00:00C'est le moment d'accueillir François Morel, bonjour !
00:02Bonjour !
00:03Félicite Ilotte, je l'avais tout de suite reconnu, on était dans le même TGV ce matin du 6 novembre
00:082023
00:09au départ de Paris-Garde-Lyon, direction Marseille.
00:12Le soir même avait lieu au Théâtre de la Criée, une soirée organisée par Olivier Bellamy
00:17pour rendre hommage à Francis Poulenc, disparu 60 ans plus tôt.
00:21Félicite était invitée pour chanter, et moi pour dire le texte de Babard de Jean de Brunoff
00:26pour lequel Poulenc avait écrit une musique.
00:28Quelques années plus tôt, croisant Félicite devant la maison de la radio
00:32et plus que jamais en cette occasion de la musique, je lui avais crié
00:36« Félicite, I love you ! »
00:38Elle m'avait saluée dans un grand éclat de rire.
00:40Je suis, autant le dire, assez peu bilingue.
00:43Un jour, en compagnie de mon fils, sortant d'un taxi londonien et désirant un reçu,
00:48j'avais demandé au chauffeur « Please, may I have a fish ! »
00:52Mon fils, un peu moqueur, les bulldogs ne font pas des siamois,
00:56avait imaginé que de but en blanc, il allait sortir de sa boîte à gants une murenne ou un cabillaud.
01:02Mais ce jour-là, devant la maison de la radio et forcément de la musique,
01:05puisque Félicite en sortait, dans un anglais impeccable, j'avais crié « Félicite, I love you ! »
01:12Je ne dis pas que la phrase « Félicite, I love you ! » est suffisante pour tenir une conversation
01:17dans la langue de Shakespeare,
01:18mais à bon escient, bien utilisée, sans doute peut-elle offrir des perspectives infinies et qui c'est délectable.
01:25« Félicite, I love you ! » était le seul contact intime que j'avais eu avec Félicite Ilotte,
01:30mais le plus parfait, le plus idéal, le plus concentré, le plus inouï.
01:34Un échange d'à peine trois secondes est déjà une déclaration d'amour, est déjà un éclat de rire.
01:40Autant dire plus qu'une passade, une liaison, plus qu'une tocade, une histoire.
01:45Mais ce matin-là de novembre 2023, dans la froidure automnale, j'avais l'humeur moins bravache, plus timide.
01:52Le voyage allait durer trois heures et autant je m'étais sorti des années plus tôt capable d'occuper trois
01:57secondes
01:57dans la vie de dame Félicite Ilotte, autant je me sentais plus timorée pour partager trois heures
02:02avec cette si grande chanteuse que j'avais admirée au Théâtre du Châtelet,
02:06dans la Belle-Hélène d'Offenbach, mise en scène par Laurent Pelly.
02:09Oui, qu'aurais-je bien pu dire à cette soprano si raffinée, dont tous ceux qui la connaissaient
02:13disaient pourtant la simplicité, l'humour, la grande gentillesse.
02:17Arrivé gare Saint-Charles, j'ai salué Félicite, sobrement.
02:21Nous avons partagé une voiture et moi-même j'ai pu constater sa simplicité, son humour, sa grande gentillesse.
02:27Le soir, parmi un arrêt aux pages brillants de musiciens et de chanteurs,
02:32Félicite, élégante, racée, drôle, généreuse, gracieuse, impeccable,
02:36a ravi le public marseillais.
02:38Au rappel, elle a chanté une de mes chansons préférées,
02:41Les chemins de l'amour de Francis Poulenc et Jean Hanouille.
02:44Et ce soir-là, comme chaque jour de sa vie est même au-delà,
02:47je suis sûr que je n'étais pas le seul à lui faire mentalement cette déclaration.
02:51Félicite, I love you.
02:54Merci François Morel.
02:56Les chemins qui vont à la mer
03:01ont gardé notre passage
03:07des flèches effeuillées, les couches sous leurs armes de nous.
03:13Merci François et à vendredi prochain.