00:00Les réquisitions du ministère public à l'endroit de Noël d'Aufour sont scandaleuses et inhumaines.
00:09Scandaleuses par rapport au dossier, parce qu'en réalité le dossier ne permet pas de soutenir une telle accusation.
00:16Je rappelle que mon client est là pour des faits qu'il n'a pas directement commis.
00:20Même dans la logique de l'accusation, il n'est là que pour avoir soi-disant préparé des infractions,
00:26pour avoir eu l'intention de commettre certaines infractions dans le cadre du mouvement social,
00:30ce qu'il conteste naturellement, mais demander 5 ans de prison pour des intentions, c'est absolument scandaleux
00:36et cela montre le caractère profondément politique de ces réquisitions et de ce procès.
00:41Par ailleurs, on lui reproche une complicité de la destruction du SPIP et de la concession Peugeot automobile le soir du 26 novembre 2021 en Guadeloupe.
00:54Cela ne repose sur strictement rien. Rappelons que pour être complice de quelqu'un, il faut savoir qui a commis les faits.
01:01Or, l'enquête, malgré des moyens d'investigation considérables, n'a pas voulu auditionner les personnes
01:08qui ont effectivement commis ces attaques contre le SPIP et la concession Peugeot automobile,
01:14de telle sorte qu'on ne sait pas que l'enquête n'a pas permis d'établir que Noël d'Aufour aurait donné des instructions à ces personnes-là.
01:22En réalité, ce dossier repose sur du vent. L'enquête a été diligentée de façon absolument lacunaire et problématique
01:31parce qu'elle résulte d'une hypothèse de travail de départ du procureur Desjardins et de la police judiciaire de Guadeloupe,
01:37hypothèse de travail qui est extrêmement problématique politiquement.
01:41Il y a eu deux faits gênants dans ce cadre de ce que vous venez d'exposer.
01:44Le fait que le procureur Patrick Desjardins ne soit pas présenté comme témoin.
01:50Et puis le fait que Samuel Craille soit dans la nature, on ne sait pas où il est.
01:54Du coup, c'est Didier Laurent et Noël d'Aufour, donc votre client, qui sont les principaux visés.
01:59Alors s'agissant du procureur de la République Desjardins, rappelons que lorsque il ouvre ce dossier,
02:05il fait une conférence de presse en disant que nos clients, et Noël d'Aufour notamment,
02:09ont orchestré les émeutes et que celles-ci n'étaient absolument pas spontanées et qu'elles étaient planifiées.
02:16Il dit même qu'il y avait une volonté d'enrichissement personnel de la part des prévenus, dont Noël d'Aufour,
02:23dans le but d'extorquer de l'argent.
02:26La thèse initiale du procureur de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins, qui était celle de l'extorsion,
02:30s'est complètement effondrée, y compris dans la bouche du parquet,
02:34qui a reconnu expressément que les grands frères n'avaient pas eu l'intention d'extorquer quoi que ce soit,
02:40aux élus de la Guadeloupe.
02:41Mais je pense qu'il faut s'intéresser aux raisons pour lesquelles, à l'époque, en 2022,
02:46le procureur avait eu cette idée-là.
02:47En fait, c'est une idée qui est profondément réactionnaire, profondément, on va dire, bourgeoise,
02:52qui est cette idée que lorsque des gens se soulèvent et qu'ils cherchent à obtenir des négociations
02:57avec des élus ou avec le pouvoir économique, eh bien, ce n'est pas un mouvement social,
03:01c'est une extorsion.
03:03Donc, dans cette logique-là, dans la logique du procureur de la République Desjardins,
03:06des ouvriers qui feraient grève, des avocats qui se mettraient en grève, par exemple,
03:10comme on l'a fait en 2020 pour lutter contre la réforme des retraites,
03:14des lycéens qui se mettraient en grève, comme en 2006, contre le contrat premier embauche,
03:18des ouvriers qui bloquent leur usine pour obtenir une augmentation salariale,
03:21tous ces gens-là devraient être poursuivis et condamnés pour extorsion ou tentative d'extorsion
03:26ou association de malfaiteurs en vue de faire une extorsion sur le patronat.
03:30C'est absolument ahurissant que dans un État qui est censé être un État de droit,
03:34un État de liberté, un État où on protège les mouvements sociaux
03:36et la capacité démocratique à participer à des manifestations, à un mouvement social,
03:41il s'est trouvé un homme, procureur de la République, Patrick Desjardins,
03:45pour interpréter ce mouvement social comme une volonté d'extorsion.
03:48Moi, vous voyez, je suis avocat parisien, là, c'est extrêmement dur,
03:51je veux dire, on fait ce métier, ça nous fait mal au ventre d'entendre
03:55que notre client pourrait retourner en prison, donc je vais me battre évidemment
03:59pour que Noël d'Aufour n'aille pas en prison.
04:01Je l'ai dit, ces réquisitions me sont apparues scandaleuses, j'ai dit pourquoi,
04:05et inhumaines, inhumaines parce que Noël d'Aufour est un père de famille
04:09parfaitement inséré dans la société, qui a fait deux ans et huit mois de détention provisoire,
04:13dont la plus grande partie à Moulins-sur-Allier, au cœur de la Diagonale du Vide en France.
04:19Moi, je l'ai rencontré là-bas à l'époque, quand je suis allé lui rendre visite en prison à Moulins-sur-Allier.
04:24On ne se rend pas compte de la violence que constitue le fait d'être incarcéré en France hexagonale,
04:29loin de ses proches, loin de sa famille, sans avoir des parloirs auxquels on a normalement droit.
04:34Ce traitement-là est un traitement différencié, un traitement de violence, un traitement disproportionné.
04:39Les années de prison subies dans ces conditions-là valent double, valent triple.
04:44Et entendre que celui-ci, Noël d'Aufour, devrait, mardi prochain, le jour du délibéré,
04:49retourner en prison et qu'il n'aurait plus sa place dans la société guadeloupéenne,
04:53c'est une violence que je considère comme étant inhumaine.
04:56Et c'est absolument terrible, je me battrai pour que ça n'arrive pas.
05:00Maître Constant, plusieurs axes dans votre plaidoirie.
05:03Vous avez commencé déjà par dire que pour l'ensemble des prévenus,
05:06ils n'avaient pas à être jugés ici, à Fort-de-France.
05:09Oui, je pense que l'AGIRE, c'est un justificatif qui ne tient pas la route.
05:14Il faut juger les gens là où ils auraient commis les faits qu'on leur reproche.
05:18Donc c'est en vôtre.
05:19En plus, je pense que l'AGIRE, c'est en Martinique, qui a un inconvénient,
05:23c'est que ça crée des difficultés pour les gens à se défendre,
05:26parce qu'ils ne se trouvent pas d'avocat obligatoirement ici.
05:30Ça représente des frais de déplacement, donc je pense que c'est anormal qu'il faut juger ici.
05:37Vous avez aussi, bien sûr, insisté sur le fait qu'au départ,
05:40le procureur Desjardins est parti dans des suspicions qui n'avaient pas lieu d'être.
05:46En tout cas, c'est hier, son collègue qui a dit
05:50que ce qui a été dit par M. Desjardins il y a 4 ans, c'est un fantasme.
05:54Donc je n'ai fait que reprendre ce qu'a dit le procureur à l'audience
05:59concernant le chantage qu'il y a eu M. Desjardins en janvier 2022.
06:04Fantasme sur les six portions de fonds ?
06:07Fantasme sur l'association de maltraiteurs ?
06:10Un fantasme sur l'idée que les manifestations qui ont eu lieu
06:13à la fin de l'année 2021, au début de l'année 2022 en Guadeloupe,
06:18ont été organisées par une structure un peu fantôme, on ne sait pas trop.
06:25Et ça, je pense que c'est une idée qui a fondamentalement,
06:29qui me paraît erronée, mais en plus l'idée c'est que le peuple
06:32n'est pas capable de se révolter de lui-même.
06:34Je pense que c'est une erreur historique.
06:36Et un fantasme de dire que des gens l'auraient organisé donc
06:40pour récupérer de l'argent ?
06:43Ah ça, c'est évident, mais même le parquet a renoncé.
06:46Sauf un morceau concernant l'extorption des fonds.
06:50C'est une folie ce dossier-là, de ce point de vue.
06:53Moi je n'étais pas concerné par l'extorption des fonds,
06:56mais je pense que c'est...
06:58Mais ça part de là, l'idée au début,
07:02avec un arrière-plan, la possibilité de poursuivre les élus.
07:07Ce qui n'a pas pu être ça.
07:08Voilà, maintenant qu'on est à la fin du procès,
07:11qu'est-ce que vous pensez du fait de l'affaire, on va dire,
07:14parce qu'on va la qualifier d'affaire dans l'affaire,
07:16l'affaire Craille, qu'il ne soit pas là,
07:18qu'il a été jugé il y a deux mois pour des faits
07:21concernant le Lamontain, il était présent à l'audience
07:23et on lui dit, on va voir ça plus tard.
07:27Ce n'est pas la vie, M. Craille doit se défendre.
07:29Non, parce que c'est quand même la pièce maîtresse
07:32pour l'accusation au départ.
07:33Il a parlé de 3 millions d'euros, après 4 millions d'euros, enfin il...
07:38Vous savez, je pense que Craille, quand on lit dans le dossier,
07:41tout ça, c'était d'après moi un espèce de délire.
07:44C'est mon point de vue.
07:45Mais je ne veux pas m'exprimer à la place de la défense de M. Craille.
07:48Qu'il ne se croit pas là, c'est malheureux.
07:50Mais peut-être si le dossier avait été fait en voie de l'eau,
07:54il aurait été là.
07:55Si demain, de relax, formulé par le ministère public,
08:02vous, vous avez plaidé également pour votre cliente, Mme Daumont, la même chose,
08:06mais pour les autres, est-ce que vous ne pensez pas que les peines requises sont quand même importantes
08:13par rapport au fait qu'il n'y a que des écoutes dans ce dossier, il n'y a pas de preuves ?
08:16Ah non, moi, je pense, le parquet a demandé plus de 12 ans de présent.
08:19C'est énorme.
08:20En tout ?
08:21En tout.
08:21Oui, d'accord, oui, bien sûr.
08:22Je pense que, d'après moi, c'est disproportionné par rapport au fait.
08:26M. Daumont ne mérite pas 4 ans,
08:28les menines ne mérite pas 18 mois.
08:31Je pense qu'il y a une disproportion.
08:33Donc le parquet a découpé en morceaux,
08:36et puis à chaque fois qu'il a trouvé une petite bille,
08:38il dit bon, il faut mettre un an.
08:40Donc je pense que ce n'est pas très sérieux.
08:41Il faut prendre ce dossier comme l'est.
08:43Il a échoué, et il faut qu'il meure de sa mort.
08:46C'est un mort normal.
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