00:00...qui ce matin, elle est flâneuse cette archive à l'heure de ce premier mai disruptif en France, disons-le
00:05ainsi pour rester poli,
00:06à l'heure où certains s'amusent à sanctionner les boulangers et à faire à nouveau une différence entre des
00:11commerces qui seraient essentiels et d'autres non,
00:13à l'heure aussi où certains semblent avoir des slogans comme l'éloge de la paresse ou la société de
00:17la flemme,
00:18prenant un peu de distance en allant chercher des inspirations dans le monde du cinéma.
00:22Parce qu'on le sait, il y a des acteurs qui jouent et puis il y a ceux qui semblent
00:24avoir traversé la vie,
00:25comme on traverse un boulevard un peu vide, vous savez, avec cette attitude nonchalante, les mains dans les poches,
00:30le regard un peu ailleurs, en prenant le temps de voir ce que les autres ne regardent même plus.
00:34Eh bien, il y a un acteur français qui était de cela, Jean-Pierre Mariel, avec une voix d'abord,
00:39une voix qu'on reconnaissait avant même d'en distinguer le visage.
00:41Et d'ailleurs, à propos de son visage, il aimait dire, quand au début de sa carrière, il était interrogé,
00:46qu'il avait une tête de rien.
00:47Alors, qu'est-ce que ça veut dire, une tête de rien ? Allez savoir.
00:50Puis sa voix, bien sûr, grave, caverneuse, moelleuse aussi, presque gourmande,
00:54une voix qui semblait sortir d'un vieux cuir, d'un bon vin, d'un rideau théâtre, d'une France
00:58qui fumait encore trop, il parlait mieux.
01:00Jean-Pierre Mariel nous a quittés il y a quelques années maintenant, c'était un 24 avril 2019,
01:04en laissant derrière lui une centaine de films.
01:07Dans sa filmographie, il y avait du populaire, du raffiné, du cul, du tendre.
01:11On parle des garlettes du pont d'avant, du coup de torchon, tous les matins du monde, quelques jours avec
01:15moi le miraculé.
01:16On se rappelle bien sûr de cette apparition dans Tenue de soirée, des scènes cultes,
01:20dans le film Calmos avec son compère Jean Rochefort.
01:22Mais ce matin, ce n'est pas tant le grand acteur que je vais vous faire entendre, c'est l
01:27'homme.
01:27Nous sommes en 1994, chez Bernard Pivot, et au lieu de se raconter comme un monstre sacré,
01:32au lieu de se draper dans les légendes du cinéma, ou de faire semblant d'avoir toujours su où il
01:36allait,
01:37Jean-Pierre Mariel fait exactement l'inverse.
01:39Il est honnête, il se qualifie de traînard.
01:42Il n'est ni suffisant ni autant, il ne se la joue pas du tout prince.
01:45Il se présente en fait comme un homme ordinaire, un paresseux, presque heureux de l'être d'ailleurs,
01:49un cancre, un distrait, un rêveur, un homme qui aime regarder les gens passer, les femmes, les maisons,
01:55même les crottes de chiens, pourquoi pas, n'importe quoi pourvu que cela fasse partie de la vie, de la
01:59vraie.
01:59Et c'est peut-être cela au fond qui faisait de lui un si grand acteur,
02:02parce qu'il regardait avant de jouer, il l'absorbait avant de parler,
02:05il savait que les êtres intéressants ne sont pas toujours ceux qui avancent droit,
02:09mais souvent ceux qui s'attardent un tout petit peu sur des choses qui d'apparence seulement apparaissent futiles.
02:14Jean-Pierre Mariel, Bernard Pivot, nous sommes en 1994,
02:18et cette définition magnifique de ce qu'est peut-être un homme libre, surtout aujourd'hui, un traînard.
02:23Je suis un traînard, moi, un peu.
02:25Un traînard ?
02:26Oui, un mec qui traîne, qui se balade, qui traîne, qui regarde comme ça.
02:31C'est ce que j'aime le plus dans la vie, traîner.
02:35Le traînard dans l'armée napoléonienne, ou le traînard aujourd'hui dans la compétition économique, il est foutu, il est
02:41mort.
02:41Vous, vous êtes resplendissant.
02:43Ben oui, alors ça veut dire qu'on peut être un traînard.
02:47Moi, j'aime bien quand les gens sur qui on ne s'y attend pas, tout d'un coup, se
02:52débrouillent un peu dans la vie.
02:53Moi, j'aime bien ça.
02:53Moi, j'ai toujours adoré les cancres.
02:55Vous étiez un cancres ?
02:56Ah oui, et je le revendique.
02:58J'ai le sentiment d'être toujours un peu un cancres.
03:01Mais un traînard, est-ce que ça n'est pas quelqu'un ? Et un cancres aussi, un paresseux ?
03:04Oui.
03:05Vous êtes un peu paresseux.
03:06Oui.
03:07Mais quand on est traînard aussi, ça veut dire aussi qu'on est rêveur, un peu contemplatif ?
03:11Oui, on regarde, oui.
03:12Oui, vous aimez.
03:13J'aime bien ça.
03:13Mais il ne sort rien de mes regards un petit peu peut-être dans des trucs.
03:16Par contre, quand au port où on regarde, il sort des œuvres intéressantes.
03:21Moi, rien.
03:22Des fois, dans des rôles, ça me sert comme ça.
03:25Mais quand vous êtes contemplatif, vous regardez quoi ?
03:28Rien, là, comme ça, les femmes qui passent, les maisons, une crotte de chien, n'importe quoi.
03:36Ah oui ? Et ça vous inspire ?
03:38Des fois, puis des fois pas.
03:40Non.
03:41C'est comme ça, quoi.
03:43Oui, c'est comme ça.
03:44Mais quand c'est comme ça, façon Jean-Pierre Marielle, ça fait toujours plaisir à entendre.
03:48Et puis si on veut s'en souvenir, heureusement qu'il a laissé une filmographie formidable.
03:52Il est 7h30 sur Sud Radio.
03:53Dans un instant, on revient avec le répétement.
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