00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:03Et du côté de la dynamique américaine, on a aujourd'hui un nouveau chiffre, la balance commerciale.
00:07Anthony Morley-Lavida dit avec nous pour Bessie Economics. Bonjour Anthony.
00:11Bonjour Guillaume.
00:11Alors un déficit de la balance commerciale qui est un peu moindre que ce qu'on anticipait.
00:1877,6 milliards de dollars en mai, c'est quand même pire qu'au mois de...
00:21Non, attendez, 77,6 milliards en mai.
00:25Bon, qu'est-ce que vous regardez, qu'est-ce que vous retenez de ce chiffre annoncé aujourd'hui ?
00:30Allez-y Anthony.
00:31Oui, alors très légèrement meilleur que le consensus.
00:34On voit que la balance commerciale en bien, évidemment, des États-Unis est extraordinairement détériorée.
00:39Ce n'est pas tellement le sujet, on va dire, macroéconomique des États-Unis.
00:42Le vrai sujet dans le futur, ça va être la balance commerciale en service.
00:46On voit bien que les Américains vont rester extrêmement déficitaires en bien, pour deux raisons.
00:50D'une part, les entreprises investissent énormément.
00:52Et le cycle lia-lia va continuer de peser sur le défi public via les importations, notamment de puces.
00:59Et également parce que les Américains consomment énormément.
01:02La consommation privée, c'est 70% du PIB aux États-Unis.
01:04Un peu moins, mais c'est de l'ordre de grandeur.
01:06Donc ça, on va dire que ça va continuer d'être extrêmement dégradé.
01:09En revanche, ce que l'on est en train de voir, c'est que progressivement,
01:12les États-Unis exportent de plus en plus de services,
01:15notamment à travers l'IA et leurs modèles,
01:18qui se répandent à vitesse grand V dans le monde entier.
01:20Et évidemment, l'Europe va devenir leur premier grand marché mondial, en plus du leur.
01:25Et là, ils vont pouvoir dégager des excédents commerciaux en service absolument gigantesques.
01:30Peut-être pas au point de, j'allais dire, d'équilibrer leur balance commerciale totale,
01:33mais en tout cas, ça devrait être un vrai facteur de soutien dans la durée.
01:37Et c'est probablement ça qu'il faudra suivre de très près dans les trimestres à venir.
01:41Le deuxième semestre en termes de croissance aux États-Unis, comment est-ce que vous le sentez ?
01:46Probablement, avec un petit peu de ralentissement, je crois que le consensus est assez clair là-dessus,
01:50mais les États-Unis restent quand même sur une dynamique absolument gigantesque.
01:53Et ce qu'il faut bien voir, c'est que les caractéristiques du modèle de croissance américain
01:57sont tout ce qui est inacceptable en Europe.
02:00C'est-à-dire que c'est un modèle qui est basé sur les inégalités,
02:02avec les plus riches qui tirent la croissance parce qu'ils consomment énormément,
02:06avec des entreprises extraordinairement profitables.
02:09On a des niveaux de taux de marge aujourd'hui qui sont absolument records
02:12et qui sont très loin devant ce qu'on observe en Europe.
02:16Donc avec des entreprises qui ont une capacité d'investir absolument dingue.
02:19Prenez la R&D, les dépenses de R&D aux États-Unis privées,
02:22c'est deux, trois fois ce qu'on observe en Europe.
02:25Donc c'est un modèle désormais de plus en plus tiré par l'investissement.
02:28Et ça, c'est vrai qu'on voit que la tendance reste très lourde.
02:32Donc au fond, même si il y a probablement un peu de ralentissement à venir au S2,
02:36au fond, on continue d'avoir une économie américaine qui est bien plus dynamique
02:41que ce qu'on observe chez nous.
02:43Kevin Warsh est quand même président de la Fed depuis quelques semaines
02:47et ça coïncide avec une grande fermeté du dollar qui se poursuit
02:52avec une tendance qui était quand même bien imbriquée depuis plusieurs mois.
02:57Malgré tout, est-ce qu'il n'a pas là marqué des points importants
03:00en termes d'impression de sa marque, en termes de crédibilité ?
03:05Très clairement.
03:06D'ailleurs, je pense que le marché applaudit et finalement davantage heureux
03:11de voir un Kevin Warsh relativement indépendant du pouvoir politique.
03:14Parce que très longtemps, on a dit qu'au fond, le fait que ce soit un proche de Trump
03:18qui soit à la tête de la Fed serait une bonne nouvelle
03:20puisqu'on pourrait obtenir quelques baisses de taux.
03:22Mais honnêtement, c'est un très mauvais pari.
03:24Quelques baisses de taux pour une perte d'indépendance, c'est trop cher payé.
03:27Donc on a un Kevin Warsh qui cherche quand même à montrer qu'au fond,
03:31il a la tête d'une institution qui a une crédibilité de longue date
03:33et ne cherche pas à céder du terrain trop vite.
03:35Et je pense que c'est salutaire.
03:36D'ailleurs, le marché l'appréciera dans la durée.
03:39C'est aussi ce qui explique le fait qu'on ait un dollar relativement résistant.
03:43Et il a été très clair à la fois sur les risques quand même de tensions inflationnistes
03:47et sur les gains de productivité qui arrivent,
03:48mais qui ne sont pas encore, notamment l'IA, qui ne sont pas encore démesurés.
03:52Donc, pour le dire autrement, il ouvre quand même peu la porte à des éventuelles baisses de taux.
03:58Et c'est, j'allais dire, plutôt salutaire, notamment à long terme,
04:02puisque ça serait trop cher payé de brader l'indépendance au prix de quelques baisses de taux à court terme.
04:06Oui, alors ce serait intéressant de comparer justement les stratégies de la Fed et de la Banque Centrale Européenne.
04:10Christine Lagarde, alors elle s'est exprimée, bien sûr, à Sintra.
04:14C'est vrai que l'inflation ralentit en Europe grâce à la détente des cours du pétrole.
04:18Et puis elle a aussi, en tout cas c'est ce qui circule depuis maintenant quelques jours,
04:21laissé et indiqué au marché qu'elle pourrait abréger son mandat.
04:24Elle pourrait abréger son mandat pour soit se lancer dans la course à la présidentielle,
04:27soit participer au débat, apporter une voix européenne, a-t-elle expliqué, au débat présidentiel à venir.
04:33Comment vous regardez ça, si Christine Lagarde quittait son poste avant la fin de son mandat, sur les impacts possibles
04:37?
04:39Disons que c'est quand même un scénario assez particulier.
04:42Au moment où on s'inquiète beaucoup de la perte d'indépendance éventuelle de la Fed,
04:45voir quand même que la gouverneure de la BCE pourrait au fond se délaisser de ses missions
04:51pour rentrer dans une course politique, ou en tout cas mettre tout son poids dans la course politique
04:56qui se lance en France, c'est quand même un signal d'une forme de non-indépendance,
05:01en tout cas une forme de biais assumé.
05:03Donc c'est quand même très particulier de le voir.
05:05Je ne pense pas que les marchés réagiraient particulièrement fortement
05:09si elle en venait à quitter son poste.
05:11Mais en tout cas, ça dit bien que parfois, les risques de manque d'indépendance
05:16ne sont pas toujours là où on le pense.
05:18Pour le dire autrement, ils peuvent aussi se cacher derrière des postulats
05:22peut-être plus fermes que la BCE a cherché à tenir ces derniers temps
05:24en disant qu'elle, bien sûr, n'était absolument pas concernée
05:26par des risques de manque d'indépendance.
05:28Bon, ce type de propos quand même laisse songeur, on va dire.
05:33Alors on regardera aussi, bien sûr, l'évolution du marché obligataire.
05:36Le 10 ans français désormais à 366, le 10 ans allemand, lui, est à 2,98.
05:41La France au milieu de tout cela.
05:42Il se trouve que Sébastien Lecornu a réuni aujourd'hui un comité d'alerte
05:46pour donner un cap aux finances publiques.
05:48Il y a des décisions qui ont filtré, qui ont été annoncées
05:51pour en gros trouver de nouvelles économies.
05:52Les voici, je vous les livre, Anthony.
05:543 milliards de nouvelles coupes budgétaires pour l'État et la Sécu,
05:56en plus des 6 milliards déjà annoncés au mois d'avril.
06:00Cette trajectoire budgétaire française avec en plus en ligne de mire
06:03une présidentielle dont on parlait à l'instant.
06:05Pour vous, s'il fallait vraiment s'attaquer à la bête,
06:08combien d'argent faudrait-il économiser en plus de ce qu'a annoncé
06:11Sébastien Lecornu, à savoir 3 milliards supplémentaires ?
06:14Probablement le double.
06:15Si on veut rester sur les 5% de déficit public,
06:19il faudrait annoncer de nouveau 6 milliards pour faire 12 au total.
06:22Il n'est pas illégitime que le gouvernement d'ailleurs révise sa cible de croissance.
06:26Il est désormais à 0,7% pour l'année 2026.
06:290,9% était quand même plutôt la fourchette haute des prévisions.
06:32Aujourd'hui, le gouvernement a une prévision qui peut être jugée centrale à ce stade.
06:38Et évidemment, quand on a moins de croissance,
06:40ça pèse à la fois sur les dépenses, puisqu'on a plus de dépenses contracycliques,
06:43notamment de dépenses de chômage.
06:44On est quand même dans un moment où en France, on voit le chômage remonter.
06:47Et à l'inverse, ça pèse sur les recettes de tout type d'ailleurs,
06:51même celles immobilières, puisqu'on voit que les transactions ont tendance à caler.
06:54Donc ça pèse sur les DMTO, par exemple.
06:56Donc effectivement, il faudrait faire au moins le double d'économies
06:58pour parvenir à tenir la cible.
07:00Mais on voit bien que ce sont des économies un peu de bout de chandelle, en quelque sorte.
07:02C'est des gels de crédit qu'on annonce en dernier ressort.
07:06Il va falloir quand même que dans le PLF 2027 soit discuté des vraies mesures de réduction,
07:11notamment, ou en tout cas de maintien de la dépense publique,
07:14c'est-à-dire de la non-augmentation, pour parvenir à contraindre sa progression,
07:18qui est honnêtement en France un vrai sujet.
07:20Alors on voit bien que la taxation reste toujours le vent en poupe,
07:24mais c'est surtout du côté des dépenses qu'on doit sérieusement réfléchir
07:27à faire le gros de l'effort.
07:28Et là, on sent bien que ça va être très compliqué à la rentrée
07:31de pouvoir aborder ces questions-là.
07:33Et en Allemagne, petite réaccélération dans l'industrie.
07:37La production industrielle allemande du mois de mai
07:39confirme une reprise des carnets de commandes mieux orientés.
07:42Ça reste quand même l'Allemagne, bien sûr, la première économie de la zone euro.
07:45Cette reprise, est-ce que vous la liez directement au plan d'investissement gigantesque ?
07:50Est-ce que le fait que les prix de l'énergie repartent à la baisse
07:53va encore plus aider justement cette dynamique industrielle
07:56à accélérer et réaccélérer au deuxième semestre en Allemagne ?
07:58Comment est-ce que vous voyez la dynamique allemande
08:01et son empreinte pour le reste de la zone euro pour les mois qui viennent ?
08:05Alors il me semble qu'il y a deux points sur l'Allemagne.
08:07Le premier, c'est ne pas perdre de vue le fait que si vous retirez
08:10les composantes publiques du PIB,
08:12c'est-à-dire la consommation publique et l'investissement public,
08:15ils sont en récession de manière quasi ininterrompue depuis cinq ans.
08:19Donc il ne faut pas oublier que la demande privée en Allemagne
08:21reste en contraction à l'heure où on se parle.
08:24Néanmoins, une fois qu'on a dit ça,
08:25les plans de relance publique ont permis déjà dans un premier temps
08:28de relancer un peu les commandes industrielles,
08:30mais la problématique c'est que c'était centré sur quelques secteurs
08:32qui bénéficient beaucoup de la commande publique, notamment la défense.
08:35Le premier signal, j'allais dire positif, qu'on est en train de voir,
08:38c'est que ça se diffuse de plus en plus à l'ensemble des secteurs industriels.
08:41Et c'est vraiment là la bonne nouvelle,
08:43c'est qu'on sent que la reprise au moins conjoncturelle
08:47commence à s'imprégner dans un nombre plus large de secteurs.
08:51La vraie problématique, c'est quelle est l'ampleur du rebond
08:53au moins à court terme qu'on peut espérer,
08:55et surtout les pressions de long terme restent très importantes.
08:59La pression concurrentielle que met la Chine, malheureusement,
09:01sur l'Allemagne va perdurer,
09:02et là il va falloir que l'Allemagne trouve un chemin de crête
09:06pour parvenir à sauver son industrie,
09:08alors que la pression ne fait qu'augmenter.
09:09Et donc je ne pense pas qu'on soit au bout, malheureusement,
09:12des destructions d'emplois et de capacités productives en Allemagne.
09:16La question c'est un peu à quel niveau ils vont finir par se stabiliser.
09:19Et donc oui, un petit rebond à court terme,
09:21mais à moyen terme toujours une pression qui reste extraordinairement forte
09:24de la part de la Chine,
09:25qui continue de gagner des parts de marché en Europe notamment.
09:27Merci Anthony Morley-Lavidali, économiste au sein de BSI Economics.
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