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  • il y a 12 heures
Fondé en 2016 par des anciens de Libération, le média en ligne fête ses 10 ans. Le directeur de sa rédaction et cofondateur, Raphaël Garrigos, revendique "un journalisme cousu main" qui "approfondit très sérieusement" les sujets qu'il traite. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20/l-invite-de-6h20-du-vendredi-22-mai-2026-9409303

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Transcription
00:00Et votre invité Marion, ce matin, est directeur de la rédaction et cofondateur des Jours.
00:04Bonjour Raphaël Garigos.
00:05Bonjour.
00:06Un joyeux anniversaire.
00:07Eh bien merci, j'ai 10 ans.
00:09Vous avez 10 ans exactement, comme Alain Souchon tiens.
00:11Parce que les Jours ont 10 ans, le média en ligne, les Jours, 10 ans de journalisme en ligne, en
00:15série des révélations aussi.
00:1710 ans voire un peu plus qu'Isabelle Roberts, c'est vous, vous avez quitté Libération pour lancer ce média
00:21indépendant.
00:23Et dans le livre qui sort aujourd'hui, vous comparez ça à un marathon que vous avez couru à la
00:28vitesse d'un 100 mètres.
00:29C'est pertinent cette comparaison ?
00:31Ah oui, je peux vous dire que oui, c'est vraiment créer son propre média.
00:35C'est vraiment une course de fond et une course de vitesse.
00:39Et c'est en même temps aussi beaucoup de Jours.
00:42Et il faut expliquer à ceux qui ne connaissent pas les Jours vos particularités.
00:45C'est un média indépendant, il n'y a pas de pub, pas de rubrique non plus,
00:48parce que vous fonctionnez par ce que vous appelez des obsessions, des séries thématiques
00:51qui peuvent durer parfois une centaine voire plus d'épisodes.
00:55Il y a eu depuis le départ 345 séries, 5300 articles.
00:59À quoi ça sert ce journalisme obsessionnel, comme vous le décrivez ?
01:05Justement, ça sert à lutter contre un des grands reproches qui est fait aux journalistes,
01:08qui est de papillonner de sujet en sujet et de jamais approfondir.
01:12Nous, au contraire, on approfondit.
01:13Et on approfondit très sérieusement.
01:15Vous parliez de centaines d'articles.
01:17Moi, par exemple, j'écris une série qui est consacrée à Vincent Bolloré
01:20et qui compte désormais 251 articles, 251 épisodes.
01:25C'est la plus longue, oui.
01:26On va en reparler.
01:27Est-ce que ça a donné des résultats, justement,
01:29cette façon de venir et de revenir par épisode pendant des années sur le même sujet ?
01:35De toute façon, nous, on s'est dit d'emblée que quand on creusait un sujet,
01:39on allait trouver, non pas des truffes, mais des informations.
01:43Et ça se vérifie à chaque série parce que des gens se disent
01:48« Tiens, ceux-là ne sont pas là pour faire un article ou deux,
01:51mais à trois ou quatre, on se dit « Tiens, on peut faire confiance à ces gens-là.
01:54On peut, c'est souvent ce que font des lanceurs d'alerte,
01:58nous contacter pour nous donner des informations,
02:02nous les confier et qu'on en fasse quelque chose de bien. »
02:05Exemples ?
02:06Les exemples sont tellement souvent...
02:09Allons-y !
02:10Si je prends ce que je fais sur Vincent Bolloré,
02:14on nous a parlé dès le tout début,
02:16dès qu'on a commencé à travailler sur Vincent Bolloré,
02:18d'une mystérieuse vidéo que Vincent Bolloré aurait lui-même réclamée,
02:23d'un sketch des guignols.
02:25Et d'un sketch des guignols qu'il aurait lui-même commandé
02:27pour raconter son ascension médiatique.
02:31Et ce sketch-là, on a cru que c'était une légende urbaine
02:35jusqu'à ce que quelqu'un nous dise
02:36« Ok, je l'ai ce sketch, je vous le confie,
02:39on a fini par le publier. »
02:41Et c'était très révélateur de cet état d'esprit de Vincent Bolloré.
02:44Il avait commandé un sketch des guignols
02:46quand il était actionnaire de canal ?
02:48Qu'il l'est toujours, oui.
02:49Oui, mais quand il est devenu actionnaire de canal ?
02:51Quand il est devenu actionnaire de canal, il a...
02:53Avant de tuer les guignols ?
02:54Avant de tuer les guignols.
02:56Et ce sketch, qui est d'ailleurs disponible sur le site des jours,
02:59on voit Canal+, en train de faire une fête terrible.
03:02Et d'un seul coup, un homme d'affaires arriver
03:06et arrêter la fête.
03:07Alors, cet homme d'affaires n'est pas représenté comme Vincent Bolloré,
03:12mais la traduction est très très claire.
03:14Alors, cette série, justement, elle est particulièrement emblématique,
03:17celle de Vincent Bolloré.
03:18Elle permet de comprendre aussi, en 251 épisodes,
03:23la méthode, le fonctionnement de cet homme d'affaires, petit à petit.
03:27Exactement, c'est ça qui est très intéressant avec notre système de séries
03:31et de fouiller comme ça l'information,
03:33c'est qu'on garde la mémoire du journalisme,
03:36on garde la mémoire d'une histoire.
03:38Et quand Vincent Bolloré licencie Olivier Nora,
03:41le PDG de Grasset,
03:44on a tous entendu parler il y a quelques semaines,
03:48on s'aperçoit qu'en fait, il fait la même chose à chaque fois.
03:51C'est-à-dire qu'il va agiter un épouvantail,
03:53il va créer un scandale et ensuite recréer une maison à son ordre.
03:59Ça a été le cas entre Ditellé et Ditellé à CNews,
04:02Europe 1 et jusqu'à Grasset.
04:04C'est une méthode éprouvée, qui répète.
04:06C'est une méthode totalement éprouvée.
04:07Je vous souviens d'un des tout premiers épisodes
04:09qu'on a publiés de l'Empire sur Vincent Bolloré,
04:12où on a recueilli une de ses phrases,
04:14qui est tout à fait avérée,
04:15c'était dans le procès verbal d'un comité d'entreprise,
04:18où il disait « la terreur fait bouger les gens ».
04:20Et c'était en 2015,
04:22et c'est toujours la même chose, 11 ans après.
04:24Alors, il n'y a pas que Vincent Bolloré,
04:26il y a d'autres thèmes marquants dans ces 10 ans des jours.
04:30Il y a eu les coulisses des cabinets ministériels, par exemple.
04:33Mais aussi, si on veut regarder l'évolution de la société,
04:35il y a la montée de l'extrême droite
04:37et ce qu'on a appelé parfois les brebis galeuses.
04:40Exactement.
04:40C'est intéressant.
04:41On a une série qui s'appelle RN, la dernière marche,
04:45et où on a beaucoup,
04:47on a multiplié même les révélations sur ces brebis galeuses,
04:50à savoir des députés du Rassemblement national,
04:54qui sont dans des groupes Facebook ouvertement racistes, antisémites,
04:59et tout ce genre de joyeuseté,
05:01et qui, jamais à un instant, alors qu'ils en ont l'obligation,
05:05n'ont dénoncé des propos racistes qui ont pu être tenus.
05:08Et on s'est retrouvé comme ça,
05:09jusqu'à un tiers de députés pris dans ce genre de groupe.
05:14Alors, on voit aussi l'évolution de la société.
05:16Je cite quelques thèmes sur les violences sexistes et sexuelles,
05:19sur l'écologie.
05:20Il y a une patte aussi, les jours, dans l'écriture des séries.
05:23Elles se lisent comme des romans, presque.
05:25Des romans feuilletons.
05:26Des romans feuilletons, oui.
05:28On a voulu remettre au goût du jour
05:29cette grande tradition de la presse du 19e siècle,
05:33du feuilleton, effectivement,
05:35en l'appliquant à la presse et au sujet d'aujourd'hui.
05:40Et puis, ce goût de l'écriture,
05:43ce soin qu'on y apporte,
05:45il y a un côté, je trouve, qu'on essaie de faire,
05:49c'est de l'artisanat, finalement,
05:50de l'artisanat de luxe,
05:50du journalisme cousu humain qu'on essaie de faire
05:53et qu'on a voulu retranscrire aussi dans ce livre
05:56pour ceux qui ne sont, hélas, pas abonnés.
05:59Hélas, mais peut-être que ça viendra.
06:02Je rappelle les prix, 84 euros par an,
06:038,90 par mois,
06:04parce que vous ne fonctionnez que grâce à cet argent-là.
06:08Vous ramez quand même à contre-courant,
06:09dans un monde où tout semble gratuit, en ligne,
06:13et tout voit tellement vite sur les réseaux sociaux.
06:15Vous vous faites de la longueur et du payant.
06:17Oui, on fait de la longueur et du payant.
06:19Et en plus, nos lecteurs sont jeunes.
06:21Ce qui est assez étonnant.
06:23Ils ont quel âge ?
06:24La moitié de nos abonnés ont moins de 35 ans,
06:26ce qui est, pour de la presse généraliste,
06:28ce qui n'existe pas.
06:30Et on a, par exemple, un phénomène étrange
06:32de jeunes abonnés qui abonnent leurs parents au jour.
06:35Alors que d'ordinaire, c'est les parents qui disent
06:36« Tiens, je vais t'abonner au jour,
06:38histoire de te remettre droit. »
06:41Et là, on a ce phénomène inverse,
06:42avec en plus des électorats paritaires,
06:44alors que normalement, la presse est un média
06:48consommé par des hommes un peu vieux.
06:50Et ça fonctionne, ce modèle économique ?
06:52Écoutez, oui, nous, on a atteint l'équilibre financier
06:57en 2020, donc 6 ans, 4 ans après notre naissance, pardon.
07:01Ce qui, pour un média, est très très rare.
07:04On compte une dizaine de milliers d'abonnés aujourd'hui,
07:06ce qui n'est pas suffisant et on en veut toujours plus.
07:10Ce qui est suffisant à l'équilibre financier, en tout cas ?
07:11En tout cas, on a atteint l'équilibre financier
07:14et je peux vous dire que dans le secteur des médias,
07:15c'est vraiment très très rare.
07:17C'est quoi vos prochains défis ?
07:18Le prochain défi, c'est d'arriver à être beaucoup plus nombreux
07:24dans cette rédaction, pour proposer toujours
07:26beaucoup plus de séries et de nouvelles obsessions,
07:30parce que c'est vraiment la curiosité de notre monde
07:32qui nous anime et on est toujours frustrés
07:36de ne pas pouvoir en faire plus.
07:38Et il va falloir en faire pour la présidentielle aussi ?
07:40Oui, ça va être crucial.
07:42Raphaël Garigosco, fondateur et directeur de la rédaction des jours,
07:45je renvoie à votre joli, j'ai envie de dire best-of en bon français,
07:48mais le meilleur des jours, ça s'appelle
07:50« 10 ans d'investigation en série »,
07:51c'est édité à la rue de l'Échiquier, je précise,
07:54pour ceux qui seraient à Paris,
07:55qui a une fête d'anniversaire le samedi 30 mai
07:57de 14h à minuit, des tables rondes, un DJ7, etc.
08:00Merci d'être venu sur France Inter ce matin.
08:02Merci beaucoup à vous.
08:02Bonne journée.
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