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  • il y a 7 heures
Ce mardi 7 juillet, Anthony Morlet-Lavidalie, économiste au sein de BSI Economics, a abordé le déficit de la balance commerciale des États-Unis, la volonté de Kevin Warsh de montrer l'indépendance de la Fed, l'éventuel départ anticipé de Christine Lagarde de la BCE, et la progression de l'activité industrielle en Allemagne, dans l'émission BFM Bourse présentée par Guillaume Sommerer. BFM Bourse est à voir ou écouter du lundi au vendredi sur BFM Business.

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Transcription
00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Et du côté de la dynamique américaine, on a aujourd'hui un nouveau chiffre, la balance commerciale.
00:07Anthony Morley-Lavida dit avec nous pour Bessie Economics. Bonjour Anthony.
00:11Bonjour Guillaume.
00:11Alors un déficit de la balance commerciale qui est un peu moindre que ce qu'on anticipait.
00:1877,6 milliards de dollars en mai, c'est quand même pire qu'au mois de...
00:21Non, attendez, 77,6 milliards en mai.
00:25Bon, qu'est-ce que vous regardez, qu'est-ce que vous retenez de ce chiffre annoncé aujourd'hui ?
00:30Allez-y Anthony.
00:31Oui, alors très légèrement meilleur que le consensus.
00:34On voit que la balance commerciale en bien, évidemment, des États-Unis est extraordinairement détériorée.
00:39Ce n'est pas tellement le sujet, on va dire, macroéconomique des États-Unis.
00:42Le vrai sujet dans le futur, ça va être la balance commerciale en service.
00:46On voit bien que les Américains vont rester extrêmement déficitaires en bien, pour deux raisons.
00:50D'une part, les entreprises investissent énormément.
00:52Et le cycle lia-lia va continuer de peser sur le défi public via les importations, notamment de puces.
00:59Et également parce que les Américains consomment énormément.
01:02La consommation privée, c'est 70% du PIB aux États-Unis.
01:04Un peu moins, mais c'est de l'ordre de grandeur.
01:06Donc ça, on va dire que ça va continuer d'être extrêmement dégradé.
01:09En revanche, ce que l'on est en train de voir, c'est que progressivement,
01:12les États-Unis exportent de plus en plus de services,
01:15notamment à travers l'IA et leurs modèles,
01:18qui se répandent à vitesse grand V dans le monde entier.
01:20Et évidemment, l'Europe va devenir leur premier grand marché mondial, en plus du leur.
01:25Et là, ils vont pouvoir dégager des excédents commerciaux en service absolument gigantesques.
01:30Peut-être pas au point de, j'allais dire, d'équilibrer leur balance commerciale totale,
01:33mais en tout cas, ça devrait être un vrai facteur de soutien dans la durée.
01:37Et c'est probablement ça qu'il faudra suivre de très près dans les trimestres à venir.
01:41Le deuxième semestre en termes de croissance aux États-Unis, comment est-ce que vous le sentez ?
01:46Probablement, avec un petit peu de ralentissement, je crois que le consensus est assez clair là-dessus,
01:50mais les États-Unis restent quand même sur une dynamique absolument gigantesque.
01:53Et ce qu'il faut bien voir, c'est que les caractéristiques du modèle de croissance américain
01:57sont tout ce qui est inacceptable en Europe.
02:00C'est-à-dire que c'est un modèle qui est basé sur les inégalités,
02:02avec les plus riches qui tirent la croissance parce qu'ils consomment énormément,
02:06avec des entreprises extraordinairement profitables.
02:09On a des niveaux de taux de marge aujourd'hui qui sont absolument records
02:12et qui sont très loin devant ce qu'on observe en Europe.
02:16Donc avec des entreprises qui ont une capacité d'investir absolument dingue.
02:19Prenez la R&D, les dépenses de R&D aux États-Unis privées,
02:22c'est deux, trois fois ce qu'on observe en Europe.
02:25Donc c'est un modèle désormais de plus en plus tiré par l'investissement.
02:28Et ça, c'est vrai qu'on voit que la tendance reste très lourde.
02:32Donc au fond, même si il y a probablement un peu de ralentissement à venir au S2,
02:36au fond, on continue d'avoir une économie américaine qui est bien plus dynamique
02:41que ce qu'on observe chez nous.
02:43Kevin Warsh est quand même président de la Fed depuis quelques semaines
02:47et ça coïncide avec une grande fermeté du dollar qui se poursuit
02:52avec une tendance qui était quand même bien imbriquée depuis plusieurs mois.
02:57Malgré tout, est-ce qu'il n'a pas là marqué des points importants
03:00en termes d'impression de sa marque, en termes de crédibilité ?
03:05Très clairement.
03:06D'ailleurs, je pense que le marché applaudit et finalement davantage heureux
03:11de voir un Kevin Warsh relativement indépendant du pouvoir politique.
03:14Parce que très longtemps, on a dit qu'au fond, le fait que ce soit un proche de Trump
03:18qui soit à la tête de la Fed serait une bonne nouvelle
03:20puisqu'on pourrait obtenir quelques baisses de taux.
03:22Mais honnêtement, c'est un très mauvais pari.
03:24Quelques baisses de taux pour une perte d'indépendance, c'est trop cher payé.
03:27Donc on a un Kevin Warsh qui cherche quand même à montrer qu'au fond,
03:31il a la tête d'une institution qui a une crédibilité de longue date
03:33et ne cherche pas à céder du terrain trop vite.
03:35Et je pense que c'est salutaire.
03:36D'ailleurs, le marché l'appréciera dans la durée.
03:39C'est aussi ce qui explique le fait qu'on ait un dollar relativement résistant.
03:43Et il a été très clair à la fois sur les risques quand même de tensions inflationnistes
03:47et sur les gains de productivité qui arrivent,
03:48mais qui ne sont pas encore, notamment l'IA, qui ne sont pas encore démesurés.
03:52Donc, pour le dire autrement, il ouvre quand même peu la porte à des éventuelles baisses de taux.
03:58Et c'est, j'allais dire, plutôt salutaire, notamment à long terme,
04:02puisque ça serait trop cher payé de brader l'indépendance au prix de quelques baisses de taux à court terme.
04:06Oui, alors ce serait intéressant de comparer justement les stratégies de la Fed et de la Banque Centrale Européenne.
04:10Christine Lagarde, alors elle s'est exprimée, bien sûr, à Sintra.
04:14C'est vrai que l'inflation ralentit en Europe grâce à la détente des cours du pétrole.
04:18Et puis elle a aussi, en tout cas c'est ce qui circule depuis maintenant quelques jours,
04:21laissé et indiqué au marché qu'elle pourrait abréger son mandat.
04:24Elle pourrait abréger son mandat pour soit se lancer dans la course à la présidentielle,
04:27soit participer au débat, apporter une voix européenne, a-t-elle expliqué, au débat présidentiel à venir.
04:33Comment vous regardez ça, si Christine Lagarde quittait son poste avant la fin de son mandat, sur les impacts possibles
04:37?
04:39Disons que c'est quand même un scénario assez particulier.
04:42Au moment où on s'inquiète beaucoup de la perte d'indépendance éventuelle de la Fed,
04:45voir quand même que la gouverneure de la BCE pourrait au fond se délaisser de ses missions
04:51pour rentrer dans une course politique, ou en tout cas mettre tout son poids dans la course politique
04:56qui se lance en France, c'est quand même un signal d'une forme de non-indépendance,
05:01en tout cas une forme de biais assumé.
05:03Donc c'est quand même très particulier de le voir.
05:05Je ne pense pas que les marchés réagiraient particulièrement fortement
05:09si elle en venait à quitter son poste.
05:11Mais en tout cas, ça dit bien que parfois, les risques de manque d'indépendance
05:16ne sont pas toujours là où on le pense.
05:18Pour le dire autrement, ils peuvent aussi se cacher derrière des postulats
05:22peut-être plus fermes que la BCE a cherché à tenir ces derniers temps
05:24en disant qu'elle, bien sûr, n'était absolument pas concernée
05:26par des risques de manque d'indépendance.
05:28Bon, ce type de propos quand même laisse songeur, on va dire.
05:33Alors on regardera aussi, bien sûr, l'évolution du marché obligataire.
05:36Le 10 ans français désormais à 366, le 10 ans allemand, lui, est à 2,98.
05:41La France au milieu de tout cela.
05:42Il se trouve que Sébastien Lecornu a réuni aujourd'hui un comité d'alerte
05:46pour donner un cap aux finances publiques.
05:48Il y a des décisions qui ont filtré, qui ont été annoncées
05:51pour en gros trouver de nouvelles économies.
05:52Les voici, je vous les livre, Anthony.
05:543 milliards de nouvelles coupes budgétaires pour l'État et la Sécu,
05:56en plus des 6 milliards déjà annoncés au mois d'avril.
06:00Cette trajectoire budgétaire française avec en plus en ligne de mire
06:03une présidentielle dont on parlait à l'instant.
06:05Pour vous, s'il fallait vraiment s'attaquer à la bête,
06:08combien d'argent faudrait-il économiser en plus de ce qu'a annoncé
06:11Sébastien Lecornu, à savoir 3 milliards supplémentaires ?
06:14Probablement le double.
06:15Si on veut rester sur les 5% de déficit public,
06:19il faudrait annoncer de nouveau 6 milliards pour faire 12 au total.
06:22Il n'est pas illégitime que le gouvernement d'ailleurs révise sa cible de croissance.
06:26Il est désormais à 0,7% pour l'année 2026.
06:290,9% était quand même plutôt la fourchette haute des prévisions.
06:32Aujourd'hui, le gouvernement a une prévision qui peut être jugée centrale à ce stade.
06:38Et évidemment, quand on a moins de croissance,
06:40ça pèse à la fois sur les dépenses, puisqu'on a plus de dépenses contracycliques,
06:43notamment de dépenses de chômage.
06:44On est quand même dans un moment où en France, on voit le chômage remonter.
06:47Et à l'inverse, ça pèse sur les recettes de tout type d'ailleurs,
06:51même celles immobilières, puisqu'on voit que les transactions ont tendance à caler.
06:54Donc ça pèse sur les DMTO, par exemple.
06:56Donc effectivement, il faudrait faire au moins le double d'économies
06:58pour parvenir à tenir la cible.
07:00Mais on voit bien que ce sont des économies un peu de bout de chandelle, en quelque sorte.
07:02C'est des gels de crédit qu'on annonce en dernier ressort.
07:06Il va falloir quand même que dans le PLF 2027 soit discuté des vraies mesures de réduction,
07:11notamment, ou en tout cas de maintien de la dépense publique,
07:14c'est-à-dire de la non-augmentation, pour parvenir à contraindre sa progression,
07:18qui est honnêtement en France un vrai sujet.
07:20Alors on voit bien que la taxation reste toujours le vent en poupe,
07:24mais c'est surtout du côté des dépenses qu'on doit sérieusement réfléchir
07:27à faire le gros de l'effort.
07:28Et là, on sent bien que ça va être très compliqué à la rentrée
07:31de pouvoir aborder ces questions-là.
07:33Et en Allemagne, petite réaccélération dans l'industrie.
07:37La production industrielle allemande du mois de mai
07:39confirme une reprise des carnets de commandes mieux orientés.
07:42Ça reste quand même l'Allemagne, bien sûr, la première économie de la zone euro.
07:45Cette reprise, est-ce que vous la liez directement au plan d'investissement gigantesque ?
07:50Est-ce que le fait que les prix de l'énergie repartent à la baisse
07:53va encore plus aider justement cette dynamique industrielle
07:56à accélérer et réaccélérer au deuxième semestre en Allemagne ?
07:58Comment est-ce que vous voyez la dynamique allemande
08:01et son empreinte pour le reste de la zone euro pour les mois qui viennent ?
08:05Alors il me semble qu'il y a deux points sur l'Allemagne.
08:07Le premier, c'est ne pas perdre de vue le fait que si vous retirez
08:10les composantes publiques du PIB,
08:12c'est-à-dire la consommation publique et l'investissement public,
08:15ils sont en récession de manière quasi ininterrompue depuis cinq ans.
08:19Donc il ne faut pas oublier que la demande privée en Allemagne
08:21reste en contraction à l'heure où on se parle.
08:24Néanmoins, une fois qu'on a dit ça,
08:25les plans de relance publique ont permis déjà dans un premier temps
08:28de relancer un peu les commandes industrielles,
08:30mais la problématique c'est que c'était centré sur quelques secteurs
08:32qui bénéficient beaucoup de la commande publique, notamment la défense.
08:35Le premier signal, j'allais dire positif, qu'on est en train de voir,
08:38c'est que ça se diffuse de plus en plus à l'ensemble des secteurs industriels.
08:41Et c'est vraiment là la bonne nouvelle,
08:43c'est qu'on sent que la reprise au moins conjoncturelle
08:47commence à s'imprégner dans un nombre plus large de secteurs.
08:51La vraie problématique, c'est quelle est l'ampleur du rebond
08:53au moins à court terme qu'on peut espérer,
08:55et surtout les pressions de long terme restent très importantes.
08:59La pression concurrentielle que met la Chine, malheureusement,
09:01sur l'Allemagne va perdurer,
09:02et là il va falloir que l'Allemagne trouve un chemin de crête
09:06pour parvenir à sauver son industrie,
09:08alors que la pression ne fait qu'augmenter.
09:09Et donc je ne pense pas qu'on soit au bout, malheureusement,
09:12des destructions d'emplois et de capacités productives en Allemagne.
09:16La question c'est un peu à quel niveau ils vont finir par se stabiliser.
09:19Et donc oui, un petit rebond à court terme,
09:21mais à moyen terme toujours une pression qui reste extraordinairement forte
09:24de la part de la Chine,
09:25qui continue de gagner des parts de marché en Europe notamment.
09:27Merci Anthony Morley-Lavidali, économiste au sein de BSI Economics.
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