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  • il y a 7 minutes
L'acteur Antoine Reinartz joue le rôle de Samuel Paty, enseignant assassiné en octobre 2020, dans "L’Abandon" de Vincent Garenq. Le film sort en salles le 13 mai prochain. Il sera projeté au Festival de Cannes. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-30-avril-2026-1758270

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00:00Benjamin Duhamel, votre invité est acteur.
00:03Le 16 octobre 2020, la France entière découvrait bouleverser le visage d'un professeur d'histoire-géographie,
00:08Samuel Paty, assassiné par un terroriste islamiste.
00:12Depuis la justice est passée, une pièce de théâtre, des livres ont été écrits.
00:16Et pour la première fois, c'est au tour du cinéma de raconter la mécanique infernale du mensonge et de
00:21la lâcheté.
00:21Bonjour Antoine Reinhardt.
00:22Bonjour.
00:23Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:25C'est vous qui incarnez Samuel Paty dans l'abandon réalisé par Vincent Garanc.
00:30Événement du Festival de Cannes, projeté le 13 mai, le jour de sa sortie en salle.
00:34On a littéralement le souffle coupé du début à la fin du film.
00:38On est ému, on est aussi en colère.
00:42L'histoire est encore à vif.
00:44Au moment du tournage, le procès en appel n'était pas achevé.
00:47Est-ce que vous avez hésité à accepter ce rôle Antoine Reinhardt ?
00:50Ou est-ce que ça relevait d'une forme d'évidence ?
00:52C'était une évidence, mais en fait bizarrement quand j'ai reçu le scénario,
00:55souvent quand je reçois des scénarios, même si je ne sais pas où ça va,
00:57au bout de quelques pages où on se dit « bon, on voit tout ce qui va arriver, etc. »
01:01Et là bizarrement j'étais censé tout savoir et en fait je ne connaissais rien.
01:04J'ai vraiment été bluffé.
01:05Quand j'ai lu, je me suis dit « mais c'est dément ».
01:07Je savais évidemment qu'il y avait ce cours qui avait été en partie contesté.
01:12Donc j'étais quand même très influencé par le mensonge de cette jeune fille
01:16et par toute la rumeur qu'il y avait eu autour.
01:19Je savais la fin tragique, mais je ne connaissais rien.
01:21Qu'est-ce que vous avez découvert ? Qu'est-ce que vous ne saviez pas ?
01:23L'implication des enfants, je la connaissais mal.
01:26Il y a eu trois procès, un procès des enfants, deux autres procès,
01:28pourtant je connaissais mal l'implication des enfants.
01:30Le fait que Samuel, il y a eu une cabale contre lui pendant 11 jours,
01:35qu'il se baladait seul avec son marteau pour se défendre,
01:38alors même qu'il appelait à l'aide, donc dans une immense solitude.
01:42Le fait qu'Anzorov, le terroriste, ait appelé le père de la gamine,
01:49qu'il y ait un faux imam, un faux représentant des imams de France qui soit intervenu.
01:53Tout ça, en fait toute cette histoire qui a pourtant impacté notre imaginaire,
01:57qui a créé de la peur, qui a créé des stigmatisations,
02:00tout ça je n'y connaissais rien.
02:01Et donc je me suis dit, c'est dément, je veux le faire.
02:06D'ailleurs je l'ai reçu le soir, je l'ai lu la nuit.
02:08Je savais qu'ils hésitaient entre plusieurs acteurs.
02:10Et dès le lendemain vous avez dit ?
02:11J'ai appelé le matin pour griller la priorité, pour qu'il n'ait pas le temps d'appeler les
02:15autres.
02:15Qu'est-ce qu'il représente pour vous Samuel Paty ?
02:17On a beaucoup entendu cette expression, c'était un héros ordinaire.
02:23Oui, c'est-à-dire que c'est même pas, lui ne se voit pas un héros,
02:27c'est-à-dire qu'il fait son métier, c'est un super professeur,
02:29quelqu'un qui est pas dans...
02:32C'est-à-dire que oui, il crée de la sympathie avec ses élèves, avec ses livres de blagues.
02:37Oui, et ça on le découvre, moi je ne le savais pas,
02:39à la fin de chaque cours, il y a un élève qui lui dit
02:42« Est-ce que vous avez une blague ? » et il ouvre son carnet de blagues.
02:44Ça c'est vrai ?
02:45Oui, tout est vrai.
02:45De toute façon, dans le film, tout est vrai.
02:48Vraiment, il y a quelques trucs qui ont été écrits par mail,
02:50qui sont dits à l'oral, c'est la seule falsification de la réalité.
02:56Donc c'est quelqu'un qui est dans ce genre de professeur qui est à la fois très très sympathique,
03:01un peu ringard et en même temps pour lesquels on se découvre une passion.
03:05Je sais que moi j'ai eu une passion pour l'allemand à un moment de ma vie
03:07parce que j'ai une professeur à qui je voulais plaire, à qui je voulais être à la hauteur.
03:13Donc c'est ce genre de professeur très droit, très préparé.
03:16Et que ses élèves aiment, qui fait aimer l'histoire-géographie,
03:21les cours sur la liberté d'expression.
03:23Comment est-ce qu'on se prépare à jouer Samuel Paty ?
03:25Les auditeurs vous connaissent sans doute.
03:28Vous avez joué dans 120 battements par minute à un militant d'Actobre.
03:30Vous avez joué l'avocat général dans « Anatomie d'une chute ».
03:33On vous a vu aussi dans la série formidable de Jean-Xavier de l'Estrade,
03:36« Des vivants » sur les rescapés du Bataclan.
03:38Comment est-ce qu'on se prépare à jouer Samuel Paty ?
03:41Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose de vertigineux ?
03:43C'est vertigineux. Après, personne ne connaît sa voix, à part ses proches.
03:49Donc il n'y a pas un travail de...
03:50Alors il y a un travail physique, parce qu'on a tous cette photo en tête,
03:53mais il n'y a pas un travail de mimétisme, de comment il parle, etc.
03:56Ça, on l'enlève à...
03:58Là où c'est très difficile, c'est qu'il y a un manque de liberté,
04:01dans le sens où souvent quand on s'approprie les rôles,
04:03on se dit « Bon, ça, ok, c'est écrit comme ça, c'est moyennement écrit,
04:06je le reformule un peu, je le réécris, machin. »
04:08Là, on ne peut rien toucher. Il y a un carcan qui est...
04:12Il y a la vérité judiciaire, il y a ce qui a été dit,
04:14et le but, c'est de montrer au plus près du réel.
04:18Donc je n'ai pas de liberté.
04:19Donc c'est comment je m'approprie ça, avec ce carcan très très grand,
04:23et je le fais moi, et j'ai rencontré Mickaël Paty, sa sœur, un peu avant son âge.
04:28Oui, vous avez dîné ensemble, c'est ça ?
04:30Racontez-nous comment ça s'est passé, cette rencontre avec la sœur de Samuel Paty.
04:34On a parlé d'elle, moi j'étais hyper stressé, on a parlé d'elle de Samuel pendant deux heures,
04:39de lui, et au bout de deux heures, elle m'a dit « Ok, super, ne change rien,
04:42c'est mimique, là, tu fais avec les bras, c'est bien. »
04:45C'est juste ma façon de parler, donc super.
04:47« Souris moins, parce qu'effectivement, il est moins dans la séduction qu'un acteur
04:50qui est dans l'hyperséduction permanente. »
04:51De toute façon, je ne jouais pas, juste j'étais moi-même, je parlais avec elle,
04:54et elle m'a dit « Ok, je vois ça. »
04:55Donc elle a vu en vous, son père Samuel ?
04:56Elle a vu en moi, elle a validé, donc à partir de là, j'étais...
04:59Libéré.
05:00J'étais validé, en tout cas, libéré, pas encore, mais il y avait tout le tournage à faire.
05:05Qu'est-ce qu'elle a pensé du film ?
05:06Comment est-ce qu'elle a réagi, Mickaël Paty, quand elle a vu le film pour la première fois ?
05:09Parce qu'elle m'a dit qu'elle avait vraiment vu Samuel,
05:13que je m'étais effacé derrière Samuel,
05:16donc je sais que toute la famille soutient le film, ça c'était très important.
05:23Elle connaît tout, elle a beaucoup porté,
05:25c'est un film qui est très dur à regarder pour elle, évidemment.
05:28Et je tiens à souligner le fait que, parce que beaucoup de gens ont peur
05:33de ce film par rapport à ce moment tragique qui est arrivé à Samuel,
05:37de décapitation.
05:38Évidemment, le film traite tout ça avec beaucoup de pudeur et de respect,
05:42de dignité, donc il n'y a pas de...
05:44C'est un film qui est fait aussi pour que, même les collégiens,
05:47qui sont les premiers concernés par ce qui est arrivé,
05:49qui étaient impliqués dans ce meurtre,
05:52puissent le voir.
05:53Enfin, je veux dire, ce n'est pas un film qui...
05:54Et vous avez raison de le dire, c'est un film qu'il faut voir,
05:56c'est un film pudique qui, en même temps,
05:58dit tout de cette mécanique infernale.
06:01Pour vous dire, moi j'ai eu la chance de le voir,
06:03ces 11 jours, on est stupéfaits pendant l'intégralité du film,
06:08on est en colère.
06:10À la fin du film, on est dans une colère
06:11quand on voit l'abandon, la solitude,
06:14la réaction qu'on connaît,
06:15qui a été documentée de certains des collègues de Samuel Paty,
06:19qui, pour certains, considérait qu'il n'aurait pas dû montrer
06:21ses caricatures de Mahomet,
06:22ses caricatures de Charlie Hebdo,
06:24de ce référent laïcité du ministère de l'Éducation nationale
06:27qui lui reproche, au fond, d'avoir mal maîtrisé les notions.
06:30Est-ce que cette colère-là, quand vous jouez Samuel Paty,
06:32vous l'avez aussi au fond du ventre ?
06:35Oui, je l'ai.
06:36Effectivement, se dire qu'il a été aussi seul
06:38et qu'il y a une cabale contre lui,
06:40donc forcément, certains s'écartent.
06:43Alors, il a eu des soutiens, mais quand même...
06:45Oui, notamment l'approviseur du collège
06:47qui est joué par Emmanuel Bercot,
06:48qui est formidable dans le film.
06:50Après, j'ai l'impression...
06:51Enfin, cette colère, elle est normale
06:53parce que ce qui lui arrive est horrible et insupportable.
06:55Après, j'espère que ce film, il permet aussi de...
06:59En fait, c'est un sujet qui a tellement cristallisé
07:01de peur, de stigmatisation
07:02que je trouve que c'est important de revenir au fait.
07:06Et j'espère que ce film,
07:08même s'il ne fait pas que nourrir cette colère,
07:10qu'il fait aussi...
07:11qu'il donne des outils de compréhension
07:13de qu'est-ce qui s'est passé,
07:14pourquoi ça s'est passé comme ça,
07:15où sont l'ensemble des défaillances,
07:17comment on aurait pu agir autrement
07:18et comment se fait-il que ça arrive
07:21et que ça soit réarrivé.
07:22Donc, j'espère que ce film,
07:24au-delà de la colère qui est légitime
07:26et qui m'habitait, moi, pendant ce tournage,
07:28qu'il soit aussi un moyen de communication
07:33et de dialogue et de l'après, quoi.
07:36Le titre de ce film, je rappelle, c'est l'abandon.
07:38Est-ce qu'en le tournant, est-ce qu'en préparant ce film,
07:40vous avez aussi pensé, au-delà de ce qui est arrivé à Samuel Paty,
07:43à tous ces professeurs qui racontent leur difficulté d'enseigner
07:47un certain nombre de sujets,
07:48parfois leur autocensure,
07:50parfois aussi la laïcité qui n'est pas respectée
07:53ou n'est plus respectée.
07:54Est-ce que vous pensiez aussi à ces professeurs-là
07:56qui, en voyant ce qui était arrivé à Samuel Paty,
07:59ça avait créé une émoi générale dans leur profession ?
08:02Est-ce que vous pensiez aussi à cette magnifique profession de l'enseignement ?
08:06Non, non, non.
08:07Après, moi, j'ai une fibre un peu éducation nationale,
08:09donc c'est quelque chose pour lequel j'ai beaucoup de sympathie et d'empathie.
08:12Je suis retourné voir des cours
08:13et je suis d'ailleurs bluffé par le niveau de ce qu'on demande aux élèves,
08:17du fait qu'aujourd'hui, en cours d'histoire géo,
08:19il y a déjà des cours sur la Syrie,
08:21parce que ça fait partie de l'histoire aujourd'hui,
08:22comment on l'enseigne, j'ai trouvé ça dingue.
08:25Et c'est vrai que j'ai rencontré des gens du ministère de l'Éducation nationale il y a peu.
08:30C'était quelque chose qui était impensable.
08:31Et c'est aussi pour ça que certaines choses n'ont pas été faites,
08:34parce que l'école, c'était encore quelque chose de sacré.
08:37Alors oui, il y avait parfois des incidents entre élèves et enseignants,
08:40mais jamais on n'aurait pu imaginer
08:42que quelqu'un de l'extérieur vienne tuer un enseignant parce qu'il enseignait.
08:45Et ça, c'est quelque chose qui a été franchi,
08:47qui a été forcément que je portais en moi.
08:49Un tout dernier mot, Antoine Reinhardt.
08:50Est-ce que vous pensez, je sais que vous êtes acteur comédien,
08:53mais est-ce qu'il faut panthéoniser Samuel Paty après avoir joué ce rôle ?
08:56Quel regard est-ce que vous portez sur cette question ?
08:58Ce que je trouve beau, c'est que ce n'est pas du tout une demande de la famille
09:00qui dit que c'est un héros ou quoi que ce soit.
09:02Non, c'est une demande vraiment des professeurs d'histoire-géographie
09:06qui veulent en faire un symbole de ce que c'est qu'aujourd'hui encore enseigner,
09:10de ce que c'est qu'aujourd'hui encore enseigner,
09:13et ne pas se censurer,
09:15et enseigner malgré ce contexte actuel.
09:18Et donc c'est une bonne idée ?
09:20Oui.
09:21Donc voilà, Antoine Reinhardt qui est favorable à la panthéonisation de Samuel Paty.
09:24Merci infiniment d'être venu,
09:26et je le redis vraiment à nos éditeurs,
09:27ce film est magnifique, essentiel.
09:29Il faut aller le voir,
09:30L'Abandon, c'est réalisé par Vincent Garanc,
09:32et ça sort le 13 mai dans toutes les salles de France.
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