- il y a 18 heures
Avec le docteur Gérard Chaput (médecin chef et colonel)
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NewsTranscription
00:13Bonjour et bienvenue sur Sud Radio dans l'émission La Santé Demain, une émission qui donne la parole aux acteurs
00:18de la santé, de la médecine en général et de la santé au naturel en particulier.
00:22Aujourd'hui nous allons parler de troubles de stress post-traumatique, ce phénomène qui engramme une réaction durable à un
00:29ou deux événements traumatisants tels que guerre, agression, accidents, violences répétées et qui provoquent une reviviscence constante de ce traumatisme,
00:39c'est-à-dire une récurrence.
00:40Pour cela nous avons le privilège d'accueillir le docteur Gérard Chaput. Bonjour docteur Chaput.
00:46Vous êtes ancien médecin colonel et ancien conseiller des forces spéciales, militaires et services de sécurité. Vous êtes spécialiste du
00:53psychotraumatisme.
00:54Vous avez une grande expérience du stress opérationnel, du traitement, de l'accompagnement des chocs post-traumatiques au service des
01:00blessés de la nation, des militaires, mais aussi des pompiers, des soignants,
01:04les services de sécurité, les victimes d'attentats, impactés par la violence et la rencontre avec la mort.
01:12C'est un point crucial que nous allons développer. Aujourd'hui grâce à l'association Les Sentinelles de la Nation
01:17que vous avez cofondé,
01:18vous guidez les personnes atteintes de syndrome post-traumatique dans un parcours de reconstruction de soi et dans le retour
01:25au sein de la communauté des vivants.
01:27Et vous êtes l'auteur de plusieurs livres dont le dernier est « Rallumer les étoiles ».
01:34Quel joli titre pour ce dernier livre, docteur. Quelle histoire se cache derrière ?
01:39Alors, j'ai décidé d'appeler ce livre « Rallumer les étoiles » en pensant à un ancien de la
01:47guerre de 14-18,
01:49qui est un grand poète qui s'appelle Guillaume Apollinaire.
01:52Et il se trouve que Guillaume Apollinaire envoyait régulièrement des lettres à sa femme, qui s'appelle Lou,
01:58dont le titre des poèmes s'appelle « Lettres à loup ».
02:02Louis de Châtillon, quelque chose.
02:04Pardon ?
02:05Louis de Châtillon.
02:06C'est ça, voilà.
02:07Et en fait, il parle d'un événement très particulier.
02:12Les Allemands tirent, il est dans les tranchées, les Allemands tirent, c'est en pleine nuit,
02:17et finalement toutes les étoiles avec les vapeurs, avec la poussière,
02:23tout ça finit par éteindre toutes les étoiles.
02:27Puis une voix venue, on ne sait où, d'un capitaine qui dit « Rallumer les étoiles, rallumer les étoiles
02:36».
02:36C'est notre travail, à la fois de thérapeute, mais aussi de tuteur de résilience.
02:42Parce que tout le monde peut être tuteur de résilience.
02:45Et c'est le rôle de la nation tout entière d'être tutrice avec ses blessés.
02:51Oui, j'entends que c'est une question de les soigner,
02:55et c'est une autre question que nous allons aborder aujourd'hui,
02:58de non seulement les soigner, je me répète, mais également de leur donner une redirection dans la vie.
03:03C'est ça, c'est la grande question actuelle du sens, la quête du sens, renommer du sens.
03:08Qu'est-ce qui distingue le stress classique, après un événement difficile vécu,
03:13d'un véritable trouble de stress post-traumatique ?
03:17Alors, dans le stress, un de mes pères, qui était le professeur Croc,
03:27Louis Croc, disait que le meilleur synonyme du mot stress, c'était le mot « adaptation ».
03:33D'ailleurs, ça n'est pas une maladie, le stress, c'est une fonction dans l'organisme.
03:38Alors, on s'adapte ou on ne s'adapte pas, bien évidemment.
03:42Mais il y a un élément qui est une rupture radicale, qui est une rencontre avec la mort.
03:48Et dans la définition de la mort, nous les médecins, nous n'avons que des définitions négatives.
03:56Il n'y a plus de souffle, il n'y a plus de rythme cardiaque, il n'y a plus
04:00d'électroencéphalogramme,
04:01enfin, tout ça est bien plate.
04:04Les juristes disent qu'un individu est mort lorsque le médecin a dit qu'il était mort.
04:12La véritable définition, c'est la définition philosophique.
04:15Et la définition de la philosophie dit que la mort est une rupture radicale,
04:19c'est-à-dire qu'on va d'un point A à un point B, avec impossibilité de retour.
04:24Vous enlevez Jésus-Christ mis à part, personne n'est revenu du milieu des morts.
04:29Alors, pourtant, ces gens-là ont vécu la mort, mais sont restés quand même vivants.
04:37Et ce qui a amené un de mes camarades à appeler ça le syndrome de Lazare.
04:41D'accord.
04:42Donc, on a compris, en tout cas ce que j'ai compris,
04:46c'est que les syndromes de stress post-traumatique, en fait, sont entre guillemets étiquetés
04:51dès l'instant où il y a un réel trauma, avec frôler la mort, quasi la vivre,
04:57et en réchapper, en fin de compte.
04:59C'est pas un stress classique de j'ai une surcharge psychologique avec des gros ennuis qui me hantent.
05:04Là, on est quand même sur des sujets qui ont frôlé la mort.
05:08Donc, évidemment, en cas de guerre, de...
05:11C'est plus que frôler la mort, je crois que c'est...
05:13Je vous en prie.
05:14...vivre la mort.
05:15Je suis d'accord.
05:16Alors qu'elle soit réelle ou qu'elle soit symbolique.
05:19Absolument.
05:20Voilà.
05:20Spirituelle ou autre.
05:21C'est ça.
05:23Donc, pourquoi certaines personnes, pour les mêmes conditions,
05:26développent-elles des troubles post-traumatiques et d'autres non, finalement ?
05:32Alors, c'est tout un travail de métabolisation intérieure.
05:37Oui.
05:38Beaucoup de gens finissent, finalement, par intégrer cette réalité de la mort dans leur psyché
05:46et, finalement, s'en sortent plus ou moins bien.
05:49En revanche, plus l'intensité, plus la violence a été forte,
05:54je pense, par exemple, aux victimes d'attentats,
05:57je pense aux victimes de grandes violences,
06:00aux tortures intentionnelles,
06:02où, là, on a 90%, par exemple, dans les tortures intentionnelles,
06:05de personnes qui ont des syndromes psychotraumatiques.
06:08J'accompagne actuellement un Harky qui a été,
06:12on dirait, qui a vécu une détention par le FLN,
06:17qui a été torturé et qui a réussi à s'évader.
06:21Il a encore aujourd'hui, vous voyez, ça date des années 60,
06:25il a encore aujourd'hui ce syndrome de répétition traumatique
06:29avec des cauchemars, avec ce fameux vécu comme si,
06:33des dépersonnalisations, des déréalisations.
06:37D'accord, donc je dois quand même préciser
06:39que vous traitez principalement des personnes
06:41qui ont, comme dernièrement au Bataclan,
06:44subi des troubles post-traumatiques,
06:48notamment les premiers qui sont intervenus au Bataclan.
06:52Oui, j'ai un de mes jeunes, un bisou,
06:56qui lui est rentré comme médecin en premier dans le Bataclan.
07:00D'accord, donc vous avez dû traiter...
07:03Je l'avais aidé à...
07:05Parce que passer la période de l'effroi,
07:08passer la période d'une sidération,
07:14il faut se raccrocher à quelque chose pour arriver à...
07:18Donc ça demande une construction d'identitaire en amont quand même.
07:21Et donc je lui avais dit, si jamais un jour tu as quelque chose qui vient te déstabiliser à tel
07:27point,
07:27il faut que tu te rappelles quel est ton nom.
07:30Parce que retrouver son nom, c'est retrouver son être, c'est revivre à l'intérieur de soi.
07:35Quelle est ma fonction, quelle est ta fonction ?
07:39Je suis médecin et finalement à quoi je sers ?
07:41Je sers à soigner les gens.
07:42C'est ce qui lui a permis finalement de se remettre en mouvement.
07:46Est-ce qu'on peut dire que retrouver son identité est capital ?
07:50Parce que l'identité on peut la perdre pendant un trauma tel que celui-ci.
07:54Est-ce qu'on peut dire que l'identité a été explosée, morcelée et qu'il est important de la
07:58retrouver ?
07:59Ah oui, et d'ailleurs, je pense que Ballerot résume bien ça quand il dit,
08:06finalement l'homme en est réduit à un misérable tas de petits secrets.
08:10C'est ça.
08:11Il y a une espèce de morcellement, de morcellement psychique.
08:16Et à ça d'ailleurs, plusieurs années après, Régis Debray, qui était notre philosophe aussi,
08:22répond en disant, mais alors comment faire de ce tas un tout ?
08:26Comment essayer de retrouver, de recoller les morceaux ?
08:29C'est ce que moi j'essaie de refaire avec le Kinsungi par exemple.
08:34Mais j'en avais parlé avec le pape Jean-Paul II,
08:40et qui m'avait répondu, non, non, c'est pas la notion d'unité d'être,
08:43c'est la notion d'intégralité d'être.
08:46Il faut donc rallumer l'intégralité de l'être.
08:50Est-ce qu'on peut dire que certains troubles de stress post-traumatique
08:54qui proviennent, non pas juste d'un choc, mais d'une récurrence de choc ?
08:59Alors oui, il y a, me semble-t-il, chez plusieurs individus,
09:05comme des formes de chapelets psychotraumatiques.
09:08C'est ça.
09:08Il y a parfois plusieurs traumas cumulatifs,
09:15mais parfois, l'événement fait référence à quelque chose de très antérieur.
09:22Je pense à ce blessé que j'avais rencontré,
09:26qui était couvert d'eczéma, qu'il y en avait partout,
09:29qui était venu me rencontrer en me demandant
09:31est-ce qu'on ne pouvait pas me renouveler mon ordonnance ?
09:33Quand j'ai regardé l'ordonnance, il y avait recto verso.
09:36Je lui ai dit, mais est-ce que vous avez la capacité de manger avec tout ça ?
09:40Tellement, on dit loin, certaines formes de régime.
09:45Et quand je lui ai fait ces formes de régression à caractère hypnotique,
09:50je suis tombé, peut-être 20 ou 25 ans ou 30 ans avant,
09:55sur un trauma.
09:56Le trauma, il assiste à la naissance de son enfant,
10:01sauf que l'enfant est mort.
10:02Et il a été incapable de pouvoir parler.
10:04Mais il y a eu une sidération totale.
10:08Et le langage s'est absenté du sujet.
10:11D'accord, donc vous êtes remonté à l'origine du traumatisme.
10:14Je précise quand même par des techniques hypnotiques de très haut niveau.
10:19Ce n'est pas forcément ce qui se pratique en cabinet,
10:21parce qu'il faut quand même remettre les choses en place.
10:24Et de ce fait, la personne que vous traitiez a guéri de son eczéma, c'est ça ?
10:28Et en fait, la semaine d'après, l'exéma était parti.
10:31Comment, en fait, le trauma modifie-t-il la perception du temps, du danger, du corps et des autres ?
10:38Parce qu'il y a un problème d'altérité.
10:43Alors, on dit souvent que le trauma est une blessure invisible.
10:48Ça m'agace profondément.
10:50Parce qu'il n'y a que les aveugles qui ne peuvent pas voir.
10:53Et donc, les traumatisés, on les voit, le regard est posé vers en bas.
11:00Quand on pose, ça ramène à la philosophie de Levinas.
11:04Ce que je vois d'abord de l'autre, c'est son visage, disait Levinas.
11:07Et si on l'a perdu aujourd'hui, on ne regarde plus les gens dans le visage.
11:13On est attentif à des tas de sollicitations, moins au visage de l'autre.
11:17Mais quand on regarde l'œil, qui est le miroir de l'âme,
11:22on voit bien qu'il y a quelque chose qui est éteint chez lui.
11:27Et donc, finalement, c'est ça.
11:29Et donc, il y a une modification profonde de la personnalité qui se fait.
11:34L'individu n'est plus comme avant.
11:37Il y a un avant et un après.
11:38Il y a une rupture dans le chronos.
11:41Merci, Dr Chaput.
11:42On se retrouve tout de suite pour une deuxième partie.
11:46CEM-VIVANT.COM
11:48Pour mieux vivre avec les ondes électromagnétiques de notre quotidien.
11:52Présente Sud Radio, la santé de main, Gilles Goncalves.
11:58De retour sur le plateau avec le docteur Gérard Chaput.
12:01Nous évoquions les différents troubles des stress post-traumatiques
12:05et les troubles de perception du temps de ces individus,
12:10les troubles cognitifs liés aussi aux problèmes relationnels qu'ils peuvent rencontrer.
12:16Est-ce qu'il y a des différences entre les troubles vécus par des militaires,
12:22des pompiers, du personnel soignant ou des points communs ?
12:26Alors, le trauma, c'est le trauma et la pathologie est universelle.
12:33Il n'y a pas de problème.
12:35C'est des modes d'expression, c'est tout.
12:38Parce que rencontrer la mort, c'est identique pour tous.
12:44Et donc, que ce soit des pompiers, que ce soit des gendarmes,
12:51ils rencontrent cette expérience de la mort de manière différente.
12:55Je pense à une infirmière que je vais recevoir bientôt,
12:58qui était une infirmière en cancérologie.
13:01Elle rencontre, et souvent, elle était en phase ultra-terminale,
13:06l'accumulation de la réalité des patients qui vont mourir,
13:12l'annonce de la mort à quelqu'un, a fini par erroner.
13:17Et à un moment, elle s'est appropriée, cette annonce de la mort,
13:22elle l'a faite pour elle-même, tout en le disant à quelqu'un d'autre,
13:26elle se l'a appropriée.
13:27Et c'est ça qui a fait un impact.
13:29Pour les pompiers, par exemple, aller sur le feu et se voir entourer de flammes,
13:33ça peut être ça.
13:34Pour un gendarme, ça peut être d'aller faire, par exemple,
13:39ramasser un casque d'un motard sur l'autoroute.
13:41Ça m'est arrivé, parce que je me rappelle de ce jeune gendarme adjoint
13:45qui était sur l'autoroute à Perpignan.
13:48Un accident de moto, et le major lui dit,
13:50« Écoute, va ramasser le casque qui était là-bas »,
13:52sauf que dans le casque, il y avait ce qu'il fallait,
13:55et ça a fait un impact.
13:57C'est-à-dire que la situation est faite violente,
14:00et c'est une violence extrême,
14:02et c'est une violence dans l'immédiateté.
14:06Ça se fait dans l'instant.
14:08Et donc, il y a une rupture du continuum temps,
14:11c'est-à-dire que le chronos est scindé en deux.
14:14Et donc, il y a un moment où il y a un blanc dans l'appareil psychique.
14:21Et c'est ce blanc qu'il va falloir aller travailler.
14:24C'est ça.
14:24Est-ce que, par exemple, les communs des mortels que nous sommes
14:28peuvent subir aussi des troubles post-traumatiques
14:31par la récurrence des violences verbales ou physiques
14:34qu'ils subissent tous les jours ?
14:38Il faut que l'image même de la mort soit imprégnée.
14:43Vous pouvez avoir des violences,
14:45ça peut finir par vous éroder sur le plan psychique,
14:48mais en tout cas pas,
14:50il faut qu'il y ait le sentiment d'une mort immédiate.
14:54C'est ça, le point commun, c'est la mort.
14:56Je souhaitais souligner ce cadre de figure,
15:00parce que beaucoup se disent traumatisés ou post-traumatisés.
15:03En fait, c'est quand même un petit problème de rhétorique.
15:08Et il a voulu me tuer.
15:11Je pense, par exemple, à ce gendarme qui était otage à Ouvéen.
15:16Et il voit arriver devant lui le fusil du canon.
15:22On peut faire une audition de cet homme-là.
15:24On prend l'audition.
15:26Oui, alors ce monsieur, vous voyez bien l'orifice du canon.
15:28Et qu'est-ce que vous voyez derrière ?
15:30Mais derrière, c'est du langage reconstruit.
15:32C'est ça.
15:32Tout est flou.
15:34La seule chose qui reste présente, c'est l'orifice du canon.
15:36Là, vous parliez du Bataclan tout à l'heure.
15:39Dans le Bataclan, j'ai un de mes amis qui était numéro 3 dans une très grande banque.
15:47Et qui finalement voit l'orifice du canon.
15:51Il arrive en retard au Bataclan et il voit l'orifice du canon.
15:57Donc, ça peut être le coup de poignard, ça peut être des tas de choses.
16:01Donc, on peut distinguer deux types d'axes pour la thérapie.
16:04Donc, la thérapie classique, donc psychiatrique, psychologique.
16:07Vous pouvez nous en parler ?
16:08Oui, alors le trauma, quand il impacte un individu, c'est un peu comme les bombes à fragmentation.
16:13On entend beaucoup parler aujourd'hui.
16:15Dans ces bombes à fragmentation, le premier impact, c'est les liens du sujet avec lui-même.
16:19C'est-à-dire que le sujet ne se reconnaît plus.
16:22Et d'ailleurs, on entend très souvent « je ne suis plus comme avant ».
16:26Et ça, c'est tout le travail des psychiatres et des psychologues
16:28qui font plusieurs thérapies, des cognitivistes, des comportementalistes,
16:35de la psychanalyse ou autre.
16:38De l'EMDR ou autre.
16:39Et puis, il y a un deuxième axe qui est l'axe de la destruction du lien à l'altérité.
16:45Et moi, j'ai préféré travailler essentiellement dans cet axe-là.
16:48Parce qu'on ne va pas réinventer les choses.
16:51Les psychiatres font de l'excellent travail, les psychologues aussi.
16:53Ce n'est pas un nourd à faire.
16:55En revanche, ces gens-là qui se sont isolés du monde,
16:58il faut les remettre dans le monde pour qu'ils puissent continuer à nouveau à servir.
17:02Et c'est ça qui est important.
17:04C'est la question du sens.
17:06Ma vie a un sens et je suis là pour continuer à servir.
17:10Exactement.
17:11Donc, il est question et de soigner, mais et après ?
17:15Donc, vous vous parlez du « et après ».
17:17Donc, dans ce « et après », quels sont les facteurs favorisant une vraie reconstruction
17:22plutôt qu'un simple traitement, je dirais ?
17:26Alors, il faut vraiment tout reconstruire.
17:29Parce que le sujet qui a vécu la mort peut se croire abandonné.
17:34Même s'il y a plusieurs personnes qui ont été présentes pour l'aider.
17:38La mort, ça se vit toujours tout seul.
17:40Et donc, il y a un vécu de solitude et un vécu d'abandon chez le sujet.
17:45Et donc, il faut rétablir ce lien à l'autre.
17:48Et ce lien à l'autre, il se fait de différentes manières.
17:51Et on utilise des médiateurs.
17:53Comme par exemple, dans la médiation animale, j'utilise beaucoup les abeilles.
17:57Les abeilles, pourquoi ? Parce qu'elles ont un objectif commun, les abeilles.
18:01Elles viennent servir le bien commun.
18:05Et une abeille, ça passe par toutes les étapes.
18:08Et puis, toutes les abeilles, elles vibrent avec une fréquence très particulière,
18:12qui est la fréquence de 417 Hertz.
18:15Or, 417 Hertz, c'est la fréquence d'une lettre, qu'on a tous entendu au moins une fois,
18:20qui est la lettre Aum.
18:21qui a donné en hébreu, Aor, qui a donné comme mot le mot Aurore, aujourd'hui.
18:29Si vous allez lire, par exemple, les lectures de Giroudoux,
18:33vous allez vraiment à la dernière page, au dernier paragraphe,
18:36vous avez une femme, Narcès, qui dit,
18:41comment cela s'appelle-t-il lorsque la ville brûle, les gens s'entretuent ?
18:45Vous avez les 4 ou 5 lignes qui sont d'une noirceur la plus profonde,
18:49et elles se terminent dans un coin du jour qui se lève.
18:53Et nous serions tentés tous de dire, mon Dieu, mais quelle horreur !
18:58Sauf que là, passe un passant,
19:00qui dit, cela porte un très joli nom de femme Narcès,
19:03cela s'appelle l'Aurore.Final.
19:06C'est-à-dire que, finalement, c'est maintenant que tout recommence.
19:10Et finalement, c'est, je recommence à vivre.
19:13Et c'est la lumière qui vient poindre.
19:16C'est pour ça que, quand je fais mes stages en Camargue,
19:19je les amène sur un pont,
19:22et je leur demande d'assister en Camargue,
19:24au lever du soleil, comme promesse d'un nouveau jour.
19:28Susciter l'espérance chez ces gens-là.
19:31J'utilise après, comme médiation, la médiation équine,
19:35comme un nouveau mode de paralangage,
19:38comment je peux, un mode de communication.
19:40Et le cheval est un excellent médiateur.
19:43Est-ce que je peux préciser qu'on n'est pas dans le bisou-cheval classique ?
19:47Ah, certainement pas la calinothérapie.
19:49Non, non.
19:50Ce n'est pas la psychopapouille qui est faite au cheval, surtout pas.
19:53Quoi ?
19:53C'est, au contraire, je communique avec lui,
19:56et donc je rentre en contact, je lui donne un ordre,
19:59et comment je peux faire alliance avec le cheval ?
20:01Et donc, si je transpose ça dans ma vie ordinaire,
20:05alors, bien évidemment,
20:06je vais avoir un autre mode de communication avec l'autre.
20:10Ah, donc, je peux aller,
20:12parce que j'ai un camarade, par exemple,
20:14qui allait chercher son pain,
20:16qui venait d'Afghanistan,
20:18qui allait chercher son pain,
20:19et qu'il le faisait en mode guerre, par exemple.
20:21Oui.
20:23Qui prenait le pain et qui partait aussi vite que possible.
20:25Alors que là, on peut communiquer un peu mieux
20:28avec la boulangère, par exemple.
20:30C'est ça.
20:31Donc, en fait, le sujet qui est proche du cheval,
20:34vous lui faites faire des exercices,
20:35et vous avez une lecture comportementale du sujet et du cheval.
20:40Et du cheval.
20:41Et une lecture cognitive aussi, chez le sujet.
20:45Et je leur fais porter des holtères ECG.
20:48Oui.
20:49Un holtère ECG pour le cheval,
20:51un holtère ECG pour le blessé,
20:53et je vois la concordance.
20:55Qui mesure les battements cardiaques.
20:56Et puis, on parlait de la peau,
20:58dans le travail de la peau,
21:00je termine ce travail par ce qu'on appelle le pot à peau
21:04du professeur Anzieux.
21:05Et ce pot à peau est très important
21:07parce que ça vient apaiser toutes les angoisses mortifères.
21:11C'est un rappel, finalement,
21:12du moment où l'enfant vient de naître,
21:15qui a vécu une rupture radicale.
21:18Absolument.
21:18Puisqu'il vient de naître,
21:19et c'était un enfant,
21:22et c'était un bébé,
21:25pas un bébé,
21:27j'ai perdu le mot,
21:29un fœtus.
21:29Un fœtus, voilà, merci.
21:31Voilà, et c'est maintenant un bébé,
21:33c'est un humain.
21:33Et donc, bien évidemment,
21:35il y a une rupture radicale.
21:36Et en fait, on pose le bébé
21:38sur le ventre de la mère,
21:39il y a donc une forme de portage,
21:41et c'est ce que j'essaie de reproduire,
21:43et ça permet d'apaiser
21:46toutes les angoisses mortifères.
21:47J'ai le souvenir d'un blessé, par exemple,
21:51qui avait vécu un drame,
21:54pas très loin,
21:55victime de terrorisme,
21:56pas très loin de Paris,
21:57je ne dirai pas où,
21:58et qui toutes les nuits étaient réveillés
22:01par des cauchemars terrifiants,
22:03et on a travaillé le travail de cheval,
22:05plus ce portage et ce pot-à-pot,
22:08et la nuit qui a suivi,
22:10il a pu dormir comme un bébé,
22:12et depuis, il dort très bien.
22:14Tout n'est pas parti,
22:15mais en tout cas,
22:16cette partie-là,
22:17qui était effroyable,
22:19s'est apaisée.
22:19Donc on est en train de parler
22:21de l'association Sentinelle
22:23que vous avez cofondée,
22:24et des stages qui s'appellent Serviam.
22:26Serviam, oui.
22:27C'est ça,
22:28et vous évoquiez hier aussi,
22:30en aparté évidemment,
22:31le cas d'un véhicule blindé léger,
22:34qui sur une route,
22:36la dite route s'effondre,
22:37le blindé se retourne,
22:39c'est ça ?
22:39Et donc il n'y a pas eu de mort,
22:40mais les personnes dans le VAB
22:43se sont vues mortes.
22:44Ah ben oui,
22:45le VAB s'est retourné,
22:46alors il faut savoir quand même
22:47qu'à Waukee,
22:48il fait quand même très très chaud,
22:49donc on ouvre ce qu'on appelle
22:50les tables,
22:51c'est-à-dire les fenêtres,
22:52si vous voulez, du VAB,
22:53le VAB se retourne
22:54et tombe dans l'eau à l'envers,
22:56et donc c'est une rizière
22:58relativement profonde.
22:59Il se trouve que j'étais en tourelle
23:02juste derrière,
23:03et donc on a pu sortir immédiatement
23:05pour aller ouvrir la porte du VAB.
23:08Dans l'eau c'était assez difficile,
23:09mais on a réussi.
23:11Et en fait,
23:12il a fallu après débriefer
23:13ces gens-là immédiatement,
23:15et puis c'est quelqu'un
23:16que j'accompagne encore aujourd'hui.
23:17Parce qu'ils se sont vus morts.
23:18Ah, ils se sont vus immédiatement morts.
23:20Avec des phénomènes hallucinatoires
23:21immédiats d'ailleurs.
23:22Parce qu'il y en a un qui m'a dit,
23:24il y avait ma maman
23:25qui était juste à côté de moi,
23:26sauf que sa maman
23:27est à 6000 kilomètres.
23:29Donc la mort est liée
23:31aux troubles de stress post-traumatique.
23:34Merci docteur Chaput
23:35pour toutes ces explications.
23:37On vous retrouve sur internet
23:40et à travers votre ouvrage
23:41que je vous remontre ici,
23:43« Rallumer les étoiles »,
23:45un magnifique titre.
23:46Merci à vous aussi,
23:47chers auditeurs.
23:48On se retrouve quant à nous
23:49dimanche prochain à 15h30.
23:51Sud Radio, la santé demain,
23:55Gilles Goncalves.
23:56Vous a été présenté par
23:58cem-vivant.com
24:00pour mieux vivre avec les ondes électromagnétiques
24:02de notre quotidien.
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