00:00Et j'accueille en salle de conférence, Muriel Jourdat, bonjour.
00:02Bonjour.
00:02Vous êtes la présidente à l'ère de la Commission des lois du Sénat,
00:05le Premier ministre qui a reconnu un problème de moyens pour l'institution judiciaire,
00:08mais pas dans l'affaire de la petite Liana.
00:10Il y a dans ce drame des erreurs humaines, c'est ça qu'il faut comprendre,
00:13des dysfonctionnements personnels de certaines personnes impliquées.
00:16En tout cas, c'est le discours qui nous a été tenu par le garde des Sceaux
00:19lorsque nous l'avons éditionné l'autre matin.
00:22Mardi matin.
00:22Mardi matin, effectivement.
00:24Et dans sa bouche revenaient plutôt des propos qui consistaient à exclure
00:31la défaillance d'un système entier pour privilégier des défaillances humaines
00:35que moi, je ne serais pas caractérisé en l'absence d'enquête administrative.
00:38Ceci étant, l'un n'est pas exclusif de l'autre.
00:40Le gouvernement qui s'est engagé à communiquer les résultats de cette enquête administrative
00:43autour de ce qui s'est passé, notamment autour d'un autre cas,
00:46celui de la petite Rosa, dont les parents avaient déposé plainte en août 2025,
00:49qui n'a débouché sur aucune convocation du suspect.
00:52Là aussi, on peut comprendre que c'est ce qui a déclenché l'indignation collective ?
00:56Alors, ce qui déclenche l'indignation collective, effectivement,
00:58c'est la mort de cette petite fille qui, évidemment, crée un émoi légitime
01:03chez absolument tout le monde.
01:04Mais bien sûr, les circonstances, en tout cas celles qui apparaissent,
01:07l'enquête administrative, les deux enquêtes nous en diront plus,
01:11les apparences laissent à croire qu'effectivement,
01:14la justice avait été mobilisée et que rien ne s'est passé.
01:17Donc, bien sûr que l'indignation est décuplée face à cela.
01:21Ça vous fait peur, cette indignation qui est collective
01:24et qui fait craindre le pire aussi sur la défiance envers nos institutions ?
01:29Pour moi, c'est un des principaux enjeux.
01:31C'est-à-dire que nous voyons aujourd'hui 60 000 personnes, je crois,
01:34qui manifestent devant les tribunaux, mais contre la justice.
01:38Or, la justice est un pilier de l'état de droit.
01:41C'est quoi l'état de droit ? C'est la fin de la loi du plus fort.
01:44Et le Parlement prend des textes, le gouvernement les exécute
01:48et la justice, l'autorité judiciaire les fait respecter.
01:52Si on a un pilier de l'état de droit qui mobilise contre lui tant de défiance,
01:58c'est la fin de l'état de droit.
01:59Et hier, j'entendais dans une interview une dame tout à fait normale,
02:03et ça n'est pas du tout péjoratif dans ma bouche.
02:06C'est une citoyenne française tout à fait normale,
02:09qui venait à Pucasquier pour rendre hommage à cette petite fille,
02:12qui disait de toute façon, nous nous ferons justice nous-mêmes.
02:15Et là, nous voyons que l'état de droit se délite si nous ne faisons rien.
02:18C'est une des motivations pour lesquelles une mission d'information va être mise en place.
02:22Voilà, j'y venais.
02:22Votre commission des lois qui va donc prendre les prérogatives d'une commission d'enquête
02:25pour travailler sur ce sujet.
02:27Quel est le champ exact de vos investigations ?
02:29Alors, vous savez que nous ne pouvons pas travailler sur l'enquête administrative,
02:34sur l'enquête judiciaire.
02:36Le rôle du Parlement, c'est d'évaluer les politiques publiques,
02:40et notamment du fait que le gouvernement, lui, pilote les politiques publiques.
02:44Donc, nous allons évaluer la politique pénale,
02:47la façon dont elle est mise en œuvre,
02:49évidemment les priorités qu'elle détermine,
02:50mais la façon dont elle se donne les moyens
02:53de pouvoir mettre en œuvre ses priorités,
02:56et puis les dysfonctionnements,
02:58la façon dont aussi on se donne les moyens d'éviter le dysfonctionnement,
03:01et dont peut-être on les sanctionne.
03:03Est-ce que vous allez recevoir, par exemple,
03:04les personnes impliquées dans ce qui s'est passé dans le drame, dans le Gers ?
03:07Alors, nous n'avons pas encore déterminé,
03:09et nous le ferons bientôt, car chaque groupe politique va désigner un référent
03:13pour que nous décidions ensemble des personnes auditionnées.
03:17nous serons attentifs à ne pas en faire un outil de travail
03:21qui soit concurrent aux enquêtes qui se sont mises en œuvre.
03:24Encore une fois, ça ne nous est pas autorisés,
03:26et ça n'est pas le but du Parlement.
03:27Et quand rendrez-vous vos conclusions,
03:29après les élections sénatoriales, à l'automne, ou avant, à l'été ?
03:32Ah non, le travail sera assez long,
03:34nous allons le commencer jusqu'à la fin de la session,
03:38mais qui se finit, je crois, le 21 juillet.
03:40Donc, nous reprendrons à l'automne,
03:44et nous avons six mois pour réaliser ces travaux.
03:46Mediapart, qui révèle ce matin qu'un rapport conjoint
03:48des inspections générales de la justice et de la police
03:50alertait dès 2023 sur l'asphyxie de la chaîne pénale.
03:54Le ministre, qui s'engageait d'ailleurs à l'époque,
03:56a publié ce rapport, il l'avait dit au Sénat.
03:58Quelle est votre réaction ce matin ?
04:00Est-ce qu'il y a un manque de transparence depuis 2023 ?
04:03Écoutez, nous avons nous-mêmes travaillé au Sénat sur ce point.
04:05Moi, ce qui m'a surtout heurté,
04:07lorsque nous avons auditionné mardi matin le ministre,
04:08c'est qu'il ne voulait pas en parler,
04:11et il adoptait finalement les propos du président de la République,
04:13c'est-à-dire qu'il n'y a pas de problème de moyens.
04:15Je trouve que ce discours avait évolué déjà le lendemain
04:19devant les questions au gouvernement du Sénat,
04:21où il était enfin admis qu'une défaillance personnelle possible
04:25n'excluait pas une difficulté de moyens
04:27qui est mise en avant par les magistrats de façon constante.
04:30Mais sur ce rapport, il dit cette situation particulièrement alarmante
04:33car elle interdit d'identifier les procédures
04:36comportant les risques majeurs qu'il faudrait traiter en priorité.
04:39Impossible de ne pas faire le lien avec ce qui est passé
04:41autour de l'affaire de la petite Rosa,
04:42ce manque de priorisation qui est lié à cette avalanche
04:46de nombre de plaintes.
04:47Alors, c'est véritablement la question que nous aurons à nous poser
04:50puisque le ministre de la Justice, circulaire à l'appui,
04:52nous dit que nous avons des priorisations
04:54et ce n'est pas de notre fait si elles ne sont pas mises en avant.
04:57Mais c'est un travail que nous devrons mener, bien évidemment.
05:00Parmi les propositions de la droite,
05:02on retient celle notamment de Bruno Retailleau
05:04qui a parlé de castration chimique.
05:06Mon objectif, c'est que demain, lorsque je serai président de la République,
05:09aucun pédocriminel ne se sente en sécurité en France.
05:12Oui, la castration chimique est un élément,
05:14elle est pratiquée dans d'autres pays aujourd'hui.
05:15Il peut l'être, mais avec le consentement.
05:17Est-ce que vous soutenez cette idée de Bruno Retailleau ?
05:19Écoutez, moi je pense que ça doit être encore évalué.
05:21En ce qui me concerne, je n'ai pas suffisamment travaillé la question pour le savoir.
05:24Ce qui est certain, c'est que face à la pédophilie,
05:27la population attend une efficacité dans la réponse pénale.
05:32Je crois que l'efficacité de la réponse pénale,
05:34ça fait un moment qu'elle est remise en doute.
05:35D'où d'ailleurs ces manifestations.
05:38Donc, une réponse pénale qui ne peut pas être certaine...
05:41La gauche parle d'opportunisme politicien avec cette mesure.
05:44Qu'est-ce que vous en pensez ?
05:45Écoutez, quand les faits arrivent,
05:47si nous ne réagissons pas, c'est que nous sommes indifférents.
05:49Si nous réagissons, c'est que nous faisons de la politique.
05:51Vous savez, c'est assez difficile de ne pas être critiqué
05:54quand on fait des propositions.
05:55En tout cas, c'est une proposition qui a le mérite de répondre
05:59au grief qui est fait actuellement à la justice,
06:01c'est-à-dire un manque d'efficacité dans la réponse pénale.
06:03Nous avons nous-mêmes au Sénat travaillé sur l'exécution des peines
06:05et indéniablement, il y a un manque d'efficacité dans la réponse pénale.
06:08J'ai une dernière question sur un autre sujet,
06:11la réforme de la justice criminelle.
06:13Gérald Darmanin qui a annoncé hier, retiré de son texte,
06:16la mesure instaurant un pédé coupable en matière criminelle.
06:18Le Sénat qui avait adopté cette partie du projet de loi.
06:21Quelle est votre réaction aujourd'hui ?
06:22Nous avions adopté cette partie du projet de loi en la modifiant,
06:26notamment sur son périmètre,
06:27mais nous étions favorables à la Commission des lois
06:29et au Sénat au plaidé coupable criminel.
06:31Il a fait ses preuves en matière correctionnelle.
06:34Ma réaction, malheureusement, elle est assez attristée
06:36parce que je pense que c'est exclusivement politique.
06:39Ça n'a rien à voir avec l'efficacité de la justice.
06:41Aujourd'hui, le gouvernement a pour mission
06:42pour protéger le président de la République,
06:44de se maintenir à tout prix,
06:46donc de ne pas subir de motions de censure.
06:48Pour ça, il faut s'assurer des voix du Parti Socialiste.
06:50Mais ça dit aussi l'affaiblissement politique de Gérald Darmanin,
06:53selon vous ?
06:54Alors, il est dans une mauvaise passe.
06:56La polémique sur sa démission ?
06:57Il est dans une mauvaise passe, bien évidemment.
06:59Sa démission, peut-être aurait-il pu la proposer
07:02et elle aurait été refusée.
07:03La réalité, c'est que...
07:04Vous ne vous la demandez pas chez les LR ?
07:06Non, moi, je ne demande la démission de personne
07:08et honnêtement, je ne suis pas sûre
07:09que rajouter de la crise à la crise
07:10aurait été efficace.
07:12Mais malheureusement, nous avons le sentiment
07:17et la population a le sentiment
07:19qu'il n'y a pas de responsabilité politique.
07:20Et que la politique, ça se résume à passer des accords
07:22avec le Parti Socialiste
07:24pour pouvoir passer des textes.
07:25Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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