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  • il y a 2 semaines
Télématin reçoit Guillaume Lasconjarias, historien militaire et professeur associé à Sorbonne Université.

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Transcription
00:00Il est 7h15, en ce moment même se termine l'exercice Orion 2026,
00:05l'exercice d'entraînement opérationnel de l'armée française.
00:08Emmanuel Macron est d'ailleurs aujourd'hui dans l'aube et la Marne pour la clôture de cette opération.
00:13Bonjour Guillaume Lascongarias, vous êtes historien militaire, professeur associé à Sorbonne Université.
00:19D'abord, cette question très concrète, c'est quoi Orion ?
00:22Peut-on parler d'une simulation de guerre menée par la France, par exemple contre un adversaire comme la Russie
00:28?
00:28Alors c'est effectivement ce qu'on appelle un exercice de préparation à la haute intensité.
00:32C'est quoi la haute intensité ? C'est en gros, il faut comprendre qu'une armée quand elle ne
00:36fait pas la guerre,
00:37elle s'entraîne à la faire. Et donc les armées françaises, traditionnellement, à tous les niveaux,
00:42c'est-à-dire du régiment, c'est-à-dire quelque chose que vos téléspectateurs peuvent avoir pas très loin
00:48de chez eux,
00:48jusqu'à ce qu'on appelle un grand exercice en terrain libre, comme les Orion,
00:52eh bien c'est une capacité de démonstration, de l'entraînement à la haute intensité.
00:59Et la haute intensité, c'est quoi ? C'est-à-dire, c'est la guerre maximale que l'on
01:04s'entraîne à faire,
01:05que l'on prévoirait éventuellement de faire contre un adversaire qu'on appelle de même niveau ou de même capacité,
01:12c'est-à-dire un compétiteur stratégique. Et en l'occurrence, effectivement, même si dans l'exercice,
01:18un scénario tel qu'il est présenté, c'est un pays fictif qu'on appelle Mercure,
01:23eh bien, en réalité, cela vise tout simplement nos adversaires stratégiques.
01:28Et il suffit de lire les grands documents, comme la Revue Nationale Stratégique, qui est parue il y a un
01:32an,
01:32et en l'occurrence, la Russie est nommément citée.
01:35C'est un entraînement qui dure depuis deux mois déjà. Emmanuel Macron va participer aujourd'hui.
01:40Il va participer à des manœuvres aériennes, terrestres. Ça veut dire quoi ?
01:45Il va mettre un trahi ? Il va monter dans un hélicoptère ? Il va participer avec eux ?
01:49C'est-à-dire, en fait, le président, dans notre Constitution, c'est le chef des armées.
01:53Donc, il faut bien rappeler déjà que c'est l'outil dont il sait aussi se servir.
01:57Il faut rappeler que tous les présidents de la République de la Vème…
02:00Sont entraînés pour ?
02:01Alors, tout simplement, c'est eux qui ont théoriquement la possibilité d'appuyer et de déclencher le feu nucléaire.
02:06C'est quand même une grosse responsabilité.
02:07Et donc, savoir ce qu'est l'outil militaire dont on peut avoir besoin pour protéger
02:12et les intérêts de la France, et la population, et son territoire, c'est quand même utile.
02:17Et je pense qu'Emmanuel Macron a démontré depuis 2017 qu'il savait faire.
02:20C'est l'heure du bilan de cette opération, Orion.
02:23La question que tout le monde se pose, sommes-nous prêts face à cette menace, face à une guerre possible
02:28?
02:28Ça, c'est une question, en fait, dont vous aurez, ou dont nous aurions la réponse, le jour où elle
02:33arrive.
02:34En fait, l'intérêt de ce type d'exercice, et Orion 2026 vient après Orion 2023,
02:40c'est le plus grand exercice militaire depuis la fin de la guerre froide.
02:44Ça traduit surtout un changement d'air géopolitique.
02:47Et la France est, parmi les pays européens, le, sans doute, le plus important, le plus en capacité,
02:55parce que nous n'avons jamais arrêté de nous entraîner, d'avoir été déployés,
02:59et nos soldats sont reconnus pour leur capacité.
03:02Nos États-majors sont capables de planifier, et donc de préparer, et de conduire ces opérations.
03:06Ça veut dire que la menace est proche, là, en termes de calendrier ?
03:09Alors, dans les exercices de prospective stratégique, on dit, finalement,
03:16qu'on pourrait être dans une forme de confrontation avec la Russie,
03:20pas directement sur le sol national, c'est important, d'ici 2030.
03:24Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est qu'il faut qu'on soit prêts à ce que,
03:28quelque part, on soit testés.
03:30Et c'est pas forcément en France.
03:32Ça peut être là où nos alliés nous demandent de les appuyer.
03:36Ça peut être dans l'Est de l'Europe, ça peut être ailleurs, et dans le cadre, par exemple, de
03:40l'OTAN.
03:41Aujourd'hui, d'ailleurs, cette dernière phase, c'est la France qui mène une opération dans un cadre otanien.
03:48Donc, en fait, on le fait avec nos alliés.
03:49Vous avez plus de six pays européens, et même, d'ailleurs, les États-Unis ont été, d'ailleurs, aussi impliqués,
03:56qui participent à ces exercices-là.
03:59Au niveau 1000-1000, c'est-à-dire militaire-militaire, la coopération internationale marche plutôt bien.
04:04La guerre a beaucoup changé.
04:07On a vu ça avec l'Ukraine.
04:10Le rôle que jouent, par exemple, les drones.
04:13Est-ce qu'on serait capable, demain, de produire en quantité industrielle des drones prêts à combattre, par exemple, nous,
04:20les Français ?
04:21Alors, en fait, l'enjeu, et ça a été démontré par le ministère des Armées, c'est moins, finalement, d
04:26'avoir des drones en stock,
04:28alors c'est intéressant pour l'entraînement, que d'avoir la capacité à monter en gamme et à produire les
04:33drones dont on aura besoin.
04:34L'Ukraine nous a démontré une chose, c'est que si vous avez des drones uniquement en stock et que
04:39vous ne les utilisez pas,
04:40au bout de six semaines, en moyenne, ils sont bons à mettre à la poubelle, littéralement.
04:43Donc, ça ne sert à rien de produire trop vite, trop tôt.
04:46Exactement. Ce qu'il nous faut, c'est avoir la capacité industrielle.
04:49Et cet exercice-là, Orion, il nous permet aussi de montrer, un, ce dont on a besoin,
04:54et deux, le lien avec l'industrie de défense, mais aussi avec des industries civiles qui seraient capables de monter
04:59en gamme.
05:00En Ukraine, vous avez des dronistes qui, à la fois, sont capables d'aller chercher des drones,
05:05qui sont faits, tout simplement, à la maison par des personnes, finalement, comme vous et moi,
05:09qui mettent de leur cuisine au-dessus de leur frigo, simplement des imprimantes 3D,
05:13et qui impriment des pièces de drones.
05:15Ils impriment les pièces, oui.
05:16Cédric ?
05:16Moi, j'ai une question, pardon, mais toute bête, pourquoi Orion ?
05:18On pense Constellation, c'est quoi ? Il y a un rapport avec l'espace ? Pourquoi ce nom-là
05:22?
05:22Non, alors, en fait, je ne vous ferai pas la totalité, mais Orion, c'est en fait un acronyme.
05:26Ah oui, d'accord.
05:27Qui, en fait, le R, c'est pour résilience, le O, c'est pour opération,
05:32et puis vous avez derrière le I de interopérable, le N de intensité,
05:38et puis, finalement, vous avez aussi la question de l'innovation.
05:41Donc, en fait, cet acronyme, il démontre, finalement, la gamme des capacités
05:45sur lesquelles l'armée française est capable de jouer.
05:48Merci beaucoup.
05:49Merci d'avoir été notre invité ce matin, Guillaume Lascon-Jarias.
05:52Je rappelle que vous êtes historien militaire, professeur associé à Sorbonne Université,
05:56et que vous signez un article sur la guerre hybride dans la revue internationale et stratégique.
06:01Merci beaucoup.
06:02Merci.
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