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  • il y a 10 minutes
Au 56e jour de conflit, les négociations se poursuivent entre Américains et Iraniens autour du détroit d'Ormuz. Des discussions sous haute tension, alors que les deux pays assurent avoir repris le contrôle de la zone après plusieurs arraisonnements de navires ces derniers jours. On fait le point avec Antoine Basbous, politologue, associé chez Forward Global et directeur de l'Observatoire des pays arabes.
Regardez L'invité de RTL Soir avec Vincent Parizot du 24 avril 2026.

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Transcription
00:01L'invité d'RTL Soir
00:04L'invité d'RTL Soir est Antoine Bassebousse, bonsoir.
00:07Bonsoir monsieur.
00:08Politologue associé chez Forward Global, directeur de l'Observatoire des Pays Arabes.
00:13Merci d'être avec nous pour décrypter cette situation.
00:1656 jours de guerre entre l'Iran et les Etats-Unis.
00:19Donald Trump qui a finalement opté pour une tréva durée indéterminée avec Téhéran.
00:24Alors le ministre des Affaires étrangères iranien va au Pakistan,
00:27mais rien ne dit que les discussions vont reprendre.
00:30Et pour l'instant la situation est figée avec un détroit d'Hormuz bloqué.
00:35Est-ce qu'on va vers l'enlisement ? Est-ce que cette situation peut durer ?
00:41Écoutez, je pense que les deux belligérants sont au milieu du guet
00:45et que monsieur Trump n'a pas beaucoup de choix que d'avancer
00:50parce que sinon il s'enlise et l'enlisement c'est son ennemi.
00:54Alors pour sortir de l'enlisement, il peut sortir par le haut ou par le bas.
00:59Par le bas en disant, j'ai éliminé l'ayatollah Khamenei et son état-major,
01:05j'ai détruit la flotte et l'aviation et les radars,
01:08j'ai détruit les capacités de l'Iran.
01:11Et sortir par le haut, ça veut dire poursuivre, relancer, reprendre les bombardements
01:19et forcer l'Iran à venir à la table des négociations en tenant compte du rapport de force.
01:25Aujourd'hui, les Iraniens font comme s'il y a parité entre deux belligérants qui sont à égalité.
01:33Je vous bloque, vous me bloquez, on est égaux en quelque sorte.
01:38Et donc ça, ça ne convient pas aux Etats-Unis, mais ça convient très bien aux Iraniens.
01:43Mais quand Donald Trump dit, parce qu'il l'a dit, moi j'ai tout mon temps, c'est pas
01:48vrai.
01:49Ce n'est pas vrai du tout, sauf qu'il ne va pas dire que je prépare la reprise des
01:57bombardements.
01:58Rappelez-vous qu'en l'an 2020, quand il a frappé et éliminé le général Soleimani à l'aéroport de
02:07Bagdad,
02:07il ne l'avait pas annoncé.
02:08Rappelez-vous qu'en juin dernier, quand il a envoyé les B2 bombarder les sites nucléaires iraniens,
02:15il ne l'avait pas annoncé.
02:16Et même le 28 février dernier, il n'avait pas annoncé qu'il allait attaquer, éliminer l'ayatollah Khamenei et
02:24son état-major.
02:25Donc Trump trompe en quelque sorte ceux qui l'écoutent et agit selon un agenda caché.
02:33Personnellement, je n'ai pas encore trouvé un décodeur Trump qui soit valide.
02:38Cela dit, s'il y a une reprise des frappes, voire des négociations,
02:42rien ne dit que le détroit d'Hormuz sera dégagé, débloqué à court terme.
02:48Mais sans frappe, sans rappel du rapport de force,
02:52la vocation de l'actuelle situation est de durer éternellement.
02:59S'il n'y a pas une action de force pour rappeler le rapport de force et débloquer les négociations,
03:07puis le détroit, il ne se passe rien et l'économie mondiale sera étranglée davantage
03:15avec un choc pétrolier, un choc financier qui a commencé à faire ses effets.
03:19C'est ça la grande arme des Iraniens aujourd'hui ?
03:22La grande arme des Iraniens, c'est qu'ils savent contourner les sanctions.
03:27Ils ont été frappés par un millefeuille de sanctions depuis l'existence du régime,
03:32donc depuis 47 ans.
03:34Ils n'ont pas d'échéance, ils n'ont pas d'opinion publique, ils n'ont pas d'élection.
03:38C'est un régime théocratique dont le chef est Wali Yil-Faqih,
03:44c'est-à-dire le vicaire du prophète sur terre.
03:46Il n'a de compte à rendre qu'aux prophètes.
03:48Donc de ce fait, il est blindé en quelque sorte face à un Donald Trump
03:53qui regarde tous les jours monter le prix de l'essence chez lui
04:01et que les sondages sont mauvais et que le mid-terme, c'est dans six mois.
04:06Donc il y en a un qui n'a de compte à rendre qu'aux prophètes
04:10et l'autre qui a un compte à rendre à son peuple et à ses échéances.
04:16N'empêche, la résistance, voire la résilience iranienne,
04:21est-ce que c'est une surprise à Washington, peut-être aussi à Tel Aviv d'ailleurs ?
04:26On misait clairement sur une chute du régime
04:29après l'avoir décapité et décapité à plusieurs niveaux.
04:34Cette chute, elle n'est pas intervenue,
04:36y compris après la mise, disons, hors-circuit des Moustaba Kramenei.
04:41Oui, le régime, il se succède à lui-même.
04:45Les personnes qui sont mortes sont considérées comme des shahids,
04:50c'est-à-dire comme des martyrs qui vont retrouver le paradis aux côtés du Mahdi.
04:57Et donc la perte des hommes n'a pas le même sens auprès des Américains,
05:02des Occidentaux en général, et auprès de la Molarchie iranienne.
05:08C'est ça qui rend insensible aux pertes le côté iranien des belligérants.
05:15Mais qu'est-ce qui pourrait changer ?
05:18Qu'est-ce qu'une reprise des frappes américaines pourrait changer ?
05:22Est-ce qu'il y a, selon les informations dont vous disposez, Antoine Basbous,
05:28un début de dichotomie au sein du pouvoir iranien ?
05:33Le fait que M. Kalibaf, le président du Mejles, qui a mené les négociations à Islamabad 1,
05:40ne soit plus dans la délégation, et apparemment il serait remplacé par M. Jalili,
05:45qui ne fait pas le voyage d'Islamabad comme le ministre des Affaires étrangères à Ragji,
05:51laisse penser qu'il y a une division au sein du régime entre les ultra-radicaux et les radicaux.
05:57Ce n'est pas que M. Kalibaf est un modéré, loin de là,
06:03sauf qu'il y a plus extrémistes que lui qui ont pris la main,
06:09qui sont autour du chef des passe-d'arrants, M. Wahidi,
06:13qui mène la danse aujourd'hui à Téhéran,
06:17alors que le nouveau guide suprême,
06:21il est dans un état qui ne lui permet pas de commander,
06:25parce qu'apparemment il est non présentable devant la télé,
06:29et il est incapable de se prononcer,
06:32de prononcer un discours, on le lit pour lui,
06:36et donc il est dans un état qui, je crois,
06:39ne lui permet pas de donner la preuve qu'il est encore en vie ou encore valide.
06:45Mais si ce sont les ultra-radicaux, comme vous le dites, Antoine Bassebousse,
06:48qui semblent aujourd'hui avoir la main à Téhéran,
06:53ce n'est pas très bon signe dans la perspective d'une négociation
06:57et d'un accord, d'un éventuel accord qui pourrait être trouvé à Islamabad.
07:02Donc dans ces cas-là, il n'y a que la deuxième option que vous évoquiez,
07:05à savoir les frappes, de nouveau la reprise des frappes américaines.
07:09Je crois qu'on est dans une situation d'impasse,
07:12et que pour débloquer l'impasse, il faut rappeler le rapport de force
07:15et que les Américains vont envoyer leur armada frapper à nouveau
07:21ce qui reste des infrastructures militaires du régime,
07:26voire parfois civiles.
07:28Les Russes, aujourd'hui, ont dit que la centrale nucléaire de Bouchard,
07:32c'est une centrale qui produit de l'électricité,
07:36était menacée.
07:37Ils avaient déjà évacué plus de 200 personnes et leurs familles.
07:41Il en reste une vingtaine dans cette centrale.
07:44Donc je ne crois pas qu'on soit très loin d'une reprise de la confrontation
07:50pour rappeler aux Iraniens que le maître du jeu,
07:54le rapport de force est en faveur des Américains
07:57et qu'il va falloir qu'ils cèdent sur ce qu'il leur est demandé.
08:01D'ailleurs, les pays de la région sont tous attachés à ce que ce régime
08:07qui les a tellement fait endurer depuis 47 ans soit enfin évincé.
08:14Il y va de la paix régionale, il y va de la stabilité régionale,
08:18non seulement pour Israël, le Liban, l'Irak,
08:21mais également pour les monarchies du Golfe.
08:23Et du peuple iranien ?
08:25Évidemment, le peuple iranien est le premier concerné.
08:28En deux jours, le régime avait fait en janvier dernier,
08:33le 8 et le 9 janvier,
08:35entre 30 et 40 000 morts tués, massacrés à la mitrailleuse
08:40dans les grandes villes.
08:42Donc le peuple iranien sera le premier soulagé,
08:45mais pas que le peuple iranien.
08:47Tous les pays du voisinage le seront également.
08:51Merci beaucoup, en tout cas, de cette lecture,
08:54de ce décryptage d'une situation toujours assez confuse,
08:57on l'a compris, après 56 jours de guerre.
09:01Merci Antoine Bassebousse,
09:04politologue associé chez Forward Global, je le rappelle,
09:07et directeur de l'Observatoire des Pays Arabes.
09:09Dans un instant, un peu de douceur tout de même,
09:11avec les cerfs-volants de Berck,
09:13mais aussi la fête des librairies indépendantes
09:15et le zappeur RTL.
09:17A tout de suite.
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