00:07Près de 7h durant, dans la salle remplie des soutiens du maire Amimien réélu, le tribunal
00:12correctionnel de Pointe-à-Pitre a examiné le dossier de trafic d'influence passif visant
00:16Éric Jalton aux côtés de deux coprévenus. Renvoyé à cette audience après sa réélection
00:21municipale, l'affaire a finalement été maintenue, la demande de renvoi déposée par
00:25l'entrepreneur Silver Fifi ayant été rejetée. Son dossier à lui était 10 juin. Les faits
00:31reprochés s'inscriraient, selon l'accusation, dans un système d'échange réciproque entre
00:35le chef d'entreprise et l'élu dans le cadre de la campagne des élections municipales
00:39de 2014. Douze ans plus tard, le tribunal s'est penché sur ses soupçons, également articulés
00:45autour du rôle de l'ancien mandataire financier France Velaïodome. L'enquête évoque notamment
00:51un marché public d'entretien de la voirie, attribué puis reconduit par le maire à la
00:55société STGC, dirigée par Silver Fifi. A cette période, à la section de Caracosabim,
01:02l'entreprise FPRB, sous-traitante de STGC, réalisait des travaux de pose d'enrobés.
01:09Plusieurs riverains avaient alors bénéficié sans frais de goudronnage de leurs accès à
01:14quelques semaines du premier tour. Les magistrats s'intéressent à ce marché qui aurait donné
01:18lieu à des surfacturations évaluées à plus d'un million deux cent mille euros. En 2014 déjà,
01:24la liste conduite par Éric Jalton avait été élue dès le premier tour, dans un contexte électoral
01:29marqué par une plainte déposée le 7 mars de cette même année par son principal adversaire Olivier
01:34Servat. Une partie civile dont l'avocat n'entend surtout pas placer ce procès sur le terrain politique,
01:40mais bien juridique. Pas du tout. Il a été évoqué par la partie adverse que ce serait une tribune
01:47politique de la partie civile. Sauf que, comme je l'ai fait remarquer au tribunal, la couleur qui
01:52prédominait dans la salle, c'était le jaune. Le jaune des partisans d'Éric Jalton qui l'avait invité à
01:59plusieurs reprises à venir le soutenir. La tribune politique, elle a été faite par la défense d'Éric
02:05Jalton et absolument pas par moi. Et vous avez insisté sur son attitude assez étonnante. Alors moi,
02:10j'ai relevé le fait qu'il était assis sur le banc de la partie civile. Ça aussi, c'est
02:13quand même
02:13assez étonnant. Quand on dit qu'on est innocent, on peut peut-être essayer d'envoyer un message
02:17subliminal en disant qu'on est la victime de ce dossier. Il y a aussi le fait qu'on sort
02:23quand on veut,
02:24on interrompt le tribunal. Vous avez souligné la défense, visiblement, employé des termes assez
02:29durs contre vous. On a tous les pouvoirs. On est omnipotent, on est le maire de la principale
02:35commune des habits, mais on n'a pas l'habitude de la contradiction, surtout. Et quand la contradiction
02:40arrive, même de la part d'un procureur de la République, on est incapable de l'accepter. A fortiori
02:45de l'avocat de la partie civile. Et c'est vrai que, comme je le disais, j'ai l'habitude
02:51des dossiers
02:51tendu avec des gros dossiers de stupéfiants, de braquages, de meurtres. Et dans ces dossiers,
02:58on n'a souvent pas ce genre d'attitude. Alors, voilà, ça interpelle de voir que le maire
03:04de la principale commune des habits est capable, dans une enceinte judiciaire, c'est pas n'importe
03:09où, dans une enceinte judiciaire, de se comporter comme un seigneur tout-puissant, sans limite,
03:15sans contradiction. C'est même inquiétant, finalement.
03:18À la limite du respect, bien évidemment, puisqu'il se permet aussi de parler pendant
03:23les plaidoiries, notamment la vôtre.
03:25Il n'a pas de limite. On a presque fait une plaidoirie à deux, puisqu'il ajoutait à ce
03:31que je disais, c'était même très intéressant, puisque ça renforçait souvent ce que j'avais
03:35à dire. Non, c'est quelqu'un qui est incapable de se contrôler, qui est incapable de laisser
03:41les autres s'exprimer. Sauf, en revanche, quand on lui pose des questions. Parce que là,
03:46bizarrement, quand on lui pose des questions, eh bien, je ne sais pas, ce sont les responsables,
03:53c'est le service technique, moi, je ne sais pas, ce n'est pas mon travail. Et puis, jusqu'à
03:58même décider, finalement, de garder le silence, c'est particulier quand même. Bien sûr que
04:03c'est un droit. On a le droit de garder le silence. Mais quand on veut prouver son innocence
04:06et qu'on n'a rien à se reprocher et qu'on est maire d'une grande ville, moi, je
04:11n'ai jamais
04:11vu ça. Je n'ai jamais vu quelqu'un avec ce profil garder le silence. Alors, il ne l'a
04:16pas fait cette fois-ci, mais la dernière fois, il avait bien rappelé qu'il se levait, il
04:21sortait quand il voulait parce qu'il avait un certain tempérament, il était impatient,
04:26avait-il dit. Là, il ne l'a pas osé le redire, mais il l'a fait. Il l'a
04:29dit, peut-être
04:29que vous n'étiez pas là. Il l'a dit. Alors, ce sont des impatiences. Il a fourni un certificat
04:35médical qui explique qu'il a des troubles neurologiques, qu'il a eu un accident vasculaire
04:41cérébral. En gros, le maire des habits nous dit aujourd'hui que sa santé est très fragile
04:46et qu'il ne peut pas rester en place ni assis ni debout pendant plus de quelques minutes.
04:51Ce n'est pas le propos, mais je m'interroge quand même même à sa capacité à continuer
04:56à exercer ses fonctions. On ne l'a pas dit, mais votre client, bien
04:59évidemment, on l'a compris, c'est Olivier Sarra. Oui, bien sûr. Et c'est lui qui a initié
05:03toute... Alors, c'est lui qui a initié la plainte en 2014 parce que les élections
05:08avaient été faussées par le fait qu'il soit utilisé les moyens de la commune et
05:14donc l'argent de la commune pour faire des travaux chez des particuliers. Ça a été
05:18reconnu par la procédure. 19 000 euros de dépenses publiques au profit de
05:23particuliers. Ça fausse nécessairement les élections. Et à l'occasion de l'enquête
05:28qui avait été ouverte en 2014, on a tiré un fil. Et de ce fil, on est arrivé à l
05:35'infraction
05:36qui était reprochée aujourd'hui. Et dans le langage populaire, il est dit depuis plus
05:40de 20 ans que quand les élections arrivent aux abîmes, les rues sont refaites.
05:44Oui, c'est une évidence. Alors que les rues soient refaites, les rues...
05:49Oui, ça peut bénéficier à tout le monde. C'est pas une infraction pénale.
05:52Bien sûr, ça n'est pas. En revanche, de faire les routes de particuliers pour les
05:56influencer. Là, ça le devient. À l'audience, Éric Jalton a occupé une
06:00large place dans les échanges. Entouré de nombreux soutiens, il est apparu
06:04pendant plusieurs heures sur le banc réservé au Parti civil, alors qu'il aurait dû
06:07se comparaitre sur celui des prévenus. Se présentant à la barre, il a déclaré
06:12« Je suis innocent, je suis un honnête homme ». L'édile a ensuite multiplié les
06:17interventions, coupant parfois la parole au magistrat, éludant certaines questions
06:20ou invoquant son droit au silence, avant de développer de longues réponses.
06:25Interrogé sur les procédures de passation des marchés, il a répondu qu'il n'était
06:29pas un expert et que ses collaborateurs présents dans la salle pouvaient être entendus à
06:34sa place. L'audition a été rapidement interrompue, la présidente l'invitant à
06:38regagner le banc. Au fil de l'audience, Éric Jalton s'est plusieurs fois levé pour
06:43sortir puis revenir dans la salle, expliquant, comme lors du précédent renvoi, qu'il supporte
06:48difficilement la durée des débats. Une attitude qui a contribué à faire de l'audience une
06:52tribune politique, autant qu'un procès pénal. Le ministère public a requis à son
06:57rencontre 18 mois d'emprisonnement avec sursis, une amende de 30 000 euros ainsi que
07:01une peine d'inéligibilité de 5 ans. L'un de ses avocats a similé les débats à un
07:06véritable jeu de Martin Gall.
07:09« Oui, parce que tout simplement, on est dans un dossier où tout ce qui a été déjà
07:14tranché et jugé revient à la surface comme si ça n'avait jamais existé. Vous ne pouvez
07:21pas venir dire aujourd'hui « je me constitue partie civile parce que j'ai un préjudice »
07:25alors que les faits pour lesquels vous êtes constitué partie civile ont donné lieu,
07:30si j'ose dire, à un non-lieu. Vous ne pouvez pas venir dire « il y a un million
07:34qui a disparu,
07:35vous ne l'avez pas demandé, vous n'êtes pas constitué pour la commune », alors que
07:39vous, si vous vouliez vous constituer, c'est seul juge administratif, il faut demander
07:42une tournation de plaider. Vous ne l'avez pas fait. Et en plus, il y a eu une décision
07:46du juge d'instruction pour rejeter ce moyen. Donc les arguments que vous soulevez, ils
07:51sont à la fois déjà tranchés ou ils sont hors-jeu. Ça me paraît être quand même
07:57une façon de procéder qui consiste en réalité à tordre la vérité, et c'est de la
08:04poudre aux yeux. Donc la juridiction, elle voit ce qui a été tranché, elle sait ce
08:08qui a été jugé. Et quand vous venez de le lui dire et que ça devient un élément
08:12et un sujet dans la procédure, c'est une façon en fait de sortir du jeu, rester dans
08:17le jeu.
08:18En Suma, il y avait bien sûr ce combat politique éternel entre Olivier Servat,
08:22Parti civile justement, il faut le citer, et votre client Éric Jalton. Est-ce que vous
08:27ne pensez pas avoir remis ça sur le tapis en disant que c'était une façon par la justice
08:32de condamner quelqu'un qui a gagné aux élections ? C'est quelque chose que le tribunal peut
08:37recevoir. Et M. Jalton l'a dit à la fin, vous pensez qu'elle est opportune cette intervention ?
08:43Non, enfin oui et non. C'est-à-dire que, évidemment, quand par exemple, d'abord leurs rapports sont
08:49tout à fait dégradés. Ce sont des personnes qui ne s'entendent pas, qui ont des relations
08:53difficiles. Et d'ailleurs, vous voyez le problème de ce témoin qui était en quelque sorte pour,
09:01ensuite contre, et donc en fait qu'il n'a aucune crédibilité, fait la preuve que tous les coups sont
09:06permis. Et finalement, ça donne quoi quand tous les coups sont permis ? C'est qu'une des parties
09:11se sent dans une situation où elle estime qu'on veut à tout prix sa tête... Vous savez ce que
09:20disait Peter Rustinov ? Même les paranoïaques ont des ennemis.
09:25Oui, mais enfin, ce que je veux dire simplement, c'est qu'avoir demandé à la fin, rendu ce jugement
09:31pour le peuple guadeloupéen, non, c'est pour le peuple abimien en l'occurrence. Et c'est une affaire
09:34abimienne. Et le tribunal ne se penche pas sur ça. C'est pas son problème.
09:39Mais c'est justement le décalage entre le regard qu'a M. Jalton sur la justice et comme beaucoup de
09:48nos
09:48compatriotes, comme beaucoup de justiciables et la façon dont ça fonctionne. Lui, il voit ça à travers
09:54le prisme de ce qu'il ressent et ce que je peux comprendre. Mais c'est aussi le fait de
10:01quelqu'un qui est
10:01franc du connu. Donc après, que ça soit inopportun, c'est possible. Que ça soit malvenu, la juridiction
10:10saura faire la part des choses. C'est pas vraiment le sujet. Et en réalité, on était hors sujet
10:17pendant très longtemps. On y est revenu. On a parlé de ce qui était dans le dossier, de ce qui
10:23était
10:23à trancher. Il appartient à la juridiction de se recentrer dessus. Le reste, qu'est-ce que vous voulez ?
10:28C'est ce qu'on appelle l'atmosphère d'audience. C'est l'effet d'atmosphère.
10:34Et Eric Jalton, par les yeux, en a gagné trois fois de suite.
10:36Voilà. Et ça aussi, c'est une vérité. Il faut que les vérités demeurent, qu'elles soient
10:41installées et qu'à un moment ou un autre, on passe à autre chose. Parce que franchement,
10:462013-2014, on est en 2026. C'est pas lui qui a fait que cette affaire vienne aujourd'hui.
10:52Si elle vient aujourd'hui, c'est qu'il y a des questions à se poser sur la façon dont
10:55la justice fonctionne.
10:56Ayant la parole en dernier, Eric Jalton n'a pas pu s'empêcher de livrer une nouvelle diatribe
10:59après avoir affirmé à quatre reprises « je suis innocent ». Il l'a ponctué ainsi
11:04en interpellant les juges. Ne soyez pas complices en contournant le résultat des urnes.
11:08Ne prenez pas une décision injuste. Pensez au peuple. Le jugement du tribunal a été
11:13mis en délibéré au 30 juin prochain.
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