00:00Ce que vous dites est extrêmement intéressant, Éric Revelle, parce que j'ai, dans une autre vie, fait du reportage,
00:06et j'ai notamment traité l'affaire Samara à Montpellier.
00:09Samara, c'était une jeune fille, je le dis, maghrébine, qui, parce qu'elle s'habillait à l'européenne,
00:15a été rouée de coups à la sortie de son collège.
00:18Heureusement, Samara a survécu, mais après quelques jours de coma.
00:21Je peux vous assurer, Éric Revelle et Elliot Maman, qu'il a été très compliqué de parler à la famille,
00:28parce que les services de l'État, le cabinet, les différents cabinets ministériels,
00:33avaient dissuadé, et même avaient fait peur, avaient fait peur à cette maman,
00:39qui était une dame très simple, voilà, et je le dis sans aucun sens péjoratif,
00:45on lui avait dissuadé de parler et de s'épancher sur sa douleur, à ce moment-là, quand sa fille
00:50était dans le coma.
00:51Voyez, vous avez entièrement raison. Voilà. Elliot Maman.
00:55Oui, je dirais qu'il y a deux choses, parce que quand on déconseille aux familles de prendre la parole,
01:00ça peut aussi être parce que l'exposition médiatique, c'est quelque chose qui est violent.
01:05Et quand on parle d'un sujet aussi intime, qui forcément détruit une part de nous-mêmes,
01:11ça peut ensuite être encore plus compliqué d'avoir soudainement toutes les réactions médiatiques.
01:15Typiquement, vous rappeliez que même la mort d'un enfant ne fait pas toujours l'objet d'un consensus dans
01:20la classe politique.
01:21Bien sûr.
01:21Lorsque vous êtes en première ligne, que vous avez une perte quasiment...
01:25Mais c'est un sacrifice, c'est un sacrifice de la part de la famille.
01:28Donc...
01:28On en souffrira de cette exposition, mais on le fait pour l'ouïe.
01:31Bien sûr.
01:31Je pense que c'est le sens de leur démarche aussi.
01:33Non, non, mais...
01:34Pas sans risque, hein, pas sans risque.
01:35Je ne critiquais absolument pas ceux qui font la démarche de...
01:38Mais c'est vrai que ce n'est pas nécessairement idéologique lorsqu'on déconseille aux familles des victimes de s
01:43'exposer.
01:44Bien sûr.
01:44Vous avez raison.
01:44Pour autant, il reste vrai qu'il est assez saisissant de voir que, dans une partie de la classe politique,
01:48on renvoie systématiquement à l'extrême droite toutes les personnes qui parlent de l'insécurité
01:52et qui mettent ce sujet-là sur le devant de la gendarme.
01:55Laurent Nunez dit qu'ensauvagement est très connoté politiquement.
01:59Et insécurité, j'imagine, qui penserait la même chose.
02:02Vous comprenez que ces thèmes-là, et bien finalement, Elliot Mamane, vont au-delà, justement, de l'échiquier politique ?
02:11Oui, bien sûr.
02:12Il me semble que ça devrait faire l'objet d'un relatif consensus.
02:15D'autant que ce qui est frappant dans ces histoires-là, c'est qu'on a à chaque fois des
02:19schémas qui sont plus ou moins similaires.
02:20C'est-à-dire des profils suspectés qui avaient déjà été repérés par la justice,
02:25mais dont les peines n'avaient pas été appliquées jusqu'au bout.
02:27En l'occurrence, je vois que la maman de Louis réclamait le rétablissement de la véritable perpétuité.
02:33C'est en effet un des sujets qui est interrogé, de la même manière que ce n'est pas la
02:37première fois
02:37qu'on voit que les encadrements au sein de l'aide sociale à l'enfance ne renvoient pas du tout
02:42à leurs promesses.
02:43Et on parle souvent de récupération.
02:45C'est aussi le rôle du politique de voir quels sont les problèmes qu'il y a dans la société
02:49et de s'en saisir.
02:50Et de les dénoncer, donc on pourrait remplacer le mot récupération par dénonciation et s'en emparer,
02:57mais à des fins de dénonciation.
02:58J'aimerais qu'on écoute Marie-Julie Marteau, que vous avez vu un petit peu sur toutes les télévisions
03:04et que vous avez entendu sur toutes les radios ces dernières semaines.
03:07Marie-Julie Marteau, la tante et ma reine de Louis,
03:11qui explique la démarche qui l'a conduite à finalement organiser cette marche aujourd'hui en mémoire de Louis.
03:19Je parle au nom de ma soeur Amandine, la maman de Louis.
03:21Cette marche blanche, elle ne s'appelle pas marche blanche.
03:24C'est une dernière marche parce que je pense que les Français en aura le bol des marches blanches
03:28qui se suivent les unes les autres.
03:30Vraiment l'idée d'Amandine, la maman de Louis, c'était de dire que Louis, ce serait le dernier,
03:34que sa mort ne serait pas vaine et que sa mort aussi sera un message pour dire que ça suffit.
03:39Et notre message, c'est que tous les politiques se saisissent de Louis, de cette affaire qui est dramatique.
03:44J'invite tout le monde à être extrêmement digne, comme Louis l'a été, comme ma soeur l'est aujourd
03:49'hui.
03:49Ce n'est pas un moment politique, c'est un moment où on va marcher dans le silence.
03:53Ce n'est pas une manifestation, c'est vraiment la dernière marche.
03:55Il faut que ça se passe dans la dignité la plus absolue.
03:58Et puis la maman de Louis a pris à l'instant la parole.
04:01Je remercie Laura Legault qui est sur place et qui nous distille les réactions qu'elle recueille.
04:06Pour la première fois, la maman de Louis a pris la parole à Narbonne lors de cette marche.
04:12C'est un moment extrêmement important qu'on vient de vivre.
04:15Écoutez.
04:16Avant que tu partes, je t'ai promis que ton prénom traverserait la France entière,
04:21que ton histoire fera naître le changement qu'on te devons, que nous te devons.
04:25Je vais me battre jusqu'à ma dernière force s'il le faut pour que justice te soit rendue.
04:29Mais aujourd'hui, la justice des hommes telle qu'elle est, écrite, ne me convient pas.
04:33Quand je t'ai dit que j'allais me battre pour que justice te soit rendue,
04:36je vais me battre pour que leur peine soit à la hauteur de ce qu'ils t'ont fait.
04:40Je ne veux plus entendre parler d'excuses de minorité.
04:43Est-ce que toi, à mon fils, on t'a donné ?
04:45Est-ce qu'on a invoqué l'excuse de minorité pour t'excuser ?
04:48Mais personne n'invoque ta minorité pour condamner plus servèrement
04:51ceux qui, du même âge que le tien, ont t'arraché à la vie.
04:55Parce que toi aussi, mon fils, t'avais une vie à construire, un avenir à créer.
05:01Mais ce n'est pas ententable que tes assassins ne passent que 8, 10 ans de prison
05:07ou 20 pour les plus âgés, sans parler de remise de liberté pour bonne conduite
05:11ou toute autre remise de perles.
05:13Je me battrai, mon fils, je me battrai pour qu'ils prennent tous 30 ans
05:17de peine ferme, incompressive, définitive.
05:24Nous allons redonner tout le sens au mot « perpétuité ».
05:30Je le ferai pour toi, mon fils.
05:34Voilà des propos recueillis par Laura Legault.
05:36Alors, je précise quand même, pour expliquer peut-être cette qualité sonore un petit peu difficile,
05:40que c'est parce que la maman de Louis, parce qu'elle est devant la foule,
05:43s'exprime au mégaphone.
05:45Alors, plusieurs choses dont on va parler, messieurs Revelle et Mamane.
05:50D'abord, l'excuse de minorité.
05:52Est-ce véritablement une excuse ?
05:55La perpétuité réelle.
05:57Et puis aussi, parce que je sais qu'avec Christine Kelly,
05:59les auditeurs, vous qui nous écoutez, vous nous avez appelés
06:02et vous avez osé mettre le mot et employer un mot,
06:06c'est peine de mort.
06:07Est-ce que ça doit justifier ?
06:10Est-ce que ça doit rester tabou aussi ?
06:12C'est aussi ça qu'on évoquera avec vous,
06:17et ce sera dans quelques minutes,
06:19après les infos de Martin Delavan.
06:20Merci.
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