00:00C'est l'heure de l'édito politique, bonjour Patrick Cohen.
00:02Bonjour Florence.
00:03Le Sénat, Patrick, s'oppose à nouveau à l'idée d'une aide à mourir.
00:07Deuxième refus après celui de janvier.
00:09En équidation, on parlerait d'un refus d'obstacle.
00:11En démocratie, un débat interdit.
00:14Les sénateurs de droite et du centre auraient pu limiter, modifier ou même retarder
00:18avec 700 amendements déposés, le changement législatif déjà approuvé par l'Assemblée.
00:23Ils ont préféré quitter le débat après avoir supprimé le cœur du texte
00:26puis tous les autres articles un par un.
00:29Le compromis proposé par les deux rapporteurs LR a été balayé à la fois par les sénateurs socialistes
00:35à soutien de la proposition des députés et par les plus intransigeants des LR
00:39emmenés par Bruno Retailleau opposés par principe à un geste létal en fin de vie.
00:45C'est ainsi que dans ce débat que tous considèrent comme majeurs,
00:48le Sénat a renoncé à faire entendre sa voix.
00:50Et qu'est-ce qu'elle va devenir cette proposition de loi ?
00:52Elle va poursuivre son long cheminement législatif.
00:55Le plus probable est que le gouvernement donne le dernier mot à l'Assemblée nationale
01:00après le constat d'échec d'une commission mixte en vue d'une adoption définitive.
01:04Vers la mi-juillet, les opposants à l'aide à mourir dénoncent par avance un passage en force,
01:09argument qui ne manque pas de pittoresque quand on songe aux centaines d'heures de discussion
01:14qui ont occupé les deux assemblées depuis deux ans,
01:17aux échanges de la Convention citoyenne sur la fin de vie il y a trois ans
01:20et de l'engagement présidentiel d'Emmanuel Macron.
01:23Il y a quatre ans, aucun autre sujet politique ou sociétal n'a été si longuement débattu.
01:29Les plus hostiles à l'idée d'un suicide assisté réclament en fait un consensus qu'ils savent impossible,
01:35sauf à leur concéder le statu quo.
01:37C'est d'ailleurs pour eux, pour répondre à leur crainte que l'aide à mourir n'entrave
01:41le développement des soins palliatifs, que François Bayrou avait scindé le texte en deux.
01:45Mais si la proposition sur les soins palliatifs a maintenant force de loi,
01:49elle a été adoptée définitivement lundi, celle sur l'aide à mourir
01:53suscite une opposition de plus en plus sonore et virulente.
01:56Vous voulez dire une opposition excessive ?
01:59Disons que les peurs agitées par les opposants ne collent pas à la réalité du texte.
02:03On entend parler d'un permis de tuer, d'une loi sans garde-fou propice à toutes les dérives,
02:07de candidats à la mort contre leur gré, etc.
02:10Or, le texte déjà voté qui définit cinq conditions cumulatives,
02:13dont l'affection grave et incurable qui engage le pronostic vital en phase avancée ou terminale,
02:19fait de la future loi la plus restrictive de toutes les législations européennes
02:24ayant dépénalisé l'aide à mourir.
02:26Aucun autre pays n'a prévu de critères aussi stricts.
02:30Et puis il y a la bataille sémantique de ceux qui s'obstinent à parler d'euthanasie
02:34et considèrent comme suspect le fait que le mot ne figure pas dans la loi.
02:38La réponse est assez simple.
02:40Outre que l'euthanasie renvoie aux exterminations du régime nazi,
02:43le terme ne correspond pas à un dispositif appelé « aide à mourir »
02:47parce qu'il répond à une demande libre et éclairée au choix du malade et à lui seul.
02:53Tout cela aurait pu être débattu cette semaine,
02:55mais curieusement, le Sénat a préféré se faire harakiri.
02:58Merci Patrick Cohen.
03:00Merci.
03:00Merci.
03:00Merci.