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  • il y a 11 heures
Philippe Bouchez El Ghozi, avocat de Claude Guéant pour le procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy et son entourage, dénonce "un véritable coup de poing dans l'estomac". Son client n'assiste pas au procès pour des raisons de santé, mais a fourni des réponses par écrit.

Retrouvez "L'invité de 7h50" de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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Transcription
00:007h49, Benjamin Duhamel, vous recevez l'avocat de Claude Guéant dans le procès en appel de l'affaire libyenne.
00:06Bonjour Philippe Boucher-Zelgozy.
00:08Bonjour.
00:08Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:10On va tenter de comprendre ce qui va se jouer aujourd'hui à l'audience du procès en appel dans
00:14l'affaire libyenne.
00:16Un procès où entre Nicolas Sarkozy et votre client, Claude Guéant, on lave désormais son linge sale.
00:21En public, l'ancien président accusé de mensonge par son ancien bras droit dans ce qui apparaît comme un lâchage
00:27en règle
00:27après avoir lui-même été mis en cause par Nicolas Sarkozy.
00:31Une première question, je voudrais qu'on revienne sur une écoute qui date d'il y a plus de 10
00:35ans entre Claude Guéant et sa fille.
00:37Claude Guéant qui disait à sa fille, je ne vais pas balancer.
00:40Ce temps-là, il est révolu. Maître, vous allez continuer de tout balancer ?
00:45En réalité, Claude Guéant s'est déjà expliqué sur cette écoute.
00:48Je ne dirais pas qu'il balance, je dirais qu'il aujourd'hui répond aux mises en cause qui ont
00:52été faites par Nicolas Sarkozy
00:54qui sont des premières dans l'histoire de ce procès.
00:56Parce que je rappelle quand même que Nicolas Sarkozy est mis en examen depuis 2018
01:01que pendant toute l'instruction qui a duré une dizaine d'années, il n'a jamais mis en cause Claude
01:05Guéant.
01:05Qu'il y a un an, devant le tribunal en première instance, il ne mettait pas en cause Claude Guéant.
01:10Et tout d'un coup, au mois d'avril, en deux audiences, tout d'un coup, il porte atteinte à
01:15sa probité.
01:16Il porte des accusations, des insinuations qu'il a indiquées, même des déclarations qu'il revendiquait contre Claude Guéant.
01:22Et évidemment, c'est là où Claude Guéant a réagi.
01:25Parce que quand on met en cause son honneur, quand on porte atteinte à la réputation de son nom, à
01:28ses enfants, à son épouse, on répond.
01:31On va revenir dans le détail notamment des deux attestations qui sont produites par votre client Claude Guéant.
01:35Mais d'un point de vue plus personnel, est-ce que ce matin, Claude Guéant, il a digéré ces mises
01:41en cause sur la probité ?
01:43Il faut rappeler la proximité entre les deux hommes.
01:45On parle de Nicolas Sarkozy et de son bras droit, celui qui a été son plus fidèle collaborateur pendant plus
01:50de dix ans.
01:51Il a été effectivement son plus fidèle collaborateur.
01:53Et je peux vous dire qu'il n'a pas digéré.
01:56Et je me demande même s'il digérera jusqu'à la fin de sa vie.
01:58Ce qui est véritablement plus qu'une trahison qui est, je l'ai dit sur d'autres médias, un véritable
02:03coup de poing dans l'estomac.
02:04C'est quelque chose que Claude Guéant n'apprécie pas, ne digère pas.
02:08Et j'allais dire, il est encore toujours extrêmement choqué de ces déclarations de Nicolas Sarkozy à son endroit.
02:13Claude Guéant qui est malade, qui n'assiste pas au procès.
02:16Qu'est-ce que vous attendez aujourd'hui de Nicolas Sarkozy à la barre ?
02:19Qu'il revienne sur ses propos, qu'il dise non en fait je me suis trompé, Claude Guéant est un
02:23honnête homme.
02:24Vous y croyez vraiment ?
02:25Alors écoutez, le président de la cour d'appel a indiqué aujourd'hui, a demandé que Nicolas Sarkozy revienne à
02:29la barre.
02:30C'était de toute façon prévu puisque c'est la fin de l'audience sur la personnalité avant les plaidoiries.
02:34Et le président de la cour d'appel a indiqué qu'il lirait les deux attestations de Claude Guéant.
02:38La première du 14 avril, la seconde du 26 avril, de manière à confronter Nicolas Sarkozy.
02:43Puisque je rappelle que Nicolas Sarkozy, sur la première attestation, a opposé, je cite, un démenti formel.
02:48Alors on explique juste pour nos auditeurs cette attestation.
02:50Le point central, il concerne ce dîner en 2007 qui se tient à Tripoli.
02:56où Claude Guéant explique que devant Muammar Kadhafi, Nicolas Sarkozy aurait dit à Claude Guéant, il va falloir, il regarde
03:05ce que tu peux faire sur...
03:06Claude Voyessla, exactement.
03:07Voilà, Claude Voyessla sur Abdallah Senoussi qui est terroriste en chef, responsable de l'attentat du décédiste du TA.
03:12Nicolas Sarkozy répond, c'est totalement faux.
03:14Et dans la deuxième attestation que vous produisez, que vous avez produite il y a quelques jours, Claude Guéant dit,
03:20je m'insurge contre ce démenti.
03:22Ça veut dire que Nicolas Sarkozy, selon vous, il a menti deux fois ?
03:25Écoutez, les termes sont clairs.
03:27Il y a une première attestation, vous l'avez très justement rappelé, où il y a une instruction de Nicolas
03:31Sarkozy qui fait venir au dîner où se trouve Kadhafi.
03:35Il fait appeler Claude Guéant pour que Kadhafi répète devant lui sa préoccupation sur la levée du mandat d'arrêt
03:40de ses douties.
03:41Et Nicolas Sarkozy, en tant que président, donne une instruction claire à Claude Guéant.
03:45Claude voyait cela.
03:46Claude Guéant dit, de toute façon, il n'y avait rien à faire, parce que la seule solution, c'était
03:50que Senoussi se présente devant la justice.
03:51Donc, il n'y avait rien à faire, c'était l'état du droit.
03:53Quand j'ai interrogé Nicolas Sarkozy sur cette attestation le 14 avril, il a opposé, je cite, son démenti le
03:58plus formel.
03:59Et il dit, c'est invraisemblable d'imaginer que dans un dîner, il y a des journalistes qui ont pu
04:02dire ce genre de phrase.
04:04Vous avez tout à fait raison.
04:05Il y a un détail qui est apporté, parce que Nicolas Sarkozy dit, on ne peut pas dire ça devant
04:08un dîner, devant la délégation, devant Bernard Kouchner, Ramayad, etc.
04:12Et Claude Guéant, dans son attestation de dimanche, apporte des précisions extrêmement importantes, puisqu'il donne la configuration des lieux
04:18du dîner.
04:18Où, en substance, vous avez Kadhafi et Sarkozy qui sont sans vis-à-vis.
04:22Et donc, ils sont dans une situation où ils peuvent tout à fait se parler discrètement, puisque les autres invités
04:27sont dans des tables perpendiculaires.
04:28Mais on peut se souvenir aussi bien, près de 20 ans après ?
04:32Je pense que Claude Guéant, la seule fois où il a d'idées à Tripoli, c'était le 25 juillet
04:352007.
04:36Il y a des choses qui peuvent marquer quand même dans une vie, surtout quand on est secrétaire général fraîchement
04:40élu.
04:40Et il se souvient de ça.
04:42Il s'était déjà en vie, Claude Guéant.
04:43J'ai un autre élément que j'ai versé d'ailleurs au soutien de cet élément.
04:47C'est que le même jour, le 25 juillet 2007, l'après-midi, Nicolas Sarkozy est en face sous la
04:52tente de Kadhafi.
04:53Et on voit dans un reportage, Claude Guéant qui enjambe le canapé devant la traductrice officielle pour dire un mot
04:59à l'oreille de Nicolas Sarkozy.
05:00C'est dire que Claude Guéant pouvait parler à tout moment à l'oreille du président de la République sans
05:03que ça choque le président.
05:04Vous évoquiez, maître, le fait que Nicolas Sarkozy n'avait effectivement, notamment lors du procès en première instance,
05:08pas mis en cause de cette manière-là la probité de Claude Guéant.
05:12Mais de la même manière, vous-même, Claude Guéant, ces révélations que vous faites à l'occasion de ce procès
05:16en appel,
05:17vous ne l'aviez pas dit à l'occasion du procès en première instance.
05:20Là, ça donne peut-être l'impression qu'il y a de votre part une sorte de volonté, je ne
05:23sais pas, de vengeance suite aux propos de Nicolas Sarkozy.
05:27Pourquoi ne pas avoir dit tout cela dès le début de la procédure ?
05:29Vous avez tout à fait raison, il n'y a pas une volonté de vengeance.
05:31Dans la procédure, de manière constante, Claude Guéant a toujours dit
05:35« J'ai suivi les instructions, les consignes et j'ai appliqué les directives du président Nicolas Sarkozy ».
05:41Il a apporté cette précision en appel, mais je dirais que ce n'est pas une évolution, ce n'est
05:45pas une mensonge,
05:45c'est une précision qu'il a apporté sur des instructions qui ont été données.
05:48Il a toujours revendiqué qu'il n'avait fait que suivre les instructions du président
05:51sur la préoccupation des Libyens de s'occuper du mandat d'arrêt de Sénoussi.
05:55Est-ce que ce n'est pas une façon pour votre client et pour vous-même de ne pas parler
05:58de l'argent liquide
05:59qui a circulé et pour lequel d'ailleurs Claude Guéant a été condamné ?
06:02De ne pas parler non plus de cette montre de luxe Patek Philippe offerte par Alexandre Djouri,
06:06l'intermédiaire à Claude Guéant ?
06:08En fait, c'est plus facile de mettre en cause Nicolas Sarkozy que de parler de cela, non ?
06:11Alors, la montre, vous l'avez évoquée, il n'a pas été condamné pour ça, je le rappelle.
06:15Non, mais on peut s'étonner que quelqu'un qui est secrétaire général de l'Elysée
06:18puisse toucher un cadeau d'un intermédiaire pas tout à fait recommandable.
06:25Aussi étonnant que ça puisse sembler, il n'a pas été condamné pour ça
06:27parce qu'il n'y avait évidemment aucune contrepartie par rapport à cette montre.
06:31Sur les espèces, il s'en est expliqué depuis le début du dossier en 2013.
06:34Sur une partie, il a été condamné à un moment par la justice.
06:36Sur l'immense partie, il n'a même pas été poursuivi
06:39puisque ça relevait son traitement en tant que fonctionnaire du ministre de l'Intérieur.
06:42Ce n'est pas une manière de se dérober.
06:44On est sur deux sujets distincts.
06:45Ce procès, il aborde de nombreux sujets.
06:47Il a répondu aux mises en cause de Nicolas Sarkozy.
06:49Je voudrais revenir sur une phrase qui est dans cette deuxième attestation
06:51qui a été produite en début de semaine.
06:53Une phrase un peu acrimonieuse, je dois dire.
06:55Claude Guéant qui écrit
06:56« Je dois dire que malgré ses facultés de mémoire exceptionnelles,
06:59ouvrez la parenthèse, il se dit volontiers hypermésique. »
07:02Nicolas Sarkozy se trompe.
07:04Et il parle notamment en cela de la chronologie de leur rencontre,
07:06notamment le moment où Nicolas Sarkozy lui propose d'être son directeur de campagne.
07:10Et là, on sent la blessure, la meurtrissure sur des éléments
07:13qui pourtant ne sont pas sans trop,
07:15ne sont même totalement anecdotiques au vu des mises en cause.
07:19Vous avez raison, mais l'intérêt des deux attestations de Claude Guéant,
07:23c'est, y compris à travers des choses qui peuvent sembler anecdotiques,
07:25le fait que Nicolas Sarkozy dit « J'ai jamais vu sa femme,
07:29je ne me souviens pas de l'avoir rencontré avant 2002 »,
07:31Claude Guéant montre qu'en fait Nicolas Sarkozy n'a pas dit la vérité sur ces éléments.
07:35Et quand on ne dit pas la vérité sur des éléments qui peuvent sembler d'anecdotes,
07:39ça interroge aussi sur des éléments plus sensibles,
07:40comme les instructions données le 25 juillet 2007.
07:43On est bien d'accord et on précise que pour autant et malgré ce que vous dites ce matin,
07:47vous ne croyez pas et Claude Guéant ne croit pas au financement de la campagne par de l'argent libyen.
07:52C'est-à-dire que c'est une réponse sur les mises en cause sur la probité,
07:54mais vous balayez d'un revers de main toute association de malfaiteurs
07:57qui est ce pour quoi Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance.
07:59En tout cas, du point de vue de Claude Guéant, il l'a toujours dit et il maintient cette position,
08:03il n'a jamais eu lui connaissance du moindre centime d'argent libyen,
08:06ni connaissance d'une promesse ou d'une contrepartie qui aurait été faite aux Libyens.
08:09De son point de vue à lui.
08:10Est-ce que Claude Guéant considère Nicolas Sarkozy comme son ami ?
08:15Je pense qu'aujourd'hui, ce serait très difficile de considérer qu'il soit ami,
08:18à supposer qu'il est considéré.
08:20Il a toujours dit qu'il servait la République à travers lui, le ministre, puis le président de la République.
08:24Mais honnêtement, je ne pense pas qu'il ait revendiqué une amitié avec Nicolas Sarkozy.
08:28Comment va votre client ce matin ? Maître, on le dit, il est malade,
08:33suffisamment malade pour que des experts aient jugé qu'il n'était pas en capacité de se rendre à l
08:38'audience.
08:39Il la suit quand même attentivement. Est-ce que vous échangez régulièrement avec lui ?
08:43Comment va Claude Guéant ?
08:44Alors, écoutez, il ne va pas bien. Il ne va pas bien.
08:46Ça a été médicalement constaté par plusieurs médecins, par un expert judiciaire désigné par la Cour d'appel de Paris.
08:51Et donc là-dessus, malheureusement, ça explique qu'il y a une situation qui l'empêche aujourd'hui de comparaitre
08:54aux audiences.
08:55Mais je dirais que les dernières déclarations de Nicolas Sarkozy n'améliorent pas son état de santé
08:59parce que, j'allais dire, il y a plus qu'un coup au moral qui a été porté par les
09:02déclarations de Nicolas Sarkozy.
09:03Il y a carrément un effet sur la santé de Claude Guéant ?
09:06Évidemment, évidemment, c'est quelque chose qu'il n'a pas digéré.
09:09Je pense qu'il aura beaucoup de mal à le digérer à supposer que ça puisse arriver un jour.
09:12Merci beaucoup, Philippe Boucher-Zelgozy, d'être venu ce matin au micro de France Inter
09:15avant donc l'ouverture de cette journée cruciale à l'audience.
09:18Et à tout à l'heure, Benjamin Duhamel, on se retrouve pour le grand entretien.
09:21Il est...
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