19Et on était aussi
17:20sous surveillance,
17:22écoutés.
17:23Donc,
17:23les conversations,
17:25ça nous faisait,
17:26nous donnait
17:26un grand réconfort
17:27de nous voir.
17:28Mais en même temps,
17:30ce n'était pas facile
17:32à gérer.
17:34Alors maintenant,
17:34on rattrape le temps perdu.
17:35On a beaucoup de choses
17:36à se dire.
17:37Cécile Collère là-dessus ?
17:38Oui,
17:38alors même pour Noël,
17:39parce que le premier Noël,
17:41on l'a passé
17:42dans nos cellules,
17:42quand même.
17:43Voilà.
17:44Et puis le deuxième Noël,
17:45ils nous ont accordé
17:45un coup de fil
17:46et une rencontre.
17:47Mais jusqu'au dernier moment,
17:48on le demandait,
17:49mais jusqu'au dernier moment,
17:50ce n'était pas confirmé.
17:51C'était confirmé
17:52à partir du moment
17:53où on se voyait en face
17:54à face
17:54et on appelait nos familles.
17:55Il faut rappeler aux auditeurs
17:56que vous êtes un couple,
17:58que vous avez dû donc
17:59nécessairement beaucoup
18:00vous inquiéter
18:01l'un pour l'autre
18:02pendant tout ce temps.
18:03Ce qui est une charge
18:05supplémentaire
18:05à cette vie
18:06de claustration
18:07et de détention.
18:08Oui,
18:09alors on n'a pas parlé
18:10du terme de torture blanche.
18:11En fait,
18:12tout ce qu'on a vécu,
18:13c'est-à-dire le harcèlement
18:14psychologique,
18:14donc l'incertitude maximale,
18:16les problèmes de sommeil,
18:18etc.,
18:18font partie
18:19d'une torture psychologique
18:20qui est reconnue
18:21au niveau des normes
18:23internationales,
18:23des conventions internationales.
18:25Et en fait,
18:26le fait de nous séparer
18:27et de nous priver
18:28de nouvelles
18:29l'un pour l'autre
18:30a été pour moi
18:31la chose la plus difficile
18:32et je pense que c'est
18:32vraiment un élément central
18:33de cette torture psychologique
18:35dont on a été les victimes.
18:36Jacques Paris,
18:37Cécile Collère,
18:37il y a ce 4 novembre 2025
18:38où l'ambassadeur de France
18:40en Iran,
18:41Pierre Cochard,
18:41il vient vous chercher
18:42devant les portes
18:43de la prison des Vines.
18:45Je raconte à nos auditeurs,
18:46là, vous avez un...
18:47Cécile Collère,
18:47vous levez les yeux au ciel
18:48parce que vous vous en souvenez
18:50et Jacques Paris,
18:51vous souriez.
18:52Ce moment-là
18:52où je crois
18:53jusqu'à quelques minutes
18:54avant de sortir,
18:55vous ne savez pas
18:56que vous allez être libéré.
18:57Tout à fait.
18:58Ils nous ont même dit
18:58le contraire
19:00une demi-heure,
19:01enfin trois quarts d'heure avant,
19:02ils nous ont dit
19:02vous ne serez pas libéré
19:04ce soir,
19:05les officiers de renseignement.
19:08Explicitement.
19:08Jusqu'au bout,
19:09ils ont voulu nous tourmenter
19:12en quelque sorte.
19:13Et ça faisait partie
19:14de leur système.
19:16En fait,
19:17ce qu'ils voulaient obtenir
19:18de nous,
19:18c'est qu'on ne parle pas
19:19en sortant.
19:21C'est qu'on soit
19:21dans un état psychologique
19:23tel qu'on s'enterre,
19:25qu'on s'isole.
19:27Et c'était ça
19:28leur objectif.
19:29Et c'est le contraire
19:30qui s'est produit.
19:31C'est ça.
19:32Vous le voyez aujourd'hui.
19:35La première chose
19:36que vous faites
19:36à ce moment-là
19:37en sortant ?
19:37On prend l'ambassadeur
19:39dans nos bras.
19:40On respire déjà
19:41parce que,
19:44comme disait Jacques,
19:45on l'a su vraiment
19:46au dernier moment.
19:46Donc en fait,
19:47il y a des étapes.
19:48C'est-à-dire,
19:48à partir du moment
19:49où on voit l'ambassadeur,
19:50on se dit
19:50ça y est,
19:51on n'est plus seul.
19:51Tout simplement.
19:52Et puis après,
19:53il y a ce moment magique
19:55où enfin,
19:56on entre dans l'ambassade
19:57où les portes se referment
19:58et on se dit
19:59ça y est.
19:59On est sur un petit bout de France
20:01comme l'a dit mon père.
20:02C'est un début de liberté.
20:04On est sur un petit bout de France
20:05comme l'a dit mon père
20:06à la télévision
20:07au moment de notre libération.
20:08Donc il y a ces cinq mois
20:09passés à l'ambassade
20:11puis la dernière route,
20:13le dernier chemin
20:14avant la libération
20:15dont on parlait
20:15au début de cet entretien,
20:17c'est-à-dire la route
20:17entre Téhéran et Bakou
20:19en Azerbaïdjan.
20:21Vous prenez l'avion,
20:22vous atterrissez
20:23mercredi matin
20:23la semaine dernière
20:24en France
20:25et on est frappés
20:26quand on vous voit
20:27à l'Elysée.
20:29On est frappés
20:29de la façon
20:30dont vous vous tenez droit
20:32pour dire à la fois
20:33merci,
20:34pour dire que vous n'allez pas
20:35vous taire.
20:35On est frappés
20:36par votre force
20:37de caractère
20:38à tous les deux.
20:39Quel tempérament
20:40faut-il
20:42pour avoir cette force,
20:43cette détermination ?
20:44Vous savez,
20:45on a la conscience
20:45d'abord
20:46d'être des rescapés.
20:49Rescapés du régime iranien
20:50mais aussi rescapés
20:51d'un bombardement
20:52qui a failli nous coûter
20:54la vie
20:54à la prison des Vines.
20:55Il y a eu 79 morts.
20:59Il y a une bombe
20:59qui est tombée
21:01juste devant
21:02notre bâtiment.
21:03Elle a été soufflée.
21:05On a été enfumé.
21:08On a cru un peu
21:09qu'on serait asphyxiés
21:10parce qu'on ne venait pas
21:12nous chercher très vite.
21:14Alors,
21:14une fois qu'on a vécu
21:16tout ça
21:18et qu'on a survécu,
21:20eh bien,
21:20on a envie de se battre.
21:22On se tiendra.
21:22Un tout dernier mot
21:23rapidement,
21:23Cécile Collère.
21:24Est-ce que les semaines
21:25qui viennent,
21:25les mois qui viennent,
21:26est-ce qu'on a la moindre idée
21:27de ce qu'on a envie d'en faire ?
21:27Vous avez eu cette phrase magnifique.
21:29Vous avez dit
21:29« Vive la vie ».
21:30Oui, c'est ça.
21:31On va profiter de la vie
21:33et profiter de nos proches
21:35tout simplement.
21:36Et donc Jacques Paris
21:36vive la vie.
21:37Vive la vie,
21:38oui, absolument.
21:39Il faut le redire.
21:39Il faut le redire.
21:40et c'est une conviction.
21:42Merci beaucoup.
21:43Merci beaucoup.
21:44Profitez bien tous les deux.
21:46Merci d'avoir été au micro
21:47de France Inter ce matin.
Commentaires

Recommandations