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  • il y a 2 jours
A la suite hier des plaidoiries des avocats dont les clients se sont requérir la veille par le ministère public la relaxe, qu'elle soit totale ou partielle, c'est au tour des avocats défendant les prévenus contre lesquels une condamnation a été demandé de plaider. Hier, le Bâtonnier -Raphaël Constant- s'est interrogé sur les fameux "fantasmes" d'extorsion de fonds de l'ancien procureur Patrick Desjardins, comme l'expression a elle-même été employée par le procureur de la JIRS lors de ses réquisitions. Ce vendredi, il revient à -Maître Raphaël Kempf- de défendre la cause de -Noël Daufour-, contre qui la plus lourde peine de 5 d'emprisonnement ferme a été requise. A l'issue, le jugement sera mis en délibéré au mardi 10 février 2026.

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Transcription
00:00Les réquisitions du ministère public à l'endroit de Noël d'Aufour sont scandaleuses et inhumaines.
00:09Scandaleuses par rapport au dossier, parce qu'en réalité le dossier ne permet pas de soutenir une telle accusation.
00:16Je rappelle que mon client est là pour des faits qu'il n'a pas directement commis.
00:20Même dans la logique de l'accusation, il n'est là que pour avoir soi-disant préparé des infractions,
00:26pour avoir eu l'intention de commettre certaines infractions dans le cadre du mouvement social,
00:30ce qu'il conteste naturellement, mais demander 5 ans de prison pour des intentions, c'est absolument scandaleux
00:36et cela montre le caractère profondément politique de ces réquisitions et de ce procès.
00:41Par ailleurs, on lui reproche une complicité de la destruction du SPIP et de la concession Peugeot automobile le soir du 26 novembre 2021 en Guadeloupe.
00:54Cela ne repose sur strictement rien. Rappelons que pour être complice de quelqu'un, il faut savoir qui a commis les faits.
01:01Or, l'enquête, malgré des moyens d'investigation considérables, n'a pas voulu auditionner les personnes
01:08qui ont effectivement commis ces attaques contre le SPIP et la concession Peugeot automobile,
01:14de telle sorte qu'on ne sait pas que l'enquête n'a pas permis d'établir que Noël d'Aufour aurait donné des instructions à ces personnes-là.
01:22En réalité, ce dossier repose sur du vent. L'enquête a été diligentée de façon absolument lacunaire et problématique
01:31parce qu'elle résulte d'une hypothèse de travail de départ du procureur Desjardins et de la police judiciaire de Guadeloupe,
01:37hypothèse de travail qui est extrêmement problématique politiquement.
01:41Il y a eu deux faits gênants dans ce cadre de ce que vous venez d'exposer.
01:44Le fait que le procureur Patrick Desjardins ne soit pas présenté comme témoin.
01:50Et puis le fait que Samuel Craille soit dans la nature, on ne sait pas où il est.
01:54Du coup, c'est Didier Laurent et Noël d'Aufour, donc votre client, qui sont les principaux visés.
01:59Alors s'agissant du procureur de la République Desjardins, rappelons que lorsque il ouvre ce dossier,
02:05il fait une conférence de presse en disant que nos clients, et Noël d'Aufour notamment,
02:09ont orchestré les émeutes et que celles-ci n'étaient absolument pas spontanées et qu'elles étaient planifiées.
02:16Il dit même qu'il y avait une volonté d'enrichissement personnel de la part des prévenus, dont Noël d'Aufour,
02:23dans le but d'extorquer de l'argent.
02:26La thèse initiale du procureur de Pointe-à-Pitre, Patrick Desjardins, qui était celle de l'extorsion,
02:30s'est complètement effondrée, y compris dans la bouche du parquet,
02:34qui a reconnu expressément que les grands frères n'avaient pas eu l'intention d'extorquer quoi que ce soit,
02:40aux élus de la Guadeloupe.
02:41Mais je pense qu'il faut s'intéresser aux raisons pour lesquelles, à l'époque, en 2022,
02:46le procureur avait eu cette idée-là.
02:47En fait, c'est une idée qui est profondément réactionnaire, profondément, on va dire, bourgeoise,
02:52qui est cette idée que lorsque des gens se soulèvent et qu'ils cherchent à obtenir des négociations
02:57avec des élus ou avec le pouvoir économique, eh bien, ce n'est pas un mouvement social,
03:01c'est une extorsion.
03:03Donc, dans cette logique-là, dans la logique du procureur de la République Desjardins,
03:06des ouvriers qui feraient grève, des avocats qui se mettraient en grève, par exemple,
03:10comme on l'a fait en 2020 pour lutter contre la réforme des retraites,
03:14des lycéens qui se mettraient en grève, comme en 2006, contre le contrat premier embauche,
03:18des ouvriers qui bloquent leur usine pour obtenir une augmentation salariale,
03:21tous ces gens-là devraient être poursuivis et condamnés pour extorsion ou tentative d'extorsion
03:26ou association de malfaiteurs en vue de faire une extorsion sur le patronat.
03:30C'est absolument ahurissant que dans un État qui est censé être un État de droit,
03:34un État de liberté, un État où on protège les mouvements sociaux
03:36et la capacité démocratique à participer à des manifestations, à un mouvement social,
03:41il s'est trouvé un homme, procureur de la République, Patrick Desjardins,
03:45pour interpréter ce mouvement social comme une volonté d'extorsion.
03:48Moi, vous voyez, je suis avocat parisien, là, c'est extrêmement dur,
03:51je veux dire, on fait ce métier, ça nous fait mal au ventre d'entendre
03:55que notre client pourrait retourner en prison, donc je vais me battre évidemment
03:59pour que Noël d'Aufour n'aille pas en prison.
04:01Je l'ai dit, ces réquisitions me sont apparues scandaleuses, j'ai dit pourquoi,
04:05et inhumaines, inhumaines parce que Noël d'Aufour est un père de famille
04:09parfaitement inséré dans la société, qui a fait deux ans et huit mois de détention provisoire,
04:13dont la plus grande partie à Moulins-sur-Allier, au cœur de la Diagonale du Vide en France.
04:19Moi, je l'ai rencontré là-bas à l'époque, quand je suis allé lui rendre visite en prison à Moulins-sur-Allier.
04:24On ne se rend pas compte de la violence que constitue le fait d'être incarcéré en France hexagonale,
04:29loin de ses proches, loin de sa famille, sans avoir des parloirs auxquels on a normalement droit.
04:34Ce traitement-là est un traitement différencié, un traitement de violence, un traitement disproportionné.
04:39Les années de prison subies dans ces conditions-là valent double, valent triple.
04:44Et entendre que celui-ci, Noël d'Aufour, devrait, mardi prochain, le jour du délibéré,
04:49retourner en prison et qu'il n'aurait plus sa place dans la société guadeloupéenne,
04:53c'est une violence que je considère comme étant inhumaine.
04:56Et c'est absolument terrible, je me battrai pour que ça n'arrive pas.
05:00Maître Constant, plusieurs axes dans votre plaidoirie.
05:03Vous avez commencé déjà par dire que pour l'ensemble des prévenus,
05:06ils n'avaient pas à être jugés ici, à Fort-de-France.
05:09Oui, je pense que l'AGIRE, c'est un justificatif qui ne tient pas la route.
05:14Il faut juger les gens là où ils auraient commis les faits qu'on leur reproche.
05:18Donc c'est en vôtre.
05:19En plus, je pense que l'AGIRE, c'est en Martinique, qui a un inconvénient,
05:23c'est que ça crée des difficultés pour les gens à se défendre,
05:26parce qu'ils ne se trouvent pas d'avocat obligatoirement ici.
05:30Ça représente des frais de déplacement, donc je pense que c'est anormal qu'il faut juger ici.
05:37Vous avez aussi, bien sûr, insisté sur le fait qu'au départ,
05:40le procureur Desjardins est parti dans des suspicions qui n'avaient pas lieu d'être.
05:46En tout cas, c'est hier, son collègue qui a dit
05:50que ce qui a été dit par M. Desjardins il y a 4 ans, c'est un fantasme.
05:54Donc je n'ai fait que reprendre ce qu'a dit le procureur à l'audience
05:59concernant le chantage qu'il y a eu M. Desjardins en janvier 2022.
06:04Fantasme sur les six portions de fonds ?
06:07Fantasme sur l'association de maltraiteurs ?
06:10Un fantasme sur l'idée que les manifestations qui ont eu lieu
06:13à la fin de l'année 2021, au début de l'année 2022 en Guadeloupe,
06:18ont été organisées par une structure un peu fantôme, on ne sait pas trop.
06:25Et ça, je pense que c'est une idée qui a fondamentalement,
06:29qui me paraît erronée, mais en plus l'idée c'est que le peuple
06:32n'est pas capable de se révolter de lui-même.
06:34Je pense que c'est une erreur historique.
06:36Et un fantasme de dire que des gens l'auraient organisé donc
06:40pour récupérer de l'argent ?
06:43Ah ça, c'est évident, mais même le parquet a renoncé.
06:46Sauf un morceau concernant l'extorption des fonds.
06:50C'est une folie ce dossier-là, de ce point de vue.
06:53Moi je n'étais pas concerné par l'extorption des fonds,
06:56mais je pense que c'est...
06:58Mais ça part de là, l'idée au début,
07:02avec un arrière-plan, la possibilité de poursuivre les élus.
07:07Ce qui n'a pas pu être ça.
07:08Voilà, maintenant qu'on est à la fin du procès,
07:11qu'est-ce que vous pensez du fait de l'affaire, on va dire,
07:14parce qu'on va la qualifier d'affaire dans l'affaire,
07:16l'affaire Craille, qu'il ne soit pas là,
07:18qu'il a été jugé il y a deux mois pour des faits
07:21concernant le Lamontain, il était présent à l'audience
07:23et on lui dit, on va voir ça plus tard.
07:27Ce n'est pas la vie, M. Craille doit se défendre.
07:29Non, parce que c'est quand même la pièce maîtresse
07:32pour l'accusation au départ.
07:33Il a parlé de 3 millions d'euros, après 4 millions d'euros, enfin il...
07:38Vous savez, je pense que Craille, quand on lit dans le dossier,
07:41tout ça, c'était d'après moi un espèce de délire.
07:44C'est mon point de vue.
07:45Mais je ne veux pas m'exprimer à la place de la défense de M. Craille.
07:48Qu'il ne se croit pas là, c'est malheureux.
07:50Mais peut-être si le dossier avait été fait en voie de l'eau,
07:54il aurait été là.
07:55Si demain, de relax, formulé par le ministère public,
08:02vous, vous avez plaidé également pour votre cliente, Mme Daumont, la même chose,
08:06mais pour les autres, est-ce que vous ne pensez pas que les peines requises sont quand même importantes
08:13par rapport au fait qu'il n'y a que des écoutes dans ce dossier, il n'y a pas de preuves ?
08:16Ah non, moi, je pense, le parquet a demandé plus de 12 ans de présent.
08:19C'est énorme.
08:20En tout ?
08:21En tout.
08:21Oui, d'accord, oui, bien sûr.
08:22Je pense que, d'après moi, c'est disproportionné par rapport au fait.
08:26M. Daumont ne mérite pas 4 ans,
08:28les menines ne mérite pas 18 mois.
08:31Je pense qu'il y a une disproportion.
08:33Donc le parquet a découpé en morceaux,
08:36et puis à chaque fois qu'il a trouvé une petite bille,
08:38il dit bon, il faut mettre un an.
08:40Donc je pense que ce n'est pas très sérieux.
08:41Il faut prendre ce dossier comme l'est.
08:43Il a échoué, et il faut qu'il meure de sa mort.
08:46C'est un mort normal.
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