00:00Europe 1, Eliott Deval et vous.
00:0416h47 sur Europe 1, on est toujours avec Hélène Roué, journaliste au JDD,
00:10Sébastien Ligné, journaliste également à 16h perdue,
00:13et puis nous sommes avec un constitutionnaliste, Benjamin Morel,
00:19docteur en sciences politiques, maître de conférences en droit public à l'université Paris-Panthéon-Assas.
00:24Et si vous êtes avec nous, c'est qu'on a besoin aussi de décrypter cette toute dernière information
00:27qui est arrivée en début d'émission puisque la cour de cassation
00:31pourrait se prononcer au plus tard début avril
00:35dans l'affaire des assistants d'eurodéputés du Front National
00:39et donc dans le pourvoi en cassation de Marine Le Pen.
00:45Marine Le Pen est éligible aujourd'hui,
00:48elle est présumée innocente puisqu'elle se pourvoie en cassation,
00:52mais peut-être que ses équipes imaginaient que la cour de cassation
00:56n'allait jamais rendre leur avis avant avril 2027.
01:02Alors comment vous décryptez ce qui est en train de se passer, cher Benjamin ?
01:06Il n'y a pas beaucoup de surprises dans le sens où la cour de cassation avait dit
01:11on soldera cette histoire avant l'élection présidentielle,
01:15elle l'avait dit à la suite du jugement en première instance.
01:18Donc là, d'une certaine façon, la cour de cassation tient parole.
01:21En effet, il y avait de la part de Marine Le Pen et de ses avocats,
01:24notamment de ses avocats hier, l'idée qu'au fond, maintenant il n'y avait plus d'urgence
01:28et que la cour de cassation pourrait se prononcer après.
01:30Ce qui, en effet, rentre dans les délais.
01:32Je rappelle, 12 à 15 mois pour normalement un pourvoi.
01:36Mais néanmoins, ici, il y avait l'idée pour la cour de cassation
01:40qu'il fallait solder cette affaire avant l'élection présidentielle.
01:44Vous me permettez une chose, Benjamin ?
01:46Benjamin Moral, il y avait une différence qui est majeure
01:49entre la première instance et l'appel.
01:53C'est qu'en première instance, Marine Le Pen était condamnée
01:56à de l'inéligibilité avec exécution provisoire.
02:00Et donc là, il y avait, certains disaient, un scandale démocratique.
02:05C'est-à-dire qu'en première instance, avec l'exécution provisoire,
02:09Marine Le Pen ne pouvait pas, finalement, être candidate.
02:12Elle était empêchée, en quelque sorte, par les juges.
02:16Et cette exécution provisoire, d'ailleurs, a été balayée par la cour d'appel
02:20en disant que le plus important, c'est que les Français décident
02:25puisque c'est une échéance ô combien importante.
02:29Donc finalement, que la cour de cassation se prononce avant avril 2027
02:35peut-être a moins de sens qu'elle n'en avait avant l'appel.
02:39Je ne sais pas si c'est très clair pour les auditeurs.
02:41C'est toujours des schémas très complexes.
02:43Alors, ça, c'est l'interprétation qui a été portée,
02:47notamment par les avocats hier, en disant, voilà,
02:50maintenant qu'en gros, quoi qu'il arrive, ça n'affectera pas le casting.
02:54Et en effet, Marine Le Pen pourrait être candidate, quoi qu'il arrive.
02:56Soit le pourvoi, eh bien, la cour de cassation dit, ok,
02:59auquel cas, elle sera rejugée parce qu'il y aura un nouveau procès en appel,
03:04mais après les présidentielles, elle sera sur la ligne de départ.
03:06Soit son pourvoi en cassation est rejeté, auquel cas, on retombe sur la peine qui a été prononcée hier.
03:12Alors, on pourra poser la question du bracelet électronique, etc.
03:15Mais elle sera éligible, elle pourra être sur la ligne de départ.
03:18Et donc, ce faisant, le pourvoi...
03:20Donc finalement, la décision de la cour de cassation,
03:22dans les faits, ne change pas grand-chose,
03:25si ce n'est quand même le symbole.
03:27C'est-à-dire, ce ne serait plus Marine Le Pen candidate à la présidentielle
03:31qui est présumée innocente,
03:33mais c'est Marine Le Pen candidate à la présidentielle
03:35condamnée pour détournement de fonds publics.
03:38Ça change deux choses.
03:38Ça change, un, en effet, plus que le symbole,
03:41mais le verdict, on saura si Marine Le Pen, à ce moment-là,
03:44est innocente ou est coupable.
03:46Et donc, dans ce cadre-là, en tout cas,
03:47elle ne saura pas tout à fait parce qu'il y aura procès en appel,
03:49mais en tout cas, elle pourra s'en prévaloir.
03:51Et là, évidemment, une autre interprétation
03:54qui pourrait être poussée du premier communiqué
03:57de la cour de cassation au moment du procès en première instance,
04:00c'était de dire, au moins, il faut que les électeurs
04:03sachent pour qui ils voteront.
04:05Est-ce que la personne peut se présenter ?
04:07Est-elle coupable ou ne l'est-elle pas ?
04:09Et donc là, il y a une forme de cohérence
04:10de la part de la cour de cassation.
04:12Ensuite, le deuxième élément,
04:14c'est qu'on saura si elle porte ou pas un bracelet électronique.
04:16Or, le gros problème pour Marine Le Pen,
04:18le pari d'hier, c'est, je ne porterai pas un bracelet électronique tout de suite,
04:21étant donné que je me pourvois en cassation,
04:22j'y échappe maintenant,
04:23mais je n'y échapperai peut-être pas en fin de campagne.
04:26Et donc ça, évidemment,
04:27si bracelet électronique devait être posé
04:29en janvier ou même en avril,
04:32au-delà du coût symbolique,
04:33c'est des contraintes pratiques pour pouvoir faire campagne,
04:35aller à un endroit, etc.
04:36Ces contraintes qui peuvent être aménagées,
04:38mais au-delà de ces contraintes,
04:40là encore une fois, c'est une question
04:43très importante,
04:44ça peut être un tournant dans cette campagne
04:47présidentielle,
04:48de savoir si Marine Le Pen
04:49ira donc dans les derniers hectomètres de la campagne
04:53en tant que candidate condamnée
04:56ou candidate qui se pourvoit
04:58toujours en cassation.
05:00Benjamin Morel, je vous cèterai pressé,
05:02parce que vous avez l'habitude d'aller voir la concurrence,
05:06est-ce qu'aujourd'hui,
05:08le constitutionnaliste que vous êtes
05:11voit dans ce pourvoi quelque chose d'important ?
05:14Gilbert Coller disait,
05:16un étudiant en droit
05:19qui explique que
05:20finalement
05:23l'article en question,
05:25mais c'est très technique encore une fois,
05:27j'ai vraiment...
05:27Il y a vraiment des dessins quand vous parlez des choses techniques.
05:29Bah oui, j'essaye, j'essaye de faire
05:32des petits dessins pour reprendre ma concentration,
05:34mais plus sérieusement Benjamin,
05:36est-ce que ce pourvoi a un sens selon vous ?
05:39Vous voulez dire sur le fond ?
05:40Oui.
05:40Oui, il a un sens.
05:41Clairement, il y a des questions qui se passent.
05:42Alors je vous invite à lire mon collègue et ami
05:45dans le Figaro ce matin, Jean-Éric Schuttel.
05:47Extraordinaire.
05:47Mais bien les choses d'aplomb.
05:49On peut être d'accord ou pas d'accord avec l'analyse,
05:51mais il y a une vraie question de droit.
05:53Après,
05:54Sur le statut de l'assistant parlementaire.
05:56Le statut de l'assistant parlementaire,
05:58sur également le statut du député,
06:00est-ce qu'il peut être considéré, etc.
06:02Sur également la question de l'extraterritorialité,
06:04il y a beaucoup de sujets de droit qui se posent,
06:06et qui méritent en effet que ça remonte en cassation.
06:09La question qu'a dû se poser Marine Le Pen hier
06:11avec ses avocats, c'est pas tant
06:13est-ce qu'il y a une opportunité juridique.
06:15Pour moi, elle existe, clairement.
06:16C'est est-ce qu'il y a une opportunité politique.
06:18Et là, il y avait trois choix hier.
06:20Soit passer le témoin à Jordan Bardella,
06:24soit y aller, mais prendre ses pertes
06:26et d'une certaine façon accepter d'être sous bracelet
06:29jusqu'à l'hiver,
06:31et puis ensuite faire à fond campagne.
06:32soit la stratégie de la cassation,
06:34et cette stratégie-là,
06:36on verra dans quelques mois si c'est la bonne.
06:3916h53 sur Europe 1.
06:40Grand merci Benjamin Moral d'être venu nous voir.
06:43Je veux qu'on retourne sur le terrain politique,
06:45peut-être avec vous Sébastien Ligné.
06:48Cette campagne qui a été lancée,
06:49cette campagne qui est déjà dure sur le terrain,
06:52on en parlera à 17h.
06:53Je vous ferai écouter, chers auditeurs d'Europe 1,
06:56les tensions qu'il y a pu avoir,
06:57parce que l'extrême-gauche a essayé de perturber
07:01le premier déplacement de Marine Le Pen.
07:04Neuf mois avant le premier tour,
07:06la route est longue,
07:08et elle est extrêmement sinueuse, Sébastien.
07:11Évidemment,
07:11évidemment que ce procès ne va pas disparaître
07:15dans le paysage politique,
07:16et évidemment qu'on sera amené à rediscuter à nouveau
07:19de ce procès des assistants,
07:21qui j'entends l'argument du RN,
07:23qui consiste à dire,
07:24maintenant, à partir du 7 au soir,
07:26la phase judiciaire est terminée,
07:28et maintenant on se projette totalement
07:30dans une phase politique et une phase électorale.
07:32Ça, c'est un argument politique
07:33qui est mis en avant par le RN.
07:34Ce n'est pas non plus un hasard
07:35qu'ils décident de faire un déplacement
07:36tous les deux,
07:37et Marine Le Pen et Jordan Bardella,
07:39dès le lendemain.
07:40Une façon de dire,
07:41maintenant c'est terminé,
07:42on tourne la page.
07:43Je pense que cette page judiciaire
07:44n'est évidemment pas totalement tournée,
07:46et cette décision de la Cour de cassation
07:48va dans ce sens-là.
07:50Le grand défi politique de Marine Le Pen,
07:53ça va être de faire en sorte d'expliquer
07:56pourquoi elle est mieux placée
07:57qu'en 2022 ou en 2017,
07:59et pourquoi cette fois c'est la bonne.
08:01C'est un petit peu cette phrase
08:02qu'on entend beaucoup dans le lecteur RN.
08:05C'est notre moment.
08:06Même des gens de droite qui se disent,
08:07bon bah finalement,
08:08cette fois-ci on va voter pour le RN
08:09parce qu'on ne les a jamais essayés,
08:11tout le monde a échoué,
08:13c'est leur tour.
08:13Ça va être le grand défi du RN,
08:15d'expliquer que c'est possible.
08:17Anaïs est en direct avec nous,
08:18elle nous appelle du Rhône.
08:19Bonjour Anaïs.
08:21Bonjour.
08:22Merci de nous appeler.
08:23Est-ce que, cher Anaïs,
08:24vous pouvez mettre le téléphone
08:26à proximité de votre bouche
08:28et ne pas nous parler en haut-parleur
08:29parce qu'on va mal entendre sinon ?
08:32Tout à fait.
08:33Alors attendez.
08:33Bah voilà, c'est mieux.
08:34Alors, ce que je vous propose,
08:35c'est qu'on fasse une courte pause,
08:37on gère ça en régie,
08:38et on vous prend dès 17h,
08:40puisqu'on fait une courte pause
08:42pour reprendre notre émission
08:43sur Europe 1.
08:44A tout de suite
08:45pour la suite d'Eliott de Valevaux.
08:48Marine Le Pen est donc candidate
08:50et éligible.
08:51Est-ce que ça change tout ?
08:53On ira sur cette première journée
08:55de campagne mouvementée,
08:57perturbée par l'extrême gauche.
08:59Est-ce que vous craignez
09:00une campagne violente
09:03sur le terrain,
09:04mais également sur les plateaux ?
09:07Violente donc ?
09:08Est-ce que ça vous inquiète ?
09:08C'est la question qu'on vous pose
09:09dans un instant sur Europe 1.
09:11A tout de suite.
09:14Sous-titrage Société Radio-Canada
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