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  • il y a 2 mois
La Guadeloupe doit-elle abandonner l'article 73 pour l'article 74 ? Victor Venutolo (CPME) dénonce un projet d'évolution statutaire mené « entre soi » et sans aucun plan économique.

Invité de notre format vidéo « La Vérité c’est Quoi », Victor Venutolo, président de la CPME Guadeloupe, exprime la colère et l'inquiétude du monde économique local [00:20]. Il affirme avec force que les organisations patronales n'ont jamais été consultées sur ce projet de réforme institutionnelle majeure [00:51]. Entre la fin potentielle de la solidarité nationale, le risque de baisse des prestations sociales ou de hausse des impôts, il décrypte les conséquences concrètes d'une sortie du droit commun pour les chefs d'entreprise et les citoyens guadeloupéens [06:19].

À travers des exemples frappants sur le déficit de la sécurité sociale locale ou la gestion post-cyclonique, le président de la CPME appelle à une prise de conscience collective [06:03]. Contre-pouvoir, fusion des assemblées régionale et départementale, ou opacité des rapports : Victor Venutolo livre une analyse sans concession et conclut sur un mot d'ordre clair : « Jamais sans le peuple » [11:09].

Retrouvez les temps forts de l'entretien :

[00:05] Présentation du rôle de la CPME Guadeloupe au sein des administrations locales.
[00:20] L'absence totale de concertation du monde économique sur le passage à l'article 74.
[01:23] Les 3 raisons majeures du refus de ce rapport par la CPME.
[02:18] Pourquoi la fusion des assemblées n'impose pas un changement de statut.
[03:51] L'importance de préserver un contre-pouvoir politique local.
[04:51] Débat sur le nombre de fonctionnaires et la fausse promesse de gains de productivité.
[05:38] Qu'est-ce que l'article 73 ? L'impact d'un milliard d'euros de déficit couvert par la solidarité nationale
[07:30] Gestion de crise : La différence d'aide de l'État entre le statut de Mayotte et celui de la Guadeloupe.
[08:21] Le climat d'incertitude économique et le frein aux investissements pour les entreprises.
[09:24] Les possibilités de négocier "norme par norme" avec l'État tout en restant dans le droit commun.
[10:31] Appel aux Guadeloupéens à s'informer et à devenir acteurs de leur avenir.

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Transcription
00:04La CPMA Guadeloupe est un des organismes patronaux reconnus par l'État et donc la CPMA Guadeloupe intervient dans les
00:11conseils d'administration des grandes administrations, la Sécurité sociale, la CAF, la CGRR, etc. pour faire entendre la voix des
00:19chefs des petites entreprises.
00:21Le sujet démarre au fait qu'on apprend complètement par hasard et pas par les personnes directement qu'il y
00:28a un projet pour une évolution statutaire pour passer de l'article 73 à l'article 74.
00:35On peut développer pour savoir ce qu'est l'article 73, ce qu'est l'article 74 sans qu'il
00:40n'y ait une concertation du monde économique.
00:43Et quand je dis le monde économique, c'est tout le monde économique.
00:47J'affirme ici et je mets au défi quiconque de me prouver le contraire que la CPMA ait été jamais
00:55une seule fois consultée sur ce thème.
00:58Il n'y a jamais eu de convocation de la CPMA à aucune discussion sur ce thème. Jamais.
01:03Je l'affirme. On apprend complètement par hasard que des discussions ont été menées entre soi, je suis obligé de
01:10dire entre soi,
01:11qu'un rapport épais comme ça est rendu et que la conclusion de ce rapport, on doit aller à l
01:20'article 74.
01:21Et on apprend par des indiscrétions qu'il n'y a pas de projet économique dans ce rapport.
01:27Donc, toutes les conditions sont remplies pour qu'on dise non à ce rapport.
01:32D'abord parce qu'on n'a pas été consulté.
01:34Deuxièmement parce qu'il n'y a pas de projet économique chiffré dans ce rapport.
01:39Et troisièmement parce que surtout, surtout, surtout, il semblerait que les auteurs, enfin les commanditaires de ce rapport
01:51aient envie d'un changement statutaire mais sans passer par le peuple.
01:55Le sujet n'est pas sur la table.
01:57Le sujet est dans les chaumières.
01:59Ce n'est pas exactement la même chose.
02:00On a le droit dans la rue de discuter de ce qu'on veut.
02:02À un moment donné, il faut acter.
02:04Il faut prendre la décision qui impulse le projet, quelles sont les personnes qui sont consultées,
02:10quels sont les avis de ces personnes et quelle est la conclusion.
02:14On n'a jamais participé à ça.
02:15J'insiste, la CPME n'a jamais participé à ce projet.
02:19Là, il ne s'agit pas de statut.
02:20Là, la fusion de départements et régions, on peut rester dans l'article 73 et fusionner les deux assemblées.
02:32Le principe serait de dire qu'il y a trop de strates administratives, qu'il y a trop de fonctionnaires
02:40et qu'on ferait des économies et on saurait qui fait quoi en fusionnant les deux assemblées.
02:46Pour être clair, mettons ça à l'échelle nationale.
02:49Estimons qu'il y a trop de députés et de sénateurs.
02:52Et pourquoi on ne fusionnerait pas l'Assemblée nationale et le Sénat ?
02:56C'est bizarre, personne n'en parle de ça.
02:58Qu'on ne supprimerait pas une des deux assemblées et puis on se dit mais ça ne sert à rien.
03:02Ça ne sert à rien quand le pays va dans un seul sens et que l'Assemblée nationale, qui vote
03:09les lois par exemple, va dans le sens du pays.
03:12Ça ne sert à rien le Sénat.
03:14En longtemps on a dit mais à quoi sert cet établissement ?
03:18Et puis un jour, l'Assemblée nationale et le gouvernement ne sont pas en phase.
03:23Il n'y a pas de majorité claire et on voit bien l'importance du Sénat qui, de par son
03:30positionnement, joue le rôle d'arbitre.
03:32Or, aujourd'hui, très clairement, regardons l'état des lieux, ce n'est un mystère pour personne que la tête
03:38des exécutifs, bon, ne vont pas dans la même direction.
03:42Peu importe qui pense quoi de cela, mais ils ne vont pas dans la même direction.
03:47Et heureusement qu'il y a un contre-pouvoir à ce pouvoir.
03:51Ça, c'est sur l'aspect pouvoir.
03:53Donc nous, nous sommes plutôt favorables à ce qu'il y ait toujours pouvoir et contre-pouvoir.
03:59Après, ces personnes nous disent mais ça permettrait que le citoyen lambda sache clairement qui fait quoi.
04:06Quel est l'intérêt pour le citoyen lambda de savoir que le conseil régional arrange les routes nationales, que le
04:14conseil départemental arrange les routes départementales ?
04:19Mais on s'en manque.
04:19Moi, en tant qu'automobiliste, je veux que la route soit arrangée.
04:23Chacun sait qu'ils sont les prérogatives des uns et des autres.
04:25C'est très simple quand on dit, et on peut très bien rester sur deux assemblées, et dire écoutez, les
04:30routes, c'est exclusivement le conseil régional,
04:34la santé, c'est exclusivement le conseil départemental, point très.
04:37On dit la solidarité, la santé, l'enfance, l'éducation, etc. c'est le conseil départemental, l'économie, les routes,
04:46etc. c'est le conseil régional, et c'est très clair.
04:50Un des arguments qui est également donné, c'est de dire, mais il y aura moins de fonctionnaires.
04:55C'est très populaire, par les temps qui courent, de dire, il y a trop de fonctionnaires, ils sont payés
04:59trop cher, ils ne foutent rien, pardon, ils ne travaillent pas, etc.
05:05Peut-être, mais c'est un peu comme si on disait, tous les patrons sont des voleurs.
05:08Je n'ai pas de regard, comment on dit, abaissant du fonctionnaire.
05:13Le problème, c'est, est-ce que les gens qui sont à cette place-là font leur travail ?
05:18Moi, j'ai du mal à croire que, quand on va faire la fusion des deux assemblées, que ça va
05:24se traduire par une hausse de productivité.
05:27J'ai du mal à y croire, parce que ça voudrait dire, comment ça voudrait dire que les fonctionnaires, aujourd
05:31'hui, à leur poste, ne font rien ?
05:33Ils ne font strictement rien.
05:34Comment peut-on imaginer qu'en 35 heures, on fera deux fois plus de travail qu'on en faisait aujourd
05:38'hui ?
05:38Le 73, c'est quoi ?
05:40Le 73, c'est que nous sommes dans le droit commun, c'est-à-dire que toutes les lois qui
05:45sont votées à l'Assemblée nationale sont appliquées automatiquement chez nous.
05:50La solidarité nationale s'applique immédiatement, c'est-à-dire que, pour être très clair, donnons un exemple simple.
05:57Aujourd'hui, les transferts sociaux de la sécurité sociale, c'est un déficit pour la Guadeloupe de 1 milliard entre
06:05les recettes et les dépenses.
06:07C'est-à-dire que la sécurité sociale de Guadeloupe engrange 1 milliard de recettes de moins que ce qu
06:14'elle dépense.
06:15Eh bien, si vous n'êtes plus dans le 73, vous vous débrouillez avec vos prestations.
06:20Vous n'êtes plus sous la solidarité nationale.
06:22Alors, quand je dis ça, souvent on me dit, mais donc ça veut dire quoi ?
06:25Ça veut dire qu'on va rester des assistés.
06:27D'abord, je ne pense pas qu'on soit des assistés.
06:29Mais il y a une vraie réalité, il y a une pauvreté et il y a un certain nombre de
06:34personnes qui ont besoin de ces prestations sociales et donc ces prestations, qui va les verser ?
06:40Ou alors, la future Assemblée au 74 dira, eh bien, on va augmenter très sensiblement les impôts parce qu'il
06:50faut couvrir ce milliard, mais uniquement pour ça, il y a autre chose.
06:53Ou alors, on va baisser très sensiblement les prestations.
06:57Il faut être clair.
06:58En tant que chef d'entreprise, j'aurais souhaité qu'il y ait 100% d'emploi, mais ça ne
07:01se détruite pas à 100% d'emploi.
07:03J'aurais souhaité qu'il n'y ait pas des gens qui passent leur temps à France Travail, à chercher
07:08du travail et que malgré qu'il y a autant de recherches d'emploi, il y a autant de postes
07:13qui ne sont pas pourvus.
07:14Si on applique le principe de dire, il y a un poste et il y a un demandeur d'emploi,
07:19on n'a qu'à le mettre là, point trait, il n'y a plus de prestations sociales.
07:22Donc, ce n'est pas ça que je dis. C'est pour ça que je dis, attention, il y a
07:26un vrai besoin en prestations sociales.
07:28Ce n'est pas de faire peur aux gens. C'est juste de dire aux gens, demain, ce n'est
07:31plus ça.
07:32Mais il n'y a pas que ça. Un cyclone passe, on fait quoi ? Regardez ce qui s'est
07:35passé à Mayotte.
07:37Ils ont voté une aide, mais c'est un emprunt à l'État.
07:41Ce n'est pas du tout la solidarité nationale.
07:43Quand Hugo passe en Guadeloupe, on ne demande pas à l'État de nous prêter de l'argent.
07:47L'État fait le job parce qu'on est département comme ceux qui sont actuellement sous l'eau en France.
07:54Donc, voilà ce que le 73 fait. Voilà ce que le 74 fait.
07:58Sauf que la proposition de changement pour passer au 74 ne s'accompagne pas, à ce jour, d'un projet
08:06économique qui dirait clairement,
08:08voici les dépenses, voici les recettes et voici comment nous allons combler les dépenses.
08:14Nous allons augmenter les impôts, nous allons faire baisser les taxes.
08:17S'il n'y a pas de confiance, il n'y a pas d'économie. S'il n'y a
08:19pas de confiance, il n'y a pas d'investissement.
08:21C'est aussi simple que ça. Regarde aujourd'hui, le consommateur a réduit sa consommation, pas seulement à cause de
08:28l'inflation.
08:29Il a réduit sa consommation parce qu'il a peur de demain. Donc, il épargne, il n'achète pas, etc.
08:34C'est valable pour tous les secteurs de l'économie.
08:36Si demain matin, nous sommes plus régi par le droit commun, nous savons qu'il y aura moins d'argent
08:41en circulation.
08:42Donc, un chef d'entreprise va-t-il investir pour rénover son entreprise, pour créer une entreprise, pour créer de
08:49l'emploi,
08:49quand il ne sait absolument pas à quel souci va être mangé ?
08:53On est au fait de la réalité. On sait exactement ce qu'on dépense, ce qu'on achète, là où
08:58on a des manques, etc.
08:59Je vous donne un exemple simple. Il me semble que c'est une compétence extrêmement locale, la gestion de l
09:06'eau.
09:06C'est les maires, les communautés d'agglo, etc. Est-ce qu'on peut reprendre juste le déficit, durant les
09:1320 dernières années, de la compétence locale ?
09:16Vous voyez à quel point on en est aujourd'hui. On ne sait même pas où se trouvent les tuyaux
09:20qu'on doit arranger.
09:21Avec le 73, la possibilité d'aller négocier norme par norme ce qu'on ne veut pas.
09:27Aucun politique ne l'a fait à ce jour.
09:28Pourquoi changer de 74 ?
09:31Aujourd'hui, avec le 73, en restant dans le droit commun, on a la possibilité d'aller tout négocier avec
09:38l'État.
09:39Tout, sans exception.
09:40Je ne dis pas qu'on aura tout accepté.
09:43On peut tout négocier. Jamais une seule fois ça a été fait.
09:46Pourquoi veut-on sortir du droit commun et d'une certaine sécurité pour cela ?
09:52En définition, un chef d'entreprise, c'est un aventurier, il se lance dans une aventure.
09:56Mais au moins, il sait ce que ça va lui coûter potentiellement et ce qu'il pense que ça va
10:01lui rapporter.
10:01Dans ce projet, aujourd'hui, dont on ne sait même pas qui est le commanditaire,
10:06parce que ça vaut quand même le coup de se poser cette question,
10:09il semblerait que le commanditaire ait été un individu guadeloupéen.
10:14Mais depuis quand les individus guadeloupéens lancent des projets à plusieurs dizaines de milliers d'euros
10:20qui sont en fin de compte payés par la collectivité ?
10:23Enfin, tout ça est très bizarre.
10:25On nous dit, on va d'abord passer au 74, et puis après, on verra ce qu'on met dedans.
10:30Soyons sérieux.
10:31Le mot de la fin, j'espère que ce n'est pas la fin,
10:34mais j'espère vraiment que les guadeloupéens prendront conscience du fait qu'ils doivent être acteurs de leur vie.
10:40Acteurs de leur vie, ça ne veut pas dire que rien ne change, ça ne veut pas dire que tout
10:43change.
10:44Ça veut dire que je dois m'informer sur ce qui va changer.
10:46Si je reste dans cette situation, qu'est-ce qui ne me va pas ?
10:50Qu'est-ce que je peux faire évoluer ?
10:51Si je vais vers un autre statut, qu'est-ce qui change ?
10:56Qu'est-ce que je perds ? Qu'est-ce que je gagne ?
10:57Il faut s'intéresser à la chose publique parce qu'il en va de l'avenir des guadeloupéens.
11:01Et nous, à la CPMA, on dit...
11:03J'ai eu ce fameux slogan le 25 juillet au congrès à la région,
11:09j'ai dit « jamais sans le peuple ».
11:10J'insiste, jamais sans le peuple.
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