00:00Il est 6h21, la junte au pouvoir au Mali a-t-elle les moyens de résister à l'offensive des
00:04djihadistes et des Touaregs
00:06après des attaques coordonnées ce week-end dans toutes les grandes villes du pays ?
00:09Les rebelles ont annoncé hier mettre en place un blocus de la capitale Bamako.
00:13Bonjour Anna Sylvestre Trener.
00:15Bonjour Mathilde, bonjour à tous.
00:16Vous êtes chef du service Afrique du journal Le Monde.
00:19Alors dans le même temps, il y a cette annonce du blocus ou cette volonté de mettre en place un
00:23blocus,
00:23mais il y a le chef de la junte, lui, qui dit que la situation est maîtrisée. Est-ce qu
00:26'on peut le croire ?
00:28Non, c'est difficile à croire.
00:30Alors peut-être qu'il maîtrise la situation dans certains quartiers de Bamako, où il est réapparu hier.
00:36Ça faisait en fait 4 jours depuis ses attaques d'ampleur coordonnées inédites
00:41contre de très nombreuses villes maliennes qui avaient lieu samedi,
00:45qu'il était invisible à Simigoïta, le chef de cette junte.
00:49On se demandait un peu où il était, et puis s'il serait en capacité de reprendre le pouvoir.
00:53On savait qu'il était vivant, on savait qu'il était sous protection de sa garde rapprochée,
00:57qui est une garde turque en fait, de mercenaires turcs,
01:01mais on savait qu'il serait en capacité de reprendre le pouvoir.
01:04Bon ben voilà, hier il est réapparu, il est allé rendre quelques visites,
01:08et puis il est réapparu à côté d'un homme qui s'appelle Igor Gromyko,
01:12et qui est l'ambassadeur de Russie au Mali.
01:15Et il nous a dit voilà, tout va bien, difficile cela dit de le croire.
01:19Bamako, c'est le dernier rempart pour le régime, si la capitale tombe, le pays tombe ?
01:23Oui, en général, quand une capitale tombe, un pays tombe.
01:27Par ailleurs, Bamako est au sud du Mali.
01:30Il faut imaginer ce pays, vos auditeurs doivent penser à un pays qui est extrêmement vaste,
01:36avec un nord.
01:37Il y a vraiment deux parties.
01:39Exactement, et ces derniers jours, le Kidal, la ville du nord, une ville extrêmement symbolique,
01:44a été prise par le JNIM, ce groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, allié aux indépendantistes du nord.
01:52Il faut se dire que Kidal, c'est quand même très très loin, c'est plus de 1500 kilomètres de
01:57Bamako.
01:57Donc, il y a aussi des distances qui font que Bamako est comme ça, finalement, plus difficile d'apprendre quand
02:05on prend le nord.
02:06Cela dit, les djihadistes sont très très proches de la capitale,
02:09et comme vous le disiez, à l'instant, ils sont en train, disent-ils, d'imposer un blocus.
02:15On va voir si ça va être effectivement le cas.
02:17Et sur le manque de réaction des troupes maliennes le week-end dernier,
02:20qu'est-ce que ça dit aujourd'hui de la réalité, de l'effectivité du pouvoir et de la capacité
02:26de résistance de cette junte ?
02:28Alors, l'armée malienne, ça fait très très longtemps qu'elle est en difficulté.
02:32Et d'ailleurs, c'est pour ça qu'il y a quelques années, l'armée française était venue l'aider
02:37à faire face à sa demande du Mali
02:40et du pouvoir, effectivement, d'une kundra de Sraoré en 2013,
02:45appuyer l'armée malienne en nombre d'hommes, en capacité militaire.
02:50Et qu'aujourd'hui, des mercenaires russes sont déployés à ses côtés.
02:56Cela dit, elle fait face à des groupes qui sont extrêmement difficiles à combattre.
03:03Et qu'on soit l'armée malienne ou, je crois, n'importe quelle autre armée, c'est difficile à combattre.
03:09Parce que le JNIM, ce groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, c'est une guérilla.
03:14Ce sont des centaines et des centaines d'hommes, un peu partout dans le pays,
03:19qui ne sont pas organisés comme une armée traditionnelle.
03:23Et qui vont tout à coup se rassembler, attaquer une ville, puis se disperser.
03:28C'est extrêmement difficile à combattre pour une armée traditionnelle.
03:31Et le soutien des Russes, est-ce que finalement, ça lui est d'une utilité ?
03:35Parce qu'on a vu que les paramilitaires russes se sortiraient finalement d'une partie du nord du pays.
03:39Ça ne semble pas un allié super efficace.
03:41Alors, en ce moment, effectivement, comment dire ?
03:44On dirait que cette alliance est un petit peu incertaine.
03:49Il y a eu cet accord entre les indépendantistes du nord et l'armée, les mercenaires russes,
03:56pour qu'ils puissent quitter Kidal, cette ville qui vient d'être prise.
04:00Quitter Kidal avec les armements.
04:02Et selon nos informations, ils ont quitté Kidal en laissant leurs alliés de l'armée malienne derrière eux.
04:08Effectivement, ça semble assez peu sympathique comme façon de faire.
04:11Et on voit, par exemple, sur les réseaux sociaux, sur des comptes russes de gens assez importants,
04:19que ça ne se passe pas extrêmement bien entre eux.
04:26Est-ce qu'ils leur sont utiles ?
04:28Difficile à dire, 2000 hommes pour aller combattre une guérilla.
04:32Bon, cela dit, la junte au pouvoir au Mali dit que, oui, ils leur sont utiles
04:36et que leur partenariat va extrêmement bien.
04:39Pour eux, pas de soucis.
04:39Et donc, avant, c'était avec la France qu'il y avait un partenariat
04:42et plusieurs milliers de soldats français sur le terrain.
04:44Aujourd'hui, non seulement il n'y a plus de relations,
04:46mais il n'y a plus de relais non plus français là-bas, sur place.
04:49Alors, effectivement, récemment...
04:50Plus qu'observateurs ?
04:51Oui, récemment, les relations se sont extrêmement dégradées.
04:55En fait, en 2022, les autorités maliennes ont demandé aux Français
05:00qui avaient déployé des milliers de soldats au sein de l'opération,
05:03souvenez-vous, l'opération Barkhane, de plier bagage.
05:06Ça a été assez violent pour les Français, assez abrupt.
05:09Bon, tous ces soldats sont partis, ont pris leur baluchon, ont quitté le pays
05:12et donc les mercenaires russes sont arrivés.
05:14Cela dit, il y avait quand même une coopération,
05:17un tout petit peu de coopération entre les deux pays.
05:19C'est-à-dire qu'il y a toujours un chargé d'affaires français à Bamako.
05:24Aujourd'hui encore ?
05:24Aujourd'hui encore, un représentant de la France à Bamako.
05:27Et il subsistait, la dernière chose, c'est une coopération en termes de renseignement.
05:32C'est souvent la dernière chose qui reste entre deux pays.
05:34Sauf qu'en août dernier, en août 2025,
05:37un agent de la DGSE qui était dûment accrédité au Mali,
05:42a été arrêté par les Maliens.
05:43Et que depuis ce mois d'août 2025,
05:46et cette arrestation qui ne se fait pas entre services secrets,
05:50et bien là, toute coopération a cessé.
05:53Donc il n'y a plus de lien,
05:54mais du coup ça veut dire aussi que Paris a moins d'informations sur ce qui se passe.
05:58Plus de relations et plus de relais donc.
06:00Merci beaucoup Anna Sylvestre-Etrainer pour votre analyse,
06:02pour votre éclairage sur cette situation préoccupante au Mali.
06:06Vous êtes chef du service Afrique du journal Le Monde.
06:08Merci.
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