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Le football est-il un business comme les autres ? Alors que la Coupe du monde débute, un débat sportif au menu ! Mais aussi un reportage sur nos salaires, des questions sur nos congés, un détour par Stockholm et la toute première interview radio du nouveau gouverneur de la Banque de France. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/on-n-arrete-pas-l-eco/on-n-arrete-pas-l-eco-du-samedi-20-juin-2026-1845247

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00:00Et l'invité d'On n'arrête pas l'écho ce samedi 20 juin, c'est le gouverneur de la
00:03Banque de France.
00:04Bonjour et bienvenue Emmanuel Moulin.
00:06Bonjour Alexandra Bensaïde.
00:07Et merci d'avoir choisi On n'arrête pas l'écho pour votre première interview radio.
00:11Vous avez été nommé le 2 juin dernier.
00:14Alors, après le Covid, après la guerre en Ukraine qui dure toujours,
00:17les Français sont donc en train de vivre un troisième grand choc.
00:21C'est le conflit au Moyen-Orient.
00:23La préoccupation pour le pouvoir d'achat, on l'a dit, elle revient en force.
00:26Emmanuel Moulin, dites-nous, est-ce que les Français ont raison d'être inquiets
00:30pour leur pouvoir d'achat, pour leur salaire ?
00:33Alors, évidemment, la guerre en Iran et au Moyen-Orient, elle a provoqué un choc énergétique.
00:40Mais l'objectif de la Banque centrale, c'est justement d'éviter une augmentation trop forte de l'inflation.
00:46Au-delà de ce choc énergétique, il y a une diffusion de l'inflation
00:50à l'ensemble du panier de biens de consommation.
00:53Et donc, ce sont les décisions que nous prenons pour lutter contre l'inflation.
00:57Et par ces décisions, nous préservons le pouvoir d'achat des Européens.
01:01Là, vous partez tout de suite sur votre autre casquette,
01:04parce qu'en tant que gouverneur de la Banque de France,
01:06vous siégez au Conseil des gouverneurs à la Banque centrale européenne.
01:09Et la semaine dernière, voyant l'inflation en Europe, dans la zone euro,
01:13vous avez donc décidé, pardon, je fais le contexte,
01:16vous avez décidé ce qu'on appelle un durcissement monétaire.
01:19C'est-à-dire que vous avez fait monter le taux de crédit.
01:22Donc vous dites, on voit suffisamment d'inflation dans la zone euro
01:24pour décider qu'il est temps de refroidir la machine, c'est ça que vous dites ?
01:29Alors, ce que nous voyons dans nos prévisions,
01:32c'est une augmentation de l'inflation au-delà de notre cible de 2%.
01:36La Banque centrale européenne, elle a un objectif d'inflation de 2%.
01:40Et là, dans nos prévisions, nous sommes au-dessus, nous sommes à 3% en 2026, 2,3% en
01:472027,
01:48et nous ne revenons à notre objectif qu'en 2028.
01:52Et en France, qu'est-ce qui se passe, Emmanuel Moulin ?
01:54Qu'est-ce qu'on dit aux Français pour l'année 2026 ?
01:56Alors, pour l'année 2026, on sera à 2,5% selon nos prévisions,
02:00et puis ensuite, on retombera en dessous des 2%, à 1,7% en 2027 et en 2028.
02:06Mais évidemment, à la Banque centrale européenne, nous regardons la situation de la zone euro,
02:12pas seulement la situation d'un pays de la zone euro, même s'il est aussi important que la France.
02:17Mais sur la France, pardon, et après je reviens à la zone euro,
02:20mais sur la France, est-ce que quand vous dites que l'inflation va monter à 2,5%,
02:24ça veut dire que ce qui nous attend, ce sont des hausses de prix ?
02:29Là, vous parliez de l'énergie, mais vous êtes en train de penser que ça va se diffuser ?
02:32On va voir ça dans les rayons des supermarchés.
02:34Ce qu'on veut éviter, effectivement, c'est une diffusion trop importante
02:38de l'augmentation du prix de l'énergie aux autres composantes de l'indice des prix à la consommation.
02:43Ce qu'on voit aujourd'hui, c'est que ça commence sur les services,
02:46et en particulier les services qui ont une grosse dépendance à l'énergie.
02:52Vous pensez à quoi ?
02:53Les services de transport, les services de transport aérien, la logistique.
02:57Et puis, on peut avoir un impact également sur l'alimentaire.
03:01Et donc, cela, nous voulons l'éviter, nous voulons éviter une spirale inflationniste.
03:07Souvenez-vous 2022, où on a eu une augmentation très forte des prix,
03:12on a atteint des taux d'inflation de presque 6%.
03:15Et on a dit que les banquiers centraux avaient réagi un peu trop tard.
03:17Alors voilà, il ne faut pas avoir la mémoire courte.
03:20Et donc, nous réagissons, mais nous réagissons de manière pragmatique,
03:26assez modeste, puisque nous augmentons notre taux directeur de 25 points de base.
03:30Nous passons de 2 à 2,25.
03:33Et nous avons dit, nous n'enclenchons pas aujourd'hui un cycle haussier des taux.
03:40Nous regarderons à chaque réunion du Conseil des gouverneurs de la BCE,
03:43quelle sera la situation, et nous prendrons les décisions réunion par réunion.
03:48Ça veut dire que vous entendez ceux qui disent, vous êtes gentil,
03:52mais là, l'inflation, elle ne s'est pas encore diffusée.
03:54Vous êtes en train de mettre un jet d'eau froide sur une économie qui est à peine tiède.
03:59Je pense que nous avons pris cette décision, elle est appropriée.
04:02Elle est appropriée, elle est raisonnée, elle est logique.
04:06Et en même temps, nous ne disons pas que nous allons augmenter les taux dans les réunions futures.
04:12Donc, nous avons une économie européenne qui, en fait, est assez résiliente.
04:17L'économie française a connu un peu introduire au premier trimestre.
04:21Mais l'économie européenne est assez résiliente.
04:24Et donc, la décision que nous avons prise, elle est appropriée, adaptée et modérée.
04:29C'est dit.
04:30Emmanuel Moulin, la France, justement, cette semaine, la Banque de France a révisé sa prévision de croissance.
04:35Pour le pays, de 0,9% à 0,5% de croissance.
04:38Donc, c'est de la baisse.
04:39Est-ce que ça veut dire que, jusqu'à présent, nous aussi, on était résilients comme les copains,
04:43mais que là, on est en train de décrocher ?
04:45Alors, on a connu un premier trimestre avec quelques spécificités françaises,
04:50notamment des difficultés sur les chaînes d'approvisionnement de l'aéronautique.
04:54Et c'est un secteur très important pour nos exportations.
04:57Et puis, un impact du vote du budget décalé, notamment sur l'investissement en logement des ménages.
05:03Donc, ce sont des éléments assez spécifiques.
05:07Et ce que nous prévoyons, nous, c'est qu'au deuxième trimestre, on aura une croissance à tône,
05:12car au deuxième trimestre, l'effet du choc énergétique,
05:17notamment lié à la guerre en Iran qui a commencé le 28 février,
05:21se fera sentir principalement sur ce deuxième trimestre.
05:25Alors, il y a d'autres prévisions de l'INSEE qui sont un peu plus optimistes que les nôtres.
05:29J'espère que nous nous trompons et qu'ils ont raison.
05:33Mais, pour l'instant, notre analyse, c'est que le deuxième trimestre sera plutôt à tône,
05:39avec une très, très légère reprise au deuxième semestre de l'année.
05:42Là, on a quand même un protocole d'accord entre l'Iran et les Etats-Unis.
05:47Vous allez me dire, il est fragile.
05:49Est-ce que si ça se passe bien, ça, ça peut nous donner, justement,
05:52cette bouffée d'oxygène qui vous donnerait tort ?
05:55Oui, bien sûr, parce que, notamment, une autre différence entre les prévisions de l'INSEE et les nôtres,
06:00c'est le prix du pétrole.
06:01Nous avons arrêté nos prévisions au 21 mai.
06:04Donc, on était sur des prévisions de prix du pétrole à peu près 100 dollars le baril.
06:09Aujourd'hui, on est autour de 80.
06:10Donc, évidemment, c'est plutôt une bonne nouvelle.
06:13Ce que nous disons, cependant, c'est que le choc énergétique risque d'être persistant,
06:18car revenir à la normale mettra du temps.
06:21Le trafic sur le détroit d'Ormouz, effectivement, se normalise, mais assez lentement.
06:29Il y a aussi eu des destructions de capacités de production dans le Golfe.
06:33Et donc, tous ces éléments vont faire qu'on ne retrouvera pas des prix du pétrole,
06:39ceux d'avant la crise, avant un certain moment.
06:42Un certain moment, vous pensez que ça peut...
06:44C'est très difficile de faire des prévisions sur le prix du pétrole.
06:48Mais on a, je pense, plusieurs mois de réadaptation de la situation avant qu'elle arrive à une situation normale.
06:57Emmanuel Moulin, ce samedi, on a 60 départements qui sont en vigilance orange.
07:01Peut-être que demain, certains passeront en rouge.
07:03On voit que des écoles ferment, que des trains sont annulés.
07:05Et qu'en dit le gouverneur de la Banque de France ?
07:07À quel point la canicule, ça pèse sur notre économie ?
07:09Et à quel point il faudrait investir pour être adapté à ce réchauffement climatique, à ces canicules ?
07:16Alors, pour la Banque de France et puis pour la Banque centrale européenne,
07:19le changement climatique, c'est un risque important, en particulier sur le secteur financier,
07:25puisque ça impacte les actifs des banques, les bilans des banques, et ça impacte aussi les assurances.
07:30Et c'est vrai que l'Europe est soumise à des chocs importants au niveau énergétique
07:37et à des événements climatiques exceptionnels.
07:41Donc, il est important de continuer à investir dans la décarbonation et puis dans l'adaptation.
07:47Du point de vue économique, à court terme, les effets sont à peu près un peu ambiguës.
07:52On ne sait pas très bien si ça a un effet.
07:54Certes, la productivité peut baisser parce que c'est difficile de travailler quand il fait chaud.
07:58Mais en même temps, on peut utiliser plus d'énergie à cause de la climatisation.
08:02Donc, à court terme, il y a un effet qui est un peu ambiguë.
08:05Mais à moyen terme, clairement, ça a un effet négatif sur la croissance.
08:08Et c'est le cas des canicules, mais aussi des incendies, mais aussi des inondations.
08:14On a eu en Europe le cas de la Slovénie, où il y a eu un impact sur le PIB
08:19de presque de 10% sur le PIB de la Slovénie.
08:22Nous, on a eu évidemment les inondations à Valence.
08:25Et donc, on a une multiplication de ces événements climatiques.
08:29Donc, il faudrait trouver l'argent pour investir beaucoup plus ?
08:31Il faut poursuivre, effectivement, nos investissements dans la décarbonation et dans la lutte contre le changement climatique.
08:38Il faut que le secteur financier y contribue.
08:41Et donc, c'est aussi le secteur privé.
08:44Ce n'est pas seulement de l'argent public qui doit être mobilisé.
08:46Je vous pose la question parce que, avant d'être gouverneur de la Banque de France,
08:49vous avez été de 2017 à 2024 directeur du cabinet de Bruno Le Maire, puis patron du Trésor.
08:54Ça veut dire que vous avez un œil particulier sur le budget.
08:56Le budget 2027, avec tout ce qu'on a dit, ça va être mission impossible ?
09:00Non, je ne pense pas.
09:01Je pense que c'est possible de trouver, j'espère que c'est possible de trouver un accord avec les
09:07forces politiques
09:09pour avoir un budget pour 2027.
09:11C'est indispensable parce qu'on ne peut pas fonctionner avec une loi spéciale pendant six mois.
09:17Donc, je pense que tout le monde a intérêt à trouver un accord sur le budget
09:21pour aborder sereinement la période des élections présidentielles.
09:24Et en tout état de cause, il me semble qu'après l'élection présidentielle, il y aura un budget rectificatif.
09:29Donc, les choix politiques qui seront ceux du nouveau président et d'une éventuelle nouvelle majorité
09:34pourront s'exprimer dans un projet de loi de finances rectificatif à l'été après les élections.
09:41Donc, vous dites qu'il faudrait un budget au 31 décembre 2026, il ne faudrait pas une loi spéciale ?
09:44Il faudrait un budget soit au 31 décembre, soit au début de l'année s'il faut un peu plus
09:48de temps.
09:49Mais effectivement, c'est mieux d'avoir un budget pour la confiance de nos concitoyens,
09:55pour la confiance des entrepreneurs et pour qu'on soit sur un environnement plus stable en termes de croissance économique.
10:02Dernière question, vous avez été nommé le 2 juin, votre nomination a été validée au Parlement,
10:08mais ce n'est pas passé comme une lettre à la poste.
10:10Pour le dire en clair, certains, le RN, la gauche, vous reprochent un manque de légitimité
10:16ou plutôt un manque d'indépendance pour votre proximité avec Emmanuel Macron.
10:21Qu'est-ce que vous leur avez répondu ? Qu'est-ce que vous leur dites ?
10:23Je leur ai répondu que ça fait 30 ans que je suis un serviteur de l'État.
10:30J'ai toujours dit ce que je pensais aux personnes avec qui j'ai travaillé.
10:35Et puis l'indépendance, elle est consubstantielle à l'institution de la Banque de France et à la fonction de
10:42gouverneur.
10:42Et donc, j'ai cherché à les rassurer.
10:46Et ce qui m'a rassuré aussi, c'est qu'il y a un consensus sur l'indépendance de la
10:50Banque de France autour des forces politiques.
10:53Emmanuel Moulin, le nouveau gouverneur de la Banque de France.
10:55Merci d'avoir été invité. On n'arrête pas l'écho.
10:57Merci.
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