- il y a 5 heures
Avec l’essor de l’IA dans l’entreprise, le contrat social d’hier a-t-il encore un sens ? Directrice prospective et innovation RH chez Malakoff Humanis, Valérie Mussard nous livre sa vision de ce que doit être la relation entre une entreprise et ses salariés en 2026.
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00:03Générique
00:12Dessine-moi un contrat social, ça pourrait être le titre du sujet aujourd'hui.
00:17On va parler de quel est l'engagement entre l'entreprise et ses salariés,
00:22comment c'est impacté aussi par les transformations du travail.
00:25La plus grande actuellement, c'est l'IA.
00:26Et pour répondre à mes questions, une spécialiste du sujet, Valérie Mussard, bonjour.
00:30Bonjour.
00:32Directrice prospection, innovation RH chez Malakoff Humanis.
00:36En gros, votre job, c'est d'anticiper les futures évolutions du travail, c'est ça ?
00:41D'anticiper les futures évolutions du travail et également d'accompagner l'ensemble des transformations
00:45avec l'ensemble des collègues de la DRH et les métiers.
00:48Et les 10 000 personnes qui font partie de vos effectifs.
00:53qui se répartissent sur plusieurs activités, l'épargne, la retraite, l'assurance et la prévoyance
00:59et qui sont aussi répartis sur un peu plus de 25 sites en France.
01:03Donc une organisation aussi dans le déploiement de transformation qui est à penser.
01:07C'est une grosse machine, donc il faut vraiment que ce soit bien huilé.
01:10Et justement, le sujet qu'on voulait aborder avec vous, c'est cette notion de contrat social.
01:14C'est plus le même aujourd'hui en 2026 que celui de nos parents, voire même de nos grands-parents.
01:20Si aujourd'hui vous deviez le définir en quelques phrases, quelle serait votre définition
01:24ou même plus votre vision de ce que doit être le contrat social aujourd'hui ?
01:28Aujourd'hui, le contrat social, et notamment eu égard aux nouvelles générations qui arrivent,
01:32doit s'adapter à la vie personnelle.
01:35La vie personnelle.
01:36Voilà, ce qui était plutôt l'inverse avant.
01:38On voit bien qu'aujourd'hui, la nouvelle génération, elle veut vivre des expériences dans son travail.
01:42Et ce n'est pas forcément vivre son travail pour vivre des expériences.
01:47Un jeune est prêt à aller aux Etats-Unis et travailler chez McDo si besoin,
01:52parce que son objectif, c'est de vivre aux Etats-Unis, apprendre l'anglais.
01:55Donc tout l'enjeu des sociétés aujourd'hui, c'est de pouvoir trouver de quoi personnaliser au maximum,
02:02ou du moins trouver suffisamment de communs pour faire en sorte que les collègues puissent s'épanouir
02:09dans la vie du travail, tout en conciliant véritablement leur vie privée.
02:13Il y a quelques décennies, quelques générations, le contrat social, c'était, tu t'engages,
02:19tu te donnes à fond pour l'entreprise et on t'assure que tu pourras subvenir à tes besoins,
02:23que tu auras un métier, une carrière, une progression.
02:26Aujourd'hui, la priorité, enfin ça c'est encore important, mais c'est plus suffisant en fait.
02:31Vous parlez de modularité, je crois, dans votre...
02:33Exactement, alors on a déjà toute une partie sur la rémunération,
02:36donc il reste un peu le prérequis effectivement.
02:38Il ne faut pas oublier que c'est très important.
02:39Ça reste très important, mais là on fait par exemple ce qu'on appelle des NAO,
02:44des négociations annuelles obligatoires à la carte, c'est-à-dire qu'on la rend modulaire.
02:48Aujourd'hui, une augmentation générale, on peut ou l'apercevoir directement,
02:51ou l'épargner sur un PE ou sur un PERECO.
02:55De la même manière, on fait de la modularité sur les espaces.
02:59Dans tous nos nouveaux sites aujourd'hui, on a aussi bien des espaces individuels
03:03que des espaces collectifs, et quasiment moitié-moitié en termes de surface.
03:07Parce qu'il faut s'adapter à la façon dont chacun a envie de travailler.
03:11C'est la liberté limite en priorité, enfin à côté de la sécurité,
03:15mais il faut que les gens se sentent libres de s'organiser à leur manière.
03:17Exactement.
03:18Et puis on veut aussi casser un peu ces phénomènes de réunion,
03:22qui sont souvent targuées de noms productifs, ce qui n'est pas forcément le cas.
03:26Mais en tout cas, l'échange est important, et notamment du fait du présentiel et du distanciel.
03:32Le télétravail est aussi une forme de modularité.
03:35Et comment on fait revenir les gens sur site, puisque c'est encore malgré tout le débat,
03:40c'est pas en leur proposant de travailler en présentiel, à la différence de travailler en distanciel,
03:45mais d'avoir une vie de site.
03:47On vient sur site pour échanger, se rencontrer, partager des expériences.
03:51Une plus-value par rapport à ce qu'on fait en télétravail.
03:52Par rapport à ce qu'on fait en télétravail, exactement.
03:55Donc par exemple, chez vous, les plus-values, ça va consister en quoi ?
03:57Si c'est au-delà des réunions ?
03:59Parce que j'ai bien compris qu'il n'y a pas que la réunion.
04:01Non, il n'y a pas que les réunions.
04:02Alors on peut avoir des espaces où les collaborateurs ont des écrans,
04:05enfin des doubles écrans, comme on retrouve dans les open spaces classiques.
04:09Mais on a aussi de quoi travailler en terrasse,
04:12de quoi travailler dans des grands ensembles où on peut bouger les tables.
04:15On est connecté dans tout le site, avec ou grand sans écran.
04:19On peut vraiment s'installer comme on le souhaite.
04:22Une notion de confort ?
04:23Oui, exactement.
04:24Avec des services aussi, par exemple sur notre siège,
04:27nous avons ouvert le Café Joyeux aussi,
04:29qui est marque d'une autre partie de notre contrat social.
04:31En tout cas, l'état d'esprit, c'est qu'on travaille comme on a envie,
04:36en termes de confort, de travailler.
04:38J'imagine que dans cette modularité, ces demandes,
04:42vu qu'il y a plusieurs générations différentes de travailleurs chez vous,
04:46les demandes ne sont pas les mêmes.
04:47Si on devait un peu segmenter,
04:50est-ce que les demandes des jeunes et des plus seniors sont radicalement différentes ?
04:54Alors pas forcément, mais on trouve des communs,
04:56parce qu'il y a une forme de transmission aussi d'intérêt
04:59et de perception de vie entre les générations.
05:02On part souvent du principe que les jeunes aiment bien être dans des espaces très collectifs
05:08ou de percevoir directement du cash.
05:10Ce n'est pas forcément le cas.
05:12Aujourd'hui, les jeunes investissent aussi en épargne
05:14pour pouvoir justement partir aux États-Unis,
05:16si je reprends cet exemple-là,
05:18et puis aiment aussi pouvoir se retrouver dans des espaces isolés
05:22pour se concentrer, pour apprendre un peu différemment
05:25ou du moins prendre du recul par rapport à ce qu'ils ont appris
05:29à travers tous les échanges qu'ils ont pu avoir au cours de la journée.
05:31Donc on voit bien que les communs, c'est notre but, évoluent.
05:35Il n'y a pas un profil pour les jeunes, un profil pour les plus seniors.
05:39C'est plus compliqué.
05:39C'est plus compliqué que ça.
05:41Et l'objectif, c'est que chacun puisse y trouver son compte à des moments de la journée.
05:46Justement, un point qui pourrait donner l'impression
05:49qu'il y a une génération qui s'en sort mieux par rapport à l'autre, c'est l'IA.
05:52Récemment, on parlait d'une étude d'Indeed qui montrait que la Gen Z,
05:56contre-intuitif, craignait plus.
05:58Il y avait une grosse proportion de Gen Z qui craignait l'arrivée de l'IA.
06:01Vous, dans vos effectifs, les 10 000 collaborateurs de Malakoff,
06:04comment s'est perçu l'essor de l'IA au travail, au quotidien ?
06:07Alors là aussi, c'est mitigé.
06:09On peut avoir des seniors qui ne s'y intéressent pas du tout
06:13parce qu'ils se disent, sur ma fin de carrière,
06:16j'ai déjà des habitudes.
06:19Comment je vais finir ma carrière ?
06:20Je n'ai pas envie de la finir mal, si je puis dire.
06:23Et il y en a d'autres, au contraire, qui sont les premiers
06:25à vouloir montrer que leur expertise compte encore
06:29et commencer à réinventer le métier de demain.
06:32Et concernant les jeunes, de la même manière,
06:34on en a qui sont très technophiles, d'autres pas trop.
06:37Néanmoins, on voit bien que les jobs d'entrée sont un peu perturbés.
06:41On a beaucoup d'alternants dans le groupe.
06:44Tous ne viennent pas avec de l'IA,
06:45mais leur préoccupation, c'est quand même de pouvoir grandir.
06:49Et aujourd'hui, il faut que nous, on puisse leur donner les clés
06:53pour acquérir de l'expertise à travers des expériences
06:56et pas à travers un questionnement sur un assistant IA.
06:59Et comment vous cadrez ça, l'usage de l'IA ?
07:01Parce qu'il y a souvent aussi ce risque de shadow IA,
07:04c'est-à-dire les gens qui vont l'utiliser
07:05sans que le supérieur hiérarchique le sache.
07:08Quand on a 10 000 collaborateurs,
07:10les trous dans la raquette, c'est quand même possible.
07:12Comment c'est géré ?
07:13Alors, déjà, on a clairement ouvert le chemin de l'IA
07:18il y a deux ans et demi.
07:19Alors, de l'IA génératif,
07:20parce que dans le groupe, on fait de l'IA depuis plus de 10 ans.
07:24Donc, en tout cas, on a clairement ouvert le sujet.
07:27On a expliqué ce que c'était que l'IA.
07:29On a appris aux gens à faire du prompt.
07:31C'est un peu la base pour voir comment réagit la machine
07:33et se projeter dans les usages de demain.
07:36On a également organisé des journées de l'IA
07:38sur l'ensemble de nos sites
07:39où il pouvait y avoir des échanges avec les experts,
07:42où on pouvait prompter justement son quotidien,
07:44où on pouvait déceler le vrai du faux,
07:46parler de l'éthique autour de l'IA et de la confiance.
07:49Avec les données qu'on traite,
07:51c'est important de s'assurer qu'on a une IA d'éthique et de confiance.
07:54Et puis, on fait des ateliers régulièrement
07:57à la demande des managers,
07:58qui sont aussi demandeurs pour être accompagnés,
08:01à sensibilisés,
08:02jusqu'à l'adoption de l'IA par les équipes.
08:05Et on a également une communauté virtuelle
08:08qui est plutôt active,
08:09où chacun vient un peu proposer ses promptes,
08:12chacun donne un peu des astuces.
08:15Et c'est quelque chose qu'on va renforcer à la rentrée
08:17en créant aussi des doutings au sein du groupe
08:19pour que ce soit encore plus libéré.
08:21Est-ce qu'il y a une peur de certains salariés
08:23de peut-être pas perdre leur emploi,
08:25mais en tout cas de voir leurs conditions de travail
08:27dégradées à cause de l'IA ?
08:28Oui, et les médias nous poussent un peu
08:33à générer cette crainte.
08:35Nous, avec les partenaires sociaux,
08:37on vient identifier systématiquement
08:38à chaque cas d'usage s'il y a un impact sur l'emploi.
08:40Notre objectif, c'est de maintenir l'emploi
08:42et l'employabilité surtout.
08:44Et c'est surtout un enjeu majeur demain.
08:46Dans le contrat social,
08:48le parcours de carrière, c'est vraiment important,
08:50justement, au égard à l'IA.
08:52Aujourd'hui, ce que l'on est en train de mettre en place,
08:55par exemple, c'est l'école de l'IA.
08:56Alors, former à l'IA, ça ne veut rien dire.
08:59Par contre, former les collaborateurs
09:02à leur métier qui utiliseront de l'IA demain,
09:06ça, c'est important.
09:07Et on voit bien qu'on ne peut le faire
09:08qu'à travers des cas d'usage
09:09qui sont travaillés par les experts métiers eux-mêmes.
09:12Et c'est comme ça qu'on va pouvoir
09:13construire les parcours professionnels
09:15et puis retirer un peu les craintes de chacun.
09:18Donc, nous, ce qu'on cherche vraiment
09:20lorsqu'on met en place des cas d'usage,
09:21c'est à la main de ceux qui font.
09:23Parce que c'est eux qui savent
09:24si l'expertise est préservée,
09:26s'ils peuvent justement récupérer du temps
09:29ou de l'énergie pour faire autre chose
09:30et pas un top-down, c'est militaire.
09:33Et ça veut dire aussi que vos collaborateurs,
09:36en fait, il faut les accompagner
09:37pour évoluer tout au long de la carrière.
09:39Donc, il y a un gros travail,
09:40de gros investissements
09:41sur les modules de formation en cours de carrière ?
09:44Oui, alors, on a plusieurs dispositifs.
09:46Déjà, on a réécrit l'ensemble de nos filières métiers.
09:48On a des filières management, projets,
09:50des filières chiffres, techniques, commerciales, etc.
09:53Pour que chacun puisse se projeter aussi,
09:56déjà de manière un peu classique,
09:57sur les 15-20 métiers que l'on a dans le groupe
10:01qui permettent déjà plus de 1200 mobilités par an.
10:04Donc, on a besoin aussi de diversité,
10:06aussi pour répondre à ces jeunes qui changent souvent.
10:09Et il y a des nouveaux métiers qui vont arriver aussi.
10:11Et il y a des nouveaux métiers qui vont arriver,
10:12des nouvelles missions d'abord, des nouvelles tâches.
10:15On parle beaucoup de supervision de l'IA,
10:17de contrôle de l'IA,
10:18mais il y a aussi tous les jobs autour de la donnée.
10:21La donnée, ce n'est pas qu'un sujet de texte,
10:22c'est un sujet métier.
10:24Il y a du juridique.
10:25On voit bien les DPO, les juristes avec l'IA
10:27qui sont beaucoup sollicités.
10:29Et puis, à travers aussi les réglementations de notre secteur,
10:32il y a aussi beaucoup de choses
10:33qu'il faut pouvoir expertiser et cercler correctement.
10:37Encore beaucoup de choses à découvrir.
10:39Valérie Mussard, je le rappelle,
10:40directrice prospective et innovation RH
10:42chez Malakoff Humanis,
10:43partenaire de la Grande Assemblée
10:45le 25 juin au Parc des Princes avec la CPME.
10:48On vous y retrouvera.
10:49On invite d'ailleurs tous les gens qui nous regardent
10:51à y être présents au Parc des Princes le 25 juin.
10:53Merci beaucoup.
10:54On va parler d'un autre sujet
10:55que vous devez traiter dans vos équipes.
10:57C'est l'accompagnement des personnes
10:58qui ont un TDAH,
11:00un trouble de l'attention avec ou sans hyperactivité.
11:03Tout de suite, un témoignage d'une personne
11:04qui a appris à vivre sa vie professionnelle avec.
11:07Merci.
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