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Après la capitulation allemande, en 1945, la Suisse, accusée d'avoir prolongé ses relations économiques avec le régime nazi, tente de redorer son blason en accueillant deux mille jeunes rescapés des camps de concentration. Une action qui ne se déroule pas comme prévu, dans un contexte marqué par l'antisémitisme. Témoignages.
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00:20On pourrait leur pardonner pour tout ce qu'ils nous ont pris s'ils n'avaient pas exterminé tous ces
00:25gens.
00:33Quand je suis arrivé, il n'y avait plus d'eau, on est resté trois jours dans une baraque qui
00:38servait à se laver, nul, sans eau. Beaucoup sont morts de faim et de soif.
01:23Enfin, 7 mai 1945, capitulation de toutes les troupes allemandes.
01:27Fin de la guerre en Europe. Reconnaissance dans le cœur de tous les hommes libres.
01:50Ça a été une journée inoubliable.
01:54Dans l'après-midi, deux soldats sont entrés en uniforme.
02:00Ils ne se comportaient pas comme on avait eu l'habitude de le vivre ces six dernières années.
02:08Ils m'ont fait comprendre que j'étais enfin libre.
02:14Cette fonction corporelle qui était restée bloquée en moi pendant deux ans et demi,
02:19les larmes de joie me sont restées dans la gorge comme si elles avaient oublié leur chemin vers les yeux.
02:28Puis on m'a posé sur la balance, je pesais 29 kilos au moment de ma libération.
02:47Je me souviens de chaque détail.
02:56Les rails ont été détruits par les bombardements et puis nous sommes arrivés en Suisse.
03:04Je suis allé en France pour l'arrière.
03:07Je suis allé en France pour l'arrière.
03:14Je suis allé en France pour l'arrière.
03:45Je suis allé en France pour l'arrière.
03:58Le jeudi 12 juillet, nous avons enfin reçu l'invitation tant attendue à nous rendre au plus vite au Zugerberg,
04:05afin de préparer le collège Felsenek pour les enfants.
04:13Charlotte Weber était une jeune femme très engagée. Elle avait une formation d'institutrice.
04:20Elle avait aussi été journaliste et avait travaillé avec les femmes réfugiées pendant la guerre.
04:26Et puis elle était très motivée et avait rejoint cette action sur le Zugerberg avec la volonté d'accomplir quelque
04:33chose de bien.
04:36La récelle n'est pas arrivée, les couverts n'ont plus, ils n'ont rien livré pour la cuisine.
04:40Et les chambres, elles sont prêtes ? Non, alors allez hop !
04:45Je ne t'attendais pas avant lundi, j'ai apporté des jouets.
04:48J'ai entendu que vous en mentiez, je me trotte ?
04:50J'accepte volontiers.
04:52Dans mes recherches, je suis tombée sur le livre de Charlotte Weber.
04:57Dans une histoire comme celle-là, il faut trouver le juste milieu entre rester fidèle à la réalité et susciter
05:04de l'empathie au travers de la fiction.
05:13C'est une très chaude journée d'été et la lumière vibrante éclaire la campagne.
05:18Nous descendons du téléphérique du Zugerberg et nous marchons une centaine de mètres vers un bâtiment gigantesque, lugubre et austère.
05:26Cet internat renommé a sûrement connu des jours meilleurs.
05:29Il est dans un piètre état, sale et mal entretenu.
05:50C'est pas des enfants, c'est des adultes.
06:02Combien de temps ont-ils devoir attendre ? Les garçons ont faim.
06:05Les enfants ont fait un long voyage pour arriver ici.
06:08Je dois d'abord éclaircir ce malentendu avant toute chose.
06:10Lors de la première réunion, il n'était question d'accepter que des moins de 12 ans.
06:15Pas de jeunes hommes.
06:17Puis la Croix-Rouge est arrivée.
06:19Évidemment, ils ne voulaient que des enfants ou des adolescents.
06:23Et la plupart ne l'étaient plus.
06:26Ils avaient déjà 20 ans, et même plus.
06:29Écoutez, M. Obrecht, les enfants de moins de 14 ans étaient en général exécutés dans les camps de la mort.
06:38Elle rentre exactement dans cette situation.
06:41L'idée, c'était de faire venir des enfants de Buchenwald.
06:46Et pour finir, elles ne marchent pas très bien parce qu'ils ne sont pas des enfants qui viennent.
06:52Les enfants n'ont pas survécu.
06:54Et la Shoah, ils sont plutôt des jeunes, entre 16 et 22 ans.
06:59La majeure partie des enfants de moins de 12 ans étaient tués directement à l'arrivée au camp de concentration.
07:05Mais à l'époque, on ne savait encore combien c'était systématique.
07:09Les plus de 12 ans ne peuvent pas rester.
07:11Je représente l'administration des Nations Unies pour le secours aux victimes.
07:15Et j'aimerais m'adresser immédiatement au directeur de la Croix-Rouge, M. Stocker, s'il vous plaît.
07:22M. Stocker est absent pour le moment.
07:25Au droit, vérifiez leur papier d'identité.
07:30Le livre de Charlotte Weber est incroyablement touchant.
07:33C'est un livre très émouvant, un livre subjectif.
07:38Elle nous raconte son expérience personnelle et son combat contre les autorités.
07:42Clara, le personnage de Frieden, ne s'inspire pas que d'elle.
07:46C'est un mélange de Charlotte Weber et d'autres jeunes qui se sont engagés pour les enfants.
07:59La plupart de ces enfants étaient orphelins, prisonniers des camps de concentration pendant des années.
08:05Ils avaient vu leur famille exterminée et tout leur monde s'effondrer.
08:15Oui, mais ici, c'est pas ta vraie date de naissance, n'est-ce pas ?
08:19Oui, mais tu n'as pas...
08:20J'ai pas de papier.
08:22Je les ai perdus pendant le voyage.
08:28Dis-moi, quel âge tu as, alors ?
08:31J'ai... Ben, en fait, je ne sais pas trop.
08:36Est-ce que tu as plus de 12 ans, au moins ?
08:38Il a 11 ans.
08:40Et demi.
08:43Le rabat militaire, un capitaine ou colonel, a fait de grandes choses pour nous.
08:49Il a essayé de faire sortir les gens de Buchenwald.
08:52Il a falsifié des documents pour nous.
08:55J'ai encore mes papiers de Buchenwald.
08:58Et ce n'est que plus tard que j'ai changé ma date de naissance.
09:06Après un voyage de 4 jours, des rescapés de Buchenwald arrivent en Suisse.
09:12Quand ils sont arrivés, on les a d'abord emmenés à Reinfelden,
09:17derrière des barbelés dans un campement militaire.
09:20La Croix-Rouge avait pourtant promis que les enfants ne verraient aucun uniforme.
09:25Puis ils les ont emmenés sur le Gourniguel,
09:27qui était géré par des militaires en uniforme.
09:31Et là, si un enfant cassait quelque chose,
09:33le directeur l'enfermait toute la nuit dans une cave sombre.
09:37C'était inimaginable.
09:40Les gens qui doivent les accueillir ne savent pas bien comment les gérer.
09:44En plus, c'est prévu qu'une certaine partie est, d'une certaine manière,
09:49internée dans des camps militaires.
09:51Donc ils sont échappés de Buchenwald.
09:53Et ils se retrouvent avec des soldats suisses
09:56qui les gardent dans des structures militaires suisses.
09:59Donc c'est une action assez difficile.
10:01C'est une action où la Suisse cherche de construire du coup de ville.
10:07Puis il y a eu un grand débat à Berne pour décider comment accueillir ces enfants.
10:11Est-ce qu'il fallait les héberger dans un seul centre ?
10:15Ou au contraire, les disperser dans différents foyers ?
10:18Puis on s'est dit que s'ils se retrouvaient tous dans le même centre,
10:21on risquait la rébellion.
10:23On craignait que ces enfants et ces jeunes qui avaient survécu au camp de concentration
10:27puissent devenir un danger pour la Suisse.
10:37Ce n'est pas la Croix-Rouge Suisse, mais la Confédération qui a émis des critères précis.
10:43Ils estimaient que seuls les enfants les plus jeunes,
10:46qui étaient donc les plus faciles à gérer,
10:48pouvaient venir parce qu'on pouvait mieux les accueillir
10:51et mieux les préparer ensuite à un éventuel transfert.
10:58Mais ce sont des jeunes gens qui sont arrivés.
11:01Et on savait bien qu'il y a une grosse différence entre des enfants et des jeunes gens.
11:07De plus, ceux qui arrivaient là étaient profondément traumatisés.
11:11Cette situation a soumis la Croix-Rouge à Rue des Proches-Rouge.
11:17Nous n'attendions que des enfants,
11:19mais beaucoup d'adultes se sont jetés dans le train
11:21ou s'y sont furtivement glissés.
11:23Ces sans-patries vont-ils être refoulées?
11:27Je suis M. Stocker, directeur de la Croix-Rouge Suisse
11:30en charge de la section d'aide à l'enfance
11:33et je vous souhaite à tous la bienvenue en Suisse.
11:42Nous tous là?
11:44Oui, naturellement.
11:45Cela aurait été une honte terrible pour la Suisse
11:47parce que tout était public et tout était filmé.
11:51Les alliés ont exercé de fortes pressions sur la Suisse.
11:55Et finalement, tout le monde a pu rester.
11:58La Suisse souhaite vous apporter son aide généreuse et active.
12:04Main dans la main avec nos amis des forces alliées.
12:08Le but principal de la Confédération,
12:10en confiant la responsabilité de cette action d'aide au don Suisse,
12:15n'était pas juste humanitaire.
12:17Elle visait aussi à favoriser la collaboration avec l'UNRWA.
12:22Dans le même temps,
12:24se déroulaient des négociations avec l'UNRWA
12:26pour décider si la Suisse pouvait prétendre
12:29à collaborer avec elle
12:30et y adhérer.
12:34On pensait qu'il fallait veiller à ne pas tout gâcher
12:38et qu'il fallait donner toutes ses chances à cette collaboration.
12:42Même si on sentait bien qu'on nous avait dupés au début
12:45et que l'UNRWA nous avait menti.
12:47La Suisse est de l'UnRWA.
12:48Rapprochez-vous encore un peu.
12:50Regroupez-vous.
12:51Attention.
12:54Et souriez !
13:15Nous sommes restés deux jours dans les combles.
13:22La maison était vide.
13:24On entendait les pas des soldats qui s'approchaient.
13:30Tout le monde regardait ma mère et la petite
13:32pour voir si elle pleurait.
13:34Elle avait deux ans et demi.
13:37Puis ma mère a pris un coussin, désespéré.
13:41Je la revois encore presser ce coussin
13:43sur la bouche de la petite.
13:46Cette image restera gravée dans ma mémoire.
13:49Elle voulait étouffer les sons
13:51et, si nécessaire, sa petite nièce aussi.
13:58Heureusement, les soldats sont partis.
14:00Et lorsqu'elle a retiré le coussin,
14:03la petite respirait à peine.
14:15C'est parti, c'est parti.
14:40Quand ma mère et mon père ont été arrêtés,
14:46je suis encore allé les voir.
14:50Tout à coup, la route a été bloquée
14:52et des camions sont arrivés.
14:56La scène qui s'est déroulée devant mes yeux
14:58a été terrible, vous savez.
15:01Je ne sais pas pourquoi,
15:03mais les enfants et les nourrissons
15:04ont été séparés des parents.
15:07Ils les ont arrachés des bras des parents
15:09avant de les jeter dans les camions.
15:13J'entends encore les cris des parents,
15:15les pleurs des enfants,
15:16la brutalité et les aboiements des SS
15:19qui les poussaient dans le camion
15:20à coups de bâton.
15:25On était 200 mètres plus loin,
15:27les yeux noyés de l'arme.
15:35On regardait,
15:36c'était au tour de Sarah Lebermann,
15:39puis de ma mère et de mon père
15:40à être jetés dans le camion
15:42à coups de bâton.
15:45Les images étaient terribles.
15:50Tout ce que j'ai pu endurer
15:52par la suite
15:54n'est rien à côté
15:55de la violence de cette scène
15:56et de ce qu'ils ont fait aux enfants.
16:00Ce qu'il s'est fait pour les enfants.
16:02il n'y a pas encore une part à toi.
16:32Depuis 1933, la politique du Conseil fédéral était d'affirmer que la Suisse n'avait pas les moyens d'accepter
16:40les réfugiés.
16:41Et en 1938, il y a eu la conférence d'Evian où on avait, à l'initiative du président américain
16:49Roosevelt,
16:50essayé d'organiser une action internationale pour venir en aide aux réfugiés.
16:54Et à ce moment-là, pratiquement tous les États démocratiques ont dit « oui, c'est regrettable, mais on n
17:01'a pas la place pour accueillir tous ces réfugiés ».
17:04La Suisse pratique une politique d'asile extrêmement restrictive, particulièrement envers les Juifs.
17:12Et il y a un aspect particulièrement révélateur de cette politique,
17:18c'est la fameuse mesure de mettre un tampon avec la lettre J sur les passeports des Juifs allemands.
17:26Ce tampon J sur les passeports des Juifs allemands, il va être accepté dans un protocole.
17:31Le protocole va être accepté à l'unanimité par le Conseil fédéral en octobre 1938.
17:37Et c'est assez grave parce qu'il y a tout d'un coup une conception raciste dans le droit
17:42suisse.
17:44Cette politique restrictive, elle va être pratiquée pendant les années suivantes,
17:49notamment en 1942, quand il devient clair que les Juifs sont menacés d'une extermination systématique
17:58avec les méthodes industrielles, hélas, les plus modernes.
18:14« J'étais allongé avec mon frère.
18:17On avait une couverture en laine,
18:21contenée fermement,
18:23même dans le sommeil, parce que sinon,
18:26quelqu'un nous l'aurait volé.
18:36Chacun pensait d'abord à soi.
18:38On était entassés avec tous les morts et les personnes mal en point.
18:45C'était terrible. »
18:57« La situation au Tessin, à la frontière méridionale,
19:06est devenue tragique
19:07après le 8 septembre 1943,
19:11quand l'Italie a capitulé.
19:17On a vu un énorme afflux de militaires italiens dispersés
19:21et 10 000 réfugiés civils.
19:25Les ordres de la Confédération,
19:29à partir de 1942,
19:32lorsqu'il y a eu les rafles en France,
19:35étaient que tous les réfugiés
19:37devaient être raccompagnés à la frontière.
19:39et, en tout cas, on respinti. »
19:42« Pendant toute la guerre,
19:44on a justifié ces pratiques
19:45par différents arguments.
19:47Il y a le fameux argument
19:48que la barque serait pleine,
19:50qui a été prononcé
19:51pendant cet été 1942
19:53par Edouard von Steiger.
19:55L'idée de cette saturation
19:57des conditions d'hébergement, etc.
20:00On a aussi justifié ces mesures
20:03par un égoïsme sacré,
20:06par aussi le fait
20:07que les autres pays
20:08font la même chose,
20:10donc il n'y a pas de raison
20:10que la Suisse soit plus généreuse.
20:13Là, c'est une page assez sombre
20:14de l'histoire de l'asile en Suisse,
20:17puisqu'alors qu'on sait
20:19que les Juifs fuyaient
20:21une mort quasi certaine,
20:23il y a eu encore un durcissement.
20:27Il y a cette phrase
20:29d'une circulaire
20:31où on précise même
20:34qu'il faut renvoyer
20:35tous les réfugiés civils
20:37qui ne le sont que
20:38pour des raisons raciales.
20:40Donc là, on exclut très clairement
20:41les Juifs
20:44de l'octroi d'asile.
20:46Et nous savons
20:53que des familles
20:54se sont présentées
20:55et qu'elles ont été refoulées.
20:57Un des cas les plus célèbres
20:59est celui de l'actuelle
21:00sénatrice italienne
21:01Segre,
21:02qui fut déportée
21:03par la suite
21:04avec toute sa famille
21:05dans les camps
21:05de concentration en Allemagne.
21:11Mon père est venu
21:12me chercher à Castellanza
21:14et il m'a dit
21:14« On part,
21:16toi et moi,
21:17on va en Suisse. »
21:19J'étais au 7e ciel.
21:21« Fais ta valise,
21:23une petite valise. »
21:25Et nous sommes partis
21:26pour Saltrio.
21:29Une fois dans les bois,
21:31j'ai vu au loin
21:32deux soldats
21:33qui avaient des uniformes
21:34semblables
21:35à ceux des Allemands
21:37et j'ai fait signe
21:38à mon père.
21:40Il m'a répondu
21:42« Non, non, non,
21:43ne t'inquiète pas.
21:44Ils sont suisses. »
21:46Cet officier suisse-allemand
21:47nous avait fait attendre
21:48pendant des heures.
21:52Il nous méprisait.
21:54Il nous parlait
21:55avec dédain.
21:57Alors,
21:57quand j'ai compris
21:58que toute la peur,
21:59tous les efforts,
22:00la douleur
22:01de quitter la maison
22:02n'avaient servi à rien,
22:03moi qui ne fais
22:05jamais de scène,
22:07jamais de scène
22:08dans la vie,
22:11je me suis jetée
22:12par terre
22:14complètement
22:15désespérée.
22:16Je l'ai pris
22:17par la jambe
22:17et je l'ai suppliée.
22:19Je vous en prie,
22:20je vous en supplie,
22:21laissez-nous passer,
22:22ne nous renvoyez pas.
22:23Il nous tue.
22:25Et lui me repoussait
22:26comme on le fait
22:27avec des chiots
22:28qui vous sautent dessus.
22:29Une fois,
22:31deux fois,
22:31et à la troisième fois,
22:32il m'a dit
22:32« Mais tu me casses les pieds ! »
22:35Il me repoussait à chaque fois.
22:37Il ne m'a pas laissée passer,
22:39il m'a chassée.
22:41Je l'embêtais.
22:44Il nous a fait escorter
22:46par des gardes
22:46avec de vieux fusils
22:47à baïonnettes.
22:50Je me souviens.
22:52Les deux gardes
22:54ricanaient en nous raccompagnant
22:55là où on était partis
22:56le matin même.
22:59Et au niveau du grillage,
23:01nous avons été arrêtés
23:02par des policiers italiens
23:04en chemise noire.
23:07Eh, connard !
23:08Oh !
23:11Oh !
23:11Oh !
23:12Oh !
23:14Oh !
23:14Oh !
23:14Oh !
23:16Oh !
23:17Oh !
23:18Oh !
23:22C'est une lettre
23:26que m'a envoyée
23:27un de nos consultants historiques
23:29et qui m'a beaucoup touchée.
23:32Elle est d'un soldat
23:33affecté dans le dessin.
23:35Chaque semaine,
23:36il écrivait à sa femme
23:37des lettres très privées
23:38et très touchantes.
23:41Et là,
23:41il décrit la pire scène
23:43qu'il ait eu à vivre.
23:48Je me suis conduit
23:49comme un lâche.
23:51Nous.
23:55Nous en avons nous-mêmes
23:56reconduit
23:56de l'autre côté
23:57de la frontière.
24:00des enfants aussi.
24:08Il a inlassablement
24:09essayé de convaincre
24:10ses supérieurs
24:11qu'il ne fallait pas faire ça
24:12et il a toujours échoué.
24:18Dans ses lettres,
24:19on sent le mal-être
24:20de quelqu'un
24:21qui sait que ce qu'il commet
24:22va conduire ses gens
24:24à la mort.
24:24je l'ai relu aujourd'hui
24:28et j'ai vraiment été
24:30bouleversée
24:31par ce que signifiait
24:32une telle action
24:33pour le commun des mortels.
24:34mal-être.
24:37Il a eu un homme
24:37qui a voulu faire ça.
24:43Voilà,
24:43les ordres sont les ordres.
24:48Et au fond de lui-même,
24:51Egon est intimement poussé
24:52par le sentiment
24:53de culpabilité
24:54et par son besoin
24:55de rétablir la justice.
24:56et il a eu un homme
24:57qui a voulu faire ça.
25:02Et il a eu un homme
25:02Le problème principal
25:03de la discussion
25:04de la connaissance
25:05de la Shoah
25:06est toujours un peu le même.
25:08L'argument,
25:09on ne savait pas.
25:11Donc, en vérité,
25:13il y a déjà,
25:14déjà avant la guerre,
25:16la conférence des Viens
25:17qui touche
25:18la question des réfugiés juifs.
25:20À partir de 1938,
25:21l'anclos,
25:22au plus tard là,
25:23c'est clair que les Juifs
25:26doivent fuir l'Albanie.
25:29Et là,
25:29il y a un exemple
25:30qui est très puissant.
25:33Il y a une lettre
25:34du septembre 1942
25:36et c'est une classe de filles,
25:39une classe secondaire
25:41de filles de Rorschach
25:42qui écrit une lettre
25:43au Conseil fédéral
25:45en disant
25:45pourquoi le Conseil fédéral
25:48fait une politique
25:49tellement dure
25:50contre les réfugiés.
25:52et ça devrait être
25:53notre mission chrétienne
25:54de leur accueillir.
25:56Donc,
25:57si une classe
25:58de jeunes filles
26:00en 1942
26:02pouvait le savoir,
26:03on doit partir
26:04du principe
26:04qu'on pouvait savoir
26:06ce que c'était
26:07en train de se mettre en place.
26:18Tu ne m'avais pas dit
26:19que ce ne sont pas
26:19des enfants
26:20mais de jeunes adultes
26:21que vous avez accueillis
26:22au foyer.
26:30Ils sont encore jeunes,
26:32maman.
26:32Tu l'as dit à Johan.
26:34Peu importe l'âge
26:35qu'ils ont,
26:36ce sont des jeunes gens
26:36qui ont besoin de nous.
26:37Qu'est-ce que tu en dis ?
26:38De quoi parle-t-on ?
26:40Des jeunes hommes
26:40qui tournent autour
26:41de ta femme
26:41toute la journée
26:42et des juifs
26:43de surcroît.
26:43Qu'est-ce que ça
26:44vient faire là-dedans ?
26:45Ils arrivent de Buchenwald
26:46où ils ont subi
26:47des atrocités
26:47pendant...
26:48Ce ne sont des fables
26:48pour choquer
26:49de la propagande.
26:50Les journaux
26:50sont pleins de reportages,
26:51il n'y a pas l'ombre
26:52d'un doute.
26:56Elle fait encore
26:56l'éloge
26:57de ces barbares.
26:58Elle n'arrive pas
26:59à croire
26:59qu'ils aient fait ça,
27:00Clara.
27:02Toutes ces atrocités
27:03de ce peuple
27:03qu'elle adore,
27:05au fond,
27:05c'est vrai
27:06que c'est plutôt
27:06dur à comprendre.
27:10Il est évident
27:11qu'en Suisse aussi,
27:12l'antisémitisme
27:14était très présent.
27:16Il y avait ceux
27:17qui parlaient
27:17d'une aversion
27:19naturelle
27:20à l'égard des juifs.
27:22Évidemment,
27:23on trouvait aussi
27:24des personnes
27:24qui aidaient beaucoup
27:25les réfugiés juifs
27:26et qui n'étaient pas
27:27antisémites.
27:28Mais toute une partie
27:29de la population
27:30trouvait cela
27:31absolument normal.
27:32Ils ne voyaient pas
27:33le mal qu'il y avait
27:34à être antisémite.
27:35Ils trouvaient ça
27:36tout simplement normal.
28:01Nous voudrions
28:02plus à manger,
28:03de plus grosses portions.
28:04Et nous n'avons encore
28:05reçu ni savon,
28:06ni vêtements propres,
28:07ni dentifrice.
28:08On sent mauvais.
28:09Va-t'en !
28:13Quel malpoli !
28:15Ils sont comme ça,
28:16ces gens-là.
28:22Il faut remettre
28:23les choses
28:24dans leur contexte.
28:25Aujourd'hui,
28:26quand on apporte
28:26de l'aide au Liban,
28:27il y a le principe
28:29du « do no harm ».
28:30On ne peut pas traiter
28:31les réfugiés
28:32mieux que la population
28:33locale.
28:35Ma mère,
28:36en me parlant
28:36des conditions de vie
28:37à l'époque,
28:38me disait qu'eux aussi
28:39trouvaient à peine
28:40de quoi manger,
28:40ou trop peu,
28:42qu'ils n'avaient pas
28:42de savon
28:43et pas assez de vêtements.
28:45Il faut garder à l'esprit
28:46qu'on ne pouvait pas
28:47mieux traiter les réfugiés
28:48que la population
28:49de Suisse centrale
28:50et alentour,
28:51qui à l'époque
28:52étaient très pauvres.
29:02La Suisse a toujours été
29:05un pays de réfugiés.
29:07Tous les réfugiés
29:08d'Europe
29:08voulaient aller en Suisse,
29:10où il y avait
29:11du bon chocolat,
29:13de belles montagnes
29:14et le ski.
29:16On en rêvait
29:17depuis longtemps.
29:18Et moi aussi,
29:19je voulais y aller.
29:19Je voulais y aller.
29:26A Buchenwald,
29:27on nous a promis
29:27que,
29:28quand on serait en Suisse,
29:30on aurait des professeurs.
29:31C'est pour ça
29:32qu'on a choisi
29:32de venir ici.
29:33J'aimerais savoir lire
29:34et écrire.
29:37Je vais transmettre
29:38les listes
29:38à M. Obrecht
29:39tout à l'heure.
29:41Quand ils sont arrivés
29:42sur le Zuckerberg,
29:43nous avons su
29:44que ces jeunes
29:45voulaient étudier,
29:46étudier
29:46et étudier encore.
29:48Nous avons pris la décision
29:49d'ouvrir une école
29:50et trois jours plus tard,
29:51elle fonctionnait déjà.
29:52Mais nous n'avions
29:53aucun matériel,
29:54rien.
29:57Ils m'ont donné
29:57une liste
29:58à vous remettre
29:58de consacre.
29:58Il n'y a pas d'argent
30:00pour acheter
30:00du matériel de classe,
30:01en tout cas.
30:03J'ai dit au directeur
30:04de la Croix-Rouge
30:05« S'il vous plaît,
30:06commandez immédiatement
30:07ces choses-là. »
30:08Et il a répondu
30:09« Très bien,
30:09je m'en occupe. »
30:11Mais je savais pertinemment
30:12qu'il ne se passerait rien.
30:14Alors j'ai envoyé
30:15une lettre
30:15à tous les endroits
30:16que je connaissais
30:16et qui étaient susceptibles
30:17d'avoir du matériel scolaire
30:19en les suppliant.
30:21Plus tard,
30:22on m'a reproché
30:22ces méthodes
30:23en disant
30:24qu'elles entachaient
30:25le prestige
30:25de la Croix-Rouge.
30:29Certaines assistantes
30:30ont beaucoup fait
30:31pour les enfants.
30:32Elles étaient dévouées
30:34et courageuses.
30:36Et la direction
30:38devait toujours
30:38leur rappeler
30:39quelles étaient
30:40les limites
30:40d'un point de vue politique
30:42et comment réagissait
30:43la population suisse.
30:46Évidemment,
30:46il y a eu
30:47des discussions animées.
30:49Aujourd'hui,
30:50avec le recul,
30:51on se rend compte
30:52que certaines décisions
30:53n'étaient pas bonnes
30:53ou pas assez audacieuses,
30:56que la priorité
30:57n'était pas les enfants,
30:58mais plutôt
30:58la raison d'État.
31:04Plus tard,
31:04un autre officiel
31:05est monté
31:05à son tour
31:06et s'est inquiété
31:07du prestige
31:08de la Croix-Rouge.
31:09Alors on a dit
31:10« Écoutez,
31:11si on sait
31:12que les enfants
31:12de Buchenwald
31:13sont en bonne santé
31:14et qu'ils se sentent
31:15bien ici
31:15et qu'on parle
31:16de partout,
31:17cela sera bénéfique
31:18à la Croix-Rouge
31:19puisque c'est vous
31:20qui avez organisé
31:21tout ça. »
31:22Et on a répondu
31:22« Nous n'avons pas
31:23besoin de vos services.
31:25Le prestige
31:25de la Croix-Rouge
31:26est suffisamment grand.
31:28Nous avons été
31:29décrédibilisés
31:30parce que nous avions
31:31créé une administration
31:32autonome
31:33et que nous avions
31:33parlé avec les enfants.
31:35Vous ne devez pas
31:36vous occuper
31:36du bien-être
31:37de ces jeunes.
31:38C'est notre travail.
31:39Vous devez seulement
31:40obéir aux ordres. »
31:42« Nous voulons lancer
31:44une collecte de fonds
31:45dans les villages
31:45pour des produits
31:47hygiéniques
31:47et des vêtements. »
31:49« Nous allons écrire
31:49des lettres
31:50pour avoir du matériel
31:51scolaire auprès
31:51des communes
31:52et des écoles. »
31:54« Ma demande
31:55auprès de la Croix-Rouge
31:55est rejetée.
31:57Nous prenons donc
31:58les choses en main. »
32:00« Alors elle a écrit
32:02une lettre
32:03à la Croix-Rouge
32:03à Berne
32:05dans laquelle
32:06elle demandait
32:06la démission
32:07du directeur
32:08Jacob Schlegel
32:10parce que travailler
32:11avec lui
32:12était invivable. »
32:16Auguste Boni
32:16s'est alors rendu
32:17au Zuckerberg
32:20et il a rencontré
32:22tous les collaborateurs
32:23pour écouter
32:24leurs revendications.
32:29Selon les documents
32:30de l'époque,
32:32il a dans un premier temps
32:33renvoyé
32:33Jacob Schlegel
32:34avant de le rappeler
32:35au Zuckerberg
32:36quelques jours plus tard.
32:38Et puis il a renvoyé
32:39Charlotte Weber.
32:40Aussi bien les jeunes
32:41que les collaborateurs
32:42ont contesté
32:43cette décision
32:44et elle a pu revenir.
32:47« Une semaine plus tard,
32:49j'ai été renvoyée.
32:50Mais évidemment,
32:51je ne suis pas partie.
32:52Elle ne m'a même pas
32:53traversé l'esprit
32:54et l'ensemble
32:55des collaborateurs
32:56me soutenaient.
32:58J'étais en total désaccord
32:59avec le directeur.
33:00Il m'a même accusée
33:01de mettre
33:02de mauvaises idées
33:03dans la tête des jeunes
33:04et d'en faire des rebelles.
33:05Il fallait leur enseigner
33:07la gratitude,
33:08l'ordre
33:08et la discipline.
33:10C'était les seules choses
33:11qui comptaient à ses yeux.
33:13Ainsi, selon lui,
33:15ces jeunes pourraient
33:15retrouver une vie normale.
33:17C'est évidemment absurde.
33:19Il fallait d'abord
33:19qu'ils se retrouvent
33:20pour envisager
33:21un retour à la vie normale.
33:34C'est un trou pour les morts.
33:41Cela me demandait
33:42beaucoup d'énergie
33:43et c'était très dur
33:44émotionnellement.
33:46Ils ont commencé
33:47à dessiner
33:48et à raconter
33:48parfois des bribes
33:49de ce qu'ils avaient vécu.
33:52Et ça,
33:54là,
33:54c'est l'ascenseur.
34:10En janvier 1945,
34:12les Russes
34:13ont occupé
34:13la Pologne.
34:15Ils n'étaient plus très loin.
34:17On entendait les canons.
34:20Ils étaient si proches
34:21qu'on imaginait
34:21qu'on allait être libérés
34:22d'un moment à l'autre.
34:24Et puis,
34:24ils ont ralenti
34:26leur avancée.
34:27C'est une division d'assaut
34:28qui est arrivée en premier.
34:30On ne savait pas
34:31ce qu'il faudrait de nous.
34:37Alors,
34:37les Allemands
34:38nous ont rassemblés
34:39pour une marche
34:40d'environ
34:407 à 800 kilomètres
34:42pendant deux semaines
34:43et demie,
34:44je crois.
34:48Nous sommes sortis
34:49du camp
34:49pour entamer
34:50la marche
34:51de la mort.
34:52Ça a été terrible.
34:56C'est inimaginable.
34:59On marchait
35:00sans savoir du tout
35:01où on allait.
35:09On les laissait faire
35:10de nous
35:10ce qu'ils voulaient.
35:12On voyait
35:13le long de la route
35:13les corps
35:14de ceux
35:14qui étaient passés
35:15avant nous.
35:19Ils gisaient
35:20une balle
35:20dans la tête,
35:21dans la neige
35:22tachée de sang.
35:26On passait à côté
35:27et on ne pensait
35:28plus à rien.
35:33Je peux seulement
35:34dire qu'aujourd'hui
35:35on ne sait plus
35:35ce qu'est véritablement
35:36la faim
35:37ou le froid.
35:42Pendant ces trois semaines,
35:44une seule fois
35:44j'ai pu faire mes besoins.
35:48Je me suis éloigné
35:52et quand je suis revenu,
35:54je n'arrivais plus
35:55à fixer mes bretelles.
35:57mes doigts
35:58étaient si raides
36:00alors je suis allé
36:01demander aux autres
36:02prisonniers
36:03s'ils pouvaient m'aider.
36:06Personne n'a voulu
36:07parce que nous devions
36:08marcher rapidement
36:09pour ne pas rester
36:10à la traîne.
36:14Il y avait une rumeur
36:15qui courait
36:16disant qu'il tirait
36:17sur ceux
36:18qui n'arrivaient plus
36:18à suivre.
36:22je me souviens
36:24de l'énergie
36:24que cela m'a demandé
36:25pour revenir
36:26au milieu
36:27de la colonne
36:28et ne plus être
36:29à la fin.
36:32Aujourd'hui,
36:33je me souviens encore
36:34que j'étais essoufflé
36:35à cause de l'effort
36:36pour ne pas rester
36:37à la traîne.
36:37que je t'avais
36:38à la traîne pour ne pas rester
36:38à la traîne.
36:49Désolé.
37:03Je rêve que rien n'est réel, et qu'en vérité, je suis toujours au camp.
37:17C'était horrible, épouvantable.
37:23On ne savait absolument pas comment aider ce garçon, comment le consoler.
37:29La seule chose qui aidait ces jeunes, c'est qu'ils sentaient qu'on les aimait.
37:41On a continué à donner les cours et à parler avec ces jeunes.
37:45Ils comprenaient qu'on était de leur côté, qu'on n'était pas comme au Gournigel, le camp militaire précédent,
37:51mais qu'au contraire, on était là pour eux.
37:54Alors on était très proches et ils avaient confiance en nous.
37:58Un des garçons a ensuite écrit un livre, publié 50 ans plus tard.
38:01Il me fallait un coup, c'est qu'il y a...
38:05Et toi, fais sans contenir le journal.
38:09Et toi, tire vraiment sur le cigare.
38:11Il faut de la fumée.
38:13Qu'est-ce que vous faites ?
38:14Les photos avant-après.
38:21Veuillez arrêter immédiatement et donnez-moi le film.
38:24Quoi ?
38:24Je n'ai rien vu d'aussi lamentable.
38:27Mais c'est mon travail, madame.
38:28Personne ne vous a permis de le faire.
38:30Bien sûr qu'il a la permission.
38:32Bien sûr que je l'ai.
38:34Les enfants, allez dans vos chambres.
38:39Le public s'intéresse à vos petits protégés.
38:43Pensez un peu à ce que ces garçons ressentent.
38:45Je ne fais que suivre les instructions de mes supérieurs.
38:47C'est bien le but de notre mission, non ?
38:49Je me trompe ?
38:51Continuez.
38:55Bon, on va faire les photos du camp de concentration.
38:58L'action de la Suisse pour accueillir les réfugiés
39:03était une action de relations publiques très calculées.
39:06C'est ce que mes recherches ont ensuite confirmé.
39:10Ce n'était pas juste une impression de Charlotte Weber.
39:13Cela a également été confirmé par une étude
39:15dans la thèse de doctorat de Madeleine Lerf.
39:21Les collaborateurs et les collaboratrices
39:23n'avaient pas été informés de la visite
39:25et étaient indignés par ce que faisait le directeur.
39:29Ils se sont exprimés clairement.
39:32Et c'est ce qui a motivé Jacob Schlegel
39:34à vouloir récupérer les photos
39:36qui ont par la suite été détruites.
39:40Mais pour beaucoup, au Zuckerberg,
39:45c'est la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.
39:50Parce qu'une chose pareille était inacceptable.
39:55Quand les enfants viennent,
39:58à ce moment-là, on voit aussi les journaux,
40:00il y a un reportage que toute la population peut voir
40:03en disant « Ah voilà, regardez les pauvres victimes de Buchenwald
40:07qui maintenant se refont une santé
40:10dans nos beaux paysages suisses,
40:12dans nos belles installations touristiques. »
40:17« Franck a connu Auschwitz et Buchenwald.
40:20Pendant le voyage de déportation,
40:22sa mère a été fusillée.
40:23Son père a été incinéré à Auschwitz.
40:27Ils peuvent rester en Suisse.
40:31Qu'il nous paraît petit, ce groupe de rescapés,
40:34comparé à la foule de tous les assassinés. »
40:37Et donc, il y a l'image, disons, valorisante
40:41et qui est réconfortante à la fois pour les victimes
40:44mais aussi pour les Suisses eux-mêmes.
40:47Et cette image, c'est normal que c'est celle qu'on garde
40:51parce que c'est une image bénéfique pour tout le monde.
40:56« Les travaux de la campagne réveillent l'énergie
40:58et donnent des forces nouvelles. »
41:03Velko était un collégien.
41:04Ses parents ont été assassinés lors du massacre de Novissade.
41:15Mais il ne faut pas oublier que derrière,
41:18il y a des calculs politiques
41:20et c'est cette complexité que les historiens
41:24cherchent à analyser et à retracer.
41:28Silence, s'il vous plaît.
41:31Silence.
41:32Votre hébergement dans cet établissement
41:34n'a toujours eu pour but que de permettre à votre corps
41:37de reprendre des forces
41:38et à votre esprit de se reposer.
41:42Cependant, pour qu'un nouveau départ soit réussi,
41:44il faut envisager certaines perspectives, n'est-ce pas ?
41:47Heureusement, la question de savoir où aller,
41:51puisque la plupart d'entre vous ont complètement perdu
41:53leur foyer, leur famille et leur patrie,
41:56est à présent résolue.
41:58Je laisse maintenant la parole au rabbin Schultz
42:00de la Fédération des Communautés Juives.
42:03Le peuple juif a perdu un tiers de sa substance
42:06au cours de ces dernières années
42:07et nous allons maintenant emmener
42:10la petite partie d'entre eux qui a été sauvée
42:12là où ils pourront enfin mener...
42:14On va pouvoir aller en Palestine.
42:16Je suis libre.
42:18Nous sommes pour un judaïsme global
42:20et nous sommes tous ensemble et non séparés.
42:23Mais tout ce qui compte, c'est que nous voulions...
42:24Silence, s'il vous plaît, silence !
42:26Un peu de lourds !
42:27Un peu de lourds !
42:27Un peu de lourds !
42:28Un peu de lourds !
42:28Un peu de lourds !
42:28Un peu de lourds !
42:29Un peu de lourds !
42:30Asseyez-vous, dites-le !
42:34Ils pleuraient, ils étaient tristes
42:36parce qu'ils étaient obligés de nous quitter
42:38et qu'ils allaient être séparés.
42:41Puis j'ai travaillé aux côtés des réfugiés.
42:44Cet institut a été fermé
42:45et les enfants ont été épargnés.
42:48Ce qui est exprimé dans cette note
42:51du délégué du Conseil fédéral
42:53aux œuvres d'entraîne internationale
42:55qu'il adresse au chef de la diplomatie de l'époque,
42:58le conseiller fédéral Max Petitpierre,
43:00et le 28 mai 1945,
43:04il lui écrit en disant
43:06« Voilà, il y a cette proposition d'accueillir des enfants.
43:09On a un intérêt moral à les accueillir
43:14parce que ça va améliorer notre image internationale,
43:18mais en même temps, c'est un risque
43:20que ces enfants restent de manière durable en Suisse.
43:23Donc, il faut que les alliés s'engagent
43:28à nous débarrasser de ces enfants
43:29au bout de six mois pour qu'ils repartent.
43:33Et le mot « débarrasser » qui est très fort
43:35est utilisé à plusieurs reprises
43:37dans cette notice au fonctionnaire
43:41qui était un des responsables
43:43de la diplomatie suisse de l'époque.
43:45Donc, il y a une volonté humanitaire,
43:48mais il y a aussi des calculs politiques
43:52qui déterminent cette générosité.
43:59Les pauvres garçons sont totalement dépassés par la situation.
44:03Tout va bien trop vite.
44:04Tous leurs proches ont été assassinés de façon atroce
44:06et on leur propose rien de mieux que de les séparer à nouveau
44:09alors qu'ils sont à peine arrivés il y a trois mois.
44:11Je crains que vous ne sachiez pas de quoi ils retournent.
44:14Le Conseil fédéral s'est donné beaucoup de mal
44:16pour trouver la meilleure solution à adapter à ses enfants.
44:20Pendant la guerre,
44:22la Croix-Rouge était encore proche du Conseil fédéral.
44:25Et à l'époque, elle était également liée à la Confédération.
44:29Elle ne pouvait pas agir de façon complètement indépendante.
44:36Nous avons su tirer les conclusions de cette expérience
44:38et avons alors jeté les bases nouvelles de la Croix-Rouge,
44:42non seulement en Suisse,
44:43mais aussi au niveau international.
44:47Le premier de ces sept principes est l'humanité.
44:51Mais tout de suite après vient l'indépendance face aux États,
44:54c'est-à-dire s'émanciper des influences d'État
44:57et venir en aide à toutes les parties.
45:04Le plus important pour l'instant, c'est que tu trouves du travail.
45:09Afin de pouvoir rester ici au lieu de partir en Palestine.
45:13Est-ce que tu as déjà réfléchi à ce que tu voudrais faire ?
45:18J'avais une idée fixe.
45:22Je voulais devenir horloger.
45:25Je savais que j'avais un certain talent.
45:28Mes parents le savaient aussi.
45:31Quand j'étais enfant, j'essayais de réparer tous les réveils cassés.
45:35Mais je n'arrivais pas à les remonter.
45:38Alors mes parents disaient,
45:40plus tard, il sera horloger.
45:42Et ils avaient raison.
45:44J'ai pris des risques,
45:47bien que la Croix-Rouge m'ait mise à l'écart
45:49et interdit de m'occuper de ces enfants.
45:52Et je n'ai pas obéi.
45:54Je suis restée en contact avec ces jeunes
45:56et j'ai fait en sorte qu'ils soient à l'abri.
46:00J'ai copié tous leurs dossiers et leur CV
46:03pour les avoir moi aussi.
46:07J'ai écrit d'innombrables lettres
46:08pour qu'ils puissent participer à des cours,
46:11qu'ils puissent poursuivre une formation professionnelle.
46:16À Genève, il y avait une belle organisation
46:18pour les Juifs qui offraient des cours.
46:23Et plusieurs d'entre eux ont pu en bénéficier.
46:31Etant donné que j'avais déjà des bases en horlogerie,
46:35je suis arrivé à Bienne,
46:36qui est un centre horloger.
46:41C'est là-bas que j'ai commencé à travailler.
46:46Plus tard, j'ai fait l'école de horlogerie
46:48et j'étais si motivé
46:49que j'ai fait le programme de quatre ans en une année.
46:53Et j'ai terminé deuxième de toute la promotion.
46:58La souffrance stimule aussi
47:00et révèle parfois des forces positives.
47:03J'étais devenu quelqu'un.
47:06Ça m'a donné de la force pour plus tard.
47:09J'ai dû attendre l'âge de 19 ans
47:12pour être libre d'entreprendre quelque chose en Suisse
47:14et devenir indépendant.
47:19J'ai débuté dans une cave
47:21avec un petit tour d'horloger
47:23d'une valeur de 300 francs.
47:26J'avais 50 francs Suisse en poche
47:29et aujourd'hui, j'ai créé une entreprise.
47:32Voilà ma plus grande satisfaction.
47:41Lève, prends soin de toi.
47:45Fais attention à toi.
47:52Pourquoi raconter cette histoire ?
47:56Pour la mettre en lumière,
47:58susciter l'intérêt,
48:00pour combattre une image
48:01qui a peut-être longtemps existé
48:03et qui a provoqué tout ça.
48:06pour voir les choses sous un nouvel angle,
48:08pour voir le monde un peu différemment.
48:11Je crois que nous avons un devoir
48:13à l'égard de notre histoire,
48:15personnelle et nationale.
48:16Un devoir d'attention et de vigilance
48:18pour rester empathique,
48:21attentif, ouvert d'esprit
48:23et ne pas appréhender le monde
48:25avec des œillères.
48:29Voilà pourquoi raconter cette histoire
48:31a du sens.
48:33Voilà pourquoi je fais cette série.
48:35Parce qu'il est essentiel
48:36que les gens ne se referment pas
48:37sur eux-mêmes.
48:40Et je crois que notre monde actuel
48:41est aux prises avec des problèmes
48:43sociaux majeurs,
48:44de tout point de vue,
48:46politiques comme sociaux.
48:49Et je crois donc qu'on a besoin
48:50de personnes vigilantes,
48:52sensibles et ouvertes,
48:53qui ne renoncent pas face à la méchanceté,
48:56qui osent la regarder en face.
49:00et j'espère que cette série
49:02pourra d'une certaine façon
49:03y contribuer.
49:04et j'espère que notre série
49:07a un Beitrag de l'adresse.
49:14C'est parti.
49:49C'est parti.
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