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Georges Pompidou, François Mitterrand... Des Présidents qui nous ont dirigés en étant gravement malades. Entre le droit au secret médical et la transparence, qu'est-ce qui doit l'emporter ? À l'approche de l'élection Présidentielle de 2027, le journaliste Patrice Duhamel rouvre le débat dans un livre. Il est l'invité de Marc-Olivier Fogiel ce lundi à 8h15 sur RTL.
Regardez Face à Fogiel du 04 mai 2026.
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00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h18 face à Fogiel, l'interview de Marc-Olivier Fogiel.
00:08Le crépuscule des dieux, les maladies des présidents, dernier mystère.
00:12C'est le tout nouveau livre que publie Patrice Duhamel sur le dernier sujet tabou autour de nos chefs d
00:16'Etat.
00:17Patrice Duhamel qui est donc votre invité ce matin, Marc-Olivier.
00:19Bonjour Patrice Duhamel.
00:20Bonjour.
00:20Vous nous plongez donc dans les secrets des maladies qui ont touché les présidents français.
00:24Dans ce livre, vous montrez que pendant des décennies, familles, médecins et pouvoirs politiques ont organisé une forme d'omerta
00:30autour de la santé de nos chefs d'Etat.
00:32On va y venir, c'est très documenté, passionnant.
00:35Est-ce que ce qui était possible hier, notamment avec De Gaulle et Pompidou, l'est encore aujourd'hui ?
00:41Non, lorsqu'il y a une manifestation physique de la maladie.
00:44Quand on voit Georges Pompidou, quand il descend de l'avion présidentiel pour aller voir Nixon en pleine crise monétaire
00:52à Reykjavik
00:53et qu'il est complètement défiguré, j'y étais.
00:56Et où vous êtes, là, en 1973 à Reykjavik ?
00:57En 1973, quand on voit François Mitterrand dans les deux, trois dernières années,
01:03aujourd'hui c'est impossible de ne pas se poser de questions.
01:05Vous auriez autant de médecins sur les plateaux des chaînes d'information et peut-être ici qu'il y a
01:09de militaires aujourd'hui pour parler de la guerre.
01:11Sauf que vous, à Reykjavik, pour Georges Pompidou en 1973, on vous rapatrie d'urgence à l'ORTF
01:17et on vous demande de monter votre reportage dans une salle de montage ici à Paris, sans faire de gros
01:24plan,
01:24pour ne pas montrer le président tel qu'il était, c'est-à-dire selon vos confrères américains, mourant.
01:30Exactement.
01:30Et vous, vous êtes obligé de vous y prêter ?
01:33Oui, c'est vrai.
01:33Parce que les médias, cette omerta, elle était évidemment organisée également avec les médias.
01:39On me demande si je sais garder un secret d'état, c'est la première fois qu'on me posait
01:43cette question,
01:44je dois dire, j'étais un junior, et bon, voilà, je l'ai fait, mais j'ai su quand même,
01:51à ce moment-là,
01:51que c'était très grave, alors que la communication de l'Elysée, c'était des grippes, des héboroïdes, etc.
01:57Vous le saviez, mais pas le téléspectateur.
02:00C'est vrai, absolument, mais c'est une omerta qui a été respectée à peu près par tout le monde.
02:07Et pour ce livre, j'ai eu la chance d'avoir un document exceptionnel à propos de Georges Pompidou,
02:13qui est le journal personnel de l'immense médecin qui le soignait, à distance,
02:18parce que ce médecin qui s'appelait Jean-Bernard n'avait pas le droit de voir le président.
02:22Ce qui est assez dingue, c'est que ce président, et ça pose des questions qu'on va poser pour
02:27aujourd'hui,
02:27ce président Georges Pompidou, avant même de se présenter, il sait qu'il est malade,
02:33mais on ne lui dit pas quelle maladie il a, on ne lui dit pas qu'elle est incurable,
02:36de façon à ce qu'il ne se présente pas en connaissance de cause.
02:40Il va au suffrage universel sans savoir qu'il va à la mort, en fait.
02:45Alors, il sait que c'est une maladie du sang, il ne sait pas que ça s'appelle une leucémie,
02:52il sait qu'il a des troubles très fréquents, il sait qu'il a des hémorragies,
02:57il sait qu'il est soigné à haute dose de cortisone, avec les conséquences physiques qu'on verra progressivement,
03:03il sait beaucoup de choses, il sait forcément que c'est grave,
03:06il ne sait pas que c'est létal, comme on dit, c'est-à-dire qu'il peut en mourir.
03:09Or, ce grand médecin, Jean Bernard, j'ai en ma possession le journal qui tenait quasiment deux fois par semaine,
03:17c'est ça qui est...
03:17Quand j'ai vu ce document exceptionnel, dont je parle beaucoup dans le chapitre sur Georges Pompidou,
03:24j'étais à la fois glacé et absolument sidéré,
03:26parce que ça a été une descente aux enfers permanente pendant cinq ans.
03:30Georges Pompidou a souffert le martyr comme on ne peut pas l'imaginer.
03:34Incroyable, mais pour préserver l'État, d'une certaine manière,
03:38et pour ne pas le perturber lui-même, qui dirige l'État davantage,
03:42ce médecin, qui est mondialement connu pour cette maladie-là,
03:45il n'a pas accès aux patients.
03:47Il ne le verra qu'à la veille de sa mort, cinq ans plus tard.
03:50Il passe par le fils de Georges Pompidou, qui est lui-même médecin,
03:53et par le médecin traitant, mais pour soigner le président malade,
03:56de façon, finalement, à ne pas trop l'inquiéter,
03:59de façon à ce que l'État soit géré,
04:01et bien, il n'a pas accès aux patients.
04:02Absolument, et il faut préciser que, dans ce document, apporte la preuve formelle
04:07que la leucémie gravissime dont Georges Pompidou était la victime
04:12a été diagnostiquée en octobre 68,
04:15c'est-à-dire plus de six mois avant sa candidature.
04:18C'est ça qui est absolument incroyable.
04:19Et on voit bien, quand je lis ce livre, ce journal,
04:23que Jean-Bernard considérait que Georges Pompidou n'aurait pas dû se présenter,
04:26et qu'il devrait démissionner assez vite.
04:29Mais si on monte au président précédent, le président de Gaulle,
04:33Lui, il ne l'a jamais su.
04:34Il ne l'a jamais su, il a un anévrisme de la horte,
04:36on ne le lui dit pas, parce qu'il avait tellement le sens de l'État
04:40que ses médecins, pour le préserver de lui-même,
04:43et pour qu'il puisse diriger l'État,
04:45préfèrent ne pas lui dire sa maladie,
04:47il le découvrira, finalement, qu'après coup...
04:51Maladie dont son père est mort,
04:52et dont l'un de ses frères est également mort.
04:55Alors, si on avance, il y a le président Mitterrand,
04:57lui, c'est encore autre chose,
04:59c'est un mensonge d'État qui est organisé.
05:01Oui, mais Georges Pompidou, les bulletins de santé,
05:03enfin, les informations données sur la santé sont totalement inexactes.
05:06Si on ajoute les 5 ans de Pompidou,
05:08et les 13 ans de Mitterrand jusqu'à sa seconde opération,
05:12ça fait 18 ans de mensonge d'État.
05:14Parce que Mitterrand, il faut le rappeler,
05:16en fait, ce qu'on ne sait pas,
05:17c'est que très vite, on lui découvre un cancer métastasé.
05:20Il en a pour quelques mois,
05:22ou quelques courtes années, finalement...
05:24Le grand cancérologue, qui va d'ailleurs l'opérer deux fois,
05:26qui s'appelle la distegue,
05:28il en dit entre 3 mois et 2 ans,
05:30et il tient 15 ans.
05:32Sauf qu'il tient 15 ans, avec les dernières années,
05:35très très diminuées,
05:37très affaiblies,
05:38et à la limite, capables de diriger l'État.
05:41Clairement, moi, je termine le livre en disant ça,
05:43et Georges Pompidou et François Mitterrand
05:46n'avaient, dans les deux dernières années,
05:49ni la force de présider la République française,
05:52ni le courage de démissionner.
05:54Je suis désolé, c'est peut-être un petit peu violent,
05:56je vais peut-être choquer des auditrices et des auditeurs,
05:59mais c'est la réalité.
06:00Et Chirac, avec son AVC,
06:02on sent un Chirac quand même très affaibli.
06:05Oui, très affaibli,
06:06de temps en temps, il regarde un peu en l'air,
06:08oui, c'est plus le Chirac d'avant,
06:10il y a avant AVC, après l'AVC, voilà.
06:14L'AVC, c'est quoi ?
06:14Deux ans avant la fin du mandat ?
06:16Oui, il reste encore deux ans,
06:18mais c'est plus en pente douce,
06:20il y a une période où il ne peut pas prendre l'avion,
06:22par exemple, c'est quand même,
06:23pour un président de la République, un problème.
06:24Aujourd'hui, ça sera impossible.
06:25On voit aujourd'hui,
06:26donc le président Macron est à Erevan,
06:28on l'entendait avec Bénédicte Tassar,
06:29il est branché 24h sur 24,
06:32comme les autres présidents,
06:34cette énergie qu'il faut aujourd'hui pour être président,
06:37c'est plus possible,
06:38ces états de santé finalement défaillants,
06:40qu'on nous cache.
06:42Moi, ce qui m'a choqué,
06:43c'est pour ça que j'avais envie de faire ce livre,
06:45c'est l'ampleur,
06:47la dimension et la gravité des mensonges d'État.
06:50On est quand même une société adulte,
06:52surinformée,
06:53et on a deux grands présidents,
06:55vous imaginez que De Gaulle,
06:57Pompidou, Mitterrand, Chirac,
06:59ça fait quatre présidents,
06:59on en est huitièmes.
07:01Quatre présidents sur huit,
07:02qui ont été malades dans l'exercice de leur fonction.
07:04Aujourd'hui,
07:05il n'y a pas d'obligation de connaître la santé.
07:07Aujourd'hui,
07:08il n'y a quasiment rien dans la Constitution,
07:11pour que le Président soit poussé,
07:14forcé à la démission,
07:15il faudrait que le gouvernement saisisse le Conseil constitutionnel.
07:18Prenez Mitterrand,
07:19vous n'imaginez pas qu'en cohabitation,
07:21Baladur va aller voir le Conseil constitutionnel,
07:23en disant,
07:24François Mitterrand n'est plus en état de président,
07:26Aujourd'hui,
07:27il n'y a pas de garde-fou,
07:28il y a des communiqués qui sont supposés être publiés,
07:32en fait,
07:32ils n'ont jamais été vraiment.
07:33Non,
07:33ou ceux qui ont été publiés étaient faux.
07:35Mais sur Emmanuel Macron,
07:37on a connu son problème à l'œil,
07:39mais pour le reste,
07:40on serait...
07:40Oui,
07:40et puis le Covid,
07:41c'est totalement mineur,
07:43pareil pour Sarkozy,
07:44et pareil pour Hollande,
07:45ces trois présidents-là.
07:45Qu'est-ce que vous préconisez ?
07:46Par exemple,
07:47une limite d'âge,
07:47quand on voit que les candidats à la présidentielle,
07:50à peu près déclarés,
07:51Zemmour,
07:5167 ans,
07:52François Hollande,
07:5271,
07:53Zodé Villepin,
07:5372,
07:54Mélenchon,
07:5474,
07:56Michel Barnier,
07:57pas encore vraiment déclaré,
07:5875,
07:58il faudrait déjà une limite d'âge,
08:00même si ça ne prémunit pas.
08:02J'en ai parlé à beaucoup de grands médecins
08:04que j'ai consultés pour ce livre.
08:06Il y a une idée qui sort.
08:08Pendant un moment,
08:08on a pensé à un comité de médecins.
08:10Jean Bernard avait évoqué ça,
08:12mais bon,
08:12aujourd'hui,
08:13la science est contestée,
08:14le Conseil constitutionnel est contesté,
08:16donc ça serait très difficile
08:17de mettre le sort d'un président
08:19dans les mains d'un collège de médecins.
08:21En revanche,
08:21je pense qu'il serait quand même possible,
08:23on ne peut pas l'imposer
08:24parce qu'il faudrait changer la constitution,
08:25mais qu'il y ait une espèce de quasi-obligation
08:29de check-up pour les candidats
08:30qui ont leurs 500 signatures,
08:32qui vont se présenter
08:33et avec des rendez-vous médicaux réguliers
08:37une fois ou deux fois par an.
08:39Ça, vous préconisez ça, vous ?
08:40Après ce travail d'enquête,
08:42c'est ce que vous préconisez.
08:42Je pense qu'on ne peut pas continuer
08:44à cacher aux Français
08:46lorsque le problème de santé
08:47à ce niveau-là de gravité se pose.
08:50Ce n'est pas possible.
08:51Ils n'ont pas la capacité
08:52de prendre des décisions.
08:53À un moment,
08:54à la fin de sa vie,
08:57quelques mois avant de mourir,
09:00Pompidou disait à Édouard Balladur,
09:02secrétaire général de l'Elysée,
09:03il disait,
09:03écoutez là,
09:04je ne peux pas prendre cette décision,
09:06je souffre trop,
09:07je vous fais confiance.
09:09Vous parlez des Français,
09:11mais quand on a vu Joe Biden
09:13s'y diminuer,
09:14quand on voit aujourd'hui Trump
09:15s'endormant,
09:16quand on voit Poutine
09:17qu'on nous dit malade
09:18depuis tant de temps,
09:19finalement,
09:20ce problème que vous enquêtez
09:22dans ce livre,
09:23il est mondial finalement.
09:25Oui,
09:25mais je pense que maintenant,
09:26il y a parfois des excès
09:27de transparence,
09:28on le sait tous,
09:30et notamment dans le milieu politique,
09:32mais là,
09:33on est quand même
09:33dans un déficit de transparence
09:35absolument hallucinant.
09:36Moi,
09:37je pense qu'il y a
09:38une forme d'anomalie démocratique.
09:40Voilà,
09:40ce n'est pas normal
09:41qu'on n'ait pas un instrument
09:43dans la République française,
09:45compte tenu de la maturité
09:46de la société française
09:47pour pouvoir alerter
09:49et informer les Français.
09:50Donc,
09:50quand on se présente
09:51à l'élection présidentielle,
09:52on doit renoncer en partie
09:53au secret médical,
09:55puisque c'est ça le sujet,
09:56le secret médical,
09:57à un moment donné,
09:57à condition exceptionnelle,
09:59réflexion exceptionnelle.
10:00Est-ce qu'il y a un secret médical
10:01pour le chef des armées
10:02qui est le seul
10:03à pouvoir déclencher
10:04la force de l'issuasion ?
10:05Est-ce qu'on peut dire
10:06non,
10:08il y a un secret médical,
10:09c'est la vie intime,
10:10on n'a pas le droit
10:10de le savoir ?
10:11Non,
10:11ce n'est pas possible.
10:12Le sujet est lancé
10:13pour l'élection présidentielle
10:14dans un an 2027.
10:15Patrice Duhamel,
10:16le crépuscule des dieux,
10:18les maladies des présidents,
10:19dernier mystère
10:20aux éditions de l'Observatoire.
10:21Merci Patrice Duhamel.
10:22Merci,
10:22bonne journée.
10:23Ce n'était pas du Wagner,
10:24c'était du Patrice Duhamel,
10:25ce matin,
10:26le crépuscule des dieux.
10:27Merci.
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