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  • il y a 11 heures
Anna Sylvestre-Treiner, cheffe du service Afrique du journal Le Monde, donne son analyse de la situation au Mali, quatre jours après des attaques sans précédent menées par des groupes armés contre des positions stratégiques de la junte, plus que jamais affaiblie.

Retrouvez "l'invité de 6h20" sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-6h20

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Transcription
00:00Il est 6h21, la junte au pouvoir au Mali a-t-elle les moyens de résister à l'offensive des
00:04djihadistes et des Touaregs
00:06après des attaques coordonnées ce week-end dans toutes les grandes villes du pays ?
00:09Les rebelles ont annoncé hier mettre en place un blocus de la capitale Bamako.
00:13Bonjour Anna Sylvestre Trener.
00:15Bonjour Mathilde, bonjour à tous.
00:16Vous êtes chef du service Afrique du journal Le Monde.
00:19Alors dans le même temps, il y a cette annonce du blocus ou cette volonté de mettre en place un
00:23blocus,
00:23mais il y a le chef de la junte, lui, qui dit que la situation est maîtrisée. Est-ce qu
00:26'on peut le croire ?
00:28Non, c'est difficile à croire.
00:30Alors peut-être qu'il maîtrise la situation dans certains quartiers de Bamako, où il est réapparu hier.
00:36Ça faisait en fait 4 jours depuis ses attaques d'ampleur coordonnées inédites
00:41contre de très nombreuses villes maliennes qui avaient lieu samedi,
00:45qu'il était invisible à Simigoïta, le chef de cette junte.
00:49On se demandait un peu où il était, et puis s'il serait en capacité de reprendre le pouvoir.
00:53On savait qu'il était vivant, on savait qu'il était sous protection de sa garde rapprochée,
00:57qui est une garde turque en fait, de mercenaires turcs,
01:01mais on savait qu'il serait en capacité de reprendre le pouvoir.
01:04Bon ben voilà, hier il est réapparu, il est allé rendre quelques visites,
01:08et puis il est réapparu à côté d'un homme qui s'appelle Igor Gromyko,
01:12et qui est l'ambassadeur de Russie au Mali.
01:15Et il nous a dit voilà, tout va bien, difficile cela dit de le croire.
01:19Bamako, c'est le dernier rempart pour le régime, si la capitale tombe, le pays tombe ?
01:23Oui, en général, quand une capitale tombe, un pays tombe.
01:27Par ailleurs, Bamako est au sud du Mali.
01:30Il faut imaginer ce pays, vos auditeurs doivent penser à un pays qui est extrêmement vaste,
01:36avec un nord.
01:37Il y a vraiment deux parties.
01:39Exactement, et ces derniers jours, le Kidal, la ville du nord, une ville extrêmement symbolique,
01:44a été prise par le JNIM, ce groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, allié aux indépendantistes du nord.
01:52Il faut se dire que Kidal, c'est quand même très très loin, c'est plus de 1500 kilomètres de
01:57Bamako.
01:57Donc, il y a aussi des distances qui font que Bamako est comme ça, finalement, plus difficile d'apprendre quand
02:05on prend le nord.
02:06Cela dit, les djihadistes sont très très proches de la capitale,
02:09et comme vous le disiez, à l'instant, ils sont en train, disent-ils, d'imposer un blocus.
02:15On va voir si ça va être effectivement le cas.
02:17Et sur le manque de réaction des troupes maliennes le week-end dernier,
02:20qu'est-ce que ça dit aujourd'hui de la réalité, de l'effectivité du pouvoir et de la capacité
02:26de résistance de cette junte ?
02:28Alors, l'armée malienne, ça fait très très longtemps qu'elle est en difficulté.
02:32Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'il y a quelques années, l'armée française était venue l'aider
02:37à faire face à sa demande du Mali
02:40et du pouvoir, effectivement, d'une kundra de Sraoré en 2013,
02:45appuyer l'armée malienne en nombre d'hommes, en capacité militaire.
02:50Et qu'aujourd'hui, des mercenaires russes sont déployés à ses côtés.
02:56Cela dit, elle fait face à des groupes qui sont extrêmement difficiles à combattre.
03:03Et qu'on soit l'armée malienne ou, je crois, n'importe quelle autre armée, c'est difficile à combattre.
03:09Parce que le JNIM, ce groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, c'est une guérilla.
03:14Ce sont des centaines et des centaines d'hommes, un peu partout dans le pays,
03:19qui ne sont pas organisés comme une armée traditionnelle.
03:23Et qui vont tout à coup se rassembler, attaquer une ville, puis se disperser.
03:28C'est extrêmement difficile à combattre pour une armée traditionnelle.
03:31Et le soutien des Russes, est-ce que finalement, ça lui est d'une utilité ?
03:35Parce qu'on a vu que les paramilitaires russes se sortiraient finalement d'une partie du nord du pays.
03:39Ça ne semble pas un allié super efficace.
03:41Alors, en ce moment, effectivement, comment dire ?
03:44On dirait que cette alliance est un petit peu incertaine.
03:49Il y a eu cet accord entre les indépendantistes du nord et l'armée, les mercenaires russes,
03:56pour qu'ils puissent quitter Kidal, cette ville qui vient d'être prise.
04:00Quitter Kidal avec les armements.
04:02Et selon nos informations, ils ont quitté Kidal en laissant leurs alliés de l'armée malienne derrière eux.
04:08Effectivement, ça semble assez peu sympathique comme façon de faire.
04:11Et on voit, par exemple, sur les réseaux sociaux, sur des comptes russes de gens assez importants,
04:19que ça ne se passe pas extrêmement bien entre eux.
04:26Est-ce qu'ils leur sont utiles ?
04:28Difficile à dire, 2000 hommes pour aller combattre une guérilla.
04:32Bon, cela dit, la junte au pouvoir au Mali dit que, oui, ils leur sont utiles
04:36et que leur partenariat va extrêmement bien.
04:39Pour eux, pas de soucis.
04:39Et donc, avant, c'était avec la France qu'il y avait un partenariat
04:42et plusieurs milliers de soldats français sur le terrain.
04:44Aujourd'hui, non seulement il n'y a plus de relations,
04:46mais il n'y a plus de relais non plus français là-bas, sur place.
04:49Alors, effectivement, récemment...
04:50Plus qu'observateurs ?
04:51Oui, récemment, les relations se sont extrêmement dégradées.
04:55En fait, en 2022, les autorités maliennes ont demandé aux Français
05:00qui avaient déployé des milliers de soldats au sein de l'opération,
05:03souvenez-vous, l'opération Barkhane, de plier bagage.
05:06Ça a été assez violent pour les Français, assez abrupt.
05:09Bon, tous ces soldats sont partis, ont pris leur baluchon, ont quitté le pays
05:12et donc les mercenaires russes sont arrivés.
05:14Cela dit, il y avait quand même une coopération,
05:17un tout petit peu de coopération entre les deux pays.
05:19C'est-à-dire qu'il y a toujours un chargé d'affaires français à Bamako.
05:24Aujourd'hui encore ?
05:24Aujourd'hui encore, un représentant de la France à Bamako.
05:27Et il subsistait, la dernière chose, c'est une coopération en termes de renseignement.
05:32C'est souvent la dernière chose qui reste entre deux pays.
05:34Sauf qu'en août dernier, en août 2025,
05:37un agent de la DGSE qui était dûment accrédité au Mali,
05:42a été arrêté par les Maliens.
05:43Et que depuis ce mois d'août 2025,
05:46et cette arrestation qui ne se fait pas entre services secrets,
05:50et bien là, toute coopération a cessé.
05:53Donc il n'y a plus de lien,
05:54mais du coup ça veut dire aussi que Paris a moins d'informations sur ce qui se passe.
05:58Plus de relations et plus de relais donc.
06:00Merci beaucoup Anna Sylvestre-Etrainer pour votre analyse,
06:02pour votre éclairage sur cette situation préoccupante au Mali.
06:06Vous êtes chef du service Afrique du journal Le Monde.
06:08Merci.
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