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A partir de 1940, 80 000 femmes ont quitté la France pour partir travailler dans les usines de l'Allemagne nazie, encouragées par Vichy. Ces femmes jeunes et citadines partent souvent plus par précarité sociale que par idéologie. Pourtant, à leur retour en France en 1945, ces travailleuses "volontaires" seront frappées d'opprobre pour collaboration. Ainsi, beaucoup se sont tues et leur histoire, considérée comme tabou, est tombée dans l'oubli. Cette enquête historique mêle le drame intime à des documents et archives jamais questionnés jusqu'ici.
Réalisé par : Barbara Necek
Réalisé par : Barbara Necek
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00:08printemps 1945 l'allemagne nazie vient de signer la capitulation inconditionnelle la guerre est
00:15terminée ce conflit mondial sanglant a déplacé des millions d'européens éloignés des hommes
00:26et des femmes de leur pays désormais c'est le moment du grand retour prisonniers de guerre
00:35travailleurs forcés et rescapés des camps de la mort quittent l'allemagne pour la france par
00:40tous les moyens possibles parmi ces voyageurs il y a un groupe de femmes que personne n'attend à la
00:47gare habillée en civil et en bonnes conditions physiques elles se font tout de suite remarquer
01:00à paris à la gare d'orsay l'écrivaine marguerite duras les observe ce jour là elle attend le
01:07retour de son mari robert entelme je vois une dizaine de femmes installées par terre ce
01:14sont pour la plupart des ouvrières elles ont les mains noircies par l'huile des machines allemandes
01:21si elles ont ce visage effrayé c'est qu'elles viennent d'être huées par les femmes de prisonniers
01:26de guerre qui attendent
01:32ces femmes ce sont des travailleuses volontaires en réalité elles étaient 80 milles
01:41entre 1940 et 1944 elles sont parties de leur plein gré en allemagne nazie pour travailler au coeur
01:47du territoire ennemi
01:50à leur retour la colère des français s'est déversée sur elle
01:58il y avait des résistants qui nous traitaient de salopes
02:03d'une certaine façon je comprends ça on était du mauvais côté du manche
02:14volontaires elles auraient donc forcément collaboré et trahi la patrie en guise de
02:20représailles certaines ont même été tondus
02:26alors très vite après la guerre ces femmes ont tenté de disparaître dans l'anonymat et de
02:31faire oublier leur passé pour refaire leur vie enfermés dans le silence et dans la honte leur
02:37existence est restée inconnue pendant des décennies il y avait ce grand récit national d'une france
02:45résistante accusé de collaboration les travailleuses civils étaient exclus de ce
02:52récit héroïque
02:57voilà pourquoi elles se sont tuent
03:00je suis restée 50 ans à la bouche fermée
03:06c'était des choses que les il faut avoir vécu ça
03:12les gens ne peuvent pas comprendre ça si on n'a pas vécu
03:18rares sont celles qui comme chantal ont osé sortir de l'ombre
03:23rares sont aussi les enfants ou petits enfants qui ont décidé de se confronter aux tabous et aux
03:27non-dits qui ont pesé sur eux j'aimerais pouvoir passer encore des moments avec elle et discuter beaucoup plus
03:34tu lui demanderais quoi déjà de me dire pourquoi les partis en allemagne
03:43qui étaient ces femmes
03:48pourquoi ont-elles fait le choix d'aller travailler en allemagne
03:52en allemagne nazie
03:53doit-on les qualifier de collaboratrices ou sont-elles victimes de leur époque
04:02pendant 80 ans la france a choisi d'ignorer leur existence
04:08aujourd'hui pour la première fois un documentaire raconte l'histoire méconnue de ces femmes
04:13partis travailler volontairement en allemagne nazie l'un des secrets les mieux gardés des familles françaises
04:45l'histoire commence en 1940
04:51vaincu par l'allemagne nazie la france est humiliée traumatisée
04:58le chômage connaît un pic historique le ministère du travail compte plus d'un million de chômeurs
05:06pour les femmes françaises c'est la double peine alors qu'elles ont commencé à investir les domaines
05:11réservés aux hommes depuis la grande guerre le nouveau régime les repousse dans les foyers
05:19cette école de formation féminine
05:22200 jeunes filles reçoivent une éducation professionnelle et ménagère
05:26qui leur permet de se préparer à leurs futures tâches de mères de famille et de femmes d'intérieur
05:36vichy il va amener à beaucoup de changements législatifs avec une idée que la place des femmes
05:42c'est dans la famille et donc on va avoir des lois contre qui rendent le divorce plus difficile qui
05:48punissent plus fortement l'avortement et aussi des lois qui décourage l'emploi des femmes en 1940
05:54des mesures qui doivent libérer des emplois pour les hommes résultats fin 1940 la france compte plus
06:02de 300 mille chômeuses ce chômage de masse est une aubaine pour l'allemagne nazie avec ses hommes
06:09au front elle a besoin de bras pas question pour autant de faire travailler les femmes allemandes
06:15conformément à l'idéologie nazie elles doivent être épargnées pour assurer la descendance aryenne
06:23le reich décide alors de mobiliser les populations des pays occupés un immense réservoir de main d'oeuvre
06:31il y avait une administration allemande dédiée au recrutement des travailleurs étrangers
06:36elle était sous la responsabilité du ministre du travail fritz aockel il était chargé de recruter
06:43le plus de personnes possibles dans les pays occupés en france il est aussi dans l'intérêt du
06:50maréchal pétain de combattre le fléau du chômage faire travailler les femmes françaises en allemagne
06:56est pourtant en contradiction avec la politique familiale de vichy mais la collaboration économique
07:04avec le reich est plus importante comme dans tous les autres pays occupés les nazis ouvrent
07:10alors des bureaux de recrutement en mai 1942 il y a 300 agences en zone occupée et libres elles
07:18recrutent aussi bien les hommes que les femmes vichy a bien sûr coopéré avec les autorités allemandes
07:27on a publié des appels dans les journaux imprimés des affiches qui devait inciter à aller travailler
07:33en allemagne dans un premier temps on a essayé de recruter des volontaires la machine de propagande
07:47s'est mise en route des affiches colorées décrivait le travail en allemagne comme un véritable paradis
08:04les promesses faites aux ouvriers et ouvrières un bon salaire des logements tout confort de la
08:10nourriture des soins médicaux et du temps libre
08:16des arguments qui font mouche auprès d'une bonne partie des françaises qui souffrent de la situation
08:20dans leur pays divorcée avec ses deux filles la mère de chantal est l'une d'entre elles elle avait
08:29une école d'équitation j'avais huit jours quand la guerre est arrivée l'armée a réquisitionné six
08:37jours c'était son gagne pain et puis il n'y avait plus d'argent il y avait à la
08:46commandanture de nantes un
08:49monsieur qui donnait des cartes de aux enfants qui en avaient besoin du lait du charbon et il était
08:58beaucoup il aidait beaucoup les gens et ma mère lui a dit moi je sais pas j'ai plus de
09:04travail que ce
09:05que je fais elle m'a dit il lui a dit mais on va vous donner des des publicités alors
09:13on demandait des
09:14femmes pour travailler en allemagne et c'est pour ça que ma mère a dit bah oui pourquoi pas
09:21le plus important dans l'offre allemande un contrat de travail qui garantit le retour en france comment
09:28résister à des conditions aussi alléchantes quand on ne sait plus comment gagner sa vie
09:34d'autant plus qu'à l'époque l'occupant se présente sous son meilleur jour et jouent les pacificateurs
09:45les français et les françaises ne sont pas rares à succomber à cette opération séduction
09:53ma mère elle admirait la mère non elle n'aimait pas les français du tout elle est critiquée les
10:01français ne sont pas disciplinés mais les allemands très disciplinés ça me passait par dessus la tête
10:07cette époque là mais elle était quand même de leur côté
10:19pleine d'espoir la mère de chantal décide d'emmener ses deux filles avec elle chantal a
10:25alors 16 ans et sa soeur mathilde 14 ma mère s'en est occupé
10:32elle s'occupait du tout elle était très contente nous on suivait je me suis dit je serais peut-être
10:38pas plus mal en allemagne partir vers l'inconnu en espérant trouver mieux c'est aussi l'espoir que
10:47caresser la couturière suzanne bécaille originaire de meudon en banlieue parisienne elle fait partie
10:54de ces travailleuses volontaires dont le destin était totalement occulté après la guerre par sa propre
10:58famille toute sa vie sa fille marie annick a vécu dans une honte diffuse et dans le non dit
11:08vous savez on entend des des des conversations entre mon grand-père et ma grand-mère et j'ai
11:14entendu ah mais elle va pas nous faire des bêtises comme sa mère on sent qu'il y a des
11:18petits trucs
11:18qui cloche on sait pas quoi on sent que les gens parlent avec des sous-entendus on ne sait pas
11:25pourquoi mais on sent quelque chose qui n'est pas normal j'avais peur de poser des questions
11:33celui qui va briser le tabou est emmanuel le fils de marie annick et petit fils de suzanne une
11:39grand-mère qu'il n'a jamais connu sa quête commence à l'adolescence quand sa mère lui révèle qu
11:46'elle a
11:46grandi avec un père adoptif et qu'elle ignore l'identité de son vrai père en posant des questions
11:53sur suzanne sa grand-mère emmanuel découvre qu'un secret en cache un autre un jour je parle avec ma
12:01mère et elle me dit j'ai un souvenir très ancien jeu j'allais voir ma maman au parloir à
12:07la prison
12:08freine elle aurait volé des bijoux avec quelqu'un se fait emprisonner et là mon esprit rationnel me
12:14dit quand même on est juste après la guerre une fille mère emprisonnée ferme pour un vol de bijoux
12:19raté ça me paraissait très sévère un grand-père inconnu et une grand-mère en prison pour faire la
12:28lumière sur ces bribes d'information emmanuel découvre le dossier judiciaire de sa grand-mère
12:33aux archives nationales ce n'est pas pour un vol de bijoux qu'elle a été inculpée mais pour
12:44intelligence avec l'ennemi au fil des pages il découvre la véritable histoire de suzanne
13:03ces révélations vont bouleverser toute la famille
13:09comment est ce qu'on doit prendre cette nouvelle est ce que c'était vraiment mal
13:13d'aller travailler en allemagne c'est sûr que ce n'était pas très patriote
13:20et quand emmanuel a commencé à remuer tout ça je me suis ralle là là là là qu'est ce
13:25qu'il va
13:25apprendre qu'est ce que il va raconter ça des tas de gens et et puis je vais avoir honte
13:32et
13:33puis j'ai pas envie qu'on m'en parle l'histoire que les archives dévoilent
13:39commence à courbe voie au début de l'occupation suzanne y travaille comme
13:44manutentionnaire à la compagnie des lampes âgé de 20 ans elle tombe amoureuse d'un
13:49officier de la wehrmacht un certain carl didrich il y avait une boîte dans l'armoire de mes
13:55grands-parents avec des photos et un jour j'avais sorti une photo d'un bel officier
14:03allemand et on m'a dit remets ça tout de suite dans la boîte et j'ai dit mais qui
14:06est ce et on m'a dit ah ça c'est c'est un allemand que ta mère aurait pu
14:14s'enticher
14:14de lui au fond de moi j'avais très peur d'être la fille d'un officier allemand
14:26d'être la fille d'un nazi carrément
14:31un an après cette rencontre suzanne se porte volontaire pour partir en allemagne nazie
14:39au sujet de son départ elle déclare lors de son procès ne pouvant trouver du travail et ne pouvant
14:46pas rester à la charge de mes parents alléché par les avantages qui étaient donnés aux travailleurs
14:51partant en allemagne je me suis décidé à me faire embaucher
14:58mon grand-père c'était dur c'était un homme de caractère un caractère très puissant c'était
15:03très dur pour lui il avait fait toute la guerre 14 combattu les allemands perdu ses deux frères à la
15:12guerre 14 savoir que sa fille était partie en allemagne devait pas être très facile pour lui elle vient d
15:19'être
15:20majeur elle est majeure en mai 41 à 21 ans et elle décide de partir en allemagne en septembre elle
15:26a
15:26plus besoin pour ce départ de l'autorisation de qui que ce soit alors est ce qu'elle part pour
15:32retrouver ce sous officier allemand dont elle était tombée amoureuse quelques temps avant parce qu'elle
15:37part pour des raisons purement matérielles ou pour simplement prendre sa liberté ça je ne sais pas
15:42mais en tout cas elle décide de partir entre 1940 et 1942 jusqu'à un tiers des volontaires qui partent
15:52pour l'allemagne sont des femmes le gouvernement français facilite ses départs en délivrant des
15:57passeports en zone libre le recrutement est encouragé par la présence de mouvements collaborationnistes
16:06quand on regarde le profil on voit que ce sont vraiment des femmes des classes populaires qui
16:10décident d'aller travailler dans l'allemagne nazie pour des raisons économiques et familiales ça peut
16:18être des femmes qui veulent mettre à distance leur famille et donc là on parle de mineurs par exemple
16:22qui essaie de s'échapper situation familiale ou de l'autorité des parents de femmes qui veulent se
16:27séparer qui veulent divorcer ça c'est une occasion de partir le mari normalement il décide du domicile
16:35et puis le mari a son mot à dire dans le travail dans l'emploi qu'occupe sa femme et
16:39là c'est pas du
16:40tout demandé
17:02à cette époque là tout le monde sait qu'il ya des gens qui partent travailler en allemagne c'est
17:07des
17:07décisions qui sont controversées mais on peut aussi assumer qui paraissent comme une option possible
17:15le régime ne laisse pas le temps de la réflexion les travailleuses sont expédiées en allemagne seulement
17:20quelques jours après leur inscription au bureau de recrutement les femmes seront 80 milles à partir
17:25pour le reich les hommes environ trois fois plus une prime de 1000 francs versé au moment du départ
17:32permet de laisser de l'argent aux familles ou d'éponger des dettes de quoi faire taire les hésitations
17:41cette situation n'était pas destinée à durer elle se projetait à deux maximum quatre ans
17:50ces femmes se disent je vais aller travailler d'abord et quand la guerre sera finie j'aurai au
17:56moins gagné un peu d'argent et la vie continuera comme avant
18:03celles qui partent pour des raisons idéologiques sont très minoritaire
18:09âgés de 26 ans en moyenne la plupart des travailleuses n'ont jamais quitté la france
18:15partir en allemagne c'est aussi ni plus ni moins une aventure
18:22le fasciste français lucien rebattait exprime son mépris après la guerre elles eussent été très étonnés
18:28si elles avaient appris que leurs copines communistes les traitaient de collaboratrices
18:32des nazis c'était là une pensée déjà trop élaborée pour leurs pauvres cervelles
18:41il n'y avait pas beaucoup de choix partout en europe occupée les gens travaillaient au
18:45service de l'économie de guerre allemande et en france aussi la seule différence était
18:50l'éloignement géographique mais la finalité était la même tout le monde était au service
18:54de l'industrie de guerre nazie
19:26en allemagne nazie les travailleurs étrangers hommes et femmes sont attendus avec impatience
19:33dans le reich on manque de bras dans tous les domaines l'industrie de l'armement l'agriculture
19:38les mines mais aussi les restaurants et les foyers en tout 13 millions d'étrangers originaires
19:46des pays occupés vont être exploités au profit de l'économie allemande au fil des conquêtes de
19:52la wehrmacht polonais belges néerlandais italiens bulgares croates rejoignent l'immense
19:58réservoir de travailleurs du reich pour le régime nazi ils sont avant tout de la main d'oeuvre bon
20:04marché
20:08ces travailleuses et travailleurs ont été accueillis dans un premier temps dans des camps de transit qui
20:14avaient été mis en place partout en allemagne
20:19il y avait des camps séparés pour les travailleurs de l'ouest et de l'est pour les hommes et
20:24les femmes ainsi que pour les adolescents et les enfants
20:31et les employeurs allemands pouvaient y choisir des travailleurs pour leurs usines
20:49dans les grandes villes allemandes cette réserve de main d'oeuvre est logée principalement dans des
20:54baraquements
20:56rien qu'à berlin dans la capitale le régime en a installé plus de 3000
21:04entouré de clôtures certains sont surveillés par des gardes qui contrôlent les pièces d'identité à
21:09l'entrée des écoles gymnases et autres lieux publics sont également transformés en dortoirs
21:18on est loin des conditions promises dans les brochures de propagande
21:26chantal se retrouve à stuttgart avec sa mère et sa soeur
21:32on savait pas ce qui allait arriver
21:35on est arrivé sur le quai de la gare de stuttgart
21:38il y avait plein de messieurs qui étaient là c'était des directeurs de
21:43d'usine qui venaient choisir je dirais pas le bétail
21:48mais enfin et il y avait qui était en famille et et qu'on séparait
21:56nous on nous a pris toutes les deux alors on est parti dans l'usine rossler
22:04moi je moi j'arrivais sur une autre planète j'étais sur une autre planète
22:10tout m'étonnait tout m'étonnait
22:15suzanne quant à elle arrive aussi dans la banlieue de stuttgart
22:19elle est choisie pour travailler chez salamander
22:21un fabricant de chaussures à cornwestheim
22:45je ne la juge pas du tout
22:47ça aurait été sûrement mieux d'être résistante que de travailler dans une usine en allemagne
22:52mais je ne me dis pas que c'est qu'il n'y a pas quelque chose de binaire entre
22:57le bien et le mal
22:58c'est vraiment la curiosité d'une part et puis de l'envie de résoudre une énigme qui me qui
23:04me porte
23:05quand emmanuelle m'a annoncé que bon elle est partie travailler comme ça m'a fait ça m'a fait
23:12un choc
23:14et j'étais pas fière du tout de savoir qu'elle était partie travailler en allemagne
23:17c'était et moi j'avais peur de savoir par la suite parce que j'avais peur aussi un peu
23:24de savoir
23:24s'il y avait une collabo
23:40pour ces femmes l'arrivée sur leur nouveau lieu de travail est le moment des premières déceptions
23:47quand c'est dans une maison c'est une baraque en bois avec un poêle au milieu et puis je
23:54vous
23:54ai dit c'était super deux lits superposés et puis quand on a couché la première nuit on a été
24:02boulotés par les punaises si mais où est ce qu'on je m'y attendais pas tout ça quand elle
24:11a eu ça mais
24:11ma mère était ah ah c'est un peu lent elle commençait à ouvrir les yeux
24:22tous les matins les travailleurs et travailleuses étrangères quittent les camps de baraquement
24:28pour se rendre sur leur lieu de travail à pied en bus ou en tramway
24:36dans les villes allemandes ils font partie du paysage urbain
24:42la journaliste berlinoise ursula von kardorf écrira plus tard dans ses mémoires que l'allemagne n'aura
24:48jamais été aussi cosmopolite qu'à l'époque du national socialisme
24:53les travailleurs étrangers n'étaient pas cachés ils se déplaçaient en ville sous les yeux de la
24:58population allemande rien qu'ici au camp de baraquement de schoeneweide on constate que
25:07les voisins pouvaient voir le camp depuis leurs fenêtres c'était ça la normalité
25:16sur leur lieu de travail le problème de langue est résolu à l'aide de travailleuses germanophones
25:20souvent d'origine alsacienne c'était la responsable de la baraque des françaises elle parlait un petit
25:27peu allemand si bien que quand il y avait un ordre c'est elle qui nous expliquait ce qu'il
25:32fallait faire
25:34on était dans une usine qui faisait des radios on me donnait un petit tournevis et même il m'expliquait
25:41les fils qu'il fallait mettre ensemble ensuite c'est devenu une usine de guerre c'est à dire que
25:50au lieu de faire des des radios on faisait des caisses à munitions et moi je devais fixer le
25:58couvercle sur la caisse j'avais un pistolet électrique et il fallait mettre le boulon et puis
26:08chantal est rémunéré 20 reichsmark pour 48 heures de travail par semaine une somme qui
26:14est au dessus du salaire moyen d'une ouvrière en france dans les ateliers et usines du reich
26:24suzanne et chantal côtoient beaucoup de femmes venues de l'est polonaise russes ou ukrainienne
26:30contrairement aux femmes d'europe occidentale la majorité d'entre elles ont été arrachées de
26:34force à leurs villes et villages pour servir l'allemagne nous avions la barrique des français
26:41à côté il y avait la barrique des polonais après il y avait la barrique des russes et puis les
26:48barriques des ukrainiens parce que ça ne mélangeait pas on les a emmenés par camions entiers
26:57elles n'étaient pas du tout volontaires pas du tout elles avaient un carré bleu il y a écrit
27:06ost ou s t s il fallait que ce soit voyant et quand elles ne mettaient pas l'ost elle
27:15pouvait aller
27:16en prison les françaises avaient le droit d'aller au cinéma d'aller au théâtre elles avaient tous les
27:26droits mais les autres noms et c'était pas accepté il fallait qu'elles soient rentrés 10 heures sinon
27:33il y avait des représailles considérés comme des sous-hommes dans l'idéologie nazie les slavs sont
27:41soumises à un traitement bien différent de celui des françaises le régime hiérarchie ses ouvrières
27:47étrangères en fonction de ses théories raciales pour aider les entreprises à optimiser leur rendement
27:53certains pseudo scientifiques définissent des caractéristiques ainsi les françaises sont
27:59définies comme habiles mais elles manqueraient de persévérance considérées plus intelligentes
28:05que les femmes de l'est elles échappent aux travaux les plus éreintant les européennes de l'est les
28:16polonaises et les femmes de l'union soviétique ont été employés à des postes dangereux et très
28:21pénibles alors que les françaises était par exemple chez siemens à berlin où le travail n'était pas aussi
28:31dur qu'ailleurs dans les rapports de travailleurs survivants polonais on lit qu'ils avaient été
28:45obligés de manipuler des substances nocives comme des acides pour la production de piles
28:54et cela leur a causé des problèmes de santé à très long terme
29:01à première vue le régime nazi soigne ces travailleuses françaises le service de
29:07langues étrangères publie à leur intention des hebdomadaires en français contenant
29:11informations politiques et pratiques et vichy envoie ses meilleurs artistes pour
29:18encourager les compatriotes dans le reich
29:20à l'intention de nos compatriotes une troupe française de musical parcours actuellement
29:26l'allemagne
29:34chaque fin de semaine des excursions sont organisées dans berlin et ses environs
29:43elles peuvent sortir se balader en ville aller au restaurant au cinéma au théâtre des lieux
29:50interdits aux travailleuses laves
29:53les week-end les femmes se retrouvent dans des cafés ou des dancing
29:58elles y côtoient des compatriotes des travailleurs français
30:04des amitiés se nouent et des histoires d'amour naissent notamment entre suzanne et un certain
30:11andré le jeune ouvrier à l'usine salamander la jeune femme déclare plus tard devant la cour
30:17nous sommes sortis ensemble à différentes reprises en particulier le dimanche où nous allions au bal
30:23le jeune homme était très épris de moi je pense qu'elle devrait prouver une forme de liberté un peu
30:29grisante elle a 21 ans et elle fait ce qu'elle veut elle gagne de l'argent elle peut le
30:34dépenser
30:34elle peut coucher avec un garçon si elle en a envie
30:41Yvonne Piboulot elle avait son prisonnier
30:44comment il s'appelait Henri Henri le prisonnier c'était son amoureux ma soeur dès le début c'était
30:53Nicolas le russe il était très beau et il avait une belle voix il chantait et il était le chef
31:02des
31:03de la marque des russes et il avait son coin particulier il avait sa petite chambre particulière
31:10et ma soeur était amoureuse de Nicolas
31:41A un tirone et tu gentils comme tout
31:48Ils voulaient tous m'apprendre à danser, alors tous, alors René dit mais non, alors il attrapait une chaise et
31:57puis faisait mine de danser, là on bat avec la chaise, tout le monde était groulé de voir ça, tout
32:04le monde rigolait.
32:04Et du matin petit con, il était vraiment amoureux, voilà, et ça s'est passé au bord du nicar, c
32:16'était très, très romantique.
32:24Est-ce que vous diriez qu'il y avait une forme de liberté pour les femmes ?
32:29Mais totale, totale, et c'est pour ça qu'ils en profitaient.
32:33C'est comme si les règles du jeu avaient changé.
32:35Donc effectivement, il y a plein de choses qui pourraient être pesantes en France qui ne sont plus là.
32:40Par exemple, le regard de son entourage, le regard de sa famille, même le, on pourrait dire que le contrôle
32:45masculin est assez affaibli, le contrôle des pères, le contrôle des maris, même le contrôle des amants.
32:53Mais cette liberté pour les femmes a tout de même des limites.
32:59Si le régime ferme les yeux sur des amourettes son lendemain, il n'est pas question pour les nazis de
33:03voir s'installer sur leur territoire des familles d'origine étrangère.
33:09Les travailleuses qui tombent enceintes sont renvoyées dans leur pays.
33:14Pour les nazis, elles restent d'abord des bras pour l'industrie de guerre avant d'être des femmes.
33:22Dans les usines, on surveille de près leur rendement.
33:27À disposition des employeurs, elles peuvent être réquisitionnées jusqu'à 60 heures par semaine, parfois la nuit et même certains
33:34dimanches.
33:37Les contre-maîtres allemands comptent le nombre de pièces produites par jour, le temps passé aux toilettes, le contact avec
33:43les collègues.
33:46Certaines violations du règlement du travail peuvent même être considérées comme des actes de sabotage.
33:58Quand elles sortaient du rang, il y avait toute une série de sanctions, des amendes, mais aussi des peines de
34:04prison.
34:09Rapport de la Gestapo
34:12La travailleuse française Marcelle Doley a quitté son travail à l'usine Osram le 24 janvier 1943 sans autorisation.
34:20La Gestapo de Hambourg a arrêté la dite Doley dans un train.
34:25Elle a été transférée à Berlin et incarcérée le 19 mars 1943 pour rupture de contrat de travail.
34:35Certaines étaient aussi signalées à la Gestapo.
34:38Si elles étaient soupçonnées de sabotage parce qu'elles travaillaient trop lentement,
34:43elles risquaient d'être internées dans des camps de rééducation par le travail.
34:51Dans ces camps, les prisonniers étaient traités comme dans les camps de concentration.
34:56Ils devaient effectuer des travaux très durs.
34:59Ils étaient battus, maltraités.
35:04Hélène Freudenberg, une communiste allemande, raconte avoir vu deux Françaises se faire maltraiter dans un camp de rééducation à Berlin.
35:12J'ai vu de mes propres yeux comment une gardienne allemande a fait de deux Françaises des Invalides.
35:18Elle a attrapé l'une d'entre elles par les cheveux et lui a écrasé le front contre une porte.
35:24La femme s'est écroulée en poussant un grand cri.
35:28Le lendemain, elle était aveugle.
35:31La même gardienne a frappé la main droite de l'autre française avec une matraque de toutes ses forces.
35:38Je l'ai revue quelques jours plus tard.
35:40Sa main était totalement mutilée.
35:44Au bout de 50 jours, on les renvoyait dans les entreprises.
35:51Leur exemple devait dissuader les autres ouvriers et ouvrières de sortir du rang.
35:59Dans certains cas, les femmes peuvent même être déportées dans les camps de concentration.
36:05Près de 200 travailleuses civiles françaises ont subi ce sort.
36:28En 1942, l'Allemagne nazie a besoin de plus en plus de bras pour faire face à une guerre qui
36:33dure.
36:35Fritz Sauckel, le responsable de la main d'œuvre étrangère,
36:38est chargé par Hitler de recruter 250 000 hommes supplémentaires en France.
36:45Avec le collaborationniste Pierre Laval,
36:48Sauckel négocie la relève,
36:50un système qui échange des prisonniers de guerre français contre des travailleurs.
36:54Je viens au nom de la France et de son chef, le maréchal.
36:59Les termes du contrat sont à l'avantage de l'Allemagne.
37:02Pour libérer un prisonnier, il faut trois ouvriers qualifiés.
37:06Malgré une vaste opération de propagande, les résultats sont maigres.
37:10Seuls 50 000 travailleurs répondent à l'appel.
37:12Alors qu'il y a 1,5 million de prisonniers de guerre en Allemagne.
37:17Sauckel organise alors le recrutement forcé des Français,
37:21appelé plus tard le STO, le service de travail obligatoire.
37:33Les femmes françaises ne sont pas contraintes au STO.
37:36Mais pour les inciter à partir,
37:38on propose aux épouses des prisonniers de guerre de rejoindre leur mari,
37:41à condition de signer un contrat avec une entreprise allemande.
37:511942 est aussi un tournant pour les travailleuses étrangères du Reich.
38:11Vivre en Allemagne nazie devient de plus en plus dangereux.
38:16Une ouvrière écrit dans une lettre.
38:19Il y a des alertes à Berlin, avec de graves bombardements.
38:23À 500 mètres de notre camp, un grand incendie se produisit.
38:27Il y a beaucoup de dégâts.
38:29C'est bien triste la guerre.
38:31Quand finira-t-elle, personne ne le sait.
38:33On voyait les bombardements arriver.
38:36On voyait qu'il n'y avait presque rien dans les magasins.
38:41On n'avait pas de vêtements.
38:44C'était la croix et la bannière pour avoir des vêtements.
38:47On nous donnait les trois quarts du temps, c'était pour les Allemands.
38:53Il fallait rester au marché noir et c'était cher.
39:00Les conditions se sont détériorées pour tout le monde.
39:04Et même les volontaires qui avaient des contrats de travail leur garantissant certains droits
39:08n'avaient plus l'autorisation de rentrer chez eux.
39:13C'était considéré comme une rupture de contrat et donc puni.
39:20À partir de ce moment-là, on peut considérer que les travailleurs civils
39:24étaient eux aussi devenus des travailleurs forcés.
39:32Privé de la possibilité de retourner en France,
39:35les travailleuses françaises sont prisonnières de leur usine.
39:41C'est honteux tout ce que l'on peut raconter en France sur le travail en Allemagne.
39:44Écrit la travailleuse française José Herr depuis la ville de Bonn à son ami Gabi.
39:52Je me lève à 5h du matin pour aller travailler.
39:55On finit au soir à 5h.
39:57Je suis très fatiguée.
40:00Ils ne veulent plus nous laisser revenir où c'est la prison.
40:04Ici, il faut obéir aux doigts et à l'œil.
40:07Raconte à tout le monde ce qui se passe quand on vient travailler en Allemagne.
40:10C'est une honte.
40:13Pour échapper à ce contrôle oppressant et améliorer leur quotidien,
40:17certaines recourent à des petits trafics, des vols et à la prostitution.
40:23Une passe équivaut à une semaine de salaire en usine.
40:28La prostitution permet de gagner beaucoup d'argent par rapport à ce qu'elle gagne à l'usine.
40:33Et donc, il me semble que ça va permettre aussi de payer toutes les amendes
40:38qu'on peut avoir pour des absences, etc.
40:39et donc de regagner un peu de maîtrise de sa vie.
40:49Partie en Allemagne pour être aux côtés des ouvriers français,
40:52le prêtre Henri Perrin constate.
40:56Elles croyaient trouver ici la liberté, l'argent, le plaisir.
41:01Elles ont trouvé la solitude, la promiscuité, des camps et des salaires de misère.
41:07Qui osera leur jeter la pierre ?
41:11En 1943, l'Allemagne nazie ne fait plus rêver.
41:16D'autant plus que l'étau se resserre sur les travailleuses étrangères.
41:21L'approvisionnement en main d'œuvre est tellement faible
41:24que le régime interdit même le retour des femmes enceintes en France.
41:29Pour celles qui accouchent, des pouponnières sont mises en place.
41:33Afin de réduire le temps d'improductivité de ces femmes,
41:36on les sépare de leurs enfants.
41:46La vie des volontaires a tourné au cauchemar.
41:53Sur les 80 000 travailleuses venues en Allemagne, environ 2 000 y perdront leur vie.
42:03Suzanne tombe aussi enceinte à cette époque.
42:07Mais elle a de la chance.
42:08Elle fait partie des rares femmes qui arrivent à rentrer.
42:12En France, un autre cauchemar commence pour elle.
42:16Celui du rejet et de la honte.
42:19Ça a dû être dur, puisque quand même, quand elle est revenue,
42:22mon grand-père l'a mise à la porte.
42:24Elle est revenue en plus enceinte.
42:28Donc il l'a mise à la porte.
42:31Le 24 mai 1944,
42:33Suzanne donne naissance à sa fille, Marie-Anique,
42:36à la maternité du Port-Royal,
42:38dans le 14e arrondissement à Paris.
42:42L'identité du père est cachée par Suzanne.
42:45Elle garde son enfant.
42:47Elle aurait pu l'abandonner, elle décide de la garder.
42:50Et je ne sais pas trop ce que fait Suzanne.
42:52Ça fait partie des zones d'ombre de l'histoire.
42:54Elle travaille, certainement, à Paris.
42:56Elle habiterait en tout cas une partie du temps rue Mouffetard.
43:00Et elle travaille, elle survit, elle se débrouille.
43:04Trois mois plus tard, Paris est libérée.
43:08La même année, à Stuttgart,
43:09l'usine de Chantal est détruite par les bombes alliées.
43:13Avec les autres femmes,
43:15elle est transférée pour continuer à travailler.
43:17Mais en réalité, l'Allemagne nazie est déjà à bout.
43:20Les routes d'approvisionnement sont bloquées
43:22et les matières premières manquent.
43:25Le régime n'a plus les moyens
43:27de retenir ses travailleurs étrangers.
43:30On était dans cette usine
43:32qui n'a jamais marché,
43:35qui n'a jamais fonctionné.
43:37On était là,
43:38alors on nous donnait des tickets,
43:41le restaurant.
43:42Après, on a supprimé les tickets,
43:44on ne nous donnait plus rien.
43:46On était là comme des avant-peines,
43:48on ne savait pas quoi faire.
43:50Et puis,
43:52moi,
43:53il y avait un petit copain
43:55qui m'a dit,
43:56si tu veux,
43:57je t'emmènerai.
44:00Il a attrapé un Allemand
44:02qui était en vélo.
44:04Il lui a donné un coup de poing
44:06et il a pris le vélo.
44:07J'étais sur le cadre
44:09et puis il a pédalé
44:11jusqu'à l'Ordigène
44:13et puis là,
44:13il a pris un train.
44:17Mais ça a été long
44:18parce qu'ils s'étaient bombardés
44:19tout le temps.
44:20Ça n'arrête.
44:23Ils sont nombreux
44:24à quitter l'Allemagne
44:25par leurs propres moyens,
44:26avant même que le rapatriement
44:27ne soit organisé
44:28par les autorités.
44:31Début 1945,
44:33ils sont plus d'un million et demi
44:34à rentrer en France.
44:37Dans les trains,
44:38les femmes se mélangent
44:39d'aux hommes,
44:40déportées,
44:41prisonniers de guerre,
44:42travailleurs civils
44:43et STO.
44:47L'un d'entre eux,
44:48Paul,
44:48se souvient.
44:51À chaque étape,
44:52on donnait du ravitaillement
44:53à la porte
44:54quand on a été en France.
44:57Mais alors,
44:58les femmes,
44:58elles étaient traitées
44:59de façon épouvantable.
45:02Comme elles n'avaient pas
45:03la tenue rayée,
45:04on savait que c'était
45:05des volontaires
45:05pour le travail en Allemagne.
45:07À chaque arrêt,
45:09elles étaient accablées
45:09d'injures par les bénévoles
45:10qui s'occupaient
45:11des rapatriés.
45:12C'était triste.
45:17J'avais peur
45:18du passage.
45:23Qu'est-ce qui va m'arriver ?
45:26Qu'est-ce qui va m'arriver ?
45:27Ça m'hantait.
45:29Vous avez peur de quoi ?
45:31De ce qu'on allait nous dire,
45:33de ce que les résistants
45:36allaient nous dire.
45:37Qu'est-ce que vous êtes
45:38venus foutre en Allemagne ?
45:44À la frontière,
45:45les pires craintes de Chantal
45:47se confirment.
45:48Elle est accueillie à la gare
45:50par des officiers de rapatriement
45:52chargés de vérifier les identités.
45:55Ils nous jugeaient.
45:57Je ne sais pas qui étaient ces personnes.
46:00Ils étaient anti-allemands.
46:03C'était des rapatriotes.
46:04D'après eux,
46:05ils étaient tous blancs
46:06comme des colons.
46:10Il y a toute une administration
46:11qui s'occupe du rapatriement
46:12de tous les gens
46:13qui étaient en Allemagne,
46:14les déportés,
46:14les prisonniers,
46:15les travailleurs.
46:16Elles sont prises
46:17dans cette organisation-là
46:20et elles vont être souvent
46:21interrogées à la frontière.
46:23L'État s'efforce de trier,
46:25de savoir quelle est la trajectoire,
46:27quel est le parcours
46:27de chacun, de chacune.
46:29À ce moment-là,
46:30si elles sont soupçonnées,
46:31elles peuvent être interrogées
46:32un petit peu plus.
46:40On me posait des questions.
46:41Où étais-tu ?
46:43Qu'est-ce que tu avais ?
46:44Agressive, agressive.
46:46À force.
46:49J'étais complètement imbrutée.
46:51Oui, mais ils en voulaient.
46:53Ils en voulaient à ces femmes.
46:54Ils en voulaient.
46:55Terriblement.
46:57D'une certaine façon,
46:58je comprends ça.
47:02Je me mets à la place d'un résistant.
47:05Je vois une fille y arriver.
47:08Mais je me sentais coupable,
47:10évidemment.
47:12Mais pas qu'au labo pour autant.
47:14Non, pas du tout.
47:15Pas du tout.
47:16Pas du tout.
47:16Oh là là là, pas du tout.
47:18Pas du tout que d'amour.
47:27On voit des scènes,
47:28quand elles rentrent,
47:29qui sont des scènes d'hostilité.
47:32Elles peuvent être prises à partie.
47:34Parfois, certaines sont même tondues,
47:36humiliées.
47:39L'assistante sociale nous a dit
47:42« Vous allez maintenant aller à la douche
47:45et vous allez vous faire
47:49désinfecter vos vêtements. »
47:51Comment on y va toutes ensemble ?
47:54Et dix minutes après,
47:56on voit une fille qui arrive un poids.
47:59Elle avait son...
47:59son...
48:00sa serviette éponge autour des reins.
48:04Elle dit « Vite, vite,
48:05il y a des militaires dans...
48:08il y a des soldats dans les douches. »
48:11Et ils avaient lâché des soldats.
48:14Et ils ont voulu se changer.
48:21Le regard sur la collaboration
48:23quand elle est féminine,
48:24il n'est pas le même
48:25que quand il s'agit d'hommes.
48:29Et ce qu'on leur reprochait,
48:31c'était à la fois
48:31une déloyauté nationale,
48:34mais aussi une déloyauté
48:35par rapport à leur rôle d'épouse,
48:38de femme,
48:40tel qu'il est considéré
48:41comme respectable à l'époque.
48:46Pour ma soeur,
48:47ça a été terrible.
48:50Elle avait un petit ami
48:51qui était STO,
48:54André.
48:56Et il a dit
48:57qu'il ne pouvait pas présenter
48:59à sa famille
49:00une personne
49:02qui était venue
49:03travailler volontairement
49:04en Allemagne.
49:05Sa famille n'aurait pas compris.
49:08Donc, il l'a laissée.
49:11Et le soir,
49:12ma soeur
49:13pleurait, pleurait,
49:14pleurait
49:14qu'elle était abandonnée.
49:19Aux yeux de la société
49:20d'après-guerre
49:21qui s'efforce
49:21d'écrire le récit national
49:23d'une France résistante,
49:25les travailleuses volontaires
49:26font tâche
49:27et doivent se faire oublier.
49:29Je n'en ai parlé
49:30à personne,
49:31personne,
49:32en général,
49:35on ne disait rien.
49:36Je suis restée 50 ans
49:37à la bouche fermée.
49:41Chantal s'installe
49:42en Bretagne
49:43où elle recommence
49:44une nouvelle vie.
49:45En 1995,
49:47elle sort du silence
49:48et raconte son expérience
49:50allemande
49:50dans un livre.
49:54Suzanne est rattrapée
49:56par son passé
49:56en novembre 1945
49:58quand la police
49:59vient l'arrêter.
50:00Elle est accusée
50:01par une ancienne
50:02collègue française
50:03d'avoir dénoncé
50:04André Lejeune,
50:05son ancien amoureux
50:06de Stuttgart
50:07à la Gestapo.
50:09Le jeune homme
50:09avait aidé
50:10des prisonniers de guerre
50:11à fuir.
50:12Cette dénonciation
50:13lui aurait valu
50:13d'être fusillé
50:14en 1943.
50:17Accusé d'intelligence
50:18avec l'ennemi,
50:18de complicité
50:20de séquestration
50:20et d'homicide volontaire,
50:22Suzanne est incarcérée
50:23à la prison de Freyne.
50:24Sa fille de 18 mois,
50:26Marie-Anique,
50:27est gardée
50:28par ses grands-parents.
50:32Lors de son procès,
50:34différents témoins
50:35sont auditionnés.
50:37Parmi eux,
50:38un certain Jean Leroy,
50:39ancien prisonnier de guerre,
50:40fait une révélation
50:41étonnante.
50:43Lors de l'enquête judiciaire,
50:45il a déclaré
50:46qu'en janvier 1942,
50:48la jeune femme
50:49l'a aidée à s'évader.
50:51Elle lui a fourni
50:52des vêtements civils
50:53et l'a accompagnée
50:54à la gare.
51:01Avant le départ du train,
51:04Mlle Bécaille
51:04me donna son petit portefeuille
51:06qui contenait
51:07une assez grosse somme
51:08d'argent.
51:10Grâce à elle,
51:1127 jours après mon évasion,
51:13j'étais en France
51:14près de ma femme.
51:16Il faut avoir vécu
51:18pareille histoire
51:18pour comprendre
51:19la reconnaissance
51:20que je porte
51:21à Mlle Bécaille.
51:24Je précise
51:25qu'elle encourait
51:25de gros risques.
51:30Là, j'ai eu
51:32vraiment un soulagement
51:34extraordinaire
51:34en me disant
51:35que ce n'était pas
51:37une mauvaise femme,
51:38c'était quelqu'un de...
51:39On n'a pas envie
51:40d'être l'enfant
51:41d'une mauvaise femme,
51:42c'est certain.
51:44Le dossier judiciaire
51:45de Suzanne
51:45révèle aussi autre chose,
51:48l'identité du père
51:49de Marie-Annick.
51:51Ce n'était pas un Allemand
51:53comme toute la famille
51:53le redoutait,
51:54mais un Français
51:55d'origine corse,
51:57le grand-père
51:58qu'Emmanuel recherchait.
52:01Paradoxalement,
52:01c'est une chance
52:02qu'il y ait eu un procès
52:03et toute une histoire
52:04parce que grâce à ça,
52:05ça a été conservé,
52:06il y a des archives,
52:07il y a des documents
52:08et on a pu retracer
52:09pratiquement toute son histoire
52:11avec des zones d'ombre
52:12et on a pu retrouver
52:14l'identité du grand-père
52:15qui n'était pas du tout
52:17cet Allemand,
52:18mais qui était
52:19un prisonnier français,
52:20même un prisonnier corse.
52:22Lors du procès,
52:24les accusateurs de Suzanne
52:25se rétractent
52:26ou disparaissent.
52:27Faute de preuve,
52:29aucune charge
52:29ne sera retenue contre elle.
52:31La couturière est acquittée.
52:33Elle aura passé
52:34plus de deux années
52:35de sa vie en prison,
52:36dans des conditions terribles.
52:38Quant à André Lejeune,
52:39il s'avère des années plus tard
52:41qu'il a été déporté
52:42à Auschwitz,
52:43où il est mort en 1944.
52:46Les circonstances
52:47de son arrestation
52:48restent inconnues.
52:52Suzanne a 27 ans
52:54quand elle quitte la prison.
52:55Elle récupère sa fille
52:56et se marie.
52:58Sa vie peut enfin commencer.
53:08Mais Marie-Annick
53:09ne profitera que peu
53:10de temps de sa mère.
53:12Suzanne décède
53:13quand sa fille a 14 ans.
53:19À la lumière
53:20de tout ce qu'on a découvert,
53:21de tout ce que tu as appris,
53:23tu revois ces souvenirs,
53:24ces photos
53:25différemment.
53:27Est-ce que tu as
53:27un autre regard
53:28sur ta mère
53:29et sur son histoire
53:30ou pas ?
53:31Oui, sûrement.
53:32Sûrement,
53:33je ne peux pas
53:34vraiment l'analyser
53:35là maintenant.
53:36Mais oui,
53:38je regarde,
53:39c'est certainement
53:40d'un autre oeil.
53:42Je ne sais pas
53:43ce que j'aurais fait
53:44à sa place.
53:45C'était la guerre.
53:47Peut-être que d'un seul coup,
53:49si je traversais une guerre,
53:50peut-être que je deviendrais
53:51collabo.
53:52Peut-être que je sauverais
53:54des Juifs
53:54qui vont être pris
53:56pour les tuer.
53:57Peut-être que je risquerais
53:58ma vie
53:58pour faire de la résistance.
54:00Peut-être que je serais passif
54:01comme l'ont été
54:02beaucoup,
54:02beaucoup,
54:02beaucoup de gens.
54:04On n'en sait rien.
54:05Je n'ai plus de honte
54:07alors que j'en avais.
54:11Là, je n'en ai plus.
54:12Au contraire,
54:13j'aimerais pouvoir
54:13passer encore des moments
54:14avec elle
54:15et discuter beaucoup plus.
54:18Parler de tout ça
54:19avec elle.
54:22Ni résistantes héroïques,
54:24ni collaboratrices convaincues,
54:27les travailleuses volontaires
54:28ont tenté
54:29de trouver leur chemin
54:29dans une période trouble.
54:32Au-delà du choix
54:33d'aller travailler en Allemagne,
54:35il y a la singularité
54:37du destin
54:37de chacune d'entre elles.
54:40Des histoires de femmes
54:41d'une époque particulière
54:43sur lesquelles il faut se garder
54:45de porter un jugement définitif.
54:49de chacune d'entre elles.
55:17Des histoires de femmes
55:17de chacune d'entre elles.
55:17Des histoires de femmes
55:17de chacune d'entre elles.
55:22Des histoires de femmes
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