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  • il y a 9 heures
Pour Delphine Minoui, grand reporter au Figaro, invitée sur France Inter, la nomination du fils d'Ali Khamenei à la tête du pouvoir iranien est une marque de fermeté, mais c'est aussi "un choix par défaut, parce qu'ils n'ont plus personne sous la main". Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-lundi-09-mars-2026-7929416

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Transcription
00:01France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale
00:07Jusqu'où ira la guerre lancée par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran depuis dix jours ?
00:12Elle embrase le Moyen-Orient avec les répliques de l'Iran dans toute la région avec le front du Liban
00:18où Israël veut en finir avec le Hezbollah.
00:20En Iran, un nouveau guide suprême a été nommé hier soir et le régime résiste.
00:26Mais pour combien de temps la guerre va-t-elle encore durer des semaines ou bien des mois ?
00:30Pour analyser ce moment crucial pour la région et pour le monde, nous recevons avec Benjamin Duhamel trois invités ce
00:37matin.
00:38Bonjour Delphine Minoui.
00:39Bonjour.
00:39Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes grand reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient.
00:44David Kalfa, bonjour.
00:45Bonjour.
00:45Merci d'être avec nous, co-directeur de l'Observatoire de l'Afrique du Nord et du Moyen-Orient
00:48et consultant spécialiste du Proche-Orient et à distance.
00:52Bonjour Rima Abdoulmalak.
00:54Bonjour depuis Beyrouth.
00:55Oui, merci d'être avec nous en direct du Liban.
00:57Vous êtes ancienne ministre de la Culture et vous dirigez aujourd'hui le principal quotidien du Liban,
01:01le quotidien francophone, l'Orient le jour.
01:03Et venez avec nous, chers auditeurs, posez vos questions, faites-nous part de vos réflexions au 01 45 24 7000
01:09et sur l'appli Radio France.
01:11Alors on va passer en revue ce matin l'ensemble des fronts ouverts en Iran, au Liban, dans les pays
01:17du Golfe.
01:18Mais d'abord, une question plus générale à vous tous pour introduire la discussion.
01:23À quoi est-ce qu'on assiste, selon vous, dix jours après le début de cette guerre ?
01:28Est-ce qu'une recomposition du Moyen-Orient est à l'œuvre ?
01:32Est-ce qu'elle est crédible ?
01:33Delphine Benoui.
01:35La question, c'est qu'on voit bien qu'il y a des choix qui ont été faits.
01:39Le choix des armes, le choix de la guerre, le choix des bombes, des frappes.
01:42Mais pour quelle stratégie et pour quel objectif ?
01:47Trump, un jour, nous parle d'un changement de régime.
01:49Un autre jour, il décide de miser sur les forces balistiques, le nucléaire iranien.
01:56La guerre, on le sait par expérience en tant que journaliste.
01:59J'ai couvert la guerre en Afghanistan, j'ai couvert la guerre en Irak.
02:03La guerre apporte rarement, malheureusement, la liberté et la démocratie.
02:07Donc, on est, je pense, en train de rentrer dans une longue séquence d'un conflit qui risque de durer.
02:14Alors, à un moment donné, évidemment, que les frappes vont s'arrêter.
02:17Mais qu'est-ce qui va rester, notamment en Iran ?
02:20Il y a un risque de dérapage interne, peut-être pas de guerre civile,
02:23parce qu'on ne peut pas plaquer les schémas syriens, les schémas libanais sur l'Iran.
02:27Mais il y a tout à fait la possibilité d'une confrontation interne
02:31entre une population remontée face à un régime qu'ils détestent jusqu'au plus profond de leur âme,
02:39mais également en face des résidus du régime.
02:42Si le régime est amené à tomber, ce qui n'est pas gagné, les forces Basidji.
02:46Cette guerre, les Iraniens l'ont aussi préparée.
02:48David Kelfa, on est donc dans un bouleversement majeur,
02:51mais est-ce qu'on est à l'aube d'un changement, d'une recomposition totale de la région ?
02:56Oui, en fait, cette recomposition, elle a démarré il y a déjà plusieurs années.
03:01Elle s'est accélérée à l'occasion de l'attaque du 7 octobre.
03:05En fait, ce à quoi on assiste, c'est une énième réplique de cette attaque menée par le Hamas.
03:09Pourquoi ? Parce que, certes, le régime iranien n'a pas appuyé sur le bouton,
03:13mais il a abondamment financé et armé le Hamas palestinien.
03:18La guerre menée à Gaza, les destructions, l'affaiblissement du réseau de proxy,
03:23qui était le moyen pour ce régime iranien de mener, justement, une guerre par procuration
03:27et de projeter sa puissance au levant, s'est retourné contre lui.
03:31Il y a un retour de bâton stratégique.
03:34Pendant des décennies, cette guerre, justement, était principalement une guerre de l'ombre,
03:39avec des assassinats ciblés, avec des sabotages, avec des cyberattaques.
03:42On se souvient de ce virus Stuxnet, je vais y arriver, contre le programme nucléaire iranien.
03:48Et depuis 2024, on assiste à des confrontations directes entre Israël et l'Iran.
03:54Et désormais, une confrontation tripartite, un axe israélo-américain d'un côté et l'Iran de l'autre.
04:02Donc, ça va contribuer à accélérer le processus d'affaiblissement stratégique du régime iranien.
04:08Et évidemment, ça va aussi enclencher une compétition qui est déjà là, déjà installée,
04:15oligopolistique entre plusieurs puissances régionales, dont Israël, évidemment, fait partie.
04:18Et on va détailler tous ces enjeux tout au long de ce grand entretien.
04:21Rima Abdelmalak, je rappelle que vous êtes à distance en direct de Beyrouth.
04:25Comment est-ce que vous caractérisez le moment que l'on vit et que vous vivez, vous qui êtes au
04:30Liban, dans votre chair ?
04:33On sent effectivement un moment de bascule, mais on ne sait pas encore vers quel nouveau monde il nous entraîne.
04:39Nous, pendant longtemps, le Liban a été pris en étau au milieu de puissances étrangères
04:45qui répercutaient sur lui leur propre guerre, en quelque sorte.
04:49On a eu longtemps la domination syrienne et le régime Assad est tombé.
04:53On a eu à subir la domination du régime iranien avec la créature développée au Liban à leur service, qui
05:02est le Hezbollah.
05:03Et on a eu, et on a de nouveau, l'hégémonie israélienne qu'on a connue avec l'occupation du
05:09Sud-Liban jusqu'en 2000
05:11et qui risque de se reproduire à nouveau.
05:13Delphine Minoui, on va ouvrir le chapitre de ce qui se passe en Iran.
05:17On a appris hier soir quel était le profil, l'identité de celui qui allait succéder à l'Ayatollah Khamenei.
05:22C'est son fils, Moshtaba Khamenei.
05:25Qu'est-ce que cela dit de ce qui est en train de se passer en Iran ?
05:28Est-ce que ça veut dire que le régime tient ?
05:30Puisque, et vous allez nous dire ce que vous savez de cet individu,
05:33qui est partisan de la ligne dure, proche des conservateurs,
05:36ça veut dire que l'Iran résiste malgré la puissance de feu américaine et israélienne ?
05:40Oui, je pense qu'on est tous marqués par ce degré, l'air de rien, de résistance de la part
05:48de la République islamique,
05:49malgré le fait que le leader Ali Khamenei ait été liquidé,
05:53qu'à peu près 60 grands officiels du régime aient été également tués.
06:00Je pense que choisir Moshtaba Khamenei, qui est son fils,
06:04c'est un message adressé à la communauté internationale.
06:08Nous ne cèderons sur aucun niveau.
06:13Moshtaba est réputé pour en effet faire partie de l'aile dure du régime.
06:17Il est très proche des gardiens de la Révolution.
06:20Il a été l'acteur, le grand acteur de la répression de 2009,
06:25souvenez-vous, au moment des manifestations contre la fraude électorale,
06:28la réélection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad.
06:32C'est d'une part un signal de durcissement du régime,
06:36mais en même temps, quelque part, également un signe de fragilité.
06:40Parce que ce n'était pas le favori dans les discussions de ces dernières années.
06:46On savait que le guide, à un moment donné, allait mourir, il était atteint d'un cancer.
06:51Le fait de choisir Moshtaba, je pense que de la part du régime,
06:54c'est aussi un choix par défaut, parce qu'ils n'ont plus personne sous la main.
07:00C'est aussi le signe d'une espèce de dérive qui n'existait pas jusqu'ici,
07:05au sein du régime, un système un peu dynastique et clanique.
07:10Puisque Khamehenei, qui avait succédé à l'époque à Khomeini,
07:13lui-même avait eu l'expérience.
07:15Il était d'abord président de la République.
07:17Il avait été élu, d'une certaine façon, pseudo-démocratique.
07:21Là, Moshtaba, c'est le dauphin.
07:24C'est le fils du père.
07:25Et en plus, il n'a pas le statut d'Ayatollah, qui est le statut le plus élevé dans le
07:29rang chiite.
07:30David Khalfa, nommer Moshtaba Khamehenei, c'est faire de lui la prochaine cible des Israéliens ?
07:36Oui, bien sûr.
07:38Je rejoins tout à fait ce que vient de dire Delphine,
07:39sur le fait que c'est à la fois, si vous voulez, un signe de défiance,
07:45à l'endroit des Etats-Unis et d'Israël.
07:47D'ailleurs, Trump, il faut le rappeler, avait dit qu'il ne souhaitait pas que Moshtaba soit nommé.
07:52Il a dit qu'il ne va pas tenir longtemps sans notre aval.
07:54C'est tout à fait ça, et probablement ce sera le cas,
07:57vu les capacités de ciblage des Israéliens et des Américains.
08:01Moi, ce qui me frappe par ailleurs, c'est une espèce d'ironie de l'histoire,
08:03c'est qu'il faut quand même rappeler à vos auditeurs que la République islamique,
08:08elle s'est totalement inscrite en faux par rapport au régime monarchique dynastique
08:14qui lui a précédé, celui du Shah.
08:17Or là, s'installe une espèce de monarchie héréditaire.
08:21C'est ce qui explique qu'une partie du clergé était hostile à cette élection.
08:28Je crois qu'elle consacre en réalité le basculement du centre de gravité du régime
08:32vers les gardiens de la Révolution.
08:34C'est un processus au long cours,
08:36parce qu'il y a une militarisation du régime iranien
08:38et une emprise de plus en plus importante des gardiens de la Révolution sur le régime.
08:43Mais là, on voit bien à quel point il y a un durcissement,
08:46sachant qu'il faut quand même aussi avoir à l'esprit que Mojtaba Khamenaïs,
08:50c'est quasiment un oligarque.
08:51C'est quelqu'un qui a monté toute une série de sociétés-écrans
08:56qui s'est enrichie sur le dos du peuple iranien
08:59et qui a financé via ces sociétés-écrans justement
09:02à la fois les milices paramilitaires Basidj et les gardiens de la Révolution.
09:06Donc, on va assister dans un premier temps à un durcissement du régime,
09:10mais en effet, c'est le reflet en réalité d'une fragilité très substantielle.
09:15Delphine Ninoui, dans un instant, vous nous direz ce que les Iraniens et les Iraniennes vous disent
09:18puisque dans vos reportages, vous pouvez les échanger avec eux.
09:21Mais juste, David Kalfa, sur les buts de guerre et ce qu'on constate sur le terrain,
09:26puisque cette guerre continue,
09:27qu'il y a la nomination de ce nouveau guide suprême qui est sur une ligne dure,
09:32quels sont les buts de guerre, les objectifs d'Israël et des Etats-Unis
09:36avec visiblement un régime qui tient mieux que ce qui était escompté
09:41par les forces qui ont mené l'offensive ?
09:43Là, on voit bien qu'on est dans une impasse
09:45parce que d'un côté, vous avez un régime iranien qui se durcit
09:49et qui dit aux belgérants israélo-américains
09:52qu'il n'y aura pas de compromis.
09:53Donc, c'est la défiance.
09:55Et par ailleurs, la stratégie, c'est très clairement l'endurance.
09:58La stratégie du régime depuis le début de cette guerre, c'est durer.
10:01Ce n'est pas vaincre.
10:02Il ne le peut pas d'un point de vue militaire et conventionnel.
10:05En revanche, il essaye de faire durer ce conflit.
10:08Pourquoi ?
10:09Pour maximiser les coûts politico-économiques
10:11et notamment pour mettre en difficulté Donald Trump
10:15dans la perspective des élections du mi-terme en novembre prochain.
10:19De l'autre côté, il y a un vrai flottement.
10:21Côté américain, il y a les déclarations contradictoires.
10:24Comme vous le savez, Donald Trump est un personnage totalement imprévisible.
10:27Il est erratique.
10:28Je ne sais pas si lui-même sait exactement où il va.
10:32Il a aussi...
10:33C'est une question de tempérament,
10:34mais je crois que c'est aussi une question de stratégie.
10:36Quand on lit l'art du deal,
10:39il insiste beaucoup sur cette stratégie
10:41qui consiste en permanence à changer de pied
10:43pour désarçonner l'adversaire.
10:45Donc, je pense que c'est à la fois les deux.
10:47C'est vraiment un personnage erratique,
10:49mais c'est aussi quelqu'un
10:50qui essaye en permanence d'être là où on ne l'attend pas.
10:55Côté israélien, c'est très clair.
10:57Il y a une volonté de faire chuter ce régime,
10:59en tout cas de créer à minima les conditions
11:01pour que ce régime chute.
11:02Et c'est pour ça qu'on voit les israéliens
11:04de plus en plus frapper l'appareil coercitif du régime.
11:07Les QG de la police,
11:10les QG des gardiens de la révolution,
11:12des forces paramilitaires Bassidj.
11:14Donc, on est vraiment dans une stratégie
11:16quasiment de guerre totale côté israélien.
11:18Alors, il faut qu'on en vienne avec nous.
11:20Vous, Adilphine Minoui,
11:22au ressenti, enfin,
11:23la façon dont vivent les Iraniens.
11:25Vous avez beaucoup de contacts.
11:26Vous écrivez des reportages dans le Figaro
11:27avec tous ces gens que vous arrivez à joindre en Iran.
11:31Quelle est leur vie quotidienne ?
11:33Qu'est-ce qu'ils vous racontent de cette vie
11:35et de leur aspiration au changement ?
11:37Pour certains,
11:39et sans doute pas pour d'autres,
11:40parce qu'on a l'impression que le pays,
11:41il est très divisé.
11:42Oui, en fait, ce qui se passe,
11:44c'est que,
11:44et c'est ce que me disent beaucoup de mes interlocuteurs,
11:46un jour, ils se réveillent en riant,
11:49en applaudissant,
11:49parce que Khamenei est mort,
11:51ils montent sur les toits,
11:52ils se réjouissent,
11:53comme ça a été le cas à nouveau,
11:55d'ailleurs,
11:56à l'annonce de la prise de pouvoir de son fils.
12:01Ils sont retournés à nouveau sur les toits
12:03pour crier aussitôt,
12:05mort à Mosh Sabah.
12:06Donc, cette force de résistance contre le régime,
12:09ce niveau de détestation du pouvoir,
12:11il existe, il est flagrant.
12:13Beaucoup d'Iraniens nous ont dit,
12:14on ne peut rien faire à main nue contre ce pouvoir.
12:17Certains ont soutenu ces bombardements,
12:20mais de l'autre, évidemment,
12:21il y a l'inquiétude,
12:22parce que le quotidien,
12:23aujourd'hui, c'est quoi ?
12:24C'est se réveiller en pleine nuit,
12:26propulsé au pied de son lit
12:27à cause des bombardements lointains.
12:29C'est l'insomnie,
12:30c'est mettre des rubans adhésifs sur les fenêtres.
12:33C'est la guerre au quotidien.
12:35Et la guerre,
12:35elle frappe à toutes les heures.
12:37Et puis, c'est l'inquiétude aussi
12:38pour la suite.
12:39Et c'est pour ça qu'il n'y a pas de mobilisation.
12:41On a tous été frappés, bouleversés
12:43par les immenses mobilisations
12:45et la répression, évidemment,
12:46de début janvier.
12:47Là, on a le sentiment
12:49que tout est figé,
12:50alors que le moment
12:51paraît être le plus propice,
12:53précisément,
12:54pour renverser le régime.
12:55Oui, parce que d'une part,
12:56il y a la peur des bombardements
12:57qui peuvent survenir à tout moment.
12:59Il faut savoir que,
13:01contrairement à Tel Aviv,
13:02Téhéran n'a pas d'abri,
13:04il n'y a pas de sirène.
13:05Donc, les gens sont livrés à eux-mêmes
13:07où s'enfuir, où partir.
13:09Ceux qui en ont les moyens
13:10vont à la montagne,
13:11vont à la campagne,
13:12mais pour les autres,
13:13c'est très, très difficile.
13:15Et puis, le deuxième élément,
13:16c'est le régime
13:17qui utilise ses attaques extérieures
13:20comme prétexte
13:22pour combattre, entre guillemets,
13:23l'ennemi intérieur,
13:24que sont les Iraniens.
13:25Avec une répression
13:26qui se sent ansifiait,
13:27qui se poursuit, bien sûr.
13:28Vous avez des checkpoints mobiles
13:30dans toutes les villes
13:32avec des miliciens basidji
13:34qui arrêtent les gens,
13:35qui fouillent les téléphones portables.
13:37Vous pouvez retrouver Illico
13:39derrière les barreaux.
13:41Il y a aussi, pendant ce temps,
13:43dans l'ombre,
13:43parce qu'il faut savoir
13:44qu'il y a à nouveau
13:44un blackout de l'Internet,
13:47les exécutions qui se poursuivent
13:49pour les détenus dans les prisons.
13:52La prison des Vines,
13:53la section politique
13:54de la prison des Vines,
13:55la fameuse section 209,
13:57on a appris que les prisonniers
13:59ont été transférés
14:00dans un autre endroit
14:02dont on ignore
14:05la localité.
14:06Et ce que disent
14:07certains défenseurs
14:09des droits de l'homme,
14:10c'est cette inquiétude,
14:12c'est la crainte
14:12qu'à un moment donné,
14:13ces prisonniers
14:14soient utilisés aussi
14:15comme boucliers humains
14:17par les gardiens
14:18de la Révolution.
14:19Donc cette peur,
14:19elle est vraiment ancrée
14:20aujourd'hui en Iran.
14:21Et c'est pour ça que les gens,
14:22bien sûr,
14:22ne vont pas descendre dans les rues.
14:23Donc pendant la guerre,
14:24la répression continue
14:25et même s'intensifier.
14:26Est-ce que c'est le signe
14:27d'un régime aux abois ?
14:29Est-ce que les gardiens
14:30de la Révolution sont une fébrilité totale ?
14:33Ce qui donne la situation
14:35que vous nous racontez,
14:36Delphine Minoui ?
14:37Oui, oui,
14:37c'est tout à fait ça.
14:38En fait,
14:39c'est paradoxal,
14:40c'est contre-intuitif évidemment
14:41parce que d'un côté,
14:42il y a un durcissement
14:43mais de l'autre,
14:44en fait,
14:45si ce régime a la main lourde,
14:46c'est précisément
14:47parce qu'il se sent menacé
14:48dans son existence même.
14:49Il n'a jamais été aussi fragile
14:51depuis sa naissance
14:52il y a près d'un demi-siècle.
14:55Et dans tous les cas,
14:56même s'il parvient
14:57à survivre à cette guerre,
14:59ce qui est peu probable,
15:00enfin c'est très difficile
15:01de savoir en réalité
15:02ce qui va se passer
15:02mais à minima,
15:03je pense qu'on est déjà,
15:04on assiste déjà
15:05à un changement
15:05à l'intérieur du régime
15:07mais même s'il survit
15:08à cette guerre,
15:09c'est un régime
15:09qui est en sursis
15:10parce qu'il restera
15:13confronté à une population,
15:14une société civile iranienne
15:16qui est très largement,
15:17qui lui est très largement hostile
15:18à une situation économique
15:20absolument catastrophique.
15:21Il sera encore plus catastrophique
15:22après la guerre
15:24et par ailleurs
15:25avec des capacités
15:27de représailles
15:27à la fois aérobalistiques
15:29donc vers l'extérieur
15:30très très diminuées
15:32et là c'est la vraie question
15:33qui va se poser
15:34parce qu'on ne peut pas
15:35demander aux Iraniens
15:35de descendre dans la rue
15:36sachant que les bombes pleuvent,
15:38c'est totalement irréaliste.
15:39Ça c'est ce que Trump avait en tête
15:40mais c'est complètement irréaliste.
15:42En revanche,
15:44si les Américains
15:45et les Israéliens
15:46surtout continuent
15:46à taper
15:47l'appareil répressif,
15:50là il pourrait y avoir
15:51un moment de bascule.
15:52Pour l'instant,
15:52c'est beaucoup trop tôt
15:53parce que la population iranienne
15:55elle se protège
15:55et elle attend de voir
15:57ce qui va se passer.
15:57Si cet appareil
16:00est fragilisé,
16:01là après la guerre
16:01on pourrait voir
16:02des manifestations
16:03reprendre de plus belles.
16:05Il faut qu'on ouvre
16:05le deuxième chapitre
16:06de cette discussion
16:07qui concerne la situation
16:08au Liban.
16:09Rima Abdelmalak,
16:09je rappelle que vous êtes avec nous
16:10en direct de Beyrouth.
16:12On a appris il y a quelques instants
16:13que l'armée israélienne
16:14avait lancé un nouvel appel
16:15à évacuer aux habitants
16:16de la banlieue sud
16:17de Beyrouth.
16:18Comment est-ce que vous avez vécu
16:20ces derniers jours
16:22la situation,
16:23les bombardements israéliens,
16:24les centaines de milliers
16:25de déplacés ?
16:26Est-ce que vous pouvez nous raconter
16:27la situation sur place ?
16:29Oui,
16:29il faut imaginer
16:30que depuis plusieurs jours
16:31on a eu autour
16:32de 500 frappes,
16:33500 bombardements israéliens,
16:35principalement sur la banlieue sud
16:37de Beyrouth
16:38mais aussi le sud du Liban,
16:39le nord,
16:40la Beka.
16:41Moi,
16:42à titre personnel,
16:42par exemple,
16:43j'habite à peu près
16:44deux kilomètres
16:45de la banlieue sud
16:46parce que je suis
16:46dans un quartier
16:47très limitrophe
16:48donc j'entends
16:49toutes les nuits,
16:50encore cette nuit,
16:50les frappes.
16:52Il y a des ordres d'évacuation
16:53mais il y a aussi
16:54des frappes
16:55qui sont faites
16:56sans annonce préalable.
16:58Il y en a même eu une
16:59près de nos bureaux
17:00à l'Orient-le-Jour
17:01à moins d'un kilomètre.
17:03Donc c'est un état
17:03de tension permanente
17:05qui génère
17:06des centaines de milliers
17:07de déplacés,
17:08plus de 500 000 déplacés
17:09aujourd'hui.
17:10Il faut imaginer
17:11que le Liban
17:11est un tout petit pays
17:12en termes géographiques,
17:14c'est à peu près
17:14la superficie de l'Alsace
17:15ou de l'Île-de-France
17:16donc imaginez
17:17500 000 déplacés
17:18qui dorment dans les rues,
17:20qui dorment dans leurs voitures,
17:21qui sont dans des parcs,
17:22qui sont sur des cartons
17:24par terre
17:24ou dans des tentes.
17:25C'est des images atroces,
17:27beaucoup de familles,
17:28d'enfants
17:29et qui n'ont pas
17:30pour tous
17:31une solution d'hébergement
17:32même si le gouvernement
17:33se mobilise
17:34pour ouvrir des écoles,
17:37créer des centres
17:38d'hébergement
17:39en temps à horaire.
17:41Avec Rima Adoulmalak,
17:42je ne sais pas
17:42si vous nous entendez bien,
17:44ce qui nous a frappés
17:44avec Florence notamment,
17:45on a vu votre une
17:46de mardi dernier,
17:47Lorient-le-Jour,
17:48qui titrait
17:49le Hezbollah
17:49suicide le Liban
17:50et ce qu'on constate
17:51c'est effectivement
17:52sans doute pour la première fois
17:53une rupture aussi franche,
17:54aussi nette
17:55entre le Hezbollah,
17:56mouvement terroriste,
17:57ce qu'on appelle
17:58un proxy de l'Iran,
17:59avec le gouvernement libanais
18:01qui rend illégale
18:02l'action militaire,
18:03avec aussi une partie
18:04de la communauté
18:06chiite.
18:07Ça c'est la véritable nouveauté
18:09dans la situation
18:10libanaise,
18:11cette rupture
18:11franche et nette
18:12avec le Hezbollah ?
18:14Oui,
18:15elle n'est pas encore
18:15totalement franche et nette
18:17de la part de l'ensemble
18:17de la communauté chiite,
18:19mais en tout cas,
18:19il y a une exaspération,
18:20une colère très forte
18:21qui a été exprimée,
18:22c'est vraiment
18:23la guerre de trop,
18:24c'est un choix
18:25absolument suicidaire
18:26d'avoir lancé
18:26six malheureuses roquettes
18:28qui n'ont eu aucun
18:28impact militaire
18:29sur le nord d'Israël
18:31et qui ont entraîné
18:32le Liban
18:32dans cet engrenage
18:33dont personne ne voulait.
18:35Et même si l'ensemble
18:36de la communauté chiite
18:37n'est pas à ce point
18:38exaspéré,
18:39alors même que c'est
18:40elle qui en subit
18:41le plus les dégâts,
18:42il y a tous les autres
18:43et tous les autres
18:44n'en peuvent plus
18:45du Hezbollah
18:46et n'en peuvent plus
18:47de cet engrenage infernal
18:48qui nous met
18:50dans ce jour sans fin
18:51depuis trop d'années.
18:52Rima Abdelmalak,
18:53Israël veut en finir
18:55avec le Hezbollah,
18:56mais vu l'enracinement
18:57du mouvement au Liban
18:59depuis plus de 40 ans,
19:01est-ce qu'un Liban
19:03sans Hezbollah,
19:03c'est crédible ?
19:06Un Liban
19:07avec un Hezbollah
19:08politique
19:09moins militarisé
19:10est possible.
19:11Si le Hezbollah
19:12rend ses armes,
19:13ça fait partie
19:13de ce plan
19:14de monopole des armes
19:15que le gouvernement
19:16libanais a déjà lancé
19:17et veut poursuivre,
19:19mais ça ne sera pas possible
19:20tant qu'Israël
19:21continuera à violer
19:22le cessez-le-feu,
19:23depuis un an et demi
19:24ils n'ont jamais respecté
19:25le cessez-le-feu,
19:26tant qu'Israël
19:26voudra occuper le sud Liban,
19:28il y aura,
19:29si ce n'est pas le Hezbollah,
19:30d'autres groupes radicalisés
19:32qui vont se créer
19:33et c'est comme ça
19:33que le Hezbollah
19:34est né en 1982,
19:35en réalité suite
19:36à l'invasion israélienne.
19:38Donc,
19:39ce n'est pas en punissant
19:39l'ensemble du Liban
19:40qu'on arrivera
19:41à la paix un jour.
19:43Il faut qu'on parle
19:44de la voie de la France
19:46dans cette situation
19:47et on a justement
19:48une question
19:49au standard de France Inter,
19:50c'est Arthur
19:52qui veut nous la poser.
19:53Bonjour,
19:53bienvenue Arthur.
19:55Oui,
19:55bonjour.
19:56Ma question,
19:57elle est toute simple.
19:58Je voulais savoir
19:59pourquoi est-ce qu'on n'entend
20:01pas la France
20:02dans ce conflit ?
20:03Pourquoi est-ce que
20:04la France ne fait rien,
20:05notamment par rapport
20:06au Liban ?
20:07Cette guerre
20:08où deux États
20:09attaquent un autre
20:10hors d'un cadre
20:10complètement illégal
20:13pour moi
20:14est incompréhensible
20:14et on voudrait entendre
20:15la voie de la France
20:16qui était un grand pays.
20:18Merci.
20:19Merci Arthur.
20:20La voie de la France,
20:21elle a du mal
20:22à peser dans la région
20:23en ce moment.
20:24David Calpa ?
20:25Oui,
20:26écoutez,
20:27le président de la République
20:27il est dans son rôle
20:28lorsqu'il essaye
20:29de jouer les intercesseurs
20:31mais l'influence
20:32de la France
20:33au Levant
20:33l'est en déclin
20:34depuis déjà
20:35pas mal d'années.
20:37Là,
20:38sur la négociation
20:39par exemple
20:39sur le nucléaire
20:42qui aboutit
20:43à cet échec
20:43et à cette offensive
20:45israélo-américaine
20:47au-delà même
20:48de la France.
20:48L'Union européenne
20:49était nulle part.
20:50On était aux abonnés
20:51absents.
20:51Ça ne s'est pas joué
20:52entre l'UE,
20:54les États-Unis,
20:55Israël et l'Iran
20:56mais quasiment uniquement
20:57entre les États-Unis
20:58et l'Iran.
20:59Donc ça,
21:00c'est une donnée
21:02structurelle.
21:02Ça ne veut pas dire
21:03que la France
21:04n'a aucune influence.
21:05Elle garde quand même
21:06des emprises
21:07dans cette région.
21:08Elle a des liens
21:08culturels,
21:10historiques,
21:10politiques,
21:10diplomatiques,
21:11Notamment avec le Liban.
21:12Notamment, bien sûr.
21:13Pour autant,
21:15Emmanuel Macron
21:15qui plaide pour un cessez-le-feu
21:17auprès du Premier ministre
21:18israélien,
21:19ça ne donne rien.
21:20Et non,
21:21parce que,
21:21en fait,
21:22si vous voulez,
21:23côté israélien,
21:24il y a le traumatisme
21:25du 7 octobre.
21:27Il y a une hantise,
21:27il y a un spectre
21:28qui hante les Israéliens.
21:29C'est une infiltration
21:30de commandos du Hezbollah
21:31depuis la frontière nord.
21:34Et c'est pour ça
21:35qu'ils ont décidé
21:35d'en terminer
21:36avec le Hezbollah.
21:37Ils ont rompu
21:38avec une stratégie
21:39défensive
21:40d'endiguement
21:42de la milice
21:43parce qu'ils la craignaient.
21:45On oublie
21:46l'état d'esprit
21:46des Israéliens
21:47avant le 7 octobre.
21:48C'est qu'ils craignaient
21:49que leur pays
21:50ne soit bombardé
21:52massivement
21:52par des salves
21:53de missiles
21:55guidés
21:56de la milice
21:56islamiste
21:57chiite pro-Iran.
21:59Et quelque part,
22:01paradoxalement,
22:01le massacre
22:02du 7 octobre
22:03et sa conséquence
22:03a désinhibé
22:04l'appareil
22:05de sécurité
22:06israélien
22:06qui aujourd'hui
22:09adopte une posture
22:10beaucoup plus agressive,
22:11beaucoup plus offensive
22:12et donc
22:13ils veulent mettre
22:13un terme
22:14à cette menace.
22:15Donc les déclarations
22:16du président
22:17elles ont leurs limites
22:17de ce point de vue.
22:18D'un mot,
22:19Rima Abdulmalak,
22:20vous qui connaissez bien
22:21le président de la République,
22:22vous avez été
22:22sa ministre de la Culture.
22:23Est-ce que vous considérez
22:24que les propos,
22:26la position du gouvernement
22:27sont suffisamment fermes
22:28sur ce qui se passe
22:29au Liban ?
22:29Je ne sais pas si vous avez
22:30entendu tout à l'heure
22:31le ministre des Affaires étrangères
22:32Jean-Noël Barraud
22:32qui refusait même
22:34d'utiliser le terme
22:35de disproportionné
22:36quant à l'action israélienne
22:38au Liban.
22:38Est-ce que la voix de la France
22:39porte suffisamment ?
22:41Oui, la voix de la France
22:42porte, sachant que la France
22:44honnêtement aujourd'hui
22:45est le seul pays
22:45qui pense tous les jours
22:46au Liban
22:47et qui intervient tous les jours
22:48mais la France
22:49ne pèse pas assez
22:50parce qu'il faut qu'elle soit
22:51beaucoup plus unie
22:52avec l'ensemble
22:53de la communauté européenne
22:54et qu'elle doit peser
22:55sur Donald Trump
22:55puisqu'aujourd'hui
22:57les cartes de ce nouveau
22:58Moyen-Orient
22:59qui est en train
22:59de se redessiner
23:00sont en fait
23:01dans les mains
23:01de Donald Trump
23:02et comme vous l'avez dit
23:03nul ne sait
23:04comment il prend ses décisions
23:06quels sont réellement
23:07ses objectifs
23:07or c'est lui
23:09qui a aujourd'hui
23:10les leviers.
23:12Merci, merci Rima
23:13Abdoulmalak
23:14et merci David Kalfa
23:16Delphine Minoui
23:17de nous avoir aidé
23:18à comprendre
23:19ce qui se joue
23:20au dixième jour
23:21de ce conflit
23:22qui va sans doute
23:23durer
23:24donc on aura
23:25évidemment l'occasion
23:26d'en reparler longuement
23:28merci la revue de
23:29merci
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