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Après la mort de Lumumba, le peuple congolais aspire toujours à une vraie indépendance. Menacé par une rébellion, Mobutu, à la tête d'un armée faible et incompétente, reçoit une aide massive de l'Occident sous prétexte humanitaire. La répression est féroce : des dizaines de milliers de Congolais sont tués et le pays est de facto reconquis par les puissances occidentales. Profitant du chaos, Mobutu lance son deuxième coup d'État et s'installe au pouvoir pour 32 ans. Il considère la politique comme un jeu mondial, où chaque dirigeant est un pion. Tandis qu'il flatte les Occidentaux, il prône auprès de son peuple la "politique de l'authenticité" pour effacer les traces coloniales et redonner fierté aux Congolais. Mais cette façade cache une autre réalité : Mobutu se prend pour un dieu, et derrière ce culte de la personnalité se cachent corruption institutionnalisée et abus généralisés.
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AprendizadoTranscrição
00:00Joseph-Désiré Mobutu.
00:05C'est l'homme de Lumumba
00:08qui lui fait apprendre la fierté d'être Congolais.
00:13Que le Congo, c'est un grand pays qui est appelé à dominer l'Afrique.
00:18Le richesse du Congo
00:22appartient aux Congolais.
00:26Côté des Occidentaux, c'est la panique totale.
00:30C'est le diable.
00:32C'est un communiste.
00:37Dans la tête de Mobutu, il n'y a pas d'équivoque.
00:39Lumumba a raison.
00:41Or Mobutu, lorsqu'il a compris
00:44qu'il a raison ou qu'il n'a eu pas raison,
00:48cet homme est cuit.
00:52Mobutu a cherché le pouvoir réel
00:54qui s'est trouvé du côté des Blancs.
00:58et il participe à l'assassinat de Lumumba.
01:06Mais Mobutu est quand même le produit de Lumumba,
01:10politiquement.
01:13Mobutu va commencer à construire ses cultes autour de ce thème.
01:17On a tué Lumumba, bien, justement.
01:19La Belgique, elle nous a volés avec l'indépendance.
01:24C'est là que l'homme
01:25va révéler
01:29ses capacités.
01:30Pour perpétuer l'exploitation de l'homme noir par l'homme blanc,
01:34les colonisateurs se mirent à liquider systématiquement
01:37les traditions africaines,
01:39les langues africaines,
01:41la culture africaine.
01:43Bref,
01:44à abrutir complètement le noir
01:46de façon à ce qu'il ne parle,
01:48ne pense,
01:49ne mange,
01:50ne s'habille,
01:51ne rit,
01:52il ne respire que suivant le mode du blanc.
01:54Le noir doit abandonner sa personnalité,
01:59ses structures mentales et sociales,
02:01en un mot,
02:02son authenticité.
02:14Après l'assassinat de Lumumba,
02:16le principal but pour l'Occident,
02:19belge et américain,
02:22c'est comment conserver le Congo,
02:24comment garder un pouvoir au Congo.
02:29Lorsque Lumumba est tué,
02:31on a cru qu'on résolvait le problème congolais,
02:34mais avec la mort de Lumumba,
02:36c'est comme si on l'a aggravé.
02:45Début 1961,
02:47juste après l'assassinat de Lumumba,
02:51la tête du parti de Lumumba
02:53est détruite.
02:5510 dirigeants centraux sont assassinés.
02:58Toujours au même moment,
02:59le mouvement Lumumba,
03:01dans le nord du Katanga,
03:02est massacré.
03:0410 000 personnes sont tuées.
03:07Mais une fois tous ces gens liquidés,
03:09il ne restait plus que l'armée de Mobutu.
03:13cette armée représente alors la seule force stable
03:16pour maintenir l'unité de ce pays.
03:20C'est comme ça que derrière une façade parlementaire pro-occidentale,
03:26se cache un régime militaire corrompu
03:28et surtout incroyablement faible.
03:34Mobutu, il est malin,
03:35il va garder le poste que Lumumba lui a attribué,
03:38le commandant de l'armée.
03:40Au départ, il n'est pas les grands acteurs,
03:42il laisse les grands acteurs.
03:44Le chef de l'État, c'est Kassavobo,
03:45le premier ministre, c'est Hadoula,
03:48qui sont des gens qui ne le respectent pas beaucoup.
03:51Mais Mobutu comprend que ce n'était pas encore le moment
03:55de prendre, d'avancer très vite dans le pouvoir.
03:58Parce qu'il allait se faire écraser.
04:01Plusieurs réseaux belges ne l'aimaient pas.
04:03Il n'avait pas de base politique, il n'a pas été élu.
04:08Mais Mobutu va rester dans cette position-là, symbolique.
04:13Mais Mobutu était en train de se construire politiquement.
04:17Je suis simplement rentré dans les rangs,
04:20je joue mon petit rôle de militaire,
04:23je n'ai plus de rôle politique à jouer au Congo, c'est tout.
04:28Mais c'est par méfiance ou par dégoût de la politique ?
04:30Surtout par dégoût de la politique.
04:36C'est un homme rizé, hein ?
04:41Il avait l'art de dire ce que les gens voulaient
04:45qu'on entendent.
04:49Mais, dire qu'il était au service du gouvernement central,
04:52ce n'était pas vrai.
04:54Le gouvernement central n'avait pas de pouvoir,
04:56c'était lui qui avait le pouvoir.
05:00Qui dirigeait le pays ?
05:01C'était le groupe Binza.
05:04Le groupe Binza était la clique
05:06qui décidait qui serait premier ministre,
05:08qui serait ministre de ceci ou de cela.
05:11et Mobutu était le chef du groupe Binza.
05:15Il était le faiseur de roi.
05:18Personne au Congo ne pouvait obtenir un poste important
05:22sans l'approbation de Mobutu.
05:25C'était toujours lui qui avait le dernier mot.
05:29L'armée nationale congolaise est chargée de la défense
05:33d'un territoire de 2,3 millions de kilomètres carrés.
05:37Notre commandant-en-chef, le général Mobutu,
05:40va vous dire quelle est notre mission.
05:43Notre mission d'officier et de soldat
05:45à l'âge des bombes nucléaires et de la guerre idéologique est double.
05:58Toute la révolution anticoloniale
06:00a été terrorisée et réduite au silence.
06:03Mais cette aspiration fondamentale
06:05à une véritable indépendance
06:07était toujours présente au sein de cette population.
06:13Les gens ont créé le concept de « nouveaux blancs ».
06:17Ils ont dit que nos dirigeants d'alors
06:19étaient noirs de peau, comme nous,
06:21mais ils étaient blancs dans leur tête.
06:24Et c'est vrai.
06:25Regardez comment ils vivaient.
06:27Ils ont pris la place des Belges,
06:29ils sont allés dans les villas que les Belges occupaient,
06:32et ils allaient même jusqu'à conduire
06:34de plus grosses voitures que les Belges.
06:36Et ils n'hésitaient pas à vous punir.
06:39Pour de petites choses insignifiantes,
06:41ils envoyaient des soldats pour vous réprimer.
06:43Ils ont donc dit,
06:44c'est pour cela que nous avons besoin
06:46d'une nouvelle indépendance.
06:50Ce sont les paysans du Congo
06:52qui ont eu l'idée d'une seconde indépendance
06:54avec Mulele à Kouilou.
06:59Mulele était un intellectuel
07:00qui a commencé à donner des cours
07:02pour éduquer les gens
07:03et qui a dit « Pourquoi nous battons-nous ?
07:06Nous nous battons pour éliminer ces dirigeants
07:08qui ont trahi notre pays. »
07:10C'est ça qu'il disait.
07:11Il a déclenché une guerre.
07:15« À votre avis,
07:17les bandes de Mulele
07:18font preuve d'une certaine instruction militaire. »
07:23« Leur maître, je vise ici,
07:24M. Mulele,
07:26a été apprendre à Pékin et à Moscou
07:29où il faut tout détruire.
07:31Mes connaissances totales
07:33de toute autorité,
07:35de l'ANC qui est considérée
07:36par les mulelistes
07:37comme une armée des impérialistes. »
07:40« Le commandant-chef de l'armée nationale,
07:42le général Mobutu,
07:44est décidé.
07:45Il veut frapper fort.
07:47Les pilotes de ces T-28
07:48sont américains.
07:49Pour la plupart,
07:50ils ont combattu au Vietnam.
07:52Ils n'aiment guère la caméra
07:54ni les journalistes. »
07:58« L'anticommunisme
07:59a continué à guider
08:01la politique américaine
08:02à ce moment-là.
08:04Et en particulier,
08:05l'anticommunisme
08:07qui était centré
08:07sur qui va diriger le Congo.
08:11Au vu de cette conjoncture,
08:12lorsqu'on analysait
08:13le cas Mulele,
08:14l'homumbiste parmi les plus radicaux,
08:17formé en Chine
08:19et revenu
08:20pour démarrer la rébellion,
08:22rien que cela nourrissait déjà
08:24l'idée de « c'est bon,
08:26même si les Chinois
08:28ne lui ont fourni aucune arme,
08:31on était en présence
08:32d'une prise de pouvoir communiste. »
08:35Alors que dans les faits,
08:36les rebelles n'avaient rien.
08:38Ils avaient des armes traditionnelles,
08:40des arcs et des flèches.
08:42C'est-à-dire que quand ils attaquaient
08:44les troupes de Mobutu,
08:45les rebelles proclamaient
08:45« Nous avons la magie,
08:47nous sommes immunisés
08:47contre les balles. »
08:48Et voilà que les troupes de Mobutu
08:49montent dans le train
08:50et vont à la ville suivante.
08:51Elles ne les combattent même pas.
08:55« Il faut voir les images
08:57de l'époque
08:58des camions de Mobutu
09:00qui essayaient de prendre le pouvoir
09:02et qui allaient à l'attaque
09:04en marche arrière.
09:06Des images en marche arrière.
09:08Parce que le balai,
09:09ça va être résistant.
09:11On mettait dans la bonne direction. »
09:20« Mobutu est un personnage intéressant. »
09:22Il est très critiqué
09:23par les responsables américains
09:25pour son manque de connaissances
09:26ou de prouesse militaire.
09:28Alors que d'un autre côté,
09:30il est allé en Israël,
09:31il a appris à sauter d'un avion
09:32et il pilote son propre C-130.
09:35Il a certes acquis
09:36des connaissances militaires,
09:37mais en tant que chef militaire,
09:38il est un véritable désastre.
09:42Les États-Unis et la Belgique
09:43s'inquiètent profondément
09:44à l'idée que la situation
09:46puisse dégénérer.
09:47Mobutu a besoin
09:48d'une aide urgente.
09:51Ainsi,
09:52Belges et Américains
09:53se sont donc rencontrés
09:54pour élaborer
09:54un programme commun.
09:58Cela aboutira
09:59à l'une des principales
10:00opérations paramilitaires
10:01de la CIA
10:03au Congo.
10:05Cette opération,
10:06approuvée par le président,
10:08a été planifiée
10:09au plus haut niveau.
10:10Du côté américain,
10:11elle a été menée
10:11par la CIA
10:12en raison de son caractère secret.
10:16L'administration
10:17a toujours craint
10:18que les gens
10:19ne se demandent
10:19« Que faisons-nous en Afrique ? »
10:21C'est la raison
10:22pour laquelle
10:22les avions étaient pilotés
10:23par des Cubains
10:24plutôt que par des Américains.
10:28Mobutu
10:29et les forces publiques
10:30congolaises
10:31vont être aidées
10:32par un peu tout le monde.
10:33Les Américains
10:34vont les aider,
10:35les Israéliens
10:36vont les aider,
10:37mais les seuls
10:38qui sont capables
10:39de fournir du personnel,
10:42mais pas simplement
10:43de l'argent,
10:44c'est le fait.
10:47On met en place
10:49l'opération Omégan
10:51qui va réunir
10:53dans les 10 000 soldats.
10:56On recrute
10:57de mercenaires
10:58qui ont fait
10:58la prison
10:59des assassins.
11:00On constitue
11:01une armée de brigands.
11:03On les rapprend
11:04comment tuer
11:06Loumombiste
11:06et comment tuer
11:07du Noa.
11:09Et ils ont fait
11:10une colonne
11:11qui faisait
11:12dans les 4 km.
11:14et on fonce
11:16versant les villes
11:17les nœuds
11:18de l'humoubisme
11:18pour mater,
11:21déraciner
11:21l'humoubisme
11:22à la racine.
11:24Mais
11:24ceux qui organisent
11:26l'Omégang,
11:27ce sont
11:28les officiers belges
11:30qui ont fait
11:31la colonisation,
11:33qui ont dirigé
11:34la force publique.
11:35Et donc,
11:35c'est comme si
11:36les soldats
11:37de Mobutu
11:38retrouvaient
11:39leur ancienne tête
11:40coloniale
11:41à leur partie
11:42avec l'indépendance.
11:51Je ne sais pas
11:52si vous vous rendez compte
11:54que trois années
11:55après l'indépendance,
11:57presque deux tiers
11:59du Congo
12:00est sous obédience
12:02de l'humombiste.
12:06Donc,
12:07c'est une opération
12:08de reconquête
12:10par les pays
12:11occidentaux,
12:12à une époque
12:13où tous ces pays
12:14sont indépendants.
12:17Il faut se remettre
12:18dans l'époque,
12:20toute opération
12:21était bien vue
12:22des occidentaux
12:23et mal vue
12:24par le reste du monde.
12:26On est,
12:27nous, contre
12:28l'URSS,
12:30la guerre froide,
12:31tout ça.
12:31On est,
12:32on est de bon côté.
12:37Voilà.
12:40Moi, je suis là.
12:44Je suis vers la colonne
12:46pour implanter
12:47un minimum
12:48d'administration
12:49dans les régions
12:50libérées,
12:51comme on disait.
12:53Quel rôle a joué
12:54Mobutu
12:55dans toute l'opération ?
12:57Mobutu ?
12:58Écoutez,
12:59sur papier,
13:00c'est lui
13:00qui est chef
13:01état-major.
13:02Pratiquement,
13:03non.
13:03Mobutu n'intervient
13:04absolument pas
13:06dans toute cette affaire.
13:08Il n'a rien à dire,
13:10il n'a aucun pouvoir.
13:12Ah bon ?
13:13Ah oui,
13:14c'est comme ça.
13:16Mobutu n'était pas
13:17dans la colonne
13:17de l'Omégang.
13:19Il arrive
13:20dans l'après-midi
13:21à l'aéroport
13:22par avion,
13:22il arrive
13:23à Stanleville.
13:25Il semble-t-il,
13:27après son arrivée,
13:28les tueries
13:29ont commencé
13:30à l'aéroport
13:30même de Stanleville.
13:33Les troupes
13:34congolaises
13:35et les mercenaires
13:37ont nettoyé
13:39les lumobistes,
13:41passaient
13:41maison par maison
13:42pour fouiller
13:43maison par maison.
13:44Tout celui
13:45que l'on trouve
13:46dans la maison,
13:47on vous abat.
13:50Je me souviens encore
13:52du titre
13:53en grosse,
13:54grosse lettre
13:54de la première page
13:55du New York Times.
13:58Septembre blancs
14:00tués au Congo.
14:02Puis à la fin
14:03de l'article,
14:03il était écrit
14:04« Et environ
14:071 000 Congolais
14:12auraient été tués. »
14:14Oui.
14:151 000 Congolais
14:16sont moins importants
14:18que Septembre blancs.
14:21L'opération
14:23sur Stanleville
14:24n'était pas
14:25une opération
14:26militaire.
14:28Il ne s'agissait pas
14:29d'aider
14:30l'armée nationale
14:31congolaise.
14:33Il ne s'agissait pas
14:34de conquérir
14:35un territoire
14:36quelconque
14:37ni de le garder.
14:40Il s'agissait
14:41de sauver
14:421 500 étrangers
14:44dont la vie
14:45était en péril.
14:48Oh, je ne veux
14:49éviter aucune
14:50des difficultés.
14:51C'est vrai,
14:52il y a des intérêts
14:54économiques
14:54belges
14:55au Congo.
14:57Mais la Belgique
14:59n'est ni
15:00colonialiste,
15:02ni néo-colonialiste,
15:04ni impérialiste.
15:06Si vous regardez
15:08les débats
15:09qui ont lieu
15:10après,
15:11c'est que c'est
15:12une opération
15:12politique
15:13et l'opération
15:14humanitaire,
15:15c'est un habillage
15:16hypocrite,
15:17etc.,
15:17etc.
15:19Très violent.
15:20Propos très violent.
15:24Les Belges
15:25vont dire
15:25c'est pour sauver
15:26le blanc,
15:28mais vous sauvez
15:29vos otages,
15:30mais vous laissez
15:31tuer les Congolais.
15:32Vous les livrez
15:33aux soldats
15:33promobotus.
15:35Mais,
15:36et on n'est pas
15:37responsable.
15:38C'est comme avec
15:38Lumumba,
15:39nous,
15:39on n'a fait
15:40que regarder.
15:42Ce qui a été fait
15:43dans l'assassinat
15:45de Lumumba,
15:46c'est reproduit
15:47presque dans le même
15:48schéma,
15:49Aston-Leville.
15:49C'est la même
15:50association.
15:53En réalité,
15:54le but était
15:56continuer à vouloir
15:58contrôler cette
15:59indépendance
16:00concédée
16:01sans le vouloir.
16:08Il est clair
16:09que la colonne
16:10des mercenaires
16:11est une opération
16:12humanitaire,
16:14mais qui a
16:15comme conséquence
16:16un impact politique.
16:18Donc,
16:18c'est ambigu.
16:21Mais,
16:21vous essayez
16:22de dire
16:23que l'objectif
16:24exclusif
16:26était pour nous
16:28un objectif
16:28de protection
16:29des intérêts
16:30économiques.
16:30et mon désaccord
16:33profond
16:34avec vous,
16:34c'est sur
16:35l'adjectif
16:36exclusif.
16:36Lieutenant General
16:40Joseph Mobutu.
16:43Dès que le Congo
16:45est pacifié,
16:46le rôle de Mobutu
16:47va évoluer.
16:50Nous espérons
16:51que Mobutu,
16:52pendant tout cela,
16:54a appris
16:54son métier
16:55de militaire
16:56et qu'il est capable
16:58de reprendre en main
16:59l'armée
17:00et c'est après
17:02que son rôle
17:02va devenir
17:03fondamental
17:05et aboutir
17:07à son deuxième
17:08coup d'État.
17:09est-ce qu'il y a
17:36une piscine
17:36magnifique ?
17:37Elle est récente
17:37de construction ?
17:39Elle est terminée il y a un mois et demi.
17:42Et vous arrivez complètement à vous détendre chez vous malgré vos charges ?
17:46De temps en temps, de temps en temps.
17:49Surtout pour jouer ici avec ma fille qui adore nager.
18:03Il m'invitait souvent à prendre le petit déjeuner avec lui deux ou trois fois par semaine.
18:10Il me parlait de ses problèmes, surtout les problèmes militaires, mais aussi les problèmes politiques.
18:16Et pendant la période qui a précédé le coup d'État, vous avez eu la moindre intuition de ce qu
18:21'il préméditait ?
18:22J'ai eu des doutes.
18:24Je n'ai eu aucun indice permettant de m'alerter.
18:26Je veux dire, bien sûr, j'ai découvert qu'il lisait des livres sur le pouvoir politique, comme le prince.
18:33Mais franchement, à l'époque, je n'imaginais pas un seul instant qu'une prise de pouvoir aurait pu l
18:37'intéresser de quelque façon que ce soit.
18:39J'ai quand même essayé de lui poser la question.
18:44Pas directement, mais indirectement.
18:47Je lui disais, tu es intéressé par la politique ou tu veux t'y engager un jour, ce genre de
18:52choses.
18:52Mais je devais faire attention à ne pas le faire trop souvent.
18:56Parce qu'il aurait pu interpréter mes questions comme « Pourquoi ne fais-tu pas cela ? »
19:01Et ce n'était certainement pas la politique américaine.
19:04Est-ce que la situation de septembre 60, la neutralisation des leaders politiques par l'armée, pourrait se reproduire ?
19:11Je ne crois pas.
19:13Ça, c'est du passé.
19:16En 1965, on assiste à un grand conflit entre le Premier ministre et le Président.
19:25Au sein des dirigeants américains, l'inquiétude grandit.
19:28À quoi ce conflit va-t-il aboutir ?
19:30Nous étions en train de gagner la rébellion,
19:33mais les Lumumbistes étaient toujours là.
19:36Les gauchistes pourraient revenir.
19:38Ce conflit entre les deux élites met en péril notre politique.
19:44Les avis sont clairs dans les échanges,
19:46tant dans les messages de Washington que dans ceux de Devlin.
19:50Washington déclare alors
19:52« Le seul qui devrait vraiment régler cette affaire, c'est notre homme. »
19:56Et cet homme avec lequel nous travaillons depuis 1960 n'est autre que Mobutu.
20:00Ce sont les États-Unis qui ont mis Mobutu en place ?
20:04Oui.
20:05Ils l'ont placé au pouvoir pour la seconde fois en novembre 1965.
20:10Et ce régime, soutenu à l'origine par leurs actions,
20:13restera en place durant 32 ans.
20:24Le coup d'État de Mobutu était en réalité un coup du palais.
20:29Il a mis Casa Vobu dans une voiture
20:31et l'a ramené dans sa région d'origine, au Bas-Congo.
20:34Et c'était terminé. Au revoir.
20:36Il n'y a eu aucun conflit.
20:39D'autant plus que tant les Américains que les Belges,
20:42et Spak en particulier,
20:44avaient insisté pour que Mobutu agisse
20:46sans pour autant préciser exactement ce qu'ils attendaient de lui.
20:51Les richesses du Congo sont si colossales,
20:55si fabuleuses,
20:56qu'il fallait donc un sous-traitant
21:00qui aurait certes sa part du butin,
21:05mais dont la priorité serait de veiller
21:08à ce que ce flux de matières premières
21:10vers le cœur de l'économie mondiale
21:12ne s'interrompe jamais.
21:14Vous établirez rapidement la paix sur tout le territoire.
21:19C'est la tâche à laquelle nous allons être inclus.
21:22Et vous aurez les mains plus libres
21:24que du temps des politiques ?
21:25Mais bien sûr, j'ai toute mon armée avec moi.
21:29Tout est maintenant entre les mains, n'est-ce pas,
21:31du général Mobutu et de l'armée nationale.
21:37Le ministère des Affaires étrangères à Bruxelles
21:39a immédiatement remercié Mobutu,
21:41mais a également déclaré
21:42« Nous ne serons pas les premiers à reconnaître votre régime
21:45car cela compromettrait un peu votre position. »
21:47Cela dit, nous enverrons immédiatement d'Avignon
21:49pour voir ce dont vous avez besoin.
21:53Le coup d'État de Mobutu,
21:56est-ce que c'est un soulagement ?
21:57Oui.
21:58Le pays n'est pas dirigé.
22:00L'argent sort par les portes et par les fenêtres.
22:04Et Mobutu est une des personnes
22:07auxquelles la Belgique a mis le pied à l'étrier.
22:10Et donc,
22:11on va enfin pouvoir parler
22:13des choses importantes.
22:15Est-ce que ça va marcher ou non ?
22:17On n'en sait rien.
22:20J'ai soudain réalisé que c'était fait.
22:23Il était président.
22:26Jusqu'alors,
22:26nous avions toujours eu l'habitude
22:27de nous tutoyer lorsque nous parlions français.
22:31Mais à partir de ce jour,
22:33je ne lui parlerai plus qu'en utilisant le « vous »
22:35et en disant « Monsieur le Président ».
22:39Parmi ses amis,
22:40ceux qui ont continué à le tutoyer
22:42n'ont pas longtemps conservé ce privilège.
22:46Il était très catégorique.
22:49Une fois devenu président,
22:51il exigeait d'être traité uniquement comme tel.
23:02Lorsqu'il a pris le pouvoir en 1965,
23:04il était très populaire dans tout le pays.
23:09Les gens n'en pouvaient plus.
23:11Toute l'instabilité
23:12et des multiples crises survenues dans la nation.
23:18Puis, nous avons tous commencé à y croire.
23:22Et nous nous sommes dit
23:23« Ok, c'est le seul homme qui peut apporter la paix. »
23:25Vous savez, il y a eu une période de paix dans le pays.
23:29Accompagné d'une tentative
23:30de relancer le développement
23:32et la gestion nationale.
23:37Mais le jour où il a
23:40pendu quatre politiciens,
23:44il nous a définitivement perdus.
23:50Il y a eu de critiques
23:52à l'égard de la manière dont il commençait
23:54à gérer le pouvoir en supprimant
23:56un certain nombre d'acquis
23:57de la démocratie.
24:00Il limite le pouvoir du Parlement
24:02et il nomme le ministre
24:03en dehors du Parlement.
24:06Les convois, à ces moments-là,
24:08la politique, c'est une affaire de civile.
24:10On ne voyait pas un soldat
24:11de venir chef de l'État.
24:14Ce qui fait qu'il y a des gens
24:15qui commençaient à se réunir.
24:17Qui est ce petit-là ?
24:19Parce que la plupart des gens
24:20étaient généralement
24:22les gens un peu plus âgés
24:23que Mobutu.
24:25Qui est ce petit-là qui arrive ?
24:27Or Mobutu, à son habitude
24:30et dans sa formation,
24:31il sent l'odeur,
24:33il a toujours été méfiant.
24:36Mobutu a mis des gens
24:38pour savoir qu'il aime
24:39et qu'il n'aime pas.
24:43Et lorsqu'il apprend
24:44que ces gens-là
24:45ne voulaient pas de Mobutu,
24:46il fallait qu'on l'écarte.
24:48Il évante un coup d'État
24:50contre lui.
25:02Mobutu avait raconté
25:04qu'il y a eu un coup d'État
25:07monté par des politiciens
25:09influents
25:10qui seront jugés
25:12et pendus.
25:16Mais même le jour
25:18de l'exécution,
25:19on avait l'espoir
25:20parce qu'on avait téléphoné
25:23au Vatican,
25:25aux États-Unis,
25:26au président Lennon Benjonson
25:27et au roi Baudouin
25:29pour qu'ils puissent
25:31demander le droit de grâce.
25:35Ils les ont faits,
25:37mais malheureusement,
25:40Mobutu ici n'a pas accepté.
25:42Il a continué
25:43avec son idée
25:45d'exécuter
25:47les quatre personnes,
25:48les quatre conjurés
25:49comme on les appelle.
25:54On a vraiment halluciné
25:56de voir la façon
25:56dont il a exécuté
25:58ces quatre politiciens.
25:59On n'y croyait pas.
26:01En plus,
26:02il a demandé aux gens
26:02de venir assister à cela.
26:04Et les gens qui y sont allés
26:06ont été forcés d'y aller.
26:07Ils n'étaient pas volontaires.
26:10Le seul fait avéré,
26:11c'est que ces gens
26:12n'ont rien fait,
26:13absolument rien.
26:15Ce qui a peut-être frappé
26:17l'opinion publique
26:18en Occident,
26:19en disant,
26:20c'est qu'en démocratie,
26:21dans nos démocraties,
26:22nous ne pendons pas
26:24les politiciens,
26:25nous n'exécutons pas
26:26les politiciens.
26:30ne croyez pas.
26:31Parce que nous avons été
26:32colonisés par les Occidentaux,
26:34que nous sommes devenus
26:35par là des Occidentaux.
26:36Nous restons tantôt
26:37et nous avons nos mains
26:39qui ne sont pas le vote,
26:41qui ne seront jamais les votes.
26:42C'est dire que la démocratie,
26:45telle que nous l'entendons,
26:46n'est pas applicable
26:47telle qu'elle ici,
26:48à votre avis ?
26:50On peut l'appliquer,
26:51mais pas à la lettre,
26:52comme chez vous.
26:54Quelle est la nuance exacte alors ?
26:56La nuance,
26:57c'est que chez nous,
26:58le respect du chef,
26:59par exemple,
27:00c'est quelque chose
27:01de sacré,
27:02on ne peut pas jouer
27:03ou blader avec un chef.
27:06Ils l'ont fait,
27:07il fallait un exemple.
27:11Après leur assassinat,
27:14les accolites de Mobutu,
27:15ils m'ont chassé
27:16de la maison.
27:19ils m'ont tout confisqué.
27:24Toutes les neuf maisons
27:25que mon père a laissées,
27:27tout a été pris
27:27par les gens de Mobutu.
27:29Tout, tout.
27:30Mobutu et ses accolites,
27:31ses frères,
27:32ils ont partagé.
27:33Tout, les meubles,
27:34même un gobelet,
27:35même un verre,
27:36assiette, casserole.
27:38Donc il y a les traces
27:39de Mobutu
27:39qui vit toujours ici,
27:40jusqu'à présent.
27:42Comment tu peux t'acharner
27:43à quelqu'un prendre
27:44même un verre ?
27:45Hein ?
27:46Comment vivre ?
27:47Voilà.
27:49Comme des animaux.
27:51Hein ?
28:00Beaucoup de chefs
28:01dans le monde
28:02règnent dans un climat
28:04de peur.
28:06Et ils voulaient
28:07donner un signal
28:08très fort au début
28:09de son règne
28:10qu'on ne touche pas
28:12à mon pouvoir.
28:14Voilà.
28:15On ne touche pas
28:16à mon pouvoir
28:17et celui qui ose
28:19toucher à mon pouvoir,
28:20voilà ce qui va lui arriver.
28:24Il a posé un acte.
28:26Bon, un acte, disons,
28:30qu'on peut désapprouver,
28:32un acte criminel,
28:35mais ce n'est pas parce que
28:37Mobutu a posé cet acte
28:39qu'il ne mérite aucun pardon.
28:42Est-ce qu'on devait pardonner
28:43à Mobutu cet acte
28:45qu'il a posé ?
28:47Eh bien, moi,
28:48je dirais oui.
28:49Oui.
28:54Je suis arrivé en poste au Congo
28:56peu après que ces hommes
28:58ont été pendus.
29:00Nous avons constaté
29:02que la population
29:02était choquée.
29:04Cependant, il n'y avait
29:05aucun différent diplomatique
29:07entre nous et Mobutu,
29:08ça, non ?
29:09Pourquoi cela ?
29:11Eh bien, nous avons juste
29:14pensé que les États-Unis
29:15avaient d'autres préoccupations
29:17que cette histoire.
29:20C'était une question
29:21de droit de l'homme,
29:22mais nous avions aussi
29:23d'autres intérêts à surveiller,
29:25comme les minerais.
29:30Finalement, c'est un peu
29:31le monde entier
29:32qui a suivi son jeu.
29:33Mobutu tue,
29:34l'Occident qui a condamné
29:36et autres là.
29:38Deux jours après,
29:39radio, télévision,
29:40on n'en parle plus.
29:41Ce sujet n'est plus
29:42à l'heure du jour.
29:45Mais ici,
29:45ce qui est intéressant
29:46à signaler,
29:47c'est ces gens-là
29:48que Mobutu tue.
29:50Ces gens-là
29:51étaient pro-occidentaux.
29:54Donc, réduire Mobutu
29:55à un simple dictateur
29:57à qui on a donné le pouvoir,
29:58il y a quelque chose
29:59qui ne fonctionne pas.
30:01Quelqu'un à qui l'on donne
30:02doit se soumettre
30:04lui aussi
30:04à ce maître
30:05qui lui a donné le pouvoir.
30:06Mais apparemment,
30:07Mobutu échappe en partie
30:08au maître
30:09qui lui a donné le pouvoir.
30:18Et voilà,
30:20deux mois après,
30:23il proclame Lumumba
30:24héros national.
30:28Et il ajoute
30:29première victime
30:30de l'impérialisme
30:31néocolonialiste.
30:33Mobutu qui,
30:35américain et belge,
30:35le place au pouvoir,
30:38c'est lui qui a tué Lumumba.
30:39Mais quand il est
30:39avec les occidentaux,
30:41c'est lui qui a tué Lumumba.
30:44Mais avec les Congolais,
30:46Mobutu se prévalait
30:47d'être Lumumbiste
30:49parce qu'il a compris
30:51que l'image
30:53de ce personnage
30:54était dominante
30:56dans le Congo
30:57malgré sa mort.
31:00Comment récupérer
31:01cette image
31:02à sa faveur.
31:04Donc dans lui,
31:06il y a à la fois
31:06la néocolonisation
31:08et la décolonisation.
31:12Il a compris à la fois
31:14la manière
31:15dont l'Occident fonctionne
31:16et il a compris
31:18le Congolais.
31:21Et Mobutu va
31:23déboulonner
31:24tous les monuments
31:25coloniaux.
31:28C'est la foule.
31:31C'est l'armée.
31:32Ce sont des pierres
31:33par des bâtons.
31:34C'est comme
31:34une deuxième indépendance.
31:37Au Congo,
31:38ailleurs de Mobutu,
31:39tout a été aboli.
31:41J'étais moi ça.
31:45Il a décidé
31:46de montrer
31:46qu'il était
31:48anticolonialiste.
31:50Il a organisé
31:51une manifestation
31:52devant
31:53l'ambassade
31:54de Belgique.
31:55Cette manifestation
31:56a bien eu lieu
31:57mais les manifestants
31:58se sont emballés
31:58et ont commencé
31:59à brûler des voitures,
32:00à briser des vitres,
32:01ce genre de choses,
32:03voyez-vous.
32:05De là où
32:06il se trouvait,
32:06les manifestants
32:07pouvaient voir
32:07l'ambassade américaine.
32:09C'est alors
32:09qu'ils se sont dit
32:10« Oh, maintenant
32:10c'est au tour
32:11de l'ambassade américaine ! »
32:14J'étais
32:14dans mon bureau,
32:15dans le bureau
32:16du chargé d'affaires
32:18et je les regardais
32:19se diriger
32:21vers l'ambassade américaine.
32:22Il n'y avait
32:22qu'une courte distance
32:23à parcourir
32:24et pendant
32:25que je regardais
32:26à la fenêtre,
32:27une pierre
32:27est venue
32:28la briser
32:28et j'étais couvert
32:29d'éclats de verre.
32:31C'est là
32:32que je me suis dit
32:32« C'est grave. »
32:34J'ai donc appelé
32:35Mobutu
32:36et je lui ai dit
32:37« Écoutez,
32:37vous devez faire
32:38quelque chose,
32:39ils vont entrer
32:39par la force
32:40et détruire
32:41notre ambassade. »
32:42Il a répondu
32:43« D'accord,
32:43j'y rêve tout de suite. »
32:44Et quelques minutes
32:45plus tard,
32:46il est arrivé
32:46et leur a fait signe
32:47« Allez,
32:48partez,
32:48partez maintenant. »
32:49Mais ce qui comptait
32:50le plus à ses yeux,
32:50c'était de prouver
32:51aux Congolais
32:52qu'il était
32:52un véritable
32:54anticolonialiste.
32:54Mission accomplie.
33:02Mobutu était
33:03un grand complexe
33:03devant le blanc.
33:06Le passé colonial
33:07l'a marqué
33:08où le noir
33:09n'avait rien à décider.
33:12Alors lorsqu'il
33:13prend le pouvoir,
33:14plus d'une fois
33:15Mobutu
33:16a humilié
33:17la Belgique.
33:18Et Mobutu
33:19quand il est
33:20devant vous,
33:20il vous intimide.
33:22Le danger
33:23pour les relations
33:24belgo-congolaises,
33:25c'est ce groupe
33:25de pression.
33:27Il y a des messieurs
33:27qui croient
33:28qu'avec leur titre
33:29de noblesse,
33:30ils peuvent faire
33:31du Congo
33:32ce qu'ils veulent,
33:32ce qui n'est pas vrai.
33:34Nous sommes là
33:34pour leur démontrer
33:35le contraire.
33:36Moi, mes relations
33:36avec Mobutu
33:37étaient très mauvaises
33:38quand je lui disais
33:39ce qu'il n'avait pas
33:39envie d'entendre.
33:41Mais les relations
33:43peuvent être très bonnes,
33:45elles peuvent devenir
33:46détestables
33:47et puis redevenir bonnes.
33:50et il n'y a pas
33:51de rancune.
33:53Et il faut dire aussi
33:55que les deux premières
33:57années du pouvoir
33:59de Mobutu,
34:00qu'il a été
34:01un bon gestionnaire.
34:07Il y a eu un effort
34:08de restructurer l'économie
34:10avec des résultats
34:11positifs
34:11puisque le convoi
34:13a connu une période
34:14de croissance du PIB.
34:23L'économie
34:24était florissante.
34:27Ça a été dû
34:28en grande partie
34:28au fait que
34:29la guerre du Vietnam
34:30nécessitait beaucoup
34:31de notre cuivre
34:32et de notre cobalt.
34:34Et comme il s'agissait
34:35de nos principales exportations,
34:37nous gagnions
34:37beaucoup d'argent.
34:40Un Zahir congolais
34:42valait deux dollars
34:43américains
34:44lorsque je résidais
34:45encore au Congo.
34:52Le niveau atteint
34:54par le Congo
34:55pendant les premières années
34:57de la gestion
34:58de Mobutu
34:59avait dépassé
35:00toute la période
35:02coloniale.
35:05Mobutu était devenu
35:07un grand homme
35:08politique africain.
35:12Et là,
35:15c'est l'un
35:16de rares chefs
35:16d'État africains
35:17qui a pénétré
35:18le monde occidental.
35:20Le téléphone
35:22de Mobutu
35:22était directement
35:24lié à la Maison Blanche,
35:26était directement
35:28lié à l'Élysée,
35:29à Paris.
35:31Il était
35:32l'ami personnel
35:33du roi Boudouin
35:34de Belgique.
35:36Oui, Mobutu
35:38a été l'homme
35:38des Occidentaux.
35:41Mais au même moment,
35:42Mobutu,
35:43il est allé en Chine,
35:45il a eu des relations
35:45avec le Maho,
35:47avec le pays socialiste,
35:50avec la Roumanie,
35:52en pleine guerre froide.
35:57Mobutu a pris la politique
35:59pour un jeu.
36:01Le damier,
36:02il semble que c'est
36:02un bon joueur de dame.
36:05Tous les acteurs
36:06étaient des pions.
36:08et Mobutu savait
36:09quel pion occidental
36:11et ou congolais
36:12placé à tel endroit
36:14à tel moment
36:15qui peut lui être utile.
36:18Mais au même moment,
36:20il prenait
36:20de l'autorité
36:21sur ses deux maîtres
36:22qui l'ont amené
36:23au pouvoir.
36:27Lorsqu'il a obtenu
36:28le pouvoir exclusif,
36:30il a réalisé
36:30qu'il avait
36:31les États-Unis
36:31dans sa poche
36:33et que cela
36:34ne changerait pas.
36:35Ils dépendraient
36:36définitivement de lui.
36:38C'était tellement évident
36:39pour lui
36:39que nous le soutiendrions
36:40quoi qu'il arrive.
36:42Et c'est ce qui s'est passé,
36:44en effet.
36:47Il décida
36:48de créer
36:48un régime
36:49à partie unique
36:51qui était en réalité
36:52moins un parti
36:53que Mobutu
36:55tout seul
36:55avec sa philosophie
36:57de mouboudisme.
36:59En réalité,
37:00c'était une copie de vide
37:01qui ne permettait
37:02à rien d'autre
37:02de respirer.
37:07Président Mobutu,
37:08un premier.
37:13Monsieur le Président,
37:14le parti unique
37:14a-t-elle été efficace
37:15pour atteindre
37:16les contrées
37:17les plus difficilement
37:17accessibles ?
37:19Ici,
37:20mon cher ami,
37:21je ne ris pas
37:23de la question,
37:24mais il n'y a pas
37:25de parti unique
37:27au Congo.
37:29Nous sommes,
37:30nous,
37:31un parti national.
37:34Le peuple ayant compris
37:36ce que c'est
37:36qu'une nation,
37:38tout pour nous
37:39devait être
37:39national.
37:40Il y avait sept syndicats
37:42à notre arrivée.
37:43Il y avait un syndicat
37:44qui n'est pas unique,
37:46mais national.
37:47Il y avait,
37:47à cause de sécession
37:48et de tout ce que vous connaissez,
37:50trois, quatre armées
37:51qui se battaient,
37:52qui se combattaient.
37:53Maintenant,
37:54il y a une seule armée nationale.
37:56En 70 étaient prévues
37:58les élections
37:59parce que Mobutu
38:00avait promis
38:00qu'après cinq ans,
38:02il quittait le pouvoir,
38:03le pouvoir revenait aux civils.
38:05Mais voilà qu'en 70,
38:06non, Mobutu
38:07va être candidat
38:09et nous ne voulons
38:10qu'un seul candidat.
38:22J'étais présent
38:24au moment de l'élection
38:25et si vous aviez voté vert,
38:28vous aviez voté pour lui.
38:29Si vous aviez voté rouge,
38:30vous aviez voté contre lui.
38:33Et à la radio,
38:34ils ont dit
38:34« Personne ne sait
38:35ce qui va arriver
38:36à ceux qui votent rouge ».
38:38En conséquence,
38:40le jour du vote,
38:41la plupart des gens
38:42ont constaté
38:42qu'il n'y avait pas
38:43de bulletin rouge.
38:44Ils n'avaient pas
38:45de bulletin rouge.
38:46Et lorsqu'ils ont annoncé
38:48les résultats du vote,
38:49ils ont fait un discours
38:50disant que 15 millions
38:52de personnes
38:52avaient voté
38:53pour Mobutu
38:55et 157 étudiants
38:57de l'université
38:58de l'Ovanyum
38:58contre lui.
39:01Personne dans le pays
39:02n'a donc voté contre lui
39:04à l'exception
39:04de 157 étudiants
39:06de Kinshasa.
39:24A ce moment-là,
39:26on entame
39:27une nouvelle dynamique.
39:29Mobutu va prendre
39:31une série de décisions.
39:33Mobutu va créer
39:34le mouvement
39:34qu'on appelle
39:35l'authenticité.
39:36L'authenticité
39:37est notre philosophie politique.
39:40Nous voulons être
39:41nous-mêmes
39:42et non ce que les autres
39:43voudraient que nous soyons.
39:45Salomo, oh yeh !
39:46Oh yeh !
39:50Mobutu, oh yeh !
39:57En réalité,
39:57l'authenticité
39:58s'efface
39:59à la colonisation.
40:01Mobutu va comprendre
40:03qu'il faut créer
40:04un nouveau Congolais.
40:07C'est là pour ça
40:08qu'il s'est débarrassé
40:09du nom du Congo
40:09parce que c'était
40:10un nom entanché
40:11avec toute la colonisation.
40:13Il a préféré
40:15un nouveau nom,
40:16Zahir.
40:17Mobutu construit
40:19l'état Zahir.
40:21Ça devient
40:21l'état de Mobutu.
40:23Zahir, roi,
40:24une, deux.
40:26Zahir, roi,
40:27dans la paix,
40:29retournée.
40:30Et Mobutu va dire
40:32« Je ne comprends pas
40:34pourquoi je dois m'appeler
40:35Joseph Désiré Mobutu. »
40:39Il est face à Joseph
40:40où il est désiré.
40:41Il se nomme
40:43Mobutu
40:44Sese Seko
40:45Kukunguendu
40:47Wasabanga.
40:49Dans Sese Seko,
40:50c'est l'éternel
40:51qui ne partira pas.
40:59En février 1972,
41:02j'étais au Congo
41:04et le président a annoncé
41:07qu'à partir de maintenant,
41:11les hommes ne pourraient plus
41:12porter de costumes
41:13et de cravates,
41:14mais seulement
41:16des costumes
41:17de style Mao.
41:18Il a appelé ça
41:19la bas-coste.
41:20Et les femmes
41:22ne pouvaient plus porter
41:23de robes européennes
41:24et ne pouvaient plus
41:26porter de pantalons.
41:27Seulement des vêtements
41:28africains.
41:31Il annonça également
41:33que nous devions avoir
41:34notre propre système
41:35de noms,
41:35ce qui nous obligeait
41:37à abandonner
41:38les noms dits occidentaux,
41:40les noms chrétiens.
41:42Plus de Georges,
41:44de François,
41:46de Marie-Jeanne,
41:47etc.
41:48Seulement des noms
41:49congolais.
41:52C'est une véritable révolution.
41:56J'ai vu à ce moment-là
41:57tout le pays changer.
41:59Croyez-vous vraiment
42:01que ce serait intelligent,
42:05pensable de la part
42:08d'une jeune fille
42:10de mon pays
42:11de porter le prénom
42:12de Chantal,
42:13de Marie-France,
42:15de Marie-Flore ?
42:16Ça veut dire quoi ?
42:18Non chrétien,
42:19ça veut dire des noms
42:19des héros
42:21de la civilisation occidentale,
42:24de la religion chrétienne.
42:29Ce n'est pas un péché
42:32de le dire,
42:33qui est une religion
42:34d'importation.
42:38L'Église était un bras
42:41de la colonisation.
42:43Les missionnaires
42:45ont participé
42:46à la destruction
42:47de la culture locale.
42:50Pourquoi tous les saints
42:51sont tous blancs ?
42:53Il n'y a pas de raison
42:54qu'ils soient tous blancs.
42:56Lorsqu'on parle
42:57de décoloniser Dieu,
43:00ça veut dire
43:01il faut sortir Dieu
43:03des catégories
43:04du colon.
43:07Nos ancêtres
43:08n'étaient pas considérés
43:10comme des hommes
43:11ni même comme des êtres
43:12qui ont l'intelligence
43:14et les sentiments,
43:15mais comme des amas
43:17de muscles
43:17à qui on demandait
43:19des efforts mécaniques
43:21comme on en demande
43:23au cheval,
43:24au bœuf,
43:25à l'âne
43:25ou au bœuf.
43:30L'héritage
43:31de Mobutu
43:32pour nous,
43:33les Congolais,
43:34les Zahirois
43:35de l'époque,
43:36c'est d'avoir
43:37retrouvé
43:38notre fierté.
43:40Nous,
43:41nous nous affirmions
43:42comme des Zahirois,
43:43comme des Congolais.
43:45On était fiers
43:46de l'être,
43:46on le montrait.
43:48Mais ce n'est pas rien,
43:49mon cher ami.
43:51Lorsqu'on a vécu
43:53des années,
43:54des siècles
43:55de colonisation,
43:56où on nous a nié
43:58notre personnalité,
43:59notre identité,
44:02ce n'est pas rien,
44:03c'est une conquête.
44:09L'autentité
44:10de l'autentité
44:10était une partie
44:12de son attempt
44:13à dire qu'il était
44:14son propre homme,
44:14qu'il n'était pas
44:15contrôlé par l'Ouest.
44:18Mais ça allait
44:19se battre
44:22comme des ashes.
44:39le problème de Mobutu,
44:41et c'est là
44:42le changement important
44:43qui va s'opérer.
44:45Mobutu est un égo.
44:47Tout c'est en fonction
44:49de lui.
44:50C'est là où les choses
44:52se sont gâtées.
44:53On est partis
44:53pour le culte.
44:57Mobutu aimait être loué,
44:58même s'il sait
45:00que c'est faux.
45:02Et c'est là où
45:03l'animation politique
45:04va naître
45:05comme devoir
45:07pour tous citoyens.
45:09Partout,
45:10dans l'ensemble du pays.
45:11Chaque jour,
45:12institutions,
45:13écoles,
45:14aucun travail
45:14ne pouvait commencer
45:15sans un petit moment
45:17pour louer Mobutu.
45:35Au même moment,
45:36l'individu ayant pris goût,
45:38Mobutu voyageait
45:39beaucoup dans le pays.
45:40Et lorsqu'on annonce
45:41l'arrivée du président,
45:43c'était qu'il fallait préparer
45:45des bonnes chansons
45:45pour l'éblouir.
45:48La plupart des animateurs
45:50et autres,
45:5080% étaient des femmes.
45:53Et ce sont des jeunes femmes
45:54qui l'ont choisie
45:54pour danser
45:55du matin au soir
45:56pour montrer l'amour
45:58que l'on porte au chef.
45:59Vous devenez fonctionnaire
46:01de l'État.
46:02Même des jeunes filles
46:03d'entre 8 ans
46:04et 15 ans,
46:07Mobutu avait fait
46:08de toutes les femmes
46:09congolaises
46:10et ses femmes.
46:12Quand Mobutu
46:13et les autres chefs
46:14du MPN
46:15voient une qui tourne bien,
46:17son derrière
46:18et autres là,
46:19un malheur me l'a menée.
46:20Ils voulaient tout essayer.
46:46Quand vous étiez animatrice,
46:47on vous enseignait des chansons.
46:48Oui.
46:50Vous en connaissez toujours ?
46:52Oui, je me souviens
46:53de certaines.
46:54Vous voulez que j'en chante une ?
47:04Les paroles de cette chanson
47:05signifient
47:06« Vous, le peuple,
47:08venez accueillir
47:09notre président Mobutu
47:10qui arrive. »
47:16Je me souviens
47:18qu'à l'école,
47:20en première année
47:22de secondaire,
47:27les chefs du MPR
47:29sont subitement
47:30venus nous chercher.
47:35On était deux filles
47:37et deux garçons.
47:39Ils nous ont éloignés
47:40de notre village
47:41et nous ont mis à l'écart.
47:46quand on nous a pris.
47:47Mes parents ont protesté
47:49en prétextant
47:50que ma place
47:52était à l'école
47:54et pas dans le système
47:55d'animation
47:56où on a dansé.
47:57Jamais ils n'auraient accepté.
47:59Mais c'était impossible
47:59de s'y opposer
48:00à l'époque de Mobutu.
48:12Jamais je n'aurais imaginé
48:13que tout ça
48:15était un prétexte
48:16pour s'amuser avec nous.
48:19Si pendant la journée
48:21tu avais la malchance
48:23d'être choisi par un chef,
48:24tu devais passer
48:25la nuit avec lui.
48:26C'était comme si
48:27nous étions devenus
48:28des esclaves.
48:31J'ai fini par tomber enceinte
48:35et je n'ai jamais su
48:37qui était le père.
48:42J'ai perdu un enfant
48:43pour une raison
48:44que j'ignore
48:44et ça m'a valu
48:45des insultes.
48:47Les jeunes
48:48dans le groupe des enfants
48:50ont commencé
48:50à insulter ma fille.
48:52Ta maman là
48:53c'est qu'une pute.
48:54Quoi ?
48:54Qu'est-ce que tu vas dire ?
48:55Tu veux dire quelque chose ?
49:00Ma fille ne l'a pas supportée.
49:01Ça l'a beaucoup chagrinée
49:03et elle a fini par les insulter
49:05à son tour.
49:10Mon enfant est morte
49:11parce qu'ils l'ont frappée
49:13au ventre.
49:15Elle a eu une hémorragie.
49:17Je n'avais pas les moyens
49:18de l'emmener à l'hôpital.
49:20Je ne m'en suis jamais remise.
49:22Ça m'a vraiment traumatisée.
49:26Quand mon petit frère
49:27est venu au village,
49:28il a essayé
49:29de me convaincre
49:29de témoigner
49:30mais je ne voulais pas
49:32parce que j'étais toujours
49:33sous le choc.
49:37Il m'a dit que je devais le faire.
49:39Il m'avait demandé à moi
49:41de révéler la vérité
49:42pour que tout le monde sache
49:44comment Mobutu
49:45nous avait maltraités.
49:49Un chef qui se sent aimé
49:51et vous voyez ce plaisir
49:53de se savoir aimé
49:55par son peuple.
49:56Ça fait plaisir.
49:57On se tuerait pour ça.
50:01C'est mon juge.
50:03Le seul juge
50:06à qui je dois rendre
50:07des comptes,
50:08c'est mon peuple.
50:12J'imagine que les masses populaires,
50:15étant donné le manque
50:16d'informations
50:16sur ce qui se passait
50:17réellement dans le pays,
50:18devaient très certainement
50:19l'apprécier.
50:21Et bien entendu
50:23qu'il a mobilisé les masses
50:24mais la plupart
50:24de ces meetings
50:25nous étaient imposés.
50:28Nous étions obligés
50:29de défiler en son honneur
50:30et de porter des vêtements
50:31à son effigie.
50:33Mais pendant ces défilés,
50:34nous l'insultions
50:35et nous nous moquions de lui.
50:37Mais on avait intérêt
50:38à ne pas se faire prendre
50:39par un agent
50:40ou un gars infiltré
50:41parmi les nôtres.
50:47Par la suite,
50:48Mobutu a voulu
50:48se placer au même niveau
50:50que le Christ.
50:53Et il a décrété
50:54que son portrait
50:55devait être affiché
50:56partout dans le pays.
50:59Cette campagne d'affichage
51:01a été exagérée
51:02au point que les gens
51:02remplaçaient
51:03les représentations
51:04de Jésus-Christ
51:05par celles de Mobutu
51:06dans les hôpitaux.
51:12dans toutes les écoles,
51:13il fallait l'effigie
51:14de Mobutu,
51:15même au séminaire.
51:17La statue de Marie
51:18dehors,
51:18en face de l'église,
51:20rien ne pouvait être
51:22à l'extérieur
51:23si ce n'est pas
51:24l'effigie de Mobutu.
51:28Le jour de Noël,
51:29Mobutu dit
51:30vous devez aller à l'école.
51:31C'est qui Jésus ?
51:33Toute la transition coloniale,
51:35Noël était sacré,
51:37le jour où Jésus est né,
51:39l'enfer est autre.
51:42Une fois,
51:42en 73,
51:43nous sommes allés
51:44le 25 décembre
51:45et nous sommes allés
51:45à l'école.
51:46Mais on avait peur,
51:47tellement peur de Mobutu.
51:51Alors Maloula,
51:52le cardinal à Kinshasa,
51:54il dit non.
51:55Mobutu,
51:55il devient Dieu.
51:57Alors Mobutu,
51:59parce que Maloula
51:59l'a critiqué,
52:01Mobutu va au stade,
52:03je lui donne 48 heures
52:05pour quitter le Congo.
52:08Mais au même moment,
52:09il fait cela,
52:10on l'applaudit,
52:11voilà quelqu'un
52:11qui peut affronter l'Occident.
52:22Il a cru à cette image
52:24qu'il n'était plus un homme.
52:28d'où l'image
52:30que lui,
52:30il sort du ciel.
52:33C'est le vide
52:34et c'est Dieu le Père
52:34qui l'a créé,
52:35qui l'a envoyé.
52:38On l'a envoyé du ciel,
52:39il tombe,
52:41il y ramène le bonheur.
52:44Chaque jour,
52:45ça passait à la télévision.
52:53On nous a appris
52:55qui est notre Dieu,
52:57Mobutu,
52:59Zabbenabisonani,
52:59Mobutu,
53:00nous devons répondre
53:01Mobutu.
53:02On lui a donné au départ
53:04cinq ans,
53:05on lui a ajouté
53:06sept ans,
53:07pour terminer
53:08cent ans,
53:09libela na libela
53:10pour toujours.
53:15Il a joué ce jeu,
53:17mais c'est un jeu
53:18qui se joue
53:18pendant un temps.
53:22On est dans la période
53:24charnière,
53:24c'est la fin de la montée
53:27et le début
53:28de la descente.
53:32Mobutu
53:32va devenir fou,
53:36paranoïaque.
53:36la démesure.
54:02Lorsque,
54:03pour nous les hommes,
54:05nous pensons
54:06qu'il faut pardonner
54:07une fois,
54:08à la limite
54:09deux fois,
54:10trois fois,
54:11Jésus lui dit
54:13pardonnez toujours
54:15et pardonnez tout.
54:19Pardonnez
54:20et vous serez pardonnés.
54:23non
54:24y
54:57...
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