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  • il y a 9 minutes
Avec Jérôme Pauzat, magistrat et fondateur de l'association Amour de la justice et Me Mourad Battikh, avocat des petites-filles de Joël Barella

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##SUD_RADIO_VOUS_EXPLIQUE-2026-06-23##

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Transcription
00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Jacques Cardoz.
00:04Soyez les bienvenus, il est 7h40 et comme promis on ouvre le débat autour de l'affaire Liana
00:10et de ce premier rapport qui est tombé, qui est accablant pour la justice.
00:14On est avec Jérôme Poza. Bonjour Jérôme Poza.
00:17Bonjour.
00:18Vous êtes magistrat et fondateur également de l'association Amour de la Justice.
00:21Alors ce rapport est clair, l'affaire selon lui, selon ce rapport, n'a pas été traité en urgence par
00:27tout le monde.
00:28Et notamment, c'est le parquet d'oches qui est montré du doigt.
00:32On parle d'une perte de temps, de l'absence de suivi.
00:35En gros, personne ne s'est vraiment soucié du dossier, c'est ce que dit ce rapport.
00:39Est-ce que selon les informations que vous avez, vous êtes d'accord avec cette analyse ?
00:44Écoutez, moi je n'ai pas d'autres informations que celles que vous avez, M. Cardoz.
00:48Je ne suis pas dans les petits papiers de l'inspection.
00:51J'ai lu comme vous, avec attention, ce rapport.
00:54Et les constats accablants, comme vous dites, qu'ont montré les rapporteurs de l'inspection.
01:04Après, le fait de dire que ça n'a pas été traité comme ça aurait dû être, peut-être.
01:09Maintenant, j'attends le second pré-rapport et puis le rapport définitif,
01:13puisqu'il va falloir contextualiser dans quel environnement ces défaillances qui ont été pointées ont été produites.
01:22Alors justement, on va essayer de rentrer un petit peu dans le détail,
01:24parce qu'il y a quelques éléments de détail qui sont donnés.
01:26Justement, par exemple, on s'était notamment beaucoup interrogé,
01:30avant ce rapport, sur les dossiers, sur la transmission des dossiers par voie postale.
01:34Là, on en a maintenant des éléments extrêmement précis.
01:3813 jours, sans caractère d'urgence, alors que lors de l'envoi,
01:42la demande est faite qu'il y a un caractère d'urgence.
01:45Il y a une histoire de pièce qui doit être jointe ou pas jointe.
01:49Les deux parties ne se comprennent pas.
01:51Là, franchement, on se dit, on est resté bloqué, pardon de le dire comme ça,
01:55mais on est resté bloqué au début du XXe siècle.
01:57On n'agit pas avec les moyens modernes d'aujourd'hui.
02:00Alors, on n'agit pas avec les moyens modernes d'aujourd'hui,
02:02parce qu'on ne les a pas sur tous les champs de compétences judiciaires.
02:07En l'occurrence, pardon, M. Posa, pardon, mais là, en l'occurrence,
02:11l'envoi, il est de dire, on vous envoie par courrier,
02:14mais ça n'empêche pas qu'on vous envoie par courrier électronique tout de suite,
02:19de façon à pouvoir traiter tout de suite.
02:20Et en fait, ça ne se fait pas.
02:22C'est là-dessus que je voulais vous entendre.
02:24Oui, oui, oui.
02:25Alors, non, non, mais il n'y a pas de souci.
02:27De ce que moi, j'ai lu, de ce que j'ai compris,
02:30effectivement, il y a une transmission papier,
02:32parce que c'est le process habituel en matière criminelle,
02:35qui n'ont toujours pas...
02:36Non, mais c'est ça qu'il faut bien avoir à l'esprit.
02:39C'est le process habituel.
02:40Donc, ça veut dire que ça n'enlève pas la responsabilité du collègue.
02:42Bien entendu que quand on lit ça, nous, on va dire, tranquille,
02:46assis dans un fauteuil, on se dit,
02:48c'est pas possible, pourquoi il n'a pas appelé ?
02:50Pourquoi il n'a pas mis un mail ?
02:52Pourquoi il n'a pas décroché le téléphone ?
02:53Mais d'un autre côté, les process qui sont en place,
02:56et ça, il faut bien que les auditeurs l'entendent,
02:58c'est qu'en matière criminelle, pour l'instant,
03:00la numérisation n'est pas complète.
03:02Donc, la transmission numérique ne se fait pas.
03:03Et que, pour l'instant, le procédé, c'est de dire que
03:05quand il y a un scellé dans le dossier,
03:07je ne sais pas ce que c'était ce scellé,
03:10il faut envoyer par transmission écrite.
03:13Ça paraît complètement absurde,
03:14mais pour l'instant, c'est le process.
03:15Ça n'enlève pas le fait que, effectivement,
03:18il y aurait pu avoir un coup de fil
03:20et un mail qui soit passé.
03:22Mais après, pour comprendre ça,
03:23c'est là que le second pré-rapport va être important,
03:26parce que là, on a laserisé, si vous voulez,
03:28les cinq semaines de traitement du dossier au parquet d'Oche.
03:31Il va falloir savoir qu'est-ce que le substitut
03:34ou la substitue en question a à faire,
03:36comment elle travaille,
03:37qu'est-ce qu'elle a fait d'autre pendant ces cinq semaines.
03:39Alors, justement, la magistrate, votre collègue,
03:41elle est mise en cause quand même,
03:42directement par le...
03:43C'est quand même très, très rare.
03:45Et en même temps, on apprend par la même occasion
03:4750 viols sur la petite Rosa sans que rien ne se passe.
03:50Comment est-ce possible de ce que l'on comprend
03:53au moment où le dossier est à l'instruction à Oche ?
03:56En réalité, on est très occupé par d'autres dossiers.
03:59Est-ce que c'est volontaire ?
04:00Est-ce que c'est involontaire ?
04:01Est-ce que c'est mal géré ?
04:02Je ne le sais pas.
04:03Mais en tous les cas, on est très occupé par ces dossiers
04:05et on ne se soucie pas du sort de la petite Rosa.
04:08C'est ça, la réalité ?
04:09Alors, la réalité, non.
04:11Je ne pense pas qu'on puisse dire qu'on ne se soucie pas.
04:15Ça, ça sera effectivement à l'enquête administrative
04:18qui va être mise en place dans le cadre de la procédure disciplinaire
04:21de l'expliquer.
04:22Moi, je n'imagine pas qu'on ne puisse pas se soucier.
04:24En revanche, après, il y a plein de points de dysfonctionnement
04:26qui sont à étudier.
04:28Et notamment, par exemple, j'espère que vous l'avez lu,
04:32comment se fait l'arrivée d'un dossier,
04:34l'enregistrement d'un dossier dans un bureau d'ordre pénal ?
04:36Combien de personnes sont affectées à ce bureau d'ordre pénal ?
04:39Vous avez vu que quand la plainte de la petite Rosa arrive,
04:41il y a 400 plaintes à enregistrer.
04:44Pourquoi ensuite cette plainte-là n'est pas transmise
04:47dans les mains du magistrat
04:49avec la restitution du coup de téléphone de la mère ?
04:52Parce que vous avez vu que la mère,
04:54non seulement elle s'est faite rabrouer par les gendarmes
04:58quand elle a appelé,
04:58mais lorsqu'elle a appelé au bureau d'ordre pénal,
05:00elle a exprimé tout son désarroi de dire
05:02« Mais quand est-ce que ma plainte va être traitée ? »
05:04Là, vous avez vu que la plainte est placée
05:06dans une pochette rouge qui va être remise dans la pile du magistrat.
05:10On ne lui apporte pas,
05:10on ne dit pas que la mère a téléphoné.
05:12Donc, il y a tout cet enchaînement qui a pointé.
05:15Et bien entendu qu'on ne va pas se mentir,
05:19il y a un traitement qui n'est pas à la hauteur de la gravité
05:23de ce qui est rapporté.
05:24En revanche, maintenant, moi, ce que je veux voir,
05:27c'est qu'on s'interroge sur l'organisation collective,
05:29sur les process et sur ce qu'est le travail d'un parquetier,
05:32parce que vos auditeurs ont besoin d'entendre ce qu'est le travail d'un parquetier
05:36qu'on travaille à la permanence téléphonique,
05:38à la permanence électronique,
05:40avec les audiences à les faire.
05:43Il y a tellement de choses à expliquer aux gens.
05:45Ce n'est pas pour dédouaner la personne,
05:47c'est juste pour comprendre dans quel contexte,
05:49aujourd'hui, les parquetiers français évoluent.
05:51On a bien compris, Jérôme Poza,
05:52vous êtes magistrat et fondateur de l'association Amour de Justice,
05:55et on a bien compris que vous étiez,
05:58vous et vos collègues, vous croulez sous le travail,
06:00mais ça ne doit pas non plus occulter les quelques responsabilités,
06:03et vous nous dites ce matin, au micro de Sud Radio,
06:06que vous attendez, et vous reviendrez à notre micro,
06:08évidemment, vous attendez aussi l'autre rapport,
06:12qui sera celui-ci, contradictoire.
06:13Autre invité exceptionnel, tout de suite,
06:15Mourad Batik.
06:17Alors Mourad Batik, bonjour,
06:18vous êtes avocat des petites filles de Joël Barrella,
06:21et vous, sur ce sujet,
06:23soyez le bienvenu sur l'antenne de Sud Radio,
06:25et bien vous dites que, maître,
06:27que c'est un rapport qui a pour but de couper les têtes,
06:30je rappelle, pour être très précis,
06:32vous êtes l'avocat de Joël Barrella,
06:34le père de Jérôme Barrella,
06:36et vous êtes l'avocat de Maéva et Précilia,
06:39les deux jeunes femmes qui accusent Joël Barrella.
06:42Alors, sur ce rapport,
06:43vous nous dites qu'il a pour but de couper les têtes,
06:46c'est-à-dire ?
06:47C'était cousu de fil blanc depuis le premier jour,
06:50à partir du moment où on a commandé ce rapport,
06:53on savait, et on connaissait la finalité,
06:55la finalité, c'était de couper une, deux, trois têtes,
06:58pour sauver celle du garde des Sceaux.
07:00Ça n'était pas un rapport objectif,
07:02ça n'était pas un rapport d'une honnêteté intellectuelle
07:05qui était finalement incontestable,
07:08et donc ce rapport, il avait pour objet
07:10de créer un écran de fumée.
07:12Mais je crois que personne n'est dupe,
07:14les Français ne sont pas dupes,
07:15les Français ont compris que les responsabilités individuelles
07:19pouvaient évidemment être mises en cause,
07:21comme dans toutes les professions,
07:22mais la réalité, c'est que si vous pointez du doigt
07:26la responsabilité du parquet d'hoches
07:28ou de tel ou tel gendarme,
07:30eh bien demain, il va falloir muter tel gendarme d'Île-de-France,
07:36il va falloir passer devant le CSM tel magistrat du siège,
07:41tel procureur, et donc c'est infini en réalité.
07:44Vous nous dites que la problématique est évidemment bien plus large
07:47et il ne faut pas se concentrer uniquement
07:48sur des responsabilités individuelles,
07:50et vous dites qu'on n'est pas à la hauteur
07:52de ce qu'est la France,
07:53parce que vous nous dites qu'un magistrat,
07:55ça va dans la continuité de ce que nous disait
07:57à l'instant le premier vice-président de Nancy,
08:00un magistrat instructeur gère entre 150 et 170 dossiers
08:04dans son cabinet.
08:06Écoutez, les magistrats,
08:08je croise le fer avec eux tous les jours,
08:10donc si vous voulez, je suis assez objectif
08:12sur ce que je fais et ce que je pense des magistrats.
08:16Néanmoins, on ne peut pas leur retirer une qualité,
08:19ce sont des bosseurs,
08:20ce sont des gens absolument exceptionnels, extraordinaires,
08:23ils travaillent énormément,
08:24ils ont 150, 170 dossiers,
08:26on ne parle pas de petits dossiers,
08:28on parle de dossiers de terrorisme,
08:30de dossiers de meurtre, d'assassinat.
08:33– Pardon de vous couper concrètement,
08:35parce qu'on est pris par le temps pour terminer,
08:37Mourad Batik, qu'est-ce que vous apprend ce rapport ?
08:39Il y a des responsabilités particulières,
08:42précises qui ont été pointées du doigt,
08:45le parquet d'oches,
08:46des errements, des attentes,
08:47les 13 jours pour la diffusion d'un dossier,
08:50le fait que ce ne soit pas traité en urgence,
08:52une forme, pardon de le dire au micro,
08:54mais une forme d'incompétence,
08:55on ne peut pas comprendre qu'on mette autant de temps
08:58alors que le sort d'une petite fille est en jeu.
09:01Qu'est-ce que vous apprend ce rapport,
09:04M. Batik ?
09:06– Ce rapport, il ne nous apprend absolument rien,
09:08sinon une forme de lâcheté du garde des Sceaux
09:11qui a livré à la population française
09:14une victime expiatoire,
09:15en disant, bon ben voilà,
09:16vous vouliez un responsable,
09:17nous vous en livrons un, deux, trois,
09:20et puis circuler,
09:21il n'y a rien à voir me concernant.
09:22C'est tout ce que nous apprend ce rapport.
09:23– Merci infiniment, M. Batik,
09:25d'avoir été en notre compagnie.
09:27On était avec deux invités,
09:28c'est exceptionnel ce matin sur le show de radio,
09:30parce qu'on veut évidemment essayer
09:31de vous apporter un maximum d'éclairage
09:34sur ce rapport qui a été accablant pour la justice.
09:38Il y en aura d'autres à l'évidence.
09:40À suivre, drôle d'époque avec vous, Philippe David.
09:44– Sous-titrage Société Radio-Canada
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