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Le film met en lumière le rôle central de l'enfance entre 1940 et 1944. Les témoignages de ceux qui étaient enfants à l'époque et les archives racontent l'emprise du régime de Vichy sur la jeunesse et l'héritage qui en a été diffusé jusqu'à nos jours : la croyance en l'homme providentiel sauveur de la Nation, la verticalité du pouvoir, la fougue nataliste, la très très lente avancée du droit des femmes...
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00:00Musique
00:39Maréchal, nous voilà, devant toi le sauveur de la France.
00:47Nous t'égales, nous voilà, maréchal, maréchal, nous voilà.
00:55Je chante fou, mais c'est comme ça.
00:58Maréchal, nous voilà, figure de la France.
01:06C'est tout, j'ai un peu oublié.
01:09Je saurais chanter les premières paroles, mais je ne le ferais pas.
01:13Tu as lutté sans cesse pour le salut commun, on parle avec tendresse du héros de Verdun.
01:19On a appris ça par cœur.
01:22Malgré moi, c'est resté dans ma mémoire.
01:25J'en suis pas très fier.
01:27Une flamme sacrée monte du sol natal, et la France enivrée te salue maréchal.
01:39Tous tes enfants qui t'aiment, et vénéreux taisant, à ton appel suprême, on répond du présent.
01:52Mais alors attendez, moi je vous chante.
01:55Ça me revient.
01:57Et alors vous allez faire de...
02:00Vous allez en faire quoi là ?
02:02C'est pas bon ce souvenir là.
02:09Qu'est-ce que c'est un souvenir d'enfance ?
02:11Une chanson qu'on n'oublie pas ?
02:14Une image persistante ?
02:16L'empreinte idéale d'un monde perdu ?
02:20Ils avaient entre 5 et 12 ans en 1940.
02:24La guerre et l'occupation ont marqué à jamais leur vie, plus qu'aucune autre génération.
02:30Pendant 4 ans, chaque jour, à l'école surtout, chez eux parfois,
02:36les enfants ont été embrigadés dans le culte de la personnalité du maréchal Pétain.
02:42Sauveurs autoproclamés d'une patrie désemparée.
02:59Fin juin 1940, après la guerre éclair de l'armée allemande,
03:03le héros de Verdun, un vieillard de 84 ans,
03:07précipite la signature de l'armistice et fait des Français un peuple de vaincus.
03:141,8 million de soldats partent comme prisonniers vers l'Allemagne.
03:18Étrange défaite, après une drôle de guerre.
03:23La progression irrésistible de la Wehrmacht
03:26jette sur les routes un hallucinant cortège de militaires et de réfugiés en déroute.
03:34La première image, ça a été d'abord l'exode en 40, où il a fallu partir.
03:42Ensuite, la deuxième image, c'est quand il a fallu franchir la ligne de démarcation,
03:49parce que mon père s'était évadé, donc il était en zone libre.
03:54Et à ce moment-là, on l'a rejoint.
03:57Alors à Solignac, il y avait déjà beaucoup de monde,
04:00je me suis retrouvée entre des Alsaciens qui parlaient Alsacien,
04:06des Limousins qui parlaient patois,
04:09et moi, je parlais français,
04:11et je ne connaissais pas aucune de ces langues.
04:14Ce qui fait que je me suis trouvée à l'étranger.
04:18C'est vraiment la perception que j'ai eue.
04:22J'ai le souvenir, en 1940, de l'arrivée des premiers réfugiés.
04:27On a accueilli un rabbin qui avait une longue barbe.
04:31Je me rappelle que mon père lui disait,
04:32vous n'avez pas trop chaud avec cette barbe ?
04:35Après, je me rappelle beaucoup de choses.
04:39Ça a été très, très vif.
04:40La mémoire a enregistré, je crois, très, très bien à cet âge-là.
04:47Dans une nation en train de sombrer,
04:49Pétain annonce le 17 juin faire don de sa personne à la France
04:52et se présente en dernier rempart.
04:56Le maréchal arrache aux députés les pleins pouvoirs le 10 juillet
05:00et déclenche sa révolution nationale.
05:02Il commence par accuser les Français d'être responsables de leur malheur.
05:07L'esprit de jouissance, dit-il,
05:09a détruit ce que l'esprit de sacrifice a édifié.
05:14Les plus jeunes, garçons et filles,
05:17deviennent les instruments de ce tour de passe-passe orchestré par le maréchal
05:21qui transforme la catastrophe nationale
05:23en une chance inespérée de régénérer le pays.
05:31On utilise leur insouciance,
05:33leur naïveté,
05:34leur image aussi.
05:38C'est par eux et pour eux
05:40que se bâtira la France nouvelle.
05:43Dit maréchal,
05:45qu'est-ce que c'est un enfant dans la France de Vichy ?
05:48J'étais dans la période heureuse
05:51d'un pays heureux.
05:52Ça va paraître paradoxal,
05:55parlant des choses épouvantables
05:57qui se déroulaient ici et là,
06:00mais je n'en avais pas conscience.
06:14C'est à vous, jeune France fête.
06:17que je m'adresse aujourd'hui.
06:19Vous, qui représentez l'avenir de la France,
06:23vous payez des fautes
06:24qui ne sont pas les vôtres.
06:27Le présent est sombre, en effet,
06:29mais l'avenir sera clair
06:31si vous savez vous montrer digne de votre destin.
06:35Puisse le printemps de votre jeunesse
06:37s'épanouir bientôt
06:39dans le printemps de la France ressuscité.
06:44C'est cette voix chaleureuse,
06:47fatiguée,
06:48mais pour des jeunes,
06:50c'était...
06:52C'était positif
06:54que cette voix soit fatiguée.
06:55Ils s'étaient tellement dévoués pour nous,
06:57et ils continuaient.
06:59Donc, voilà.
06:59Il a parlé,
07:00on ne comprenait pas ce qu'il disait,
07:02parce que...
07:03Ah, ça aussi,
07:03je m'en souviens très bien.
07:04Il avait une voix chevretante,
07:06et je crois qu'on avait pris le fourrir.
07:10Voilà.
07:12C'était très adroit,
07:13parce que les gens à qui il se dressait
07:16n'avaient pas l'habitude
07:18qu'un adulte,
07:20même un peu vieux,
07:21s'adresse à eux.
07:23À l'époque,
07:24il était porté en vogue, hein.
07:32Je vais peut-être en rajouter,
07:33mais il me semble qu'on n'en voyait que par lui,
07:36par le maréchal.
07:40À l'école,
07:42on le ressentait comme ça.
07:45Nous regardions le maréchal
07:47comme le sauveur de la France
07:49dans cette France occupée, quoi.
07:53Xavier, un petit Parisien de 8 ans,
07:55lui écrit.
07:57Monsieur le maréchal,
07:58je n'ai rien d'autre à vous donner
07:59que ma confiance et mon affection
08:01pour vous remercier de tout ce que vous faites
08:02pour la France et pour tous les Français.
08:05Un futur soldat de la Nouvelle-France.
08:14Le Maréchal
08:15Je l'ai pris de mon superbe bonbon
08:16qui a des culottes longues.
08:17Comment t'appelles-tu ?
08:18Comment ?
08:19De pauvre genre.
08:19Je parle plus fort.
08:20De pauvre genre.
08:21Quel âge as-tu ?
08:22En jaune.
08:23Tu es content d'être venu voir le maréchal ?
08:25Oui.
08:25Très content.
08:26Parle plus fort.
08:27Tu as l'air toute émotionnée.
08:29Allez, dis vite,
08:30je suis content d'être venu voir le maréchal.
08:31Je suis content d'être venu voir le maréchal.
08:33Allez, crie-le fort.
08:34Je suis content d'être venu voir le maréchal.
08:38Je suis content d'être venu voir le maréchal.
08:44Allez, on va devoir faire le montage.
08:51À partir d'octobre 1940,
08:54les voyages du maréchal
08:55dépêchent pétain au chevet de la nation.
08:57Le maréchal !
08:59Les films, les photographies
09:01multiplient à l'infini
09:02les images de dévotion de la population
09:04et d'abord des plus jeunes.
09:08L'une après l'autre,
09:09toutes les grandes villes de zones non occupées
09:11ont droit à leur jour béni
09:12par le protecteur des Français.
09:16À chaque fois,
09:17ces déplacements mettent en scène
09:18les enfants au premier plan,
09:20figurants et spectateurs de la procession.
09:27Partout se rejoue le même rituel scénarisé.
09:30Une mère offre son enfant
09:32comme un sacrifice à la nouvelle idole.
09:48Pour faire croire à l'adhésion
09:50de toute la population,
09:52il faut fabriquer une image
09:53qui s'impose à chacun.
09:59Derrière la petite fille
10:00présentée au maréchal attendri,
10:02c'est la France qui se donne
10:04entièrement au vieux chef.
10:11La liturgie maréchaliste
10:13affirme sa domination sur la jeunesse
10:15et à travers elle,
10:17c'est tout le pays
10:18que Vichy infantilise.
10:21Monsieur le maréchal,
10:23bien souvent,
10:24nous vous avons suivi
10:25dans vos voyages
10:26à travers la France libre
10:28et le beau rêve s'est réalisé.
10:30Vous êtes là,
10:32monsieur le maréchal
10:33et nous voyons enfin celui
10:36dont le nom depuis si longtemps
10:38fait vibrer nos cœurs
10:40d'admiration et de gratitude.
10:43Merci, monsieur le maréchal.
10:46Vive la France éternelle,
10:48vive le sauveur de la France.
10:53À Limoges,
10:54le 20 juin 1941,
10:56toutes les organisations
10:57d'enfance et de jeunesse
10:58affluent de la zone non occupée
11:00pour participer au tour de France
11:01de Pétain
11:02en forme d'apothéose.
11:04La rencontre du vieux maréchal
11:06avec la jeunesse
11:07doit incarner la France régénérée
11:09autour de son miraculeux bienfaiteur.
11:13du monde,
11:14de la foule
11:16et
11:17je sais qu'on était
11:18avec toute ma classe
11:20devant un mur
11:22et que j'avais une jolie robe
11:24bleu, blanc, rouge
11:25et un drapeau
11:26et qu'il fallait l'agiter
11:27et c'est ce que j'ai fait.
11:33Mais j'étais quand même
11:34très fière de la robe.
11:35C'est surtout ça qui me reste,
11:37le blanc, rouge.
11:38Oui, oui.
11:39Ça, alors là,
11:40elle est là, la robe.
11:52Alors, je ne me souviens pas
11:53si on était...
11:55On faisait partie
11:56du groupe d'élèves
11:57qui était
11:58pour accueillir Pétain
12:00mais je me souviens
12:01que ma mère a eu des problèmes.
12:03Elle a été convoquée
12:03à la police
12:04parce qu'elle avait fermé
12:05son magasin
12:05et elle n'avait pas mis
12:07la photo de Pétain
12:08même dans le magasin,
12:09dans la vitrine.
12:14On n'avait pas l'habitude
12:15de voir passer
12:15des convois comme ça
12:17et puis qu'on nous amène devant
12:20avec la maîtresse,
12:21avec les autres élèves.
12:22On n'avait pas l'habitude.
12:24Alors, pour moi,
12:24c'était quelque chose
12:25de fantastique.
12:27Donc, le mâche,
12:28le Pétain,
12:29on ne savait pas
12:30trop ce que c'était.
12:31Je vous dis,
12:31c'est un vieux monsieur
12:32qui a fait ça.
12:34Puis voilà.
12:38J'étais peut-être
12:39parce que tous les élèves
12:41étaient convoqués
12:43et je pense que
12:44mes parents
12:45ne voulaient pas
12:45faire de vagues.
12:49Donc, on se sentait
12:51exactement comme les autres
12:53puisque je ne savais
12:55même pas ce que c'était.
12:56Sous-titrage Société Radio-Canada
13:08Sous-titrage Société Radio-Canada
13:10Sous-titrage Société Radio-Canada
13:26qui actuellement se trouve devant le chef de l'État,
13:30pour lui affirmer sa confiance inébranlable dans les destinées de la patrie
13:33et pour lui churer qu'elle consacrerait toutes ses forces au relèvement de cette patrie.
13:39Les jeunes, après moi, vive la France !
13:41Vive la France !
13:43Et vive le maréchal !
13:45Vive le maréchal !
13:50Sous la tribune, les éclaireurs israélites participent à la communion maréchaliste.
13:56Savent-ils que le statut des Juifs d'octobre 1940 vient d'être durci il y a tout juste deux
14:01semaines ?
14:03Ils ne peuvent en tout cas pas imaginer que dans cinq mois, leur organisation sera interdite
14:08et que Pétain ne lèvera pas le petit doigt pour les protéger.
14:15Souvent, il y a des images qu'on n'aime pas conserver.
14:19Je n'ai pas tellement envie de me rappeler non plus
14:24l'arrivée de Pétain-Limoges, parce qu'au front de moi-même,
14:28je me sens une espèce de culpabilité,
14:32alors que je n'étais pas responsable,
14:34d'avoir participé à ce mouvement de liesse générale
14:40qui nous a fait tant de mal par la suite.
14:52L'embrigadement massif de l'enfance est assuré par toutes les organisations de jeunesse,
14:57en particulier le scoutisme chrétien, puissant relais de la propagande.
15:05À Vichy, le secrétariat d'État à la jeunesse, échafaud de la stratégie.
15:11Il serait naïf de penser que cette conversion des populations aux idées de l'ordre nouveau
15:15pourra être obtenue des adultes, expose un rapport de la fin 1940.
15:23C'est sur la jeunesse qu'il faut tabler,
15:25parce qu'elle n'est pas encore sclérosée dans ses habitudes,
15:28parce qu'elle est une puissance et non pas un être organisé.
15:40Un cœur vaillant, rien d'impossible.
15:44Un cœur vaillant, rien d'impossible.
15:46Et puis là, c'est ma signature, JC.
15:52On sollicitait souvent les élèves pour soutenir la Révolution nationale,
15:58qui était le mouvement politique du maréchal Pétain.
16:02Mais on ne parlait pas de politique,
16:03parce que ça suscite tout de suite une opposition.
16:07Il y a une espèce de stabilisation politique,
16:11malgré la présence des Allemands,
16:14qui parfois n'étaient pas désagréables du tout, d'ailleurs.
16:21On arrivait à vivre assez convenablement,
16:25les trains fonctionnaient,
16:26il n'y avait pas de raison d'être contre.
16:29Comme beaucoup d'enfants,
16:32je n'avais connu que le maréchal Pétain,
16:34et pour moi, c'était un personnage permanent.
16:39Le maréchal Pétain était partout.
16:42Il était sur les timbres des lettres,
16:45il était sur les buvards de l'école,
16:49il était sur les couvertures des cahiers de l'école,
16:51sur les affiches et sur des portraits qui étaient dans la classe.
16:57Donc, pour moi, c'était une présence bienveillante.
17:01Je ne voyais aucun mal à ce vieillard avec Sankepi,
17:06dont l'histoire nous était contée de diverses manières,
17:10sur des petits livres,
17:12sur des images d'épinales.
17:19Dis donc, mon garçon,
17:20te voilà bien occupé à l'île.
17:22Est-ce que tu reviens ?
17:23Il était une fois un maréchal de France.
17:25Tu es content, tu as un large sourire.
17:29Il y a beaucoup de Français qui disent m'aimer,
17:32mais qui ne m'obéissent jamais.
17:34Le goût de l'obéissance est perdu en France.
17:37Il faudra le faire revivre.
17:39Nous ne pouvons pas represser la France
17:41si les Français ne me suivent pas,
17:44s'ils ne m'obéissent pas,
17:45en toutes circonstances.
17:47Je vous dis, aimer, c'est obéir.
17:54Dans ma famille,
17:55on n'était pas pro-maréchal,
17:57et nous autant vous le dire.
17:58Mon grand-père avait fait la guerre de 1914.
18:01Il détestait Pétain.
18:03Quand il entendait les paroles
18:04« le héros de Verdun »,
18:06il en était malade.
18:08Il disait « le héros de Verdun »
18:09avec la peau des autres.
18:11Ça, mon petit,
18:12tu ne me le feras jamais croire.
18:15Dans toutes ces familles bourgeoises
18:17que je fréquentais,
18:18bourgeoises n'est pas péjoratifs.
18:20Il y avait des appartements
18:21cossus dans cette partie du XVIIe,
18:24et dans le salon ou dans la salle à manger,
18:27trônaient un portrait
18:29assez grand, en général,
18:31du maréchal.
18:32Alors, il n'y en avait pas à la maison.
18:34J'étais un peu frustré,
18:36parce que pour moi,
18:37c'était synonyme de la bourgeoisie.
18:41On avait le portrait du maréchal chez soi.
18:43On avait des bûches dans le foyer
18:45et des fautes chauffées centrales,
18:47et le portrait du maréchal.
18:49Moi, j'aurais bien voulu que mes parents
18:51rejoignent ces gens bien
18:53qui avaient un portrait.
18:54Alors, ma mère m'a dit
18:55« Non, je n'achèterai pas
18:57le portrait du maréchal,
18:58c'est parce que ton père et moi,
18:59nous ne sommes pas du tout
19:01partisans du maréchal.
19:02Donc, chez moi, exception,
19:04il n'y avait pas de portrait du maréchal. »
19:37L'œil de Vichy rentre jusque dans les salles de boulot.
19:40C'est ce que je dirais.
19:44Dans la vie,
19:44dans les études du maréchal,
19:44de la présence de la Vichy,
19:44et des études de boulot.
19:44L'école devient une fabrique du consentement
19:47au maréchalisme.
19:49Dans tous les rectorats,
19:50y compris en zone occupée,
19:52on impose la mobilisation générale.
19:55Les écoliers sont sollicités pour devenir aussi les acteurs du culte de la personnalité
20:01Le coup d'envoi est donné avec la surprise au maréchal
20:04Un concours de dessin envoyé directement au chef à Vichy
20:08Par les écoliers âgés de 8 à 16 ans
20:12Ils recueillent plus d'un million de réponses
20:24Monsieur le maréchal, voici une petite fille âgée de 9 ans et demi, née le 23 juin 1931
20:31La France est vaincue, mais par votre bonne volonté, mon cher maréchal, je pense qu'elle se relèvera
20:38Je tâcherai de travailler de mon mieux pour son relèvement
20:41Papa et maman, pense comme vous
20:45Recevez, monsieur le maréchal, mes salutations les plus respectueuses
20:48Vive la France, les Français et les Françaises qui vous restent fidèles
20:54Signé Simone Marty
20:58Ce n'est pas moi
21:00Mais c'est une fille qui a le même âge à peu près, à deux mois après
21:03Je me souviens, je pensais que c'était plutôt des cartes qu'on avait envoyées
21:08Mais je me souviens, on a écrit, en classe on nous faisait écrire, c'est sûr
21:12Mais ça, ça ne se discutait pas, c'était le service obligatoire de la classe
21:18Et tout le monde écrivait la lettre au maréchal
21:22Par grâce spéciale, une écolière de France, peut-être la plus jeune, peut-être la plus adorable
21:28A été admise à apporter elle-même au chef de l'État sa lettre patiemment, tendrement composée
21:41Dans le cadre national, on nous a proposé de lui écrire
21:44Et donc on a écrit chacune une lettre
21:48Et puis c'est la mienne qui a été choisie
21:51Je pense que ça n'a pas fait très plaisir à mon père
21:54Mais bon, ça voulait dire aussi que j'écrivais assez bien
21:59Donc il a répondu
22:02Il a répondu, mon cher Claude
22:05Et il m'a parlé comme si j'étais un garçon
22:07Donc du coup, il ne m'a pas plu du tout
22:10Et c'est dommage que je n'ai pas gardé la lettre
22:13Parce que c'était bien dans le sens de travail famille patrie
22:18Et tous les enfants de France qui devaient s'engager à servir
22:23A Vichy, à l'auberge de la jeunesse de Belle-Rive
22:25Le maréchal Pétain est venu rendre visite aux jeunes des chantiers
22:29Qui trient les quelques deux millions de lettres
22:31Adressées aux chefs de l'État par les écoliers de France
22:35Exactement à l'heure prévue
22:36Le maréchal, plus alerte, plus droit, plus jeune que jamais
22:41Entre dans le réfectoire de l'auberge
22:42Monsieur le maréchal, comme vous l'avez demandé
22:47Il sera répondu à tout le monde
22:49Chaque enfant aura sa réponse
22:50Mais il y aura, ça fera combien de réponses ?
22:53Plus de deux millions
22:54Deux millions de réponses
22:56Entre là, est-ce que ?
22:58Je ne sais pas si on pourra recommencer cette expérience
23:00Monsieur le maréchal, vous l'avez promis aux enfants
23:02Alors il faut leur répondre à tous
23:04Ah oui, j'ai promis cette fois-ci, mais après
23:07On tiendra vos promesses, monsieur
23:10Le maréchal Pétain est là
23:13Il nous protège
23:15Nous, les gamins, c'est normal que nous soyons associés à le soutenir
23:25C'est normal que nous soyons des militants
23:28On n'employait pas ce mot militant du maréchal Pétain
23:33Mais nous étions, oui
23:36Il n'y a pas d'autre choix d'ailleurs
23:39Il a sauvé la France
23:40Donc nous sommes de son côté
23:57Vichy proclame logiquement Pétain
23:59Premier instituteur de France
24:02Le 13 octobre 1941
24:04Il se produit dans ce rôle
24:05A l'école du village de Périgny
24:07Dans l'Allier
24:10Les préparatifs de son célèbre discours
24:12Diffusés en direct à tous les écoliers de France
24:15Ont été eux aussi enregistrés par les techniciens de la radio
24:20Alors, qui veut me répondre ?
24:22Qu'est-ce que vous allez faire quand le maréchal va entrer ?
24:24Tu peux me le dire
24:25Bah toi, dis-le-moi très fort
24:26Quand le maréchal va entrer, on se lève ?
24:30On se lève, et bien c'est très bien
24:31Et bien je crois qu'il va falloir vous lever bientôt, vous savez
24:34Parce que le maréchal va arriver d'une minute à l'autre
24:36Il aime beaucoup les enfants disciplinés
24:43À qui a les fleurs pour le maréchal ?
24:45C'est toi qui vas donner les fleurs au maréchal ?
24:47Mais t'en as de la chance
24:48Tu vois, quand tu seras grande
24:49Quand tu auras des enfants après
24:50Et quand tu seras une toute vieille dame
24:52Toute casse et toute ratatinée
24:53Que tu auras des petits enfants
24:54Tu leur diras un jour
24:56J'ai donné des fleurs au maréchal
24:57Mes enfants, attention
25:02Monsieur le maréchal
25:08Jeunes élèves des écoles de France
25:11Il faut que vous sachiez
25:13Que je compte absolument sur vous
25:16Pour m'aider à reconstruire la France
25:20A faire des Français un grand peuple
25:23Loyal et honnête
25:26Plus de deux millions d'entre vous
25:28M'ont dit qu'ils m'aimaient de tout leur cœur
25:31Et ils m'ont envoyé de magnifiques dessins
25:34Dont d'ailleurs
25:35Je les ai remerciés par une petite photo
25:39C'est très bien
25:40Mais puisque vous voulez être avec moi
25:43Il ne suffit pas de me le dire
25:46Il faut le montrer à tout le monde
25:57Pendant quatre ans
25:58Au fil des concours nationaux incessants
26:01Dessins, lettres, rédactions
26:03Doivent affluer de tout le pays
26:05En signe d'adoration et d'allégeance
26:11On invente de toutes pièces
26:13Une communication directe et intime
26:15Entre ce peuple en modèle réduit
26:17Et le grand-père sans doute sévère
26:19Mais si juste
26:20Et si humain
26:25Dans ce flot d'adhésion patriotique
26:27Aux allures naïves
26:28Transpire le rejet de ceux
26:30Qui forment l'anti-France
26:31Et qu'il faut exclure à tout prix
26:35Le groupe alpin écoute ses chefs
26:36Le groupe alpin est contre les juifs
26:38Les francs-maçons
26:39Les boche-léviques
26:40Et tous les traites
26:41Et les pays étrangers
26:45Les professeurs devaient toujours avoir
26:47Sous leur pupitre
26:48Une lettre au maréchal
26:50Pour être prêt à la lire
26:52Si l'inspecteur arrivait
26:53C'est arrivé au lycée de Châteauroux
26:56Un inspecteur est arrivé
26:57A demander à ce qu'on lise
27:00Des lettres au maréchal
27:01Le professeur n'avait rien prévu du tout
27:03Mais il en avait
27:04Il en avait parce qu'il fallait toujours en avoir
27:06Et il a lu une lettre
27:08Alors est-ce que c'est la légende
27:10Est-ce que c'est la réalité
27:11Mais ça aurait été
27:15Vénérable vieillard
27:15A la barbe fleurie
27:19L'unanimité de façade
27:21Cache un méticuleux travail de tri
27:23Et de surveillance des courriers
27:25Chaque fausse note
27:26Est rapportée dans les préfectures
27:28Et les ministères
27:30Début 1941
27:31Une lettre de la jeune Simone Nathan
27:33Fait l'objet d'un rapport de police
27:38Nathan Simone
27:39Juive
27:40Est née le 16 mai 1924
27:42A Limoges
27:43Vers le 17 décembre dernier
27:46Simone Nathan
27:47Solicita de la directrice de son lycée
27:49L'autorisation d'écrire au maréchal
27:51Mais sur un thème différent
27:53De celui imposé
27:54La loyauté
27:57Elle lui a déclaré ce qui suit
28:00Depuis 48 heures
28:01Mes parents qui sont commerçants
28:02Ont eu la visite
28:03D'un administrateur provisoire
28:05Chargé par le service
28:06D'arianisation économique
28:08De reprendre leur commerce
28:10Je voudrais écrire au maréchal
28:12Pour lui demander
28:13Si cette façon de procéder
28:14Est bien la justice
28:15De la France nouvelle
28:19Madame la directrice
28:20A refusé cette autorisation
28:22Et lui a conseillé fortement
28:23De ne pas le faire
28:24Même individuellement
28:26Le personnel enseignant
28:28Ne peut donc être blâmé
28:29Dans cette affaire
28:33Il est intéressant
28:34De savoir que le lycée de Limoges
28:36A un effectif
28:37De jeunes filles juives
28:38Important
28:38Et que les professeurs
28:40Se plaignent
28:40De la mentalité
28:41De cette catégorie d'élèves
28:46Simone est ma cousine germaine
28:49Que je considérais
28:51Pratiquement comme ma soeur
28:53Mais ça correspond
28:54Tout à fait à son caractère
28:57Son caractère
28:58Qui ne supportait pas
29:00L'injustice
29:01Donc déjà
29:02À l'âge de 17 ans
29:09Question posée aux écoliers de France
29:11Cet album contient
29:12Les 49 frères de France
29:13Les plus touchantes
29:16Mon papa est mort
29:18Au bombardement
29:19Et ma maman
29:20De chagrin
29:21J'aime le maréchal
29:23Je ne le connais pas
29:24Mais ça me fait du bien
29:26De l'aimer
29:26Parce que ma maman
29:27A acheté un petit frère
29:29Pour l'appeler Philippe
29:30Parce qu'il fait confiance aux jeunes
29:32Je suis prêt à être avec lui
29:34Pour relever la France
29:36De tous ses malheurs
29:37Sa petite collaboratrice
29:39J'ai essayé de faire
29:41Des vers au maréchal
29:43Mais je n'ai pas pu trouver
29:44Des rimes avec Vichy
29:45Alors ça m'a décourgée
29:47Parce qu'il nous donne
29:48Des gâteaux vitaminés
29:49Du pain
29:50Des haricots
29:51Des carottes
29:51De la viande
29:52Des pommes de terre
29:53Du sucre
29:54Du café
29:54Du chocolat
29:55Mais moi je ne pourrais pas répondre
29:57Je ne crois pas
29:58Que j'aurais pu répondre
29:59Pourquoi je l'aime
30:01Parce que je pense
30:02Que je ne l'aimais pas
30:05J'aime le maréchal
30:07Parce qu'il offre
30:08Toute sa souffrance
30:08Pour nous sauver
30:09Oui
30:10Il n'avait pas sauvé mon père
30:18Oui mon père
30:19C'est héros
30:20C'est Victor Hugo
30:23Il est suspect
30:24Il apparaît dans la liste
30:27Des instituteurs
30:28Qui sont
30:28Framaçons
30:30Communistes
30:30Alors qu'il n'était pas encore
30:33Enfin tout
30:34Laïcs de toute façon
30:36Donc
30:37Il a été
30:40Déplacé d'office
30:43Il faut savoir
30:44Qu'il y a des instituteurs
30:46A cette époque là
30:48Comme ça
30:49Comme des pions
30:50On les a déplacés
30:51Parce qu'ils ne me pensaient pas
30:53Dans la bonne direction
30:53Et ça
30:55Ça a été une épreuve
30:58Très
30:59Dure pour moi
31:03Et ça
31:04C'est grâce à Pétain
31:09Dans la règle du jeu
31:10De l'ordre nouveau
31:11Il faut assainir
31:12Et mobiliser
31:13Le corps enseignant
31:15Pétain soupçonne
31:16Tout particulièrement
31:17Les instituteurs
31:18De subversion
31:20Le déplacement d'office
31:21Des maîtres suspects
31:22Très prisé à Vichy
31:23Est présenté
31:24Non comme une sanction
31:25Mais comme une chance
31:27Offerte aux égarés
31:28De retrouver
31:28La voie du devoir
31:40Une délégation
31:41Du corps académique
31:41Présentée par
31:42M. Bourget
31:43Inspecteur d'académie
31:44Eh bien
31:45Avez-vous des observations
31:46A faire
31:47Je m'occupe beaucoup
31:48Du corps enseignant
31:49Je sais que tu m'occupe
31:50J'ai très mauvais
31:51Renseignement sur Paris
31:53Dans des lycées
31:54De grands lycées
31:55Par exemple
31:56Il y a des élèves
31:57Qui se conduisent
31:58Très mal
31:59Mais là
32:00Où ça se passe
32:02Je frappe à la tête
32:03Je frapperai à la tête
32:05Et chez les instituteurs
32:07Est-ce qu'il y a une amélioration
32:09Chez les instituteurs
32:10Il y a présentement
32:10Un excellent état d'esprit
32:12Dans le personnel universitaire
32:15Professeur et instituteur
32:17Est-ce que vous avez
32:18Mes messages
32:19Nous les publions
32:19Alors vous êtes
32:21Mes meilleurs propagandistes
32:22Oui
32:23Je m'achète
32:25Alors il y avait
32:27Pour apprendre l'alphabet
32:29La lettre N
32:30La lettre O
32:31Avec le drapeau français
32:33Je pense que c'était un moyen
32:35De nous inculquer
32:37Un certain patriotisme
32:39Le patriotisme du maréchal
32:41Pas le patriotisme
32:43Qu'on peut comprendre
32:44Qui consiste à
32:45Défendre son pays
32:47Et sa nation
32:48Mais
32:49Un patriotisme orienté
33:13La fable de la France de Vichy
33:15Passe par toutes les lettres
33:16De l'alphabet
33:19De la maternelle
33:20A l'université
33:21Les réformes imposées
33:23En 1941
33:24Sont les plus considérables
33:25Que le système éducatif français
33:27Est connu
33:29L'éducation nouvelle
33:31S'inspire de la vision
33:32Élitiste et ségrégationniste
33:34De Maurras
33:34Qui commande d'en finir
33:36Avec la manie égalitaire
33:38Et l'école unique
33:41Pour les idéologues de Vichy
33:42L'école doit sélectionner
33:44L'élite
33:45Appelée à transformer
33:46La démocratie défaillante
33:47Et préparer tous les autres
33:49Aux tâches d'exécution
33:50Qui les attendent
33:55L'école républicaine est morte
33:58Vive l'école du maréchal
34:04Bon ben
34:05Tout m'intéressait
34:09Du reste je vais vous dire
34:10J'aurais voulu être journaliste
34:13Ça c'était mon rêve
34:16Mais
34:17Ce n'était pas possible
34:19Quand on était
34:20Fauché
34:21Il y avait deux écoles
34:23Deux lycées
34:25Il y avait un lycée
34:25Et un collège
34:26Toutes les filles
34:27Qui avaient de l'argent
34:28Allaient au lycée
34:30Et les filles
34:31Qui étaient fauchées
34:32Les parents étaient fauchées
34:33Elles allaient au collège
34:34Pour apprendre un métier
34:36Et moi automatiquement
34:37L'institutrice
34:38A dit
34:39Tu vas aller au collège
34:43Il n'y avait rien à y faire
34:44C'est pour ça que je trouve
34:48Que le destin
34:48Il est complètement idiot
34:50Parce que j'étais
34:51J'étais bonne élève
34:52En dernière année
34:52Mon éducation a été
34:54Très contradictoire
34:55Des parents plutôt libertaires
34:58Et en même temps
35:00J'étais dans un collège
35:02Deux jeunes filles
35:03Tenues par des religieuses
35:05On nous projetait
35:06Des films au Courbeau-Souet
35:09Mais les films du Courbeau-Souet
35:11C'était toujours
35:12Je ne sais pas
35:13Pasteur
35:17Des films sur les héros français
35:20Oui c'est ça
35:21Les héros français
35:22Il y avait l'idée
35:24Des grands hommes
35:26Qui ont fait la France
35:27C'était important
35:29Il fallait nous redonner
35:33La gloire
35:34De cette pauvre France
35:35Qui était quand même
35:35Dans un état épouvantable
35:39On nous parlait plus
35:40Des grands hommes
35:41Que des grandes femmes
35:42C'est vrai qu'on n'avait pas
35:44Beaucoup de modèles
35:44De grandes femmes
35:45C'était viril finalement
36:01C'est vrai
36:02Qu'il y avait
36:04La France
36:06Et ses grandes figures
36:08Effectivement
36:09À tout ce dont je me souviens
36:10Très bien
36:11C'est que
36:13En dixième
36:14Alors c'est en dixième
36:15Il devait y avoir
36:16Une carte
36:17Qui était au mur
36:18Où figuraient en rose
36:20Nos colonies
36:21On insistait beaucoup
36:23Et on apprenait tout
36:23Dans le détail
36:25L'histoire coloniale
36:29On était fiers
36:30Moi je me rappelle
36:32De mes livres d'histoire
36:33Où on nous montrait
36:34Savornian de Braza
36:36Qui donnait la bonne parole
36:39Aux gens
36:39On nous montrait
36:40Les bienfaits du colonialisme
36:43Et en même temps
36:46Comme on dit maintenant
36:47J'étais aussi imprégné de ça
36:50Mais il a fallu après
36:52Que je me désintoxique
37:00A quelle classe êtes-vous ?
37:01Dans la classe de sixième
37:03Sixième ?
37:04Qu'est-ce que vous proposez de faire ?
37:07Oh je voudrais être officier aux colonies
37:09Officier aux colonies ?
37:10Oui
37:10Pourquoi les colonies ?
37:13Oh je sais pas
37:13Parce que ça me donne beaucoup
37:15Parce qu'il fait très chaud
37:17Parce qu'il faut prendre des bateaux
37:18Pour y aller
37:19Ou bien des avions
37:20Parce qu'il y a des nègres
37:22Oui
37:23De fatiguer des blancs en somme
37:25Oh non
37:25Vous les avez assez vus ?
37:27Hein ?
37:28Oh non
37:28Non ?
37:29Enfin ça vous changera
37:31Oui
37:31Très bien
37:36Monsieur le Maréchal
37:37Voici mademoiselle Germain
37:38Et qui vous mène des enfants
37:40Comme récompense
37:41Du travail qu'ils ont fourni
37:43Et d'une collecte
37:44Qu'ils ont faite pour les prisonniers
37:48Est-ce que vous leur apprenez
37:49C'est la vertu aussi ?
37:51Ah j'essaie monsieur le Maréchal
37:52Ah le mieux possible
37:54Tous les matins d'ailleurs
37:55Ils font la réponse aux prisonniers
37:57Ils se tournent du côté des prisonniers
37:58Tous les soirs le salut à la France
37:59En se tournant vers Vichy
38:05On faisait des fêtes
38:07Donc on a été en zone pas trop occupée
38:10Enfin pas tout à fait libre quand même
38:12Mon père a organisé avec les enfants
38:16Et avec les chantiers de jeunesse
38:18Une fête pour les prisonniers
38:21Les gens ont donné tout l'argent qu'il fallait
38:24Et on a envoyé des colis aux prisonniers
38:26Et ça c'est un merveilleux souvenir
38:30On parlait beaucoup des prisonniers
38:32Beaucoup, beaucoup, beaucoup
38:34Ça c'était un thème constant
38:36Je dirais presque quotidien
38:38Il fallait penser aux prisonniers
38:40Il fallait se priver pour eux
38:43Si on pouvait apporter quelque chose
38:46Pour faire des colis
38:47Et leur envoyer des colis
38:48Alors là ça c'était vraiment très très bien
38:51Et du coup on s'est senti même coupable de manger
38:57Moi à ce moment là
38:59Je suis carrément devenue anorexique
39:02Parce que j'avais l'impression que manger
39:05C'était mal
39:07Donc je ne mangeais plus
39:10J'osais plus manger
39:12J'essayais de dissimuler les aliments
39:15C'était complètement idiot
39:17Parce que c'était justement pas des choses
39:19Que je pouvais arriver à donner pour les prisonniers
39:23Mais je préférais presque les détruire
39:26Plutôt que de les manger
39:30Mon cher maréchal
39:32Je suis une petite fille âgée de 10 ans et demi
39:34J'ai fait ma communion solennelle dimanche 8 juin
39:38J'ai eu beaucoup de peine
39:40J'habite un petit village appelé Alette
39:43J'étais seule à ne pas avoir mon papa
39:45Pour m'accompagner le beau jour de ma communion
39:48Mon papa est fait prisonnier le 8 ou 9 juin 1940
39:51Mais nous avons rarement de ces nouvelles
39:54Maman pleure souvent en voyant que mon papa demande beaucoup de colis
39:58Et qu'elle n'a rien à y mettre
39:59J'espère mon cher maréchal
40:01Que grâce à vous
40:02Notre France retrouvera
40:04La grandeur et la liberté que nous vous demandons
40:06J'éprouve très fortement
40:09La différence
40:12Entre ce langage
40:14Béniouioui
40:15Et en effet très
40:18Oui très
40:19Pondéré tout ce que vous voudrez
40:21Fleurie
40:22Et la noirceur de la guerre
40:25Oui
40:50Les que, les cartes d'alimentation
40:53Qui font la réalité quotidienne des petits français
40:55Ne figurent que dans de rares dessins d'enfants
40:58Qui échappent à l'imagerie mensongère de Vichy
41:00Où tout se repeint en rose
41:06A partir de juin 1942
41:08Des milliers d'autres enfants voient partir leur père en Allemagne
41:11Où l'industrie de guerre exige des ouvriers
41:13Pour remplacer les hommes mobilisés sur le front russe
41:16C'est la relève
41:19Basé sur le volontariat
41:20Son échec conduira un an plus tard à l'instauration du STO
41:24Le service du travail obligatoire
41:28En attendant
41:29Pour trois départs de volontaires français
41:31Le pouvoir hitlérien concède soi-disant le retour d'un prisonnier en France
41:36Des millions d'affiches et de tracts inondent le pays pour faire croire au miracle
41:41Les plus jeunes travailleurs
41:43Ciblés en priorité
41:44Partent munis des recommandations du maréchal
41:48Des consignes
41:49C'est d'obéir
41:51Il n'y en a pas d'autre
41:53Vous faites preuve d'obéissance déjà en partant
41:56Et au lieu de rechigner sur le travail
41:58De faire de bon cœur
42:01Et ils vous laisseront la tête
42:06Quant aux enfants
42:07Ils sont aussi embarqués dans la collaboration qui s'emballe avec l'occupant
42:11Sommés pour la circonstance de ne pas se plaindre de l'absence de leur père
42:17Je trouve émouvant
42:18Que vers la fin de l'année
42:21Quand Noël va ramener le fantôme des jours heureux parmi les jours sombres
42:28Ce soit des enfants de France qui interviennent
42:32Pour faire sentir à leurs parents éloignés
42:37Que leur famille les aime plus encore que s'ils étaient là
42:41Comment de loin pouvez-vous leur faire sentir
42:44Que votre pensée est près d'eux ?
42:47En lui écrivant, monsieur
42:48Bien
42:49Mais que leur dites-vous dans ces lettres ?
42:52Que je voudrais bien leur voir
42:53Monsieur, que je serai sage à la maison pour qu'ils soient contents
42:57Et encore
42:58Moi, que j'oublie un moment et que je l'aime
43:02Racontez-leur toutes ces choses si simples telles que vous les vivez
43:05Et c'est vous, j'en suis sûr, qui ferai la plus belle lettre
43:08Prenez-vous
43:18Ce matin, je suis seul
43:20Je suis tout près de toi, mon cher papa, par la pensée et par le cœur
43:25Aujourd'hui, je sais que lorsque ma lettre te parviendra
43:28Tu la liras avec une attention particulière
43:31Assis dans un coin de l'usine, tu m'écouteras
43:33Merci papa Chiri, je veux te dire que nous t'attendons bientôt
43:37Je suis un grand garçon et maintenant je suis sage car maman a beaucoup de chagrin depuis que notre petit
43:41Christian est mort
43:43Quand tu viendras en permission, nous dirons au bon Dieu qu'il nous en apporte un autre
43:47Et surtout pas de fille, ça pleure toujours
43:49Tu sais, le père Noël n'a rien apporté pour moi cette année
43:53Maman a dit qu'il était pauvre
43:55Seulement une belle couronne pour la tombe de notre petit ange
43:57Je termine et souhaite que tu viennes vite pour acheter un autre petit frère
44:01Ton grand qui t'embrasse de tout son petit cœur
44:23Père parti en Allemagne, père mort, père prisonnier, père disparu
44:28Il n'y a plus d'hommes à la maison, ne restent que les grands-pères
44:33Pétain joue le rôle du père de substitution
44:36Et Vichy exalte la figure de la mère de famille
44:40La natalité doit être le pilier du redressement national
44:47On nous faisait la morale, ça oui
44:50Et la morale qu'on nous faisait, c'était que si la France avait perdu la guerre
44:55C'était la faute de nos parents
44:59Nous étions, j'étais fille unique pour ma part
45:02Mais j'étais pas la seule
45:03On était très nombreuses à être fille unique dans la classe
45:08Et tout d'un coup, on était coupables
45:12Enfin, peut-être pas nous, mais nos parents
45:14Étaient coupables que nous soyons filles uniques
45:17C'est devenu un problème
45:22Partout, la propagande agite la menace mortelle de la dépopulation
45:28La famille modèle du maréchal, c'est la famille nombreuse
45:33Malgré la conjoncture difficile, il faut produire des Français
45:36Comme si la conception des enfants relevait de l'activité économique et industrielle
45:45Sous l'inévitable parrainage de Pétain
45:47L'État français organise des concours du plus beau bébé
45:55Voici le petit Michel, lauréat du concours d'octobre 1941
46:03Des compagnies privées participent à cette politique
46:06Dans une publicité, apparaît un gamin blond avec la légende
46:10Présent monsieur le maréchal
46:12Présent pour vous aider à refaire la France
46:21Famille, c'est fondamental
46:23Nous sommes des jeunes filles
46:26Nous sommes destinés au mariage
46:29Dès qu'il y avait une ancienne, comme on disait
46:32Dès qu'elles se mariaient
46:33Les jeunes femmes venaient avec leur mari
46:37Déposer leur couronne de mariée dans la chapelle
46:40Et nous étions conviés à cette espèce de cérémonie
46:46De reconnaissance, en quelque sorte
46:49Donc on cherchait à nous donner l'image enviable du jeune couple
46:55Qui serait notre destinée
46:58Mais ça pouvait provoquer un sentiment de révolte aussi
47:02Ce qui a été mon cas
47:05À Tourcoing, dans les locaux clairs et spacieux
47:08De cette école de formation féminine
47:10200 jeunes filles reçoivent une éducation professionnelle et ménagère
47:14Qui leur permet non seulement de s'initier aux métiers régionaux
47:18Mais encore de se préparer à leurs futures tâches
47:21De mères de famille et de femmes d'intérieur
47:25L'éducation physique n'est pas oubliée
47:27Une heure est consacrée au sport
47:31Ah, il est important de se marier
47:34Oui, et il n'est pas important de travailler
47:36Il est important de rester à la maison
47:39D'avoir des enfants
47:40De tenir son ménage
47:41Oui, ça
47:43C'était le refrain
47:51La loi du 11 octobre 1940
47:53Interdit l'accès des femmes mariées à l'emploi dans l'administration
47:56Sous prétexte de lutter contre le chômage
48:06Et pour cantonner les femmes à la sphère domestique
48:09L'État instaure une allocation dite de la mère au foyer
48:13Les veuves, les femmes de prisonniers
48:15Les mères qui viennent d'accoucher de leur deuxième enfant
48:18Bénéficient de l'extension des allocations familiales
48:22Il ne faut pas oublier aussi le silence sur le corps
48:26Et le silence sur le corps fait qu'il y a toutes sortes de choses qu'on n'aborde pas
48:31Par exemple, quand on dit
48:33Vos parents n'ont pas eu assez d'enfants
48:35Mais qu'est-ce que ça veut dire ?
48:37Qu'est-ce que ça veut dire de faire des enfants ?
48:39Qu'est-ce que c'est que ça ?
48:40On ne savait pas trop
48:41Et personne ne nous en parlait
48:43Donc il y avait ce thème qui était évoqué
48:47Et dans un silence sexuel
48:49Absolument effarant
48:52Quand on y repense
48:53Effarant
48:58L'avortement
48:58C'est quelque chose dont on ne parle absolument pas
49:03Au cours Bosuet
49:04Il n'est pas question d'avortement
49:06Il peut être parfois question
49:09De femmes qui ont fauté
49:12L'idée de la faute des femmes
49:15Et on ne sait pas très bien ce que ça veut dire
49:17La faute des femmes
49:18On imagine bien que c'est quelque chose de sexuel
49:22Qu'est-ce que ça veut dire exactement ?
49:24On ne peut pas imaginer
49:26À quel point il y avait des
49:28Aydredons de silence
49:29De ce point de vue-là
49:34Cette poussée nataliste et pro-famille
49:36A commencé à prendre effet dès 1942
49:39Où la natalité fait un bond du 8%
49:43Qui se souvient que c'est au cœur
49:45Des années sombres de l'occupation
49:46Que le baby-boom français
49:48Prend son essor
49:56Point d'orgue de la Révolution nationale
49:58Familiale et nataliste
50:00La journée des mères est consacrée
50:02Par le gouvernement de Vichy
50:04Bien qu'elle existe officiellement depuis 1926
50:07Elle est désormais inscrite
50:08Au calendrier des fêtes nationales
50:11Associée à la liturgie des fêtes chrétiennes
50:12Du mois de mai
50:14Pour l'occasion
50:15Tous les enfants de France sont mobilisés
50:17Cette fois pour célébrer les mamans
50:19De la France Nouvelle
50:24Moi, je vous demande une fois l'an
50:27D'offrir des fleurs de printemps
50:53Je suis séparé de ma mère très tôt
50:58Mais je suis séparé de ma mère très tôt
50:58Ma mère, qui était une polonaise
51:02A essayé de se cacher
51:04Après la rafle du 16 juillet 1942
51:10Où elle a été arrêtée
51:12Et a réussi miraculeusement
51:13A sortir des griffes de la police parisienne
51:18Et ma nourrice
51:21A voulu que je réponde
51:22A ce qui était demandé à l'école
51:24C'est-à-dire une belle lettre
51:27A ma maman
51:28A ma maman, je ne la voyais pas
51:30Et ma nourrice a voulu me faire écrire
51:33Un modèle de lettre à ma mère
51:36Et prise dans le modèle
51:38M'a fait
51:39Vous voyez ma mère dans la lettre
51:41Et j'ai rejimbé
51:43Parce que, évidemment
51:44Les dernières fois que je l'avais vue
51:45Je la tutoyais
51:46Je ne voyais pas pourquoi
51:47Il fallait mettre ce vous
51:49Ça faisait partie de la stratégie de Vichy
51:52Je crois
51:52D'amadouer un peu
51:54La petite enfance
51:56Autour de certaines valeurs
51:57On ne l'a pas ressenti
51:59Comme un instrument de propagande violent
52:02C'était une reconnaissance finalement
52:06Après tout
52:08Aimer sa mère, ce n'est pas interdit
52:25Les films de famille montrent toujours les moments heureux
52:29Le sourire des enfants
52:30Les mamans avec leurs petits
52:35Derrière les images d'innocence et de joie
52:37Apparaissent ici les visages
52:39De ceux que la France de Vichy ne veut plus voir
52:41Les indésirables
52:43Les étrangers
52:44Les juifs
52:55Au début de l'été 1943
52:58Jeanne Billard
52:59Une assistante sociale et infirmière
53:01Filme la vie des internés du camp de Douadik
53:04Comme dans un film de famille
53:07Il s'agit d'un centre de regroupement
53:09Pour les juifs raflés dans l'Indre
53:10Avant leur éventuelle déportation
53:12Vers les centres de mise à mort du Troisième Reich
53:33Au moment où la caméra capte ces images
53:36Les grandes rafles sont terminées
53:38Et le camp de Douadik ne connaît plus de triage
53:42Les familles sont assignées à résidence
53:44Et les hommes en âge de travailler sont absents
53:46Envoyés dans des groupes de travailleurs étrangers
53:52Uniques en leur genre
53:53Les images réalisées en amateurs par Jeanne Billard
53:56Sont les seules connues à ce jour
53:58A lever le voile sur le vaste archipel
54:00Des quelques 200 camps de transit
54:01D'hébergement
54:03D'internement
54:04Ou de déportation
54:05Qui dessinent une toute autre carte de la France
54:23Le petit film conserve la trace de ses enfants et de ses femmes
54:27Invisibles dans la mise en scène de la Révolution nationale
54:31Reléguée hors champ par la politique xénophobe et antisémite de Vichy
54:40Ils en sont la face cachée
54:50Dit Maréchal
54:51C'est quoi être un enfant indésirable dans la France de Vichy ?
54:57On a eu la chance d'être accueillis
54:59Dans des écoles
55:00Qui connaissaient le problème
55:02Et qui nous protégeaient
55:04On n'était pas les seuls
55:07Gosses qui étaient cachés là
55:08Il y avait une petite de Paris
55:11Donc on passait notre temps
55:12A surveiller
55:13Qu'on ne fasse pas de faux pas
55:15Pour ne pas dire des choses
55:17Qui pouvaient être compromettantes
55:19De ranger nos affaires dans un coin
55:21De ne rien avoir de papier
55:22A des noms
55:24A notre nom
55:26Donc j'ai appris
55:27J'ai appris à me taire
55:31Une vie tranquille
55:33Protégée
55:34Et en même temps
55:35Une angoisse de ne pas savoir
55:38Ce qu'étaient devenus les parents
55:40On nous avait dit
55:41Qu'ils étaient partis travailler
55:42En Allemagne
55:43Dans un camp de travail
55:44Et qu'ils rentreraient
55:46Quand ça serait
55:46Quand ça serait fini
55:50Donc
55:52Encore une fois
55:53On n'osait pas trop poser de questions
55:55On n'avait aucune information
55:56Mais personne n'avait
55:57Une information à ce moment-là
55:59Et au moment de la libération
56:01On nous a amenés
56:02Il y avait le bal le soir
56:03Au Vernet-la-Varène
56:05Et tout le monde dansait
56:07Et moi je pensais surtout
56:08A mes parents
56:09En me disant
56:10Mais
56:11Qu'est-ce qu'ils sont
56:12Dans tout ça
56:13Pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas rentrés
56:14Pourquoi est-ce qu'ils ne sont pas là
56:19Donc
56:21On ne savait pas ce que c'était
56:22Quelqu'un de concentration
56:26On n'en parlait pas
56:27Ils étaient loin
56:31Moi j'ai rêvé très très longtemps
56:33De mon père
56:35Qui revenait
56:41J'ai l'impression
56:44Que je suis brutalement
56:47Sorti
56:48D'une sorte de rêve
56:50Et le renversement
56:52A été brutal
56:54A partir du moment
56:55Où je me suis trouvé mêlé
56:58A des enfants
56:59Du même âge que moi
57:01Mais qui avaient vécu
57:03Des choses
57:04Terribles
57:05Des arrachements
57:07Des violences
57:08C'est la fin d'une légende
57:10Parce qu'il y avait pour moi
57:13Le vieillard
57:15Qui avait présidé
57:17A mon enfance
57:18Et d'un autre côté
57:20Les choses horribles
57:21Que j'entendais
57:24Que je lisais
57:25Ça a été véritablement
57:28Pour moi
57:29Une révolution
57:31J'ai eu l'impression
57:33Que je sortais
57:35D'une sorte de sommeil
57:38Et que d'un seul coup
57:40Mes yeux s'ouvraient
57:42Sur une réalité
57:46Terrible
57:48L'emprise
57:49Ça a été la culpabilité
57:50Ça quand même
57:51Oui
57:51Voilà
57:53Le sentiment de culpabilité
57:55De nos parents
57:57De nous-mêmes
57:58Et se vivre
58:00Dans la culpabilité
58:01Ça c'est quelque chose
58:02D'important
58:03Et qui a eu des conséquences
58:05À long terme
58:06C'est la morale
58:08De la culpabilité
58:09La culpabilité
58:10De la morale
58:11Comme vous voudrez
58:12Oui
58:13Ça oui
58:42Sous-titres par Jérémy Diaz
58:55Sous-titres par Jérémy Diaz
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