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  • il y a 2 jours
Réélu maire des Abymes pour la troisième fois consécutive dès le premier tour le 22 mars dernier, Eric Jalton était jugé ce mardi 21 avril 2026 devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre pour trafic d’influence passif. Une peine de 18 mois d'emprisonnement avec sursis, 30 000 euros d'amende et une peine complémentaire de 5 ans d'inéligibilité ont été requise à l'encontre de l'élu. Sans exécution provisoire demandée. Au risque de provoquer le tribunal, le chef d'édilité, ayant la parole en dernier, à indiqué à la barre : "Je suis innocent. Responsable mais pas coupable. Ne soyez pas complices en contournant le résultat des urnes. Ne prenez pas une décision injuste. Pensez au peuple ! " Le jugement a été mis en délibéré au 30 juin prochain. A travers ce compte rendu de -Richard GARNIER-, comprenez pourquoi le maire abymien risque de se retrouver éventuellement en délicatesse face à son mandat électif.

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00:07Près de 7h durant, dans la salle remplie des soutiens du maire Amimien réélu, le tribunal
00:12correctionnel de Pointe-à-Pitre a examiné le dossier de trafic d'influence passif visant
00:16Éric Jalton aux côtés de deux coprévenus. Renvoyé à cette audience après sa réélection
00:21municipale, l'affaire a finalement été maintenue, la demande de renvoi déposée par
00:25l'entrepreneur Silver Fifi ayant été rejetée. Son dossier à lui était 10 juin. Les faits
00:31reprochés s'inscriraient, selon l'accusation, dans un système d'échange réciproque entre
00:35le chef d'entreprise et l'élu dans le cadre de la campagne des élections municipales
00:39de 2014. Douze ans plus tard, le tribunal s'est penché sur ses soupçons, également articulés
00:45autour du rôle de l'ancien mandataire financier France Velaïodome. L'enquête évoque notamment
00:51un marché public d'entretien de la voirie, attribué puis reconduit par le maire à la
00:55société STGC, dirigée par Silver Fifi. A cette période, à la section de Caracosabim,
01:02l'entreprise FPRB, sous-traitante de STGC, réalisait des travaux de pose d'enrobés.
01:09Plusieurs riverains avaient alors bénéficié sans frais de goudronnage de leurs accès à
01:14quelques semaines du premier tour. Les magistrats s'intéressent à ce marché qui aurait donné
01:18lieu à des surfacturations évaluées à plus d'un million deux cent mille euros. En 2014 déjà,
01:24la liste conduite par Éric Jalton avait été élue dès le premier tour, dans un contexte électoral
01:29marqué par une plainte déposée le 7 mars de cette même année par son principal adversaire Olivier
01:34Servat. Une partie civile dont l'avocat n'entend surtout pas placer ce procès sur le terrain politique,
01:40mais bien juridique. Pas du tout. Il a été évoqué par la partie adverse que ce serait une tribune
01:47politique de la partie civile. Sauf que, comme je l'ai fait remarquer au tribunal, la couleur qui
01:52prédominait dans la salle, c'était le jaune. Le jaune des partisans d'Éric Jalton qui l'avait invité à
01:59plusieurs reprises à venir le soutenir. La tribune politique, elle a été faite par la défense d'Éric
02:05Jalton et absolument pas par moi. Et vous avez insisté sur son attitude assez étonnante. Alors moi,
02:10j'ai relevé le fait qu'il était assis sur le banc de la partie civile. Ça aussi, c'est
02:13quand même
02:13assez étonnant. Quand on dit qu'on est innocent, on peut peut-être essayer d'envoyer un message
02:17subliminal en disant qu'on est la victime de ce dossier. Il y a aussi le fait qu'on sort
02:23quand on veut,
02:24on interrompt le tribunal. Vous avez souligné la défense, visiblement, employé des termes assez
02:29durs contre vous. On a tous les pouvoirs. On est omnipotent, on est le maire de la principale
02:35commune des habits, mais on n'a pas l'habitude de la contradiction, surtout. Et quand la contradiction
02:40arrive, même de la part d'un procureur de la République, on est incapable de l'accepter. A fortiori
02:45de l'avocat de la partie civile. Et c'est vrai que, comme je le disais, j'ai l'habitude
02:51des dossiers
02:51tendu avec des gros dossiers de stupéfiants, de braquages, de meurtres. Et dans ces dossiers,
02:58on n'a souvent pas ce genre d'attitude. Alors, voilà, ça interpelle de voir que le maire
03:04de la principale commune des habits est capable, dans une enceinte judiciaire, c'est pas n'importe
03:09où, dans une enceinte judiciaire, de se comporter comme un seigneur tout-puissant, sans limite,
03:15sans contradiction. C'est même inquiétant, finalement.
03:18À la limite du respect, bien évidemment, puisqu'il se permet aussi de parler pendant
03:23les plaidoiries, notamment la vôtre.
03:25Il n'a pas de limite. On a presque fait une plaidoirie à deux, puisqu'il ajoutait à ce
03:31que je disais, c'était même très intéressant, puisque ça renforçait souvent ce que j'avais
03:35à dire. Non, c'est quelqu'un qui est incapable de se contrôler, qui est incapable de laisser
03:41les autres s'exprimer. Sauf, en revanche, quand on lui pose des questions. Parce que là,
03:46bizarrement, quand on lui pose des questions, eh bien, je ne sais pas, ce sont les responsables,
03:53c'est le service technique, moi, je ne sais pas, ce n'est pas mon travail. Et puis, jusqu'à
03:58même décider, finalement, de garder le silence, c'est particulier quand même. Bien sûr que
04:03c'est un droit. On a le droit de garder le silence. Mais quand on veut prouver son innocence
04:06et qu'on n'a rien à se reprocher et qu'on est maire d'une grande ville, moi, je
04:11n'ai jamais
04:11vu ça. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec ce profil garder le silence. Alors, il ne l'a
04:16pas fait cette fois-ci, mais la dernière fois, il avait bien rappelé qu'il se levait, il
04:21sortait quand il voulait parce qu'il avait un certain tempérament, il était impatient,
04:26avait-il dit. Là, il ne l'a pas osé le redire, mais il l'a fait. Il l'a
04:29dit, peut-être
04:29que vous n'étiez pas là. Il l'a dit. Alors, ce sont des impatiences. Il a fourni un certificat
04:35médical qui explique qu'il a des troubles neurologiques, qu'il a eu un accident vasculaire
04:41cérébral. En gros, le maire des habits nous dit aujourd'hui que sa santé est très fragile
04:46et qu'il ne peut pas rester en place ni assis ni debout pendant plus de quelques minutes.
04:51Ce n'est pas le propos, mais je m'interroge quand même même à sa capacité à continuer
04:56à exercer ses fonctions. On ne l'a pas dit, mais votre client, bien
04:59évidemment, on l'a compris, c'est Olivier Sarra. Oui, bien sûr. Et c'est lui qui a initié
05:03toute... Alors, c'est lui qui a initié la plainte en 2014 parce que les élections
05:08avaient été faussées par le fait qu'il soit utilisé les moyens de la commune et
05:14donc l'argent de la commune pour faire des travaux chez des particuliers. Ça a été
05:18reconnu par la procédure. 19 000 euros de dépenses publiques au profit de
05:23particuliers. Ça fausse nécessairement les élections. Et à l'occasion de l'enquête
05:28qui avait été ouverte en 2014, on a tiré un fil. Et de ce fil, on est arrivé à l
05:35'infraction
05:36qui était reprochée aujourd'hui. Et dans le langage populaire, il est dit depuis plus
05:40de 20 ans que quand les élections arrivent aux abîmes, les rues sont refaites.
05:44Oui, c'est une évidence. Alors que les rues soient refaites, les rues...
05:49Oui, ça peut bénéficier à tout le monde. C'est pas une infraction pénale.
05:52Bien sûr, ça n'est pas. En revanche, de faire les routes de particuliers pour les
05:56influencer. Là, ça le devient. À l'audience, Éric Jalton a occupé une
06:00large place dans les échanges. Entouré de nombreux soutiens, il est apparu
06:04pendant plusieurs heures sur le banc réservé au Parti civil, alors qu'il aurait dû
06:07se comparaitre sur celui des prévenus. Se présentant à la barre, il a déclaré
06:12« Je suis innocent, je suis un honnête homme ». L'édile a ensuite multiplié les
06:17interventions, coupant parfois la parole au magistrat, éludant certaines questions
06:20ou invoquant son droit au silence, avant de développer de longues réponses.
06:25Interrogé sur les procédures de passation des marchés, il a répondu qu'il n'était
06:29pas un expert et que ses collaborateurs présents dans la salle pouvaient être entendus à
06:34sa place. L'audition a été rapidement interrompue, la présidente l'invitant à
06:38regagner le banc. Au fil de l'audience, Éric Jalton s'est plusieurs fois levé pour
06:43sortir puis revenir dans la salle, expliquant, comme lors du précédent renvoi, qu'il supporte
06:48difficilement la durée des débats. Une attitude qui a contribué à faire de l'audience une
06:52tribune politique, autant qu'un procès pénal. Le ministère public a requis à son
06:57rencontre 18 mois d'emprisonnement avec sursis, une amende de 30 000 euros ainsi que
07:01une peine d'inéligibilité de 5 ans. L'un de ses avocats a similé les débats à un
07:06véritable jeu de Martin Gall.
07:09« Oui, parce que tout simplement, on est dans un dossier où tout ce qui a été déjà
07:14tranché et jugé revient à la surface comme si ça n'avait jamais existé. Vous ne pouvez
07:21pas venir dire aujourd'hui « je me constitue partie civile parce que j'ai un préjudice »
07:25alors que les faits pour lesquels vous êtes constitué partie civile ont donné lieu,
07:30si j'ose dire, à un non-lieu. Vous ne pouvez pas venir dire « il y a un million
07:34qui a disparu,
07:35vous ne l'avez pas demandé, vous n'êtes pas constitué pour la commune », alors que
07:39vous, si vous vouliez vous constituer, c'est seul juge administratif, il faut demander
07:42une tournation de plaider. Vous ne l'avez pas fait. Et en plus, il y a eu une décision
07:46du juge d'instruction pour rejeter ce moyen. Donc les arguments que vous soulevez, ils
07:51sont à la fois déjà tranchés ou ils sont hors-jeu. Ça me paraît être quand même
07:57une façon de procéder qui consiste en réalité à tordre la vérité, et c'est de la
08:04poudre aux yeux. Donc la juridiction, elle voit ce qui a été tranché, elle sait ce
08:08qui a été jugé. Et quand vous venez de le lui dire et que ça devient un élément
08:12et un sujet dans la procédure, c'est une façon en fait de sortir du jeu, rester dans
08:17le jeu.
08:18En Suma, il y avait bien sûr ce combat politique éternel entre Olivier Servat,
08:22Parti civile justement, il faut le citer, et votre client Éric Jalton. Est-ce que vous
08:27ne pensez pas avoir remis ça sur le tapis en disant que c'était une façon par la justice
08:32de condamner quelqu'un qui a gagné aux élections ? C'est quelque chose que le tribunal peut
08:37recevoir. Et M. Jalton l'a dit à la fin, vous pensez qu'elle est opportune cette intervention ?
08:43Non, enfin oui et non. C'est-à-dire que, évidemment, quand par exemple, d'abord leurs rapports sont
08:49tout à fait dégradés. Ce sont des personnes qui ne s'entendent pas, qui ont des relations
08:53difficiles. Et d'ailleurs, vous voyez le problème de ce témoin qui était en quelque sorte pour,
09:01ensuite contre, et donc en fait qu'il n'a aucune crédibilité, fait la preuve que tous les coups sont
09:06permis. Et finalement, ça donne quoi quand tous les coups sont permis ? C'est qu'une des parties
09:11se sent dans une situation où elle estime qu'on veut à tout prix sa tête... Vous savez ce que
09:20disait Peter Rustinov ? Même les paranoïaques ont des ennemis.
09:25Oui, mais enfin, ce que je veux dire simplement, c'est qu'avoir demandé à la fin, rendu ce jugement
09:31pour le peuple guadeloupéen, non, c'est pour le peuple abimien en l'occurrence. Et c'est une affaire
09:34abimienne. Et le tribunal ne se penche pas sur ça. C'est pas son problème.
09:39Mais c'est justement le décalage entre le regard qu'a M. Jalton sur la justice et comme beaucoup de
09:48nos
09:48compatriotes, comme beaucoup de justiciables et la façon dont ça fonctionne. Lui, il voit ça à travers
09:54le prisme de ce qu'il ressent et ce que je peux comprendre. Mais c'est aussi le fait de
10:01quelqu'un qui est
10:01franc du connu. Donc après, que ça soit inopportun, c'est possible. Que ça soit malvenu, la juridiction
10:10saura faire la part des choses. C'est pas vraiment le sujet. Et en réalité, on était hors sujet
10:17pendant très longtemps. On y est revenu. On a parlé de ce qui était dans le dossier, de ce qui
10:23était
10:23à trancher. Il appartient à la juridiction de se recentrer dessus. Le reste, qu'est-ce que vous voulez ?
10:28C'est ce qu'on appelle l'atmosphère d'audience. C'est l'effet d'atmosphère.
10:34Et Eric Jalton, par les yeux, en a gagné trois fois de suite.
10:36Voilà. Et ça aussi, c'est une vérité. Il faut que les vérités demeurent, qu'elles soient
10:41installées et qu'à un moment ou un autre, on passe à autre chose. Parce que franchement,
10:462013-2014, on est en 2026. C'est pas lui qui a fait que cette affaire vienne aujourd'hui.
10:52Si elle vient aujourd'hui, c'est qu'il y a des questions à se poser sur la façon dont
10:55la justice fonctionne.
10:56Ayant la parole en dernier, Eric Jalton n'a pas pu s'empêcher de livrer une nouvelle diatribe
10:59après avoir affirmé à quatre reprises « je suis innocent ». Il l'a ponctué ainsi
11:04en interpellant les juges. Ne soyez pas complices en contournant le résultat des urnes.
11:08Ne prenez pas une décision injuste. Pensez au peuple. Le jugement du tribunal a été
11:13mis en délibéré au 30 juin prochain.
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