00:00Le président du conseil régional à Richalus a gravi hier mardi 25 février,
00:10pour la deuxième journée consécutive, les marges du palais de justice de Bastère,
00:13pour venir s'asseoir sur le banc des prévenus de la cour d'appel,
00:16aux côtés de ses trois autres co-prévenus, le quatrième, son ancien mandataire financier,
00:21Dominique Descombes, étant absent, excusé pour maladie.
00:24Le chef de l'exécutif régional était poursuivi initialement pour abus de confiance
00:31et engagement de dépenses dépassant le seuil autorisé
00:34dans le cadre de la campagne aux élections régionales de 2015.
00:37Condamné sous une telle prévention en première instance devant le tribunal correctionnel,
00:41à 15 mois d'emprisonnement avec sursis, mais surtout à deux ans d'inéligibilité,
00:45Richalus avait immédiatement interjeté appel.
00:48Lors de ces réquisitions d'appel, le procureur général, à des charges,
00:52demandait de poursuivre l'élu pour complicité d'abus de confiance,
00:56ainsi que selon la deuxième prévention précitée.
00:58Puis, à charges, cette fois-ci, il déclamait,
01:02je vais faire de la politique au sens noble du terme, en termes d'harmonie sociale.
01:06Est-ce que des faits de dépassement des comptes et d'abus de confiance portent atteinte au pacte social ?
01:11Oui, car on vote pour des gens pour qu'ils fassent de bonnes choses pour la société.
01:16Partout dans le monde, les extrêmes l'emportent actuellement
01:19à cause d'une certaine défiance des élus.
01:21Il demandait ainsi, contre Richalus, 18 mois d'emprisonnement avec sursis et 25 000 euros d'amende.
01:26En peine complémentaire, le procureur général estimait qu'il n'y avait pas lieu
01:29de prononcer une inéligibilité de droit contre l'élu,
01:33mais une interdiction de droit civique et civil cantonné à la seule éligibilité,
01:37soit tout de même une inéligibilité pendant deux ans,
01:40et de prononcer une interdiction de siéger dans un bureau associatif
01:43des réquisitions de quasi-confirmation de la condamnation de première instance
01:47à la grande satisfaction de l'avocate de la partie civile,
01:50maître Jade Dousselin, représentant la fédération socialiste de Guadeloupe.
01:54On est satisfaits de ce réquisitoire parce que, pour plusieurs raisons déjà,
01:57il confirme la volonté du ministère public de voir chacun des prévenus condamnés
02:01à l'issue de cette audience, voire même en allant plus loin que la décision de première instance.
02:05Vous vous doutez également que nous sommes extrêmement satisfaits
02:08puisque sur le plan de la question de l'inéligibilité,
02:10il vient confirmer la volonté du ministère public de voir empêcher
02:14la présentation de M. Richalus à de prochaines élections,
02:16et donc de bien venir réprimer ce que nous estimons être une élection
02:20qui a été truquée par ce dernier, et donc nous sommes évidemment satisfaits.
02:23Maintenant, on attend les plaidoiries de la Défense,
02:25et nous espérons que la Cour d'appel suivra la courageuse décision de la première instance
02:30dans ce qui a pu être décidé.
02:31Oui, parce que le procureur général demande simplement
02:33à ce que le jugement de première instance soit confirmé en appel.
02:37Alors, en réalité, il a mis quelques petites réserves, mais qui sont en réalité très légères,
02:41et globalement, il demande effectivement la confirmation,
02:44et vous l'avez compris, pour tous les prévenus à qui c'est possible,
02:47l'inéligibilité est immédiatement prononcée.
02:50Du côté de la Défense des prévenus, défendant P. Eustache,
02:53ancien directeur de l'association culturelle La nuance bémaussienne,
02:57le bâtonnier Jocelyn Troupé plaidait le fait que son client
03:00ne pouvait pas être condamné pour complicité d'abus de confiance,
03:03alors que le parquet général avait demandé une requalification
03:06de cette même nature pour Richalus.
03:08Absolument, le complice emprunte la culpabilité de l'auteur principal.
03:12Et si l'auteur principal n'est plus M. Chalus,
03:14sur la convocation qu'a reçu mon client, c'est bien le nom de M. Chalus qui finit.
03:18Donc on ne peut pas rattraper comme ça sur un bout d'audience ce qui a été fait.
03:22L'auteur principal, qui serait donc le monétaire financier de la campagne,
03:26mon client, lui, n'était pas, en tout cas, si on peut penser qu'il était
03:30sous la dépendance en tout cas affective du président Chalus,
03:33ce qui est clair, c'est qu'il n'était pas sur celle de décompte,
03:35donc il ne peut pas être complice de ce qu'il a fait lui.
03:38Donc ça l'extrait, de mon point de vue, des liens de la culpabilité.
03:42Il n'était pas dans l'intention d'aider décompte.
03:45Quant au prévenu à Richalus, il se refusait à toute déclaration
03:48en termes de ses réquisitions, laissant à ses deux avocats le soin
03:51de réagir, à commencer par mettre Mathieu et nom.
03:54Alors, il y a des éléments dans le dossier qui, en fait, cette crainte,
03:58cette position, elle est alimentée par des éléments du dossier, en fait.
04:02C'est-à-dire que s'il n'y avait rien d'objectif, je pourrais renoncer à cette idée.
04:05Mais beaucoup d'éléments dans le dossier en témoignent.
04:09Également la présence, chaque jour, chaque minute, des partis civils à ce procès,
04:13pour moi, viennent alimenter cette idée d'un procès politique.
04:17Un procès politique, il faut savoir ce qu'on dit.
04:19Moi, ce que je soutiens simplement, c'est que les éléments qui sont reprochés
04:23à M. Richalus ont été alimentés pour servir un procès politique
04:28et l'idée de l'empêcher de se présenter aux élections.
04:30Finalement, ce que nous vivons aujourd'hui avec des élections
04:32qui sont prévues pour 2028, ce n'est pas véritablement autre chose
04:35que la même idée, la même entreprise.
04:36Quant au bâtonnier Jean-Luc Leborgne, lors d'une brillante plaidoirie,
04:40il donnait une leçon de morale à la cour en lui rappelant que l'on condamne
04:44sur des certitudes et non pas sur des probabilités.
04:47Je me suis borné à reprendre un propos du procureur général
04:52qui avait estimé qu'on condamne sur une certitude, pas sur une hypothèse.
04:57L'hypothèse, c'est le soupçon.
04:59Ça n'étant rien la preuve d'une culpabilité.
05:02Pour moi, le dossier est fondé sur un certain nombre d'éléments très incertains
05:07qu'on a essayé de rejoindre, d'organiser pour en faire une explication.
05:14Ce qui est extraordinaire, c'est que les dépenses qui auraient constitué
05:19des dépassements de campagne, on ne sait même pas si elles ont profité
05:24aux candidats et si ce sont, à proprement parler, des dépenses de campagne.
05:27C'est dire qu'on est parti dans le soupçon et qu'on est allé, au fond,
05:32jusqu'au bout du soupçon, c'est-à-dire jusqu'à ce prétoire.
05:36À partir du moment où mon client n'était pas le président de l'association,
05:40où il n'était pas établi qu'il avait la capacité d'ordonner un paiement
05:45et où il était établi qu'il n'en avait réalisé lui-même aucun,
05:49il est évident que le délit ne pouvait pas avoir été commis par lui.
05:53Alors il fallait essayer de raccrocher en quelque sorte M. Chalus à cette accusation.
06:00Mais vous savez, c'est un peu dans l'esprit de ce dossier.
06:04Rien, mais à force de rattraper des riens et à force de faire usage d'une imagination brillante,
06:10on a un procès.
06:12Les télescopages de l'actualité judiciaire peuvent conduire à de sacrés clins d'œil politiques.
06:17Alors que l'actuel président de région, Harry Chalus, comparaissait donc devant la Cour d'appel
06:21dans le cadre de l'affaire de ses comptes de campagne 2015,
06:24on apprenait que son prédécesseur, Victor Allurel, avait été entendu en audition libre
06:28par le parquet national financier dans l'enquête ouverte en 2019
06:32sur les marchés publics de construction du Memorial Act.
06:35Une audition libre permet d'entendre soit un suspect, soit un témoin d'une infraction
06:39sans le placer en garde à vue.
06:41L'édification du musée dédié à l'histoire de l'esclavage et de ses abolitions
06:45fait l'objet de suspicions, de favoritismes, de détournements de fonds publics,
06:50de prises illégales d'intérêts, de fonds en écriture publique et usage de faux.
06:54Rappelons que l'ouvrage, porté par l'ex-ministre sous la présidence de François Hollande,
06:58avait coûté environ 83 millions d'euros.
07:01Selon l'avocate de Victor Allurel, Maître Jade Dousselin,
07:04cette enquête est toujours en cours.
07:06L'affaire Dumas qui a été ouverte depuis 6 ans, effectivement il avait en demandé à l'époque
07:09à être entendu dans le cadre de ce dossier si la justice, en gros, pour résumer,
07:13il a toujours indiqué qu'il était à disposition de la justice, ce qui est pertinemment normal,
07:17pendant la période des faits examinés, et je l'ai expliqué à vos confrères de l'AFP,
07:21il était exécutif, et donc dirigeant et responsable d'une partie des choses,
07:25donc il est normal qu'il puisse en répondre.
07:27Il a répondu logement aux enquêteurs, et à ce jour, le dossier est toujours en enquête,
07:32et pour précision, un, il a évidemment nié toute irrégularité dans les marchés publics,
07:37deux, il a été entendu en audition libre,
07:39trois, il n'est à ce jour absolument pas poursuivi dans le cadre de ce dossier.
07:42Un ancien et un actuel président de région aux prises avec la justice,
07:46le premier auditionné librement par le parquet national financier,
07:49l'autre jugé en appel.
07:51Reste que c'est bien Victor Allurel, accompagné du premier secrétaire fédéral du PS, Olivier Nicolas,
07:56qui avait lancé la plainte contre son successeur, Harry Challus.
07:59En tant que partie civile, les deux socialistes ont assisté aux deux jours de procès
08:03de l'actuel chef de l'exécutif régional, qui lui, ou l'un de ses avocats,
08:07devra gravir à nouveau les marges du palais de justice basse-terrien
08:10pour venir s'encaisser de l'arrêt de la cour d'appel,
08:12mise en délibérée au 20 mai prochain, avec la crainte, si les réquisitions étaient suivies,
08:17de perdre son poste au 1 de la rue Paul-Lacavey.
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