00:00Et votre invité Marion, ce matin, est directeur de la rédaction et cofondateur des Jours.
00:04Bonjour Raphaël Garigos.
00:05Bonjour.
00:06Un joyeux anniversaire.
00:07Eh bien merci, j'ai 10 ans.
00:09Vous avez 10 ans exactement, comme Alain Souchon tiens.
00:11Parce que les Jours ont 10 ans, le média en ligne, les Jours, 10 ans de journalisme en ligne, en
00:15série des révélations aussi.
00:1710 ans voire un peu plus qu'Isabelle Roberts, c'est vous, vous avez quitté Libération pour lancer ce média
00:21indépendant.
00:23Et dans le livre qui sort aujourd'hui, vous comparez ça à un marathon que vous avez couru à la
00:28vitesse d'un 100 mètres.
00:29C'est pertinent cette comparaison ?
00:31Ah oui, je peux vous dire que oui, c'est vraiment créer son propre média.
00:35C'est vraiment une course de fond et une course de vitesse.
00:39Et c'est en même temps aussi beaucoup de Jours.
00:42Et il faut expliquer à ceux qui ne connaissent pas les Jours vos particularités.
00:45C'est un média indépendant, il n'y a pas de pub, pas de rubrique non plus,
00:48parce que vous fonctionnez par ce que vous appelez des obsessions, des séries thématiques
00:51qui peuvent durer parfois une centaine voire plus d'épisodes.
00:55Il y a eu depuis le départ 345 séries, 5300 articles.
00:59À quoi ça sert ce journalisme obsessionnel, comme vous le décrivez ?
01:05Justement, ça sert à lutter contre un des grands reproches qui est fait aux journalistes,
01:08qui est de papillonner de sujet en sujet et de jamais approfondir.
01:12Nous, au contraire, on approfondit.
01:13Et on approfondit très sérieusement.
01:15Vous parliez de centaines d'articles.
01:17Moi, par exemple, j'écris une série qui est consacrée à Vincent Bolloré
01:20et qui compte désormais 251 articles, 251 épisodes.
01:25C'est la plus longue, oui.
01:26On va en reparler.
01:27Est-ce que ça a donné des résultats, justement,
01:29cette façon de venir et de revenir par épisode pendant des années sur le même sujet ?
01:35De toute façon, nous, on s'est dit d'emblée que quand on creusait un sujet,
01:39on allait trouver, non pas des truffes, mais des informations.
01:43Et ça se vérifie à chaque série parce que des gens se disent
01:48« Tiens, ceux-là ne sont pas là pour faire un article ou deux,
01:51mais à trois ou quatre, on se dit « Tiens, on peut faire confiance à ces gens-là.
01:54On peut, c'est souvent ce que font des lanceurs d'alerte,
01:58nous contacter pour nous donner des informations,
02:02nous les confier et qu'on en fasse quelque chose de bien. »
02:05Exemples ?
02:06Les exemples sont tellement souvent...
02:09Allons-y !
02:10Si je prends ce que je fais sur Vincent Bolloré,
02:14on nous a parlé dès le tout début,
02:16dès qu'on a commencé à travailler sur Vincent Bolloré,
02:18d'une mystérieuse vidéo que Vincent Bolloré aurait lui-même réclamée,
02:23d'un sketch des guignols.
02:25Et d'un sketch des guignols qu'il aurait lui-même commandé
02:27pour raconter son ascension médiatique.
02:31Et ce sketch-là, on a cru que c'était une légende urbaine
02:35jusqu'à ce que quelqu'un nous dise
02:36« Ok, je l'ai ce sketch, je vous le confie,
02:39on a fini par le publier. »
02:41Et c'était très révélateur de cet état d'esprit de Vincent Bolloré.
02:44Il avait commandé un sketch des guignols
02:46quand il était actionnaire de canal ?
02:48Qu'il l'est toujours, oui.
02:49Oui, mais quand il est devenu actionnaire de canal ?
02:51Quand il est devenu actionnaire de canal, il a...
02:53Avant de tuer les guignols ?
02:54Avant de tuer les guignols.
02:56Et ce sketch, qui est d'ailleurs disponible sur le site des jours,
02:59on voit Canal+, en train de faire une fête terrible.
03:02Et d'un seul coup, un homme d'affaires arriver
03:06et arrêter la fête.
03:07Alors, cet homme d'affaires n'est pas représenté comme Vincent Bolloré,
03:12mais la traduction est très très claire.
03:14Alors, cette série, justement, elle est particulièrement emblématique,
03:17celle de Vincent Bolloré.
03:18Elle permet de comprendre aussi, en 251 épisodes,
03:23la méthode, le fonctionnement de cet homme d'affaires, petit à petit.
03:27Exactement, c'est ça qui est très intéressant avec notre système de séries
03:31et de fouiller comme ça l'information,
03:33c'est qu'on garde la mémoire du journalisme,
03:36on garde la mémoire d'une histoire.
03:38Et quand Vincent Bolloré licencie Olivier Nora,
03:41le PDG de Grasset,
03:44on a tous entendu parler il y a quelques semaines,
03:48on s'aperçoit qu'en fait, il fait la même chose à chaque fois.
03:51C'est-à-dire qu'il va agiter un épouvantail,
03:53il va créer un scandale et ensuite recréer une maison à son ordre.
03:59Ça a été le cas entre Ditellé et Ditellé à CNews,
04:02Europe 1 et jusqu'à Grasset.
04:04C'est une méthode éprouvée, qui répète.
04:06C'est une méthode totalement éprouvée.
04:07Je vous souviens d'un des tout premiers épisodes
04:09qu'on a publiés de l'Empire sur Vincent Bolloré,
04:12où on a recueilli une de ses phrases,
04:14qui est tout à fait avérée,
04:15c'était dans le procès verbal d'un comité d'entreprise,
04:18où il disait « la terreur fait bouger les gens ».
04:20Et c'était en 2015,
04:22et c'est toujours la même chose, 11 ans après.
04:24Alors, il n'y a pas que Vincent Bolloré,
04:26il y a d'autres thèmes marquants dans ces 10 ans des jours.
04:30Il y a eu les coulisses des cabinets ministériels, par exemple.
04:33Mais aussi, si on veut regarder l'évolution de la société,
04:35il y a la montée de l'extrême droite
04:37et ce qu'on a appelé parfois les brebis galeuses.
04:40Exactement.
04:40C'est intéressant.
04:41On a une série qui s'appelle RN, la dernière marche,
04:45et où on a beaucoup,
04:47on a multiplié même les révélations sur ces brebis galeuses,
04:50à savoir des députés du Rassemblement national,
04:54qui sont dans des groupes Facebook ouvertement racistes, antisémites,
04:59et tout ce genre de joyeuseté,
05:01et qui, jamais à un instant, alors qu'ils en ont l'obligation,
05:05n'ont dénoncé des propos racistes qui ont pu être tenus.
05:08Et on s'est retrouvé comme ça,
05:09jusqu'à un tiers de députés pris dans ce genre de groupe.
05:14Alors, on voit aussi l'évolution de la société.
05:16Je cite quelques thèmes sur les violences sexistes et sexuelles,
05:19sur l'écologie.
05:20Il y a une patte aussi, les jours, dans l'écriture des séries.
05:23Elles se lisent comme des romans, presque.
05:25Des romans feuilletons.
05:26Des romans feuilletons, oui.
05:28On a voulu remettre au goût du jour
05:29cette grande tradition de la presse du 19e siècle,
05:33du feuilleton, effectivement,
05:35en l'appliquant à la presse et au sujet d'aujourd'hui.
05:40Et puis, ce goût de l'écriture,
05:43ce soin qu'on y apporte,
05:45il y a un côté, je trouve, qu'on essaie de faire,
05:49c'est de l'artisanat, finalement,
05:50de l'artisanat de luxe,
05:50du journalisme cousu humain qu'on essaie de faire
05:53et qu'on a voulu retranscrire aussi dans ce livre
05:56pour ceux qui ne sont, hélas, pas abonnés.
05:59Hélas, mais peut-être que ça viendra.
06:02Je rappelle les prix, 84 euros par an,
06:038,90 par mois,
06:04parce que vous ne fonctionnez que grâce à cet argent-là.
06:08Vous ramez quand même à contre-courant,
06:09dans un monde où tout semble gratuit, en ligne,
06:13et tout voit tellement vite sur les réseaux sociaux.
06:15Vous vous faites de la longueur et du payant.
06:17Oui, on fait de la longueur et du payant.
06:19Et en plus, nos lecteurs sont jeunes.
06:21Ce qui est assez étonnant.
06:23Ils ont quel âge ?
06:24La moitié de nos abonnés ont moins de 35 ans,
06:26ce qui est, pour de la presse généraliste,
06:28ce qui n'existe pas.
06:30Et on a, par exemple, un phénomène étrange
06:32de jeunes abonnés qui abonnent leurs parents au jour.
06:35Alors que d'ordinaire, c'est les parents qui disent
06:36« Tiens, je vais t'abonner au jour,
06:38histoire de te remettre droit. »
06:41Et là, on a ce phénomène inverse,
06:42avec en plus des électorats paritaires,
06:44alors que normalement, la presse est un média
06:48consommé par des hommes un peu vieux.
06:50Et ça fonctionne, ce modèle économique ?
06:52Écoutez, oui, nous, on a atteint l'équilibre financier
06:57en 2020, donc 6 ans, 4 ans après notre naissance, pardon.
07:01Ce qui, pour un média, est très très rare.
07:04On compte une dizaine de milliers d'abonnés aujourd'hui,
07:06ce qui n'est pas suffisant et on en veut toujours plus.
07:10Ce qui est suffisant à l'équilibre financier, en tout cas ?
07:11En tout cas, on a atteint l'équilibre financier
07:14et je peux vous dire que dans le secteur des médias,
07:15c'est vraiment très très rare.
07:17C'est quoi vos prochains défis ?
07:18Le prochain défi, c'est d'arriver à être beaucoup plus nombreux
07:24dans cette rédaction, pour proposer toujours
07:26beaucoup plus de séries et de nouvelles obsessions,
07:30parce que c'est vraiment la curiosité de notre monde
07:32qui nous anime et on est toujours frustrés
07:36de ne pas pouvoir en faire plus.
07:38Et il va falloir en faire pour la présidentielle aussi ?
07:40Oui, ça va être crucial.
07:42Raphaël Garigosco, fondateur et directeur de la rédaction des jours,
07:45je renvoie à votre joli, j'ai envie de dire best-of en bon français,
07:48mais le meilleur des jours, ça s'appelle
07:50« 10 ans d'investigation en série »,
07:51c'est édité à la rue de l'Échiquier, je précise,
07:54pour ceux qui seraient à Paris,
07:55qui a une fête d'anniversaire le samedi 30 mai
07:57de 14h à minuit, des tables rondes, un DJ7, etc.
08:00Merci d'être venu sur France Inter ce matin.
08:02Merci beaucoup à vous.
08:02Bonne journée.
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