- il y a 1 jour
Invité : Baru, dessinateur, auteur de BD, Grand Prix de la ville d'Angoulême
Remerciements :
Baru, Yan Lindingre, Pierre Hanot, Cyril Regnault et les clients de la brasserie du "Sacré Coeur", Olivier Huguenot
Présentation : Vianney Huguenot
Réalisation : Azzedine Brahimi
©Moselle TV, ©Vosges TV
Remerciements :
Baru, Yan Lindingre, Pierre Hanot, Cyril Regnault et les clients de la brasserie du "Sacré Coeur", Olivier Huguenot
Présentation : Vianney Huguenot
Réalisation : Azzedine Brahimi
©Moselle TV, ©Vosges TV
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00Ici Lorraine, crack pour l'émission, sur Marouk, sur Moselle TV et Vosges Télévisions.
00:06Ici, votre radio de proximité en Lorraine.
00:31Chers amis de Sur Marouk, bonjour, bienvenue dans ce nouveau numéro, le dernier de la saison.
00:36On est à Nancy à la brasserie du Sacré-Cœur.
00:38C'est une brasserie absolument fantastique.
00:41Venez-y, c'est en face de la basilique du Sacré-Cœur.
00:44Basilique du Sacré-Cœur, c'est ça.
00:46C'est une ambiance, j'aime pas le mot vintage, mais c'est ça, c'est une ambiance vintage années
00:5060, 70, 80.
00:52Oui, c'est ça, ça relate un petit peu.
00:53C'est ça, il y a plein de dessins, de disques, de vinyles, d'objets de ces années-là.
01:00Il y a une belle ambiance.
01:01On entre dans une atmosphère très particulière, assez chouette.
01:04Et c'est grâce à Cyril qui est le patron de cette brasserie du Sacré-Cœur.
01:07C'était quoi l'idée de faire du... c'est le hasard le vintage ou c'est quelque chose ?
01:12Non, non, je me suis beaucoup inspiré en fait de mon père qui est décédé il y a quelques temps,
01:16il y a quelques années, de mon parrain aussi.
01:19Et voilà, c'est un hommage en fait à tout ça.
01:22Et moi, les clients, quand ils me disent, quand ils rentrent, c'est une machine à remonter le temps un
01:26petit peu.
01:26Oui, c'est ça.
01:27C'est exactement ça, c'est une machine à remonter le temps.
01:29Et puis alors, on le signale, c'est un bistrot.
01:31Bistrot de quartier, le matin, c'est très vivant.
01:34Brasserie, on y mange ?
01:35On y mange aussi le midi, oui.
01:36De l'excellente viande.
01:37Excellente.
01:38Et des excellentes frites, je le signale.
01:40Et puis Albator.
01:42Albator, bah oui, c'est la mascotte du quartier.
01:44C'est la mascotte du quartier.
01:45Tout le monde le connaît maintenant.
01:47Et donc, on a...
01:49C'est un lieu qui va très bien à nos invités de cette semaine.
01:53Baru, dessinateur, immense dessinateur, que vous connaissez de BD, plusieurs fois primé au festival d'Angoulême, originaire de Villerue,
02:03et qui vit aujourd'hui dans le secteur de Nancy.
02:06Et puis, comme de tradition dans cette émission, nous avons des invités pour la deuxième partie de l'émission, qui
02:12nous rejoignent.
02:13Et ce seront, puisqu'ils sont deux, ce seront Yann Linding, l'indingre dessinateur, notamment pour Le Canard Enchaîné.
02:22Il a été aussi scénariste pour Grosland.
02:26Il a travaillé pour beaucoup de magazines.
02:29Je pense à Fluide Glacial, dont il a, je crois, été d'ailleurs rédacteur en chef.
02:32Et puis, autre invité qui nous rejoint, c'est Pierre Hannault.
02:35Pierre Hannault, qui est un romancier plutôt noir, dans le style roman noir.
02:40Musicien, chanteur.
02:41Il a notamment organisé beaucoup de concerts dans les prisons en France.
02:46Voilà, un beau programme, avec un trio fantastique.
02:49Et d'abord, je vais rejoindre mon invité, Baru.
02:52A tout de suite.
02:52Merci encore, Cyril.
02:54Pas de souci, merci à vous.
03:07Bonjour, Baru.
03:08Bonjour.
03:09Comment ça va ?
03:10Quoi, ma vieille heure ?
03:14Je suis vachement content de t'avoir dans l'émission.
03:17Ça fait très très longtemps.
03:19J'ai un frère qui est libraire, dans les Vosges,
03:22qui m'engueulait depuis des années en disant
03:24« Mais comment se fait-il que Baru ne soit pas encore dans les émissions ? »
03:27Je dis « Bah oui, il est difficile à joindre. »
03:29Ouais, enfin, n'exagérons rien.
03:32Il y a de longues périodes où je ne fais rien.
03:34Et dans ces moments-là, je suis tout à fait joigné.
03:37Oui, bien sûr, non, je déconne.
03:39On essaie d'être logique dans l'émission, chrono, logique.
03:43On démarre par l'enfance.
03:45L'enfance de Baru, c'est quoi les premières images qui te viennent en tête ?
03:50Les premières images.
03:50C'est Villerue.
03:51Oui, c'est Villerue.
03:52C'est même pas Villerue, en fait.
03:54C'est les cités qui étaient à côté de Villerue,
03:56entre Thille et Villerue,
03:58et qui étaient les cités de Saint-Clair.
04:01Saint-Clair étant la patronne des mineurs, comme chacun le sait.
04:05Sauf qu'il n'y avait absolument aucun mineur à Saint-Clair, dans les cités,
04:10mais il y avait surtout des cités d'orges.
04:11Ah oui, d'accord.
04:12Des gens qui bossaient soit à la fonterie, soit à la Syrie.
04:16Et les premières images, c'est ça ?
04:18C'est vraiment les...
04:19C'est la Lorraine travailleuse, alors, en fait ?
04:21Oui, oui, c'est vraiment ça.
04:23Pour moi, c'est ce qui m'a le plus fasciné.
04:25Et ça, je me rappelle encore, parce que j'ai encore ces images-là.
04:28C'est la magnificence des hauts fourneaux pendant la nuit.
04:33Et ça, c'est un, à couper le souffle, deux, inoubliable, je pense.
04:39Mais cette magnificence, ces hauts fourneaux-là,
04:42bon, beaucoup sont tombés.
04:44On en a conservé quelques-uns.
04:45Lesquels ?
04:46Il y a eu Corange.
04:47Il y a eu Corange, oui, mais...
04:48Qui est devenu...
04:49Il est mal foutu.
04:50Il aurait fallu les garder, en garder.
04:51Oh, ben, quand même, oui.
04:52Ça aurait été la bonne des choses.
04:54Oui.
04:54Qu'en tenu des gens qui étaient là et qui habitent encore là.
04:57Enfin, bon...
04:58En fait, la préservation du patrimoine, on la retrouve dans tes bouquins.
05:03Parce que ça, on les trouve, quand même.
05:05J'essaie de le faire.
05:06C'est sûr qu'à force de la dessine et des hauts fourneaux,
05:09je vais finir par être comptable des hauts fourneaux.
05:11Même si les hauts fourneaux en question
05:13ne sont pas ceux qui étaient dans la vallée de la Finche.
05:18Il y a vraiment le fil rouge de...
05:21Enfin, je ne sais pas si c'est exagéré ou pas.
05:22De ton œuvre, c'est quand même la Lorraine.
05:25La Lorraine travailleuse, la Lorraine ouvrière.
05:27C'est vraiment tout.
05:29On la retrouve.
05:30Ce que je fais, moi, depuis que j'ai commencé à dessiner,
05:33en fait, je me demande même si je ne me suis pas mis à dessiner
05:36pour cette raison-là.
05:38C'est-à-dire pour laisser une trace.
05:39Parce que, je ne sais pas, peut-être qu'avec Yann,
05:42on en parlera tout à l'heure.
05:43Yann Nainin, il y a un canard qui s'appelait Le Téméraire.
05:59Et dans ce canard qui s'appelait Le Téméraire,
06:01j'avais commencé une rubrique sur deux, trois pages comme ça
06:05et qui s'appelait « Anatomie populaire de la Lorraine ».
06:08En fait, ce que j'avais commencé à le faire là,
06:10en écrivant, en tapant à la machine, tout exactement,
06:13j'ai fini par le faire en dessinant.
06:15Ah oui.
06:16Mais c'est un peu le côté, enfin, un peu le pendant.
06:19Je ne sais pas pourquoi je pense à Gérard Noiriel.
06:21En écoutant, c'est l'historien quand même,
06:24d'une France ouvrière, d'une Lorraine ouvrière.
06:26C'est d'une certaine façon aussi ça, Baru.
06:28Alors, avec d'autres outils, c'est aussi ça.
06:30Oui, oui.
06:31Disons que, moi, ce que je me fais force de faire,
06:33c'est d'être à la fois précis,
06:35sur les décors, sur des choses comme ça,
06:38et ensuite, ce que je m'efforce de faire,
06:42c'est vraiment raconter les histoires
06:44qui renvoient systématiquement à la Lorraine industrielle.
06:49Parce que, moi, ce qui m'intéresse,
06:50ce n'est pas tant, je veux dire,
06:53parler de la Lorraine pour parler de la Lorraine,
06:54je m'en fous de la Lorraine.
06:55Mais par contre, ce qui m'intéresse beaucoup,
06:58c'est les copains, mes copains, ma bande.
07:01C'est ça qui m'intéresse.
07:03Et en fait, en parlant de ma génération,
07:07je finis par aussi parler,
07:09c'est pour ça que je finis par faire un bouquin
07:11qui s'appelle Rock and Roll.
07:12Rock and Roll, oui, on va en parler.
07:13Et donc, ça, ça m'a permis de mener mon projet à bien,
07:26à savoir, c'est faire un portrait de groupe.
07:28Toutes les histoires sont des portraits de groupe systématiquement.
07:31Oui, vraiment.
07:32Et même dans, en parlant-en maintenant, tout de suite,
07:34c'est le dernier de Baru Rock and Roll,
07:36c'est le dernier, il est tout récent.
07:39Même là, quand même, c'est une histoire,
07:41on est dans la musique,
07:43mais on est quand même dans le portrait de groupe,
07:46le portrait de classe, le portrait de la Lorraine.
07:47On démarre autour de ce concert mythique
07:51avec Jimi Hendrix en 66.
07:54Jimi Hendrix, personne ne le connaît.
07:55Et tu y es à ce meeting, tu vois, ce concert.
07:58Oui, oui, j'y suis.
08:00Hendrix n'est pas du tout connu.
08:02Il est en fait en première partie de Johnny Hallyday.
08:04C'est ça, oui.
08:04C'est ça.
08:05Et comment il arrive là, finalement ?
08:08C'est Johnny qui l'aide ?
08:10Je pense que Johnny Hallyday l'avait ramené dans le terrain.
08:14Ah, oui, c'est ça.
08:14Il avait juste senti le potentiel monstrueux
08:18qu'il y avait chez ce mec-là.
08:19Et donc, à l'époque, il venait de former l'Experience,
08:23avec ce qui s'appelait, les deux autres.
08:27Jimi Hendrix Experience, effectivement, avec...
08:29Il y avait deux musiciens qui étaient toujours avec lui
08:32et avant qu'il ne se sépare.
08:34Mais toujours est-il qu'avec ce mec-là,
08:36il les a fait venir et il leur a dit
08:38que voilà, vous allez un peu chauffer la salle.
08:40Et puis, et donc, sauf qu'il n'avait pas prévu une chose très, très bêtasse,
08:44c'est que le chauffeur de salle, il lui a fait exploser la salle.
08:48Exposer, oui, c'est ça.
08:49Et je crois que d'ailleurs, après Johnny abandonne un peu l'idée de partir avec Jimi Hendrix.
08:53Après, c'est fait dit, carrément.
08:54Oui, c'est ça.
08:54Puisque la dernière date qu'ils ont fait ensemble, c'était à l'Olympia à Paris.
08:59Ah, oui, c'est ça.
08:59La précédente par rapport à Ville-Rue, c'était à Nancy.
09:02Et la toute première, c'était à Évreux.
09:04Oui, d'accord.
09:05Un mot alors sur Rock'n'Roll.
09:07Je te le disais toi-même avant qu'on démarre cette émission,
09:10tu le disais c'est un pas de côté quand même ce livre.
09:12Par rapport aux autres.
09:14Oui, c'est à dire que je m'éloigne de mes préoccupations habituelles.
09:19Oui, oui.
09:20Même si ici et là, j'y fais allusion quand même.
09:25Quand tu fais un truc pareil, quand tu portes un truc comme ça depuis 40 ans,
09:29ça laisse des traces.
09:31Et donc là, c'est une autre tentative,
09:34mais une autre tentative de faire cette fois encore un portrait de groupe,
09:38mais cette fois de ma génération.
09:40Y compris.
09:41C'est vraiment ça.
09:42Y compris et surtout en jouant sur les différences de classe.
09:46Parce que c'est ça qui est intéressant aussi.
09:48C'est quand tu es confronté à ces gens,
09:50parce que tu écoutes la même chose qu'à un moment,
09:53à un moment T, généralement au concert,
09:56et tu te rends compte que c'est avec ces mecs-là ce qu'ils pourraient être des copains.
10:00Sauf que pour moi, les copains, c'est uniquement l'enfance.
10:04Tu vas peut-être trouver la comparaison grossière,
10:07mais il y a un peu quand même dans la Lorraine ouvrière,
10:11la Lorraine rockeuse, j'allais dire.
10:13Les ouvriers, c'est un peu des rockeurs quelque part.
10:15Exactement.
10:15Mais moi, je n'ai jamais vu autant de voyous
10:20que les gamins qui sortaient de leur éducation ouvrière.
10:26Et je n'ai jamais connu autant de voyous qu'à ce moment-là.
10:31Mais alors, je voudrais qu'on dise un mot
10:33avant que Yann Linding et Pirano nous rejoignent.
10:36Continue un mot sur ton parcours.
10:38Ton papa donc est ouvrier.
10:39Alors lui, il n'est pas mineur, il est ouvrier en sidérurgie, en fonderie, pardon.
10:44En fonderie, c'est à la fonderie.
10:45Mon père, il travaillait au fourneau, il était à l'entretien allé au fourneau.
10:49Ce qui lui a voulu d'être gazé, d'ailleurs.
10:51Oui.
10:51On sent, pas particulièrement ton papa,
10:55mais en général, qu'il y a une vraie fierté d'appartenir à ce monde-là.
10:58Je peux utiliser le terme fierté, c'est ça ?
11:00Oui, oui, oui.
11:01Non, non, non, c'est vraiment ça.
11:02Je pense que j'ai eu de la chance d'avoir pu à la fois m'échapper
11:08et à la fois revenir, pour le biais de mes bouquins,
11:12vers ceux à qui je l'ai destillé.
11:16Mais c'est cette possibilité que j'ai eue de m'échapper.
11:20Oui, oui.
11:22Elle est caractéristique, elle est portée par tous les bouquins que j'ai faits jusqu'à maintenant.
11:28Oui, c'est ça, complètement.
11:30Alors, Baru, ça a été évidemment tous les bouquins, ça a été des prix à Angoulême.
11:35Angoulême, c'est quand même, c'est un Oscar.
11:37On sent un Oscar quand on est à Angoulême, non ?
11:39Prix mais Angoulême, non ?
11:40Oui, non, c'est un grand prix.
11:41Oui.
11:42Un grand prix de la ville d'Angoulême, mais je suis un vrai maréchal soviétique, moi, avec mes décorations.
11:50On parlait de Maurice Thorez, tout à l'heure, ça va nous aller bien.
11:54La salle Maurice Thorez à Villerue, c'est pas rien, ça.
11:56C'est Hendrix, Hendrix, qui jouait à la salle des fêtes Maurice Thorez.
12:03Maurice Thorez, Jimi Hendrix.
12:04Après, moi, beaucoup plus tard, j'y suis allé encore très souvent.
12:07Parce que dès qu'il y avait un baloche un peu conséquent dans le coin, avec les copains, on y
12:11allait.
12:12Barrus, ce qu'on sait moins de toi, c'est que tu as été fondateur d'un canard aussi, et
12:16d'une radio, qui n'a pas duré très longtemps, d'ailleurs.
12:18Non, je l'ai fait un soir.
12:21Mais ici, à Nancy, je crois, non ?
12:22Oui, oui, c'était au Haut-du-Lièvre.
12:24Ah oui, c'est ça.
12:25Dans une espèce de tour qu'on appelle la tour panoramique.
12:27Et on était montés là-dedans pour pouvoir se relever du sol et échapper aux obstacles.
12:32Et puis, c'est un mec qui s'occupait de tout ça.
12:35Parce que nous, on était juste là pour faire masse.
12:38Et puis, c'était tout.
12:40Parce que, moi, je n'y connaissais que dalle.
12:43Mais c'est vrai que quand j'ai fait mon service militaire en Algérie, et en Algérie, en coopération, pas
12:48exagéré.
12:49Oui, oui.
12:50Et c'est là que j'ai décidé les orientations qui allaient être ma vie quand j'allais rentrer.
12:58Et là, c'est là que j'ai commencé à décider.
13:00C'est là que j'ai commencé à avoir comme projet de faire un journal.
13:05Et après, une station radio.
13:07Et après, il y a eu pilote.
13:08L'aventure pilote.
13:09C'était la première, la collaboration, la pilote.
13:13En tant qu'auteur de mon décédé, oui.
13:15Un tout petit mot, tiens, avant que nos deux compagnons nous rejoignent.
13:19Pelot m'a un jour raconté.
13:20J'étais très ami avec Pelot, qui a été invité de cette émission tout au début.
13:25Pelot, un jour, m'a raconté quand même une scène où vous étiez ensemble et où vous liez un roman
13:29de Valéry Giscard d'Estaing.
13:30Il paraît que vous vous êtes bien marré le jour-là.
13:32Parce que ce type-là était un pitre, littéralement.
13:37Un connard à but d'une suffisance absolument écœurante.
13:41Tu parles de Giscard, là.
13:42De Giscard, oui.
13:43Non, pas de Pelot.
13:44Non, oui.
13:45Pelot, c'est le contraire.
13:46Oui, Pelot, on aime beaucoup.
13:48On aime beaucoup.
13:49C'est un très bonhomme.
13:50C'est un très bonhomme.
13:51C'est un très bonhomme.
13:52Énorme.
13:53Énorme.
13:54Si Pelot avait été américain, on créait Eugénith pour ce qu'on s'est passé.
13:58Oui, c'est vrai.
14:08Nous y voilà avec nos deux compères qui nous ont rejoints, nos deux compagnons de route.
14:12Pierre Hanneau.
14:13Alors, romancier noir, je peux dire comme ça ?
14:16Oui.
14:16Chanteur, musicien, compositeur, auteur.
14:21Avec une petite particularité, on en parlera tout à l'heure.
14:23C'est que tu as beaucoup chanté et fait de concert en prison pour des prisonniers.
14:28Et puis, Yann Lindang, Yann Lindang.
14:30Alors, Yann Lindang, c'est beaucoup de choses.
14:34Scénariste, dessinateur, humoriste pour Le Canard Enchaîné.
14:38Oui, j'ai une petite vignette dans le Canard Enchaîné.
14:42La presse quotidienne régionale aussi, ici dans notre région.
14:46Oui, dans l'Est, le Répu, oui.
14:48Et Vosges Matins.
14:49Et puis, bien sûr, il y a eu toutes les aventures de l'éco des Savannes, je crois.
14:56J'ai bossé dans l'éco, mais j'ai beaucoup plus dans Fluide.
14:58J'ai dirigé Fluide Glacial pendant six ans, oui.
15:01Et puis aussi scénariste pour Grosland.
15:04Grosland, 12 ans de Grosland.
15:0612 ans de Grosland.
15:06Bah oui, à la précipité.
15:08On va en reparler, parce que je vois que Jackie Berroyer, je ne sais pas si Jackie Berroyer, c'est
15:12un gars de Grosland, non ?
15:12S'il a fait !
15:16Jackie est un Groslandais, on va dire, mais il n'a jamais collaboré directement avec Grosland.
15:23Mais enfin, il en est très proche.
15:24Alors, ce n'est pas une émission littéraire, parce que je ne suis pas critique littéraire du tout.
15:28Mais vous avez quand même tous une actu littéraire, tous.
15:31Baru, on en a parlé, rock'n'roll, actu BD littéraire.
15:35Pierre, c'est ce bouquin-là, L'appétit du cannibale.
15:40Alors, les mots de Pierre, le style, ça cogne, c'est la beauté brutale, j'allais dire.
15:46Pierre Hanno, c'est ce style-là.
15:47Je suis incapable d'écrire un bouquin de 800 pages, donc ça tombe bien.
15:50Des coups de poing dans la gueule, comme disait, je pense à Cabu, quand il parlait de son livre sur
15:55la rafle du Veldivre.
15:56Des coups de poing dans la gueule.
15:58Il y a des caresses aussi.
15:59Il y a aussi des caresses, oui.
16:00Quelquefois, j'embrasse.
16:02Oui, oui, oui, tout à fait.
16:03Je n'ai pas vécu ça, mais on m'en a dit beaucoup de bien.
16:07En ce qui me concerne, c'était le premier soir.
16:10Ah oui, il fait ça le premier soir.
16:11Mais après, tout se durcit.
16:15Yann, et puis je poserai la même question à Pierre.
16:20En quelques mots à l'arrache, comme ça, un portrait de Baru.
16:24Un portrait, oui, Baru, c'est de figure tutélaire.
16:30Pour tous les amateurs de BD en France, c'est le créateur de l'autofiction dans la BD.
16:36Et moi, je l'ai découvert quand j'avais 15 ans, dans les pages de l'écho des Savannes,
16:40où il y avait des balioles immatriculées en 54.
16:42Et puis pour nous, gamins, ce n'était pas possible qu'il y ait un mec aussi génial
16:46qui sorte de notre trou.
16:50De notre trou du cul.
16:52Mais il y a quand même un...
16:54On en a déjà parlé, Yann.
16:55Il y a un nid quand même, dans le Nord-Lorrain, j'allais dire.
16:58Parce qu'il y a Baru, il y a toi sur Jarny.
17:02Je suis né à Jarny, je suis méchant.
17:04Il y a le frais de Touron qui est sur, je crois, Nancy.
17:07Il y a aussi Rézère sur Réon.
17:08Il y a quand même un nid, là, de génie.
17:10Il y a Aranéga, il y a Dutrex.
17:13Non, oui.
17:13Même si Dutrex est parti, mais...
17:15Il y a un dessinateur qui s'appelle Nicomog,
17:18qui fait des trucs très chouettes.
17:19Qui est pas mal, oui.
17:21C'est très musical.
17:23Donc on a vraiment beaucoup de choses.
17:24Alors, portrait, Baru ?
17:26C'est intérieur, extérieur, c'est un beau mec.
17:30Il était encore plus beau quand on s'est rencontré il y a 40 ans.
17:32Il est pas mal, quand même.
17:33Non, non, non, il a quelques restes qui lui vont bien.
17:38Oui, tu parles.
17:40L'appétit du cannibale, génial.
17:44En plus, j'étais à l'hôpital quand je l'ai eu.
17:45Il est écrit à la batte de baseball.
17:46J'étais à l'hôpital quand je l'ai eu.
17:48J'ai été guéri tout de suite.
17:49Je me suis relevé.
17:51Mais j'ai pas été remboursé par la sécurité sociale.
17:54Le pitch en deux secondes.
17:55J'aime pas le mot pitch, mais je l'utilise.
17:57Un mec au chaud du qui passe ses journées sous addiction.
18:02Et puis qui passe sa journée aussi devant les écrans, sa télé.
18:07Et qui tombe amoureux en regardant un clip vidéo sur une chaîne musicale d'une chanteuse américaine.
18:15Et puis il tombe fou amoureux d'elle.
18:17Et il est persuadé qu'elle l'aime aussi.
18:19Ce qui s'appelle les rotomanies.
18:20Et là, il y a tout qui part en sucette.
18:23Anneau, c'est 13, 14, 15 bouquins.
18:25Je ne sais plus.
18:27Je parlais des prix qu'avait eu Baru tout à l'heure.
18:30Il y a aussi des prix.
18:31Tu as eu notamment Erkman Châtrian.
18:33Mais c'est aussi un chanteur musicien.
18:36D'ailleurs, il y a cette couverture, je veux signaler.
18:39Ça date de quelle époque ce livre ?
18:40C'est 1985.
18:41C'est mon premier vinyle.
18:44Et quand Baru a été contacté par Ledran, qui était un ami commun,
18:49pour faire la...
18:51Un ami commun, nous trois.
18:52Oui, c'est vrai.
18:53Qui est plus est.
18:55Pour faire le dessin de la pochette, je retrouve le dessin.
19:01J'ai dit, mais pourquoi tu as mis un saxophone ?
19:03Il n'y a pas une note de saxophone dans l'album.
19:06Il me dit, non, mais je trouvais que visuellement, ça avait de la gueule.
19:10D'accord.
19:10Voilà, c'est parti sur les basses-là.
19:11Et il a fait un super dessin d'atmosphère.
19:15Un mot quand même, j'en parlais tout à l'heure, particularité de Pierrano,
19:19c'est que tu as fait plus de 200 concerts dans des maisons d'arrêt,
19:23en prison.
19:24Je ne sais pas comment il faut dire.
19:26Établissement pénitentiaire.
19:27Ça démarre sur un coup de cœur pour un pote, c'est ça, qui est en prison ?
19:30Non, c'est tout à fait hasard.
19:32J'avais un pote qui était videur dans une boîte, qui est tombé pour un braquage qui s'est mal
19:36passé.
19:36Et j'organisais un concert dans la tôle à Metz, où il était incarcéré.
19:41Et puis j'ai découvert un monde, après, que j'ai voulu explorer plus profondément.
19:47Il y a quelque chose qui vous relue, entre autres, Baru et toi, c'est que je pense à ce
19:53livre
19:53qu'on avait déjà évoqué une fois dans une émission ensemble, Pierre, c'est « Au vagabond, l'immensité ».
19:59D'abord, le titre, je trouvais splendide.
20:01Il évoque cette ratonnade, cette fameuse nuit des paras à Metz en 1961.
20:07C'est l'Algérie.
20:08C'est la confrontation entre l'OAS et le FLN.
20:11On est dans les années noires, vraiment.
20:14En l'occurrence, à Metz, c'est entre les paras et les Algériens.
20:19Mais en arrière-plan, il y a quand même la confrontation OAS et FLN, je crois savoir, non ?
20:24Pas dans ce contexte-là.
20:27La guerre d'Algérie, Baru, c'est un moment de l'histoire et un moment de ton histoire qui t
20:32'a marqué.
20:33Je l'ai entendu dans d'autres émissions.
20:35Oui, oui, qui m'a marqué, oui, certainement.
20:37Mais c'est pour une raison très très simple.
20:39C'est que quand ton pays est en guerre, tu vois le temps qui passe et tu te dis, tu
20:48commences à te poser des questions.
20:49Mais qu'est-ce que je vais faire si jamais ça me tombe dessus, quoi ?
20:52Et surtout, pour moi, la grande hantise que j'avais, c'était un jour, peut-être pas...
20:59Mais un jour de me retrouver en face d'un copain, quoi.
21:01Des gars de ma bande.
21:05Alors là, je sais pas ce que j'aurais fait.
21:07Maintenant, je pense que je me serais vrai, mais je suis pas sûr.
21:11Parce qu'il y a une histoire quand même très forte entre les Algériens, l'Algérie, la Lorraine.
21:16Y compris un aspect qu'on oublie, c'est des Lorrains qui sont partis en Algérie après la guerre de
21:2070 pour travailler là-bas.
21:22Oui, oui.
21:22Ils sont partis.
21:24En tout cas, pour occuper le terrain.
21:25Occuper le terrain.
21:26Exactement.
21:27Certains sont devenus des colons, d'ailleurs.
21:28Mais tout ça est une autre histoire.
21:30Ça serait trop long de l'évoquer ici.
21:32Bien sûr, il faut qu'on parle d'Yann Linding.
21:35On pourrait dire beaucoup de choses sur Yann Linding.
21:37Mais il faut qu'on parle des aidants.
21:38Ça, c'est l'actualité, les aidants.
21:41Franchement, Yann, c'est pas sur ce sujet qu'on t'attend.
21:46C'est un sujet super important.
21:48Mais alors, tu le prends sous un angle très inhabituel, avec de l'humour.
21:54On a connu les brefs de comptoir.
21:55C'est presque des brefs de cabinet, là.
21:56Et tu chopes des instants et tu les mets.
22:00Je vais en lire juste un.
22:01Et après, je te laisse la parole.
22:03Donc, tu cites des extraits.
22:04La conseillère conjugale dit « Si j'ai bien compris, monsieur, vous avez insulté votre épouse ».
22:08L'épouse répond « Il m'a traité de salope ».
22:10La conseillère conjugale, tout cela parce que vous avez rêvé qu'elle couchait avec votre voisin.
22:14Le mari, il n'y a pas de fumée sans feu. »
22:17Alors, il y a plein de petites choses, mais il y a aussi des petites nouvelles très courtes.
22:19Les choses sont relativement courtes.
22:21Il y a des dessins, évidemment.
22:22Pourquoi ce sujet des aidants ?
22:25En général, j'ai plusieurs projets sur le feu dont j'essaie de savoir s'ils tiennent la longueur.
22:31Et ça, c'était un projet parmi d'autres.
22:33C'est une copine assistante sociale qui consignait certains rendez-vous qu'elle avait eus.
22:40Mais elle ne conservait que les choses où il y avait quand même matière à se poiler, pas les choses
22:44sordides.
22:45Et j'ai trouvé que c'était assez génial, comme quand elle arrive dans un appartement propre et qu'elle
22:50entend un drôle de bruit.
22:51Et puis, la dame lui dit « Venez voir, c'est dans la chambre de ma fille. »
22:53Elle a une belle petite chambre avec un élevage de poules au pied du lit.
22:58Enfin, ce genre de truc.
22:58Elle a fait des photos.
22:59Je me suis dit « Ça, ça peut être intéressant. »
23:05Et petit à petit, j'étais voir des professions d'aidants, des éduxpés, des enseignants, des orthophonistes.
23:13Et je me suis dit « Je vais faire une espèce de panorama des métiers d'aidants qui rencontrent des
23:20gens borderline,
23:22mais dans des situations plutôt poilantes. »
23:25Et je dois dire que ça a eu un bon accueil auprès des gens de ce genre de profession.
23:31Parce qu'ils nous ont dit « Trois quarts du temps, on se confronte à des situations quand même du
23:35rail.
23:35Mais même nous, ça nous fait du bien de temps en temps de pouvoir se marrer un petit peu avec
23:40ce genre d'histoire. »
23:42Oui, c'est drôle et c'est super sympa.
23:46C'est vraiment très sympa.
23:47La situation des aidants, elle évolue ou pas ?
23:49Est-ce que j'ai vu que tu avais participé même à des colloques sur la question à Nancy ?
23:54Est-ce qu'elle évolue ? Est-ce qu'ils sont plus visibles aujourd'hui ?
23:57On dit qu'il y en a près de 10 millions en France, des Danques.
24:00J'ai retiré certaines rencontres que j'avais faites, notamment avec des amis qui ont des enfants handicapés.
24:09Et je dois dire qu'ils sont dans des situations très difficiles.
24:12Il y a eu des tas de promesses, comme quoi tout est politique.
24:15Mais il y a eu des tas de promesses.
24:17Le handicap chez les enfants notamment était une priorité de Macron.
24:22Ça a été complètement oublié.
24:23Moi, je parle à des parents qui sont obligés de vivre via des associations, de travailler gratuitement tous les week
24:32-ends,
24:32d'acheter des équipements de leur poche pour leur môme.
24:36Et surtout, la situation des aides, je ne sais plus comment ça s'appelle, mais des aides scolaires.
24:41Oui, oui.
24:42Ou est-à-domicile ?
24:44Ce n'est pas qu'ils devaient être augmentés, qu'ils ne l'ont pas été, et des gens qui
24:47ne sont pas formés.
24:49En tout cas, la situation des enfants handicapés à l'école est très, très dure.
24:54Et c'est épuisant.
24:55Quand on discute avec les aidants, ils disent que c'est vraiment épuisant.
24:58Et en plus, ils ne sont pas reconnus.
24:59C'est un super sujet.
25:01Sous le travail d'écriture, comme ça, ça m'aide forcément.
25:03Parce qu'il y a du recueil de témoignages.
25:06Tu t'es confronté à plein de gens.
25:08Tu es allé chercher les sujets.
25:10J'ai fait une sélection.
25:11C'est vrai que je suis passé du dessin, du cartoon à la bande dessinée.
25:15Bonhomme à l'an, grâce à Baru, puisqu'on a bossé ensemble.
25:17J'étais prof au Beaux-Arts, aux côtés de l'immense Baru.
25:20Et en étant prof, j'avais quasiment un statut d'étudiant,
25:24parce que je lui soumettais tout ce que je faisais.
25:26Et il a quand même eu un regard sur mon travail.
25:29Il m'a quand même expliqué des bases que je n'ai jamais surpassées.
25:34Mais c'est vrai que vous avez été tous les deux au Beaux-Arts, à Les Halles, c'est ça
25:37?
25:37À Metz, à Les Halles, à Metz ?
25:39Oui, à quoi ? À Les Halles, non ?
25:41École supérieure des Arts de Lorraine ?
25:42Ça a été rebaptisé comme ça.
25:43Ah pardon, oui, c'était rebaptisé.
25:45Non, mais on était au Beaux-Arts.
25:46Mais tu étais prof de sport avant.
25:48Oui, j'ai usurpé un poste de prof pendant quelques années.
25:52Et ça, c'était à cause de Lodran.
25:54C'est Lodran qui m'avait demandé de venir.
25:56Parce que là où il était, tu sais, Lodran, c'était la figure tutélaire de cette option-là,
26:02l'option communication.
26:03Et comme il se faisait chier, il était tout seul, donc il a fini par me dire
26:08viens donc bosser un peu là et puis on verra bien.
26:10Et du coup, il y en a un troisième qui s'est agrégé à nous, c'était Julien Chabès.
26:17Et après, un quatrième, Yann.
26:19Et voilà comment on avait constitué cette équipe.
26:22C'était une équipe qui avait été constituée à la force de poignet.
26:25Parce que franchement, il n'y avait que des trucs.
26:27Et qu'est-ce qu'on s'est amusé.
26:29C'était génial.
26:30J'ai passé des belles années.
26:31Mais Yann, tu parlais de ta relation avec Baru, de ce que tu soumettais.
26:35En général, tu es un...
26:37Je ne sais pas, prenons l'exemple de scénario pour Groland que tu écrivais.
26:40Est-ce que tu les testais ?
26:41Est-ce que tu te confrontais à d'autres avant de publier, avant d'envoyer ?
26:44Je crois qu'au début, quand on commençait à écrire, moi je dessinais.
26:49Et c'est Delphail de Thon qui m'a poussé à écrire.
26:52Il m'a dit, c'est pas mal quand tu écris des petits trucs.
26:56Delphail de Thon, l'ancien de Charlie Hebdo.
26:59Et à leur petit tapis, je me suis mis à écrire.
27:01Mais j'écris des choses très très courtes.
27:04Je ne tiens pas trop la longueur.
27:06Mais au début, je montrais les idées à ma compagne de l'époque.
27:11De temps en temps, ça lui plaisait.
27:12Alors quand ça lui plaisait pas, j'étais complètement déconfit.
27:15Parce que j'allais être obligé après de prendre mes crayons, réaliser une planche.
27:19Donc je savais que la première lectrice avait tiré la gueule.
27:25Alors j'ai arrêté de montrer quoi que ce soit.
27:27Et je crois que c'est le cas à peu près de tous les dessinateurs ou tous les sildaristes.
27:31Alors, on s'est dit au revoir.
27:32Mais j'ai vu que Pierre me faisait des grands signes.
27:35Il avait oublié de dire quelque chose.
27:36C'était quoi ?
27:37C'est que la première fois que j'ai rencontré Yann.
27:40Il était pigiste aux Républicains-Lorrains.
27:43Et il a fait ma première caricature.
27:48Que je garde précieusement.
27:49Mais je n'ai toujours pas compris ce qu'elle veut dire.
27:51C'est mieux que sa première caricature.
27:54C'est-à-dire que c'est mon premier dessin de presse publié.
27:57Dans la presse.
27:58C'était la tête d'Anneau.
27:59C'était la tranche.
28:00Et pour laquelle tu as payé de la thune ou quoi ?
28:01Ah non, parce qu'à l'époque...
28:04C'est lui qui a payé pour avoir...
28:06On avait un gentleman agreement.
28:08C'était déjà dessiné mes grands signes.
28:10C'était justement.
28:14My Friend
28:40Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires