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  • il y a 9 minutes
À l’affiche de "C’est quoi l’amour ?" de Fabien Gorgeart, en salles le 6 mai, Laure Calamy explore les liens amoureux en mouvement, entre fiction et résonances personnelles. L’occasion de revenir sur ce qui nourrit son jeu et son regard. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-lundi-27-avril-2026-5403628

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Transcription
00:00France Inter
00:03La grande matinale
00:07Mathilde Serrel
00:09Elle est d'abord ce grand rire, et vous l'avez entendu,
00:13celui qu'elle sait communiquer comme personne qui lui plisse joliment les yeux
00:17et qui remplit l'écran d'une joie enfantine trônant au-dessus des gouffres.
00:22Pour quelqu'un qui se définit comme une vieille première,
00:25on aura rarement vu pareille fraîcheur.
00:27Elle a la quarantaine solaire lorsqu'elle est révélée au grand public français et international dans la série 10%.
00:33Son personnage de Noémie revendique alors un animal totem, le castor,
00:39parce qu'il est de la famille des bâtisseurs.
00:41Son parcours, sa liberté de jeu, son audace, ses rôles sociaux, dramatiques ou comiques
00:46confirment ce talent pour construire une carrière impressionnante de panache.
00:51De la drôlissime maîtresse égarée, César de la meilleure actrice pour Antoinette dans les Cévennes,
00:57à la course effrénée d'une femme de chambre, prix Horizonti de la meilleure actrice à la Mostra de Venise.
01:02Pour à plein temps, la voici maintenant dans une irrésistible comédie de redivorce.
01:08C'est quoi l'amour de Fabien Gorgard ?
01:11Grand prix au dernier festival international de l'Alpe d'Huez,
01:13où elle a reçu le prix d'interprétation féminine, décidément.
01:18Dans une comédie, c'est le rythme qui compte, paraît-il.
01:21Et dans sa vie comme dans son art, voilà une femme qui a su inventer le sien.
01:24On a envie de savoir comment, Laure Calamy est notre grand portrait numéro 130.
01:31Bonjour Laure Calamy !
01:33Oh bonjour, quel plaisir, merci pour ce beau portrait !
01:37Et merci pour ce rire, on l'a entendu depuis le début, depuis que les micros sont ouverts.
01:43Vous êtes précédée par votre rire.
01:45Sur un de vos premiers tournages, je crois, Bruno Podalides, le réalisateur,
01:48a enregistré votre rire pour en faire une sonnerie de portable.
01:51Ah oui, c'est vrai !
01:54C'est vrai !
01:55Il n'est pas mal, moi je conseille à tout le monde, vous m'en faites un petit là,
01:58bien à blond, comme ça que les auditeurs puissent le garder de côté.
02:03Bon ben c'est parfait !
02:04D'ailleurs c'était drôle parce que c'est avec lui que j'ai eu le premier rire demandé,
02:10c'est-à-dire qu'il y avait une scène où mon partenaire devait mettre un robinet
02:15devant ses parties dans la caméra de surveillance et ça devait me faire rire,
02:18mais sauf que moi je n'avais rien en face, donc je devais rire toute seule, comme ça.
02:23En appuyant sur le bouton ?
02:24Je n'avais aucune image, donc voilà, c'était drôle.
02:27Et ça a été sonore.
02:29A la question que j'ai envie de vous poser évidemment, puisqu'on parle de ce film,
02:32c'est « C'est quoi l'amour ? » vous répondriez quoi, vous, comme définition ?
02:36Alors qu'est-ce qu'il y a la nuit ?
02:37Un trampoline ?
02:39Alors pourquoi un trampoline ?
02:41C'est-à-dire que quand même ça peut nous mener très haut,
02:45comme si on enlève ce trampoline, nous faire nous écraser très bas.
02:50Non mais c'est un peu là, quand même si on est sans amour, que devient-on ?
02:56Mais là ce qui est beau dans ce film, c'est que c'est l'amour...
03:03En fait, Fabien Gorgiard, je trouve, nous donne...
03:07C'est quelqu'un qui croit en l'amour et qui croit en un lien qui se transforme.
03:15Puisque moi, dans l'histoire, je suis Marguerite, qui a divorcé de Fred.
03:19Peut-être que je réponds trop en avant.
03:21Non mais vous pouvez raconter, oui.
03:23Peut-être Vincent Macken.
03:24Mais moi je peux même prendre le relais si vous voulez.
03:26On peut dire que dans « C'est quoi l'amour ? » déjà il y a plusieurs sortes d
03:29'amour.
03:29Alors ce sera au cinéma la semaine prochaine, le 6 mai.
03:32Quand je dis plusieurs sortes d'amour, on va y revenir.
03:34Mais il y a l'amour dans un couple, dans un ex-couple.
03:36Il y a l'amour pour les enfants.
03:37Il y a l'amour pour les enfants de l'autre, les beaux-enfants.
03:40Mais aussi les premiers amours de ces enfants devenus grands.
03:44Et posons les bases.
03:45En effet, vous vous êtes Marguerite, leur calamie.
03:48Frédéric, joué par Vincent Macken, c'est votre ex-mari.
03:50Et c'est aussi un de vos vieux compagnons à l'écran.
03:53Et ils se sont aimés au lycée, Fred et Marguerite.
03:56Ils se sont mariés assez vite.
03:58Ils ont eu une fille, ils ont divorcé deux ans plus tard.
04:00Et vingt ans après, personne n'est vraiment fâché.
04:03Et Marguerite, elle a fait sa vie, comme on dit, avec Sofiane Liassalem.
04:08Elle a eu une seconde fille, Raphaël, qui est incarnée par Saul Benchetrit.
04:11Et pour Vincent Macken, Fred, il va falloir qu'elle accepte,
04:16puisqu'il doit se marier avec Chloé Mélanie Thierry à l'église,
04:19d'annuler leur mariage.
04:21C'est-à-dire de prouver à l'église que ce mariage n'avait pas lieu d'être.
04:26Qu'il n'y avait pas d'amour entre eux à l'époque.
04:28C'est ça qu'ils doivent prouver.
04:30Et c'est une chose qui existe, que moi, je ne connaissais pas.
04:33Que je pense que la plupart des gens ne connaissent pas.
04:35Et donc, évidemment, c'est le prétexte à des tas d'aventures.
04:41Ça ressemble à une pièce de théâtre un petit peu, ça a dû vous rappeler
04:45votre conservatoire, d'ailleurs, avec Vincent Macken, qui n'était pas loin.
04:48Oui !
04:50Alors, on vous écoute justement avec lui, lorsqu'il vient voir Marguerite
04:54dans le centre commercial où elle travaille, pour lui parler de ses démarches.
04:58Alors, vas-y, explique, parce que je n'ai rien compris à ton histoire, là.
05:01Ben, non, c'est très simple.
05:03Le truc, c'est que toi et moi, on s'est mariés à l'église,
05:06et que je ne peux pas m'y remarier, tout simplement parce qu'on ne peut pas
05:09se marier deux fois à l'église.
05:11Non, mais attends, tu vas te marier ?
05:13Ben oui.
05:15Ben, il fallait commencer par me dire ça.
05:18Non ?
05:19Oui, pardon.
05:19Oui, ben oui.
05:20En fait, avec mon amoureuse, Chloé, on va se marier.
05:25Mais c'est génial !
05:27Ah non, mais c'est incroyable, je suis trop contente pour toi.
05:30C'est vrai ?
05:30Ben oui.
05:31J'ai carrément envie de faire une annonce, là.
05:34Le petit Frédéric Rimbaud a enfin trouvé une femme qui faut bien de lui !
05:39Merci beaucoup !
05:42On vous voit, il y a la touche calamesque, je dirais presque.
05:46Encore beaucoup de tendresse entre les deux personnages, une tendresse pour ce qu'ils ont été.
05:51Vous dites que vous aviez en tête une phrase de Miu Miu, leur calamie, sur Patrick Devers.
05:55Elle dit « j'ai jamais retrouvé ça » à propos de cette première histoire d'amour avec Patrick Devers.
06:01Qu'est-ce qui vous a bouleversé dans ces mollets ?
06:03Comment ils vous ont guidé ?
06:05J'ai jamais retrouvé ça.
06:07Non, parce qu'elle parle aussi du fait qu'ils étaient très jeunes quand ils se sont rencontrés
06:11et qu'elle n'avait pas conscience.
06:14Elle parle d'une complicité extraordinaire qu'ils avaient eue comme ça d'emblée
06:17et qu'elle ne se rendait pas compte à quel point c'était précieux.
06:22Et elle dit « effectivement, j'ai jamais retrouvé ça ».
06:24Et c'est vrai que ça m'avait beaucoup bouleversée à l'époque,
06:28parce que c'est un documentaire que j'ai beaucoup regardé sur Patrick Devers.
06:31De Marc Esposito.
06:32Mais voilà, du coup, c'est comme ça, quelque chose qui m'a traversée
06:38sur cette histoire entre Fred et Marguerite.
06:42Vous n'avez pas, vous, la nostalgie des premiers amours ?
06:49C'est partagé.
06:51C'est-à-dire à la fois...
06:54Parce que là, ce qui est beau dans le film, c'est que d'un coup,
06:59elle va se retrouver, par exemple, à un moment donné,
07:01Fred va donner à son avocate ecclésiastique, puisqu'il y a des avocats...
07:06Ah oui !
07:07Voilà.
07:09Il va lui donner un film de leur mariage que moi, je n'ai jamais vu, par exemple.
07:13Et donc, je vais regarder ce film de nous deux à l'époque.
07:17Et je suis, voilà, de ce côté de l'écran, la femme que je suis aujourd'hui,
07:20qu'est-ce que je suis devenue ?
07:21En plus, il y a ma fille qui, d'un coup, débarque et va me voir, va voir d'un
07:26coup.
07:26En plus, ce que fait le personnage de Vincent dedans n'est pas rien.
07:30Oui, voilà.
07:31Vous verrez, il est une histoire de mariage.
07:33Bref, on ne va pas...
07:33Voilà.
07:36Et puis, c'est d'un coup aussi un espèce de voyage dans le temps,
07:39de retour, d'un coup, vers leur jeunesse.
07:44Et quand vous dites, est-ce qu'on a la nostalgie ?
07:46On l'a, évidemment, parce que d'un coup, on est du haut de l'âge qu'on a aujourd
07:50'hui.
07:50Donc, on oublie, évidemment, enfin, on ne voit que ce vertige de jeunesse, quoi.
07:56Et qu'on a envie de retrouver cette espèce d'allant qu'on avait.
07:59Et qu'elle voit chez sa fille, votre personnage de Marguerite, qu'elle voit chez sa fille, Raphaël ?
08:03Mais complètement.
08:04C'est un miroir.
08:05Elle voit sa fille qui est prise comme ça, qui est dans les marasmes du premier amour.
08:10Et en même temps, c'est attendrissant.
08:13Et voilà, ce qui est beau, c'est comment tout ça circule.
08:16Et comment, en fait, ce fait de devoir prouver qu'il n'y avait pas d'amour entre eux,
08:21évidemment, va les perturber, eux, va venir troubler.
08:25Ils vont être troublés par ça.
08:28Et puis, par onde de choc, en fait, tous ceux qui les entourent aussi.
08:34Donc, voilà, il y a quelque chose.
08:36Et puis, ça va être un périple extraordinaire.
08:38Puisqu'on part de ce supermarché, voilà, à Rouen.
08:41Et puis, on va se retrouver à Rome, au Vatican.
08:43Pour faire valider l'annulation par le pape himself.
08:46Enfin, vous verrez, le pape, il est génial.
08:48Dans ce film, il est extrêmement précis.
08:50Car chacun des détails, que ce soit des détails sonores ou des détails silencieux à l'image,
08:55tout est pensé.
08:57Chaque geste des personnages, chaque réplique.
08:59Il y a vraiment une grande précision.
09:02Et une comédie extrêmement joyeuse qui renouvelle le genre.
09:06Je parlais de comédie redivorce.
09:07On a aussi beaucoup, on va dire, le classique de la comédie de remariage.
09:12La comédie de redivorce, ici, elle se travaille avec des thématiques nouvelles,
09:15comme la belle parentalité.
09:17On peut l'appeler comme ça.
09:19Exactement.
09:19C'était important pour vous, cette place des beaux-parents.
09:21Ceux qui élèvent les enfants des autres aussi, quand ils rejoignent quelqu'un dans une histoire.
09:25Moi, c'est d'autant plus important que, par exemple, je suis belle-mère.
09:30Et d'ailleurs, c'est assez drôle parce que récemment, on a été amené à se dire des choses avec
09:37mon beau-fils,
09:40qui m'ont fait prendre conscience de, tiens, je représente quelque chose pour lui.
09:45Enfin, la place qu'on a l'un pour l'autre.
09:47Et moi, il a une place primordiale et j'en ai une aussi.
09:49Et ça, c'est très beau.
09:51Et ce que je trouve beau dans le film de Fabien, c'est que, finalement, les familles recomposées,
09:57ce n'est pas tant abordé que ça dans les fictions.
09:59Et surtout de cette manière-là.
10:01D'une manière, en fait, qui est où ça se passe plutôt bien.
10:05C'est-à-dire, on voit une famille avec ses engueulades, sa vitalité, son truc quotidien, tout ça.
10:12Mais ce n'est pas comme si c'était un modèle...
10:16Enfin, je veux dire, ce n'est pas montré comme quelque chose de qui...
10:20Ah ben, ça ne va pas bien pour, finalement, encourager le modèle dit traditionnel.
10:24Alors que cette vie-là, ça représente tout autant le modèle dit traditionnel.
10:30Et là, on voit, justement, mes deux filles, elles s'entendent super bien.
10:34Au point que, d'ailleurs, ma fille est au courant de bien plus de choses que moi
10:38sur mon autre fille que j'ai eue avec Vincent.
10:41Voilà, moi, je vais être troublée.
10:43Mais c'est aussi, ce que je trouve très intelligent,
10:46c'est que le couple que je forme aujourd'hui avec Sofiane et Yassalem,
10:50c'est un couple heureux qui a quand même une complicité.
10:53Franchement, on a envie d'être ce couple.
10:55Ils sont assez merveilleux.
10:57Et il y a comme ça une circulation d'amour, de ce lien qui est assez belle.
11:04Et une représentation qui est nouvelle, en fait, de ces nouvelles dynamiques,
11:08de ces nouvelles façons de faire famille.
11:09Comme vous dites, vous êtes encore pleinement Marguerite.
11:11Quand vous dites Joey, il faut le savoir.
11:13Lorsqu'elle a dit, elle parle toujours au nom de Marguerite.
11:16Ça a été un film de troupe, une bulle, comme vous les aimez.
11:20Il y a aussi une atmosphère de bande.
11:21Je parlais de Vincent Macken qui vous accompagne depuis longtemps.
11:24Vous avez fait un moyen métrage avec Guillaume Braque.
11:26Il y a Céleste Brinquel avec qui vous aviez déjà joué.
11:29Sol Penchetrit qui est la fille d'Anna Moulalis avec qui vous avez fait le conservatoire.
11:33On se moque souvent de cette formule.
11:35La grande famille du cinéma, pour vous, c'est une comparaison qui reste pertinente.
11:40C'est un truc que vous cherchez.
11:43Oui, en tout cas, là, c'était un shoot de vie entre nous et puis de plaisir de jeu.
11:50Parce que franchement, je trouve que c'est ça qui est beau aussi dans le cinéma de Fabien.
11:54C'est que je trouve que tous les acteurs et actrices sont extraordinaires franchement dans le film.
11:58Et chaque personnage, même s'il n'a qu'une scène, une vraie chose à défendre existe pleinement.
12:05Avec une complexité, une drôlerie.
12:08Et voilà, c'est ça que j'adore.
12:10Et notamment, vous en parliez dans le lien entre Raphaël, votre fille incarnée par Sol Penchetrit,
12:15et vous, la mère Marguerite, ce lien complexe parce qu'elle voit naître cette liberté des premiers amours.
12:23Elle lui a transmis elle-même une forme de liberté.
12:25Mais c'est un petit peu étrange et difficile parfois de voir ça naître chez son enfant.
12:32Est-ce que vous, vous avez construit vos désirs un peu à rebours, comme ça, de vos parents ?
12:38Est-ce que vous étiez libre dans vos désirs ?
12:41Ou est-ce que vous avez senti qu'on essayait de vous retenir un petit peu, leur cas d'amis
12:44?
12:45Parce qu'on parle de vous, c'est un portrait aussi.
12:49Écoutez, ça dépend.
12:52En tout cas, pour ce qui est de, par exemple, devenir actrice,
12:57autant ça pouvait faire peur à mon père,
13:00autant ma mère a été plutôt encourageante.
13:05Parfois à distance, mais en tout cas,
13:07non, elle était plutôt dans quelque chose où, allez, il faut essayer.
13:12Et même, c'est elle qui m'a emmenée au Festival d'Avignon,
13:16à une époque où Pina Boche reprenait le Sacre du Printemps dans la Cour d'honneur.
13:22Et je dois vous dire que ça, c'est un souvenir.
13:24À chaque fois, ça me prend à la gorge quand j'en parle,
13:25parce qu'avec cette musique extraordinaire...
13:28Ça tombe bien, écoutez.
13:29Vous l'avez ?
13:29Je vais pleurer, là.
13:31Oh non !
13:49Vous aviez 20 ans lors qu'elle a mis,
13:51c'était dans la Cour du Palais des Papes,
13:53votre premier Festival d'Avignon.
13:54Votre mère, elle a obtenu des places pas chères,
13:56tout en haut.
13:58Vous pleurez.
13:59Ah bah ouais !
14:01Qu'est-ce que ça a provoqué chez vous
14:03et que ça provoque encore ?
14:04C'est des larmes de joie, parce que, vraiment,
14:06enfin, oh là là !
14:08Vous attendiez pas à telle...
14:09Que je vous chiale à la gueule, alors !
14:13Vous riez sur comment,
14:15mais vous vous chialez sans prévenir.
14:17Ah ouais, non, là, écoutez, ça sert à rien de lutter.
14:20Mais, je veux dire, non, non, c'est des larmes de joie,
14:22parce que, pour moi, c'est un souvenir, vraiment...
14:25C'est...
14:26Oh, c'était extraordinaire !
14:27En plus, il y avait le vent qui s'engouffrait comme ça
14:30dans les robes des danseuses, avec leurs cheveux.
14:32Enfin, il y avait un truc, elles étaient dans le sable.
14:35Il y avait une lutte comme ça,
14:36puisque c'est quand même le sacrifice d'une jeune fille.
14:39Donc, c'est, en plus, symboliquement,
14:41c'est des tas de choses.
14:42C'est pour la jeune femme que j'étais, enfin...
14:45Et puis, c'est un choc artistique incroyable, quoi.
14:49J'ai vraiment...
14:51C'est...
14:52C'est traumatique, au bon sens du terme.
14:55Et c'est encore là.
14:55Ça me porte.
14:57Ça vous a ouvert, en tout cas, aussi,
14:59à ce que vous aviez envie d'être ?
15:00Ah, complètement !
15:01Ah oui, oui, là, il y a quelque chose,
15:03aussi dans le...
15:05aussi dans l'ultime présence.
15:07Enfin, c'est ça qu'on partage.
15:09C'est pour ça que le théâtre, la danse,
15:11ne mourront jamais, ne mourront jamais,
15:12parce qu'on ne peut pas remplacer cette chose-là
15:15que des gens qui sont là, en vrai, devant vous,
15:18ou même d'être ensemble dans une salle de cinéma.
15:20En fait, qu'est-ce qui se passe quand on est là ensemble ?
15:23Il y a une espèce de choses invisibles
15:25qu'on partage comme ça, qui se construit.
15:28Voilà, on est là, prêt à accueillir quelque chose.
15:31C'est extraordinaire.
15:32Et vous aussi, vous avez accueilli cette chose extraordinaire
15:36et vous l'avez redit en 2021 quand vous avez reçu votre César,
15:39parce que vous êtes une enfant du service public culturel,
15:44parce que votre mère transfuge de classe,
15:46elle a réussi à se faire son chemin là-dedans,
15:48parce que vous, vous êtes allée dans le cinéma de quartier
15:50qui projette du Franck Capra.
15:52Et pour vous, il y a...
15:54Si ça, ça continue pas, il y a des lorcalamis qui se perdent.
15:57Bien sûr.
15:58Enfin, je veux dire, il y a des tas de choses qui se perdent.
16:01C'est-à-dire, c'est marrant, parce que j'avais effectivement parlé
16:04de ce mot, alors qu'il est un peu chiant,
16:07la décentralisation.
16:08Mais je veux dire, c'est quelque chose...
16:09En fait, c'était Jeanne Lorange.
16:11Ça me fait plaisir de la citer, parce qu'on n'en parle pas.
16:13Mais c'est elle qui, au sortir de la guerre,
16:16s'est battue en disant
16:18« On reconstruit, la France est en ruine ».
16:20Je peux vous dire que les priorités, c'était pas du tout ça.
16:22C'était construire, évidemment, reconstruire le pays,
16:25les chemins de fer, etc.
16:27Et pour défendre une place,
16:30que le théâtre aille en province et hors Paris,
16:33c'était ça qu'elle essayait de défendre.
16:35Et elle a réussi à convaincre les gens.
16:37Et moi, je suis une enfant de ça, puisque j'ai...
16:39Vous êtes à Orléans ?
16:40J'étais à côté d'Orléans.
16:42Et au collège, par exemple, j'ai vu le baladin du monde occidental,
16:45qui, pareil, est une pièce qui m'a marquée.
16:48Et vraiment, c'est une pièce extraordinaire.
16:51Ça m'a ouvert, moi aussi, à ça.
16:53Et j'étais pas la seule.
16:54Enfin, vous voyez, c'est très important.
16:56Il y a quelqu'un qui était à vos côtés aussi,
16:57qui vous a ouvert la voie.
16:59C'était un ami de votre père, Jean-Paul Dubois.
17:01On va l'écouter.
17:02Ce que je reproche, finalement, à Jésus et à toute cette histoire,
17:06bon, à l'Église, on n'en parle pas,
17:08aimez-vous les uns les autres ?
17:09J'y crois plus une seconde, je veux dire.
17:11On ne peut pas s'aimer les uns les autres.
17:13On peut aimer des gens
17:15et puis ne pas en aimer d'autres.
17:17Mais aimez-vous les uns les autres,
17:18et c'est ça qui fait ce personnage,
17:20là où j'ai, avec le recul,
17:22c'est qu'il se force à aimer.
17:25Mais est-ce qu'il aime ?
17:26Est-ce qu'il s'aime d'abord ?
17:27Est-ce qu'il s'aime ?
17:29Moi, je m'aime bien, moi, maintenant, avec le temps.
17:31Avec le temps.
17:33Mais si tu t'aimes pas, t'es foutu.
17:36Puisqu'on parle d'annulation de mariage religieuse,
17:37lui, il réagit, en fait, à cette formule
17:39aimez-vous les uns les autres.
17:40Si tu t'aimes pas, t'es foutu, dit Jean-Paul Dubois.
17:43C'est pas juste.
17:44Et vous, est-ce qu'avec le temps, vous êtes mis à vous aimer,
17:46Laure Calamie ?
17:47Non, mais parce que vous parlez parfois de votre assassin intérieur,
17:51de vos petits dictateurs,
17:53de ces voix qui vous empêchent,
17:54qui vous ont peut-être empêchées aussi,
17:56avant la quarantaine, de triompher,
17:58c'est vraiment en prouvant aujourd'hui ?
17:59Ah non, pas avant la quarantaine.
18:02Non, non, non, non, non.
18:03Non, justement, c'est dans le jeu que je peux,
18:05à mon tour, les assassiner.
18:06Ces assassins, c'est quoi ces voix ?
18:08Non, c'est...
18:10On a tous plus ou moins ça.
18:12Mais alors, chez moi, c'est très, très puissant.
18:13C'est ce qu'on appelle en psychanalyse le surmoi.
18:17Un truc qui vous écrase bien la gueule en permanence
18:19sur toutes les idées que vous pouvez avoir.
18:21Bon, dans l'éducation, peut-être que
18:22quand on est une fille, encore plus.
18:24Enfin, vous voyez, il y a un truc comme ça.
18:26Donc, voilà, et après, moi, justement,
18:28le jeu, ça a fait tomber les remparts,
18:31enfin, les dictateurs.
18:32Et donc, je n'ai pas du tout 40 ans.
18:34C'est à partir du moment où j'étais actrice.
18:36Et j'étais...
18:36J'avais ma vie d'actrice, avant de faire de l'image,
18:40entre guillemets.
18:41Je travaillais beaucoup au théâtre
18:42et j'étais d'ailleurs très heureuse de ça.
18:45Enfin, je n'avais pas à me plaindre.
18:47C'était le cinéma qui ne vous acceptait pas
18:49beaucoup à ce moment-là.
18:51Oui, enfin, je ne sais pas.
18:51En tout cas, je passais un casting par an.
18:54Grâce à Stéphane Battu,
18:55je le remercie encore.
18:57Qui croyait en moi.
18:58Mais voilà, c'est tout.
19:00Mais parce que, voilà, après, c'est d'autres choses.
19:04Mais c'est comme ça.
19:05Mais moi, enfin bon,
19:0610% c'est arrivé avant 40 ans d'ailleurs.
19:08Mais c'était, en tout cas,
19:11c'était assez...
19:13Attends, c'était quoi la question ?
19:14Merde.
19:15Pardon.
19:16Non, la question...
19:18Mais enfin, ce n'est pas grave.
19:19La question, c'était si ces petits démons intérieurs,
19:21en fait, ils avaient été un peu accentués par cette période
19:23où, au fond, en fait, le cinéma,
19:25vous ne vous recevez pas tel qu'on aurait pu vous recevoir.
19:28Vous avez continué à jouer
19:30et à chaque fois que vous jouez,
19:31vous les faites taire.
19:32Bah, j'essaie.
19:33Ouais, quand même, j'y arrive en juin.
19:34Ouais, ouais, ouais.
19:35Bah, je peux vous dire que ça se voit.
19:37C'est quoi l'amour de Fabien Gorgard ?
19:39Avec vous, Laure Calamie.
19:41Avec Vincent Macaigne.
19:42Avec Lies Salème.
19:43Avec Mélanie Thierry.
19:44Avec Solben-Chitrit.
19:45Avec Céleste Brancel.
19:45C'est le 6 mai au cinéma.
19:47Mélanie Thierry dans un rôle comique.
19:49Elle est géniale.
19:49Et ce que je veux dire, c'est que voilà,
19:51ce film, franchement, on en sort.
19:53Il fait circuler toutes les possibilités d'amour.
19:56Non, mais vraiment, il n'y en a pas souvent.
19:58Et allez-y, ça fait du bien en ce moment.
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