00:03Europe 1, il est 5h42. Votre invité ce matin, Alexandre, est le professeur Djilali Hanan,
00:08chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garches, dans les Hauts-de-Seine.
00:13Bonjour professeur Djilali Hanan.
00:15Bonjour.
00:16La canicule historique que nous traversons met l'hôpital à rude épreuve, les SAMU, en particulier franciliens, submergés.
00:23Le nombre d'appels au 15 a quasiment doublé.
00:26Les urgences voient arriver un afflux de patients.
00:28Est-ce que dans votre hôpital Raymond Poincaré, aux portes de Paris, est-ce que vous l'observez également dans
00:35votre service de médecine intensive ?
00:38Oui, bien sûr. Le nombre d'hôpitaux n'est pas épargné.
00:41Vraiment, tous les hôpitaux de la région francilienne, comme dans plein d'autres régions en France,
00:47sont en effet face à un afflux qui est croissant, avec une dynamique extrêmement positive.
00:58C'est une arrivée de patients aux urgences et maintenant même en réanimation depuis 48 heures.
01:03Alors, pour quelles raisons ? Pour quelles raisons arrivent-ils aux urgences ces patients ?
01:07La principale raison, ça reste un coup de chaleur, c'est une hyperthermie extrêmement forte,
01:13entraînant des troubles de la vigilance, des troubles de la conscience, un certain degré de déshydratation.
01:19Et pour les patients qui arrivent en réanimation, une perte de leur capacité à respirer tout seul, voire un arrêt
01:26cardiaque.
01:27Oui, le coup de chaud, c'est un cas d'urgence vitale.
01:29C'est l'incapacité du corps à réguler sa température.
01:33C'est ça. Dès que la température corporelle dépasse 40, 40 degrés et demi,
01:38le thermostat qui régule cette température est totalement déréglé.
01:44Et dès lors, la température interne va augmenter de façon incontrôlée.
01:49Et lorsqu'elle dépasse 43 degrés, surviennent des conséquences irréversibles.
01:53Bien, vous nous parlez d'un influx très important de patients, professeur Hanan.
01:57Y a-t-il un risque et un risque immédiat que les hôpitaux, les services d'urgence, en tout cas
02:01les vôtres,
02:02ne soient plus en mesure de prendre en charge tous les patients ?
02:06Écoutez, on est sous tension et nous ne sommes pas non plus dans une situation où nous sommes débordés.
02:12Donc, pour l'instant, je n'ai pas le sentiment, en tout cas pas dans mon hôpital, pas dans les
02:17hôpitaux franciliens,
02:18que nous soyons dans une situation où l'hôpital ne puisse plus accepter de nouveaux patients.
02:23À Paris, le préfet de police dit que les hôpitaux sont saturés.
02:27Qu'est-ce que ça veut dire quand on dit qu'un hôpital arrive à saturation ?
02:30C'est un problème de disponibilité de lits, de personnel, tout ça à la fois ?
02:34Oui, c'est un hôpital qui serait à saturation, on voudrait dire que l'hôpital ne serait plus capable d
02:39'admettre de nouveaux patients.
02:40Encore une fois, ça n'est pas le cas, en tout cas dans nos hôpitaux franciliens aujourd'hui.
02:46Bien, en tout cas, le préfet de police a décidé d'interdire la consommation d'alcool sur la voie publique
02:52dès aujourd'hui midi à Paris.
02:54Qu'est-ce que ça veut dire ? Une partie de l'afflux de patients aux urgences est en lien
02:58avec le cocktail alcool et chaleur ?
03:01Ou bien le préfet anticipe les dangers du week-end qui arrivent ?
03:04Moi, je ne peux pas me prononcer sur les raisons pour lesquelles le préfet a pris ses décisions.
03:10Ce qui est certain, c'est qu'il faut tout faire pour réduire le risque d'avoir des formes sévères
03:16de coups de chaleur.
03:17Et donc, la prise d'alcool est vraiment une très mauvaise idée, donc la réduire est une bonne idée.
03:24Bon, c'est important de le rappeler effectivement.
03:26Vous parliez de coups de chaleur essentiellement pour les arrivées aux urgences qui concernent toutes les tranches d'âge, tous
03:31les types de patients vraiment ?
03:33Oui, bien sûr, toutes les tranches d'âge sont concernées.
03:36Quelques enfants, des adultes jeunes et puis bien sûr des personnes âgées.
03:40Mais ça n'est en aucun cas uniquement les personnes âgées ou vulnérables qui sont concernées.
03:45Toutes les tranches d'âge, tout le monde est concerné.
03:48Je reprends les chiffres qui nous sont donnés sur Paris.
03:52Professeur Djilali Hanan, votre hôpital fait partie de l'assistance publique hôpitaux de Paris.
03:5625 arrêts cardiaques recensés à Paris en 24 heures.
04:00C'est une situation inédite ?
04:02En tout cas, c'est un nombre anormalement élevé.
04:05C'est à peu près 3 à 4 fois plus élevé que ce que l'on peut observer en temps
04:10normal, entre guillemets.
04:11Donc effectivement, ça témoigne d'une situation extrêmement tendue avec un nombre de personnes qui de plus en plus arrivent
04:22au bout de leur capacité à résister à cette canicule.
04:27Et donc, il ne faudrait pas que ça dure encore davantage parce que le nombre de personnes qui ne seraient
04:33plus en mesure de résister,
04:34et donc malheureusement, le nombre d'arrêts cardiaques ou d'essais prématurés risquerait d'augmenter de façon considérable.
04:42Alors la fin de la canicule, justement, elle est annoncée selon les régions dans le tournant du week-end qui
04:48arrive.
04:49On dit qu'on craint pour autant un effet à retard, une bombe à retardement, même après la fin de
04:56la canicule, dit le professeur Djilali Hanan.
04:58Alors, on ne le craint pas, il est certain.
05:01Il est certain.
05:01Ah oui, il est certain.
05:03Il est certain que tous nos organismes, les organismes de toutes ces personnes, en particulier les personnes vulnérables,
05:09qui ont souffert et qui souffrent, vont continuer de souffrir même si la température baisse.
05:15Et on va voir, effectivement, malheureusement, un nombre important de personnes, notamment celles qui ont souffert de maladies chroniques,
05:24malheureusement se retrouver dans un état de décompensation qui devrait nécessiter leur hospitalisation.
05:31On ne le craint pas, on sait qu'il va arriver.
05:34Qu'est-ce que ça veut dire, décompensation ?
05:36Ça veut dire que, lorsque l'on a une maladie chronique, par exemple un asthme, l'asthme peut être parfaitement
05:44contrôlé et on est capable de vivre normalement.
05:46Et puis, brutalement, parce qu'il y a cette condition très particulière de température très élevée associée à la pollution
05:54de l'air,
05:55on va brutalement avoir des crises d'asthme qui vont se répéter, qui ne seront plus contrôlées.
06:00C'est ça, une décompensation.
06:01Donc, des complications qui peuvent et qui vont, nous dites-vous, même arriver plusieurs jours après la fin de la
06:08canicule.
06:08Le gouvernement a activé le plan Orsan de gestion de crise sanitaire à son niveau le plus élevé, le niveau
06:143.
06:15Qu'est-ce que ça signifie, Professeur Hanan ? Comment ça se traduit pour les hôpitaux ?
06:19Ça se traduit par, effectivement, un effort supplémentaire de mobilisation
06:23pour que l'essentiel des soins, ou en tout cas, qu'on leur renforce notre capacité à prendre en charge
06:32des personnes victimes de canicule.
06:34Donc, on va déprogrammer la prise en charge de personnes qui n'est pas urgente.
06:39Et on va ainsi permettre de renforcer les équipes soignantes qui vont particulièrement s'occuper et prendre en charge les
06:47personnes qui sont victimes de coups de chaleur.
06:50Donc, c'est une réorganisation de l'activité programmée pour permettre de renforcer la capacité de l'hôpital à prendre
06:58en charge et donc éviter la saturation.
07:01Alors, le coup de chaleur, le risque existe au sein même des hôpitaux.
07:05On voit que nombre d'entre eux ne sont pas climatisés.
07:08La température dans les services, dans les chambres, peut monter jusqu'à 35 degrés.
07:12Dans votre service de médecine intensive, est-ce que vous êtes climatisé, par exemple ?
07:17Alors, nous, nous ne sommes pas climatisés.
07:19Notre hôpital fait partie de ces nombreux hôpitaux qui ne sont pas encore climatisés.
07:23Donc, effectivement, on constate dans nos chambres et dans les différentes pièces, ces températures très élevées.
07:30Donc, là encore, on essaye de gérer cette situation, d'utiliser différents types de moyens pour essayer de rafraîchir les
07:38pièces et les chambres des patients.
07:40Pour les patients les plus graves, on a des climatiseurs mobiles qui font qu'effectivement, on arrive à garder des
07:46chambres de réanimation rafraîchies.
07:48Mais ce n'est pas le cas, encore une fois, de toutes les chambres.
07:51Donc, on constate effectivement quelques cas de personnes hospitalisées qui vont présenter du malaise, voire d'authentiques coups de chaleur.
08:01Mais alors, la question qu'on se pose tous, est-ce qu'on a appris de la canicule de 2003,
08:05des vagues de chaleur qui ne se répètent pas de climatisation dans les hôpitaux ?
08:08Est-ce que ça fait partie des choses pour lesquelles vous poussez, que vous réclamez et de longue date, professeur
08:13Hanan ?
08:14Oui, moi, j'étais présent comme soignant lors de la canicule de 2003.
08:20Donc, ça, c'est depuis 2003 qu'on réclame effectivement...
08:22Et toujours pas.
08:24Et toujours pas.
08:25Et encore une fois, comment dire les choses ?
08:28La climatisation des hôpitaux n'est qu'une mesure parmi les nombreux autres qu'il faudrait prendre pour réorganiser notre
08:36système hospitalier
08:37et notre système de santé pour qu'il puisse faire face à ces différentes crises sanitaires répétées,
08:44qu'elles soient dues à des virus ou qu'elles soient dues à des conditions climatiques ou à d'autres
08:49choses.
08:49Et aujourd'hui, nos hôpitaux ne sont pas conçus pour prendre en charge et faire face à ces crises sanitaires.
08:56Donc, tant qu'on n'aura pas profondément réorganisé notre système de santé et notre système hospitalier,
09:04on sera toujours dans une situation dégradée pour faire face aux crises sanitaires.
09:09Et vous nous l'avez dit ce matin, nous allons vivre des jours difficiles,
09:12même après la fin de la canicule qui s'annonce.
09:16Difficile pour la population et pour le système hospitalier également.
09:20Professeur Djilali Hanan, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond Poincaré à Garche, près de Paris.
09:25Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
09:27Bien.
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