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  • il y a 8 heures
Mercredi 15 avril 2026, retrouvez Sarah El Haïry (haute-commissaire à l'enfance, Haut Commissariat à l'enfance) dans SMART IMPACT, une émission présentée par Thomas Hugues.

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Transcription
00:01...
00:08Notre édition spéciale continue, on est toujours au Palais d'Ina,
00:11le sommet de la mesure d'impact, j'accueille Sarah El Haïry, bonjour.
00:14Bonjour.
00:14Vous êtes haute commissaire à l'enfance, c'est un nouveau job en quelque sorte.
00:19Quelle est votre mission ? Racontez-moi.
00:20En réalité, c'est de mettre l'enfant au centre, au centre de nos politiques publiques,
00:24mais aussi au centre de notre société pour une raison toute simple.
00:27J'ai eu la chance d'être ministre de la jeunesse, d'être ministre de l'enfance, des familles,
00:31et à chaque fois, on est rattaché d'une certaine manière à son administration.
00:35Ou la majeure est santé, ou la majeure est éducation, ou la majeure est action sociale, vulnérabilité.
00:40Mais à aucun moment, on se dit que la journée d'un enfant n'est pas saucissonnée par tranche horaire,
00:45et du coup, tranche de responsabilité.
00:47Un enfant, il est à la fois élève, patient, évidemment frère, soeur, adhérent d'une association,
00:53et surtout citoyen.
00:54Et c'est bien la philosophie du haut commissariat, protéger immédiatement contre les vulnérabilités et les dangers,
01:01prévenir demain, en commençant aujourd'hui, et c'est tout le sujet de l'impact,
01:05et évidemment accompagner tous les professionnels et les acteurs autour, du parent à l'enseignant,
01:09en passant évidemment par les éducateurs.
01:11Alors, évidemment, on parle d'un capital humain en devenir, quand on parle des...
01:15Moi, je dirais même autre chose.
01:17Oui, dites, allez-y.
01:17Je dirais même, en réalité, c'est un actif.
01:21Alors, le mot est très particulier, et je sais qu'il le prête à sourire.
01:24Parfois...
01:25Il va choquer certaines oreilles, mais bon, c'est pas grave.
01:27Je peux dire pourquoi.
01:28On a longtemps considéré que c'était sur le ressort, finalement, de la morale, de la bienveillance,
01:35qu'on devrait bien se comporter vis-à-vis des enfants.
01:38Mais en réalité, les enfants sont des actifs de notre société, des actifs collectifs.
01:43Aujourd'hui, on parle de démographie et de ses conséquences,
01:45les conséquences économiques, évidemment, de la dénatalité.
01:49On parle des conséquences en termes de santé, de l'exposition ou de l'emprise des algorithmes sur les enfants.
01:55On parle aussi d'employabilité, d'insertion professionnelle, si le capital santé est bousculé.
02:01Et puis, enfin, bien sûr, de protection au sens, je veux dire, le plus primaire du terme,
02:06et donc de prévention primaire.
02:08Je parle d'évacuer de certains secteurs, évidemment, les prédateurs qu'on connaît.
02:13Je parle bien sûr de la petite enfance, du périscolaire ou de l'aide sociale à l'enfance.
02:17Mais en quoi c'est un actif ?
02:19C'est un actif parce que c'est une condition au développement économique.
02:22Et s'il n'y a pas de développement social, il n'y a pas de développement économique durable.
02:25D'ailleurs, l'un de nos invités dans cette émission nous citait une étude américaine
02:29qui montre que l'investissement dans la petite enfance,
02:32les tout-petits au moment où le cerveau se forme,
02:36c'est un investissement public qui rapporte, c'est une étude américaine,
02:401 dollar pour les enfants les plus défavorisés, ça rapporte 25 dollars tout au long de la vie.
02:45C'est de ça dont on parle.
02:47C'est exactement de ça dont on parle, mais c'est partiel.
02:50On parle de l'investissement public bien sûr,
02:52parce que c'est notre devoir de société que de protéger les plus petits.
02:57Les 1000 premiers jours, qui est une politique publique que je porte,
03:00on sait que c'est le moment où le développement cognitif de l'enfant est le plus fort.
03:04Par le lien d'attachement, par l'apprentissage des mots,
03:07par finalement le développement psychosocial qu'aura l'enfant.
03:11Mais là, on ne parle que d'investissement en réalité publique.
03:13Moi, mon enjeu, c'est que le monde économique, les investisseurs, les financeurs,
03:18prennent conscience que la responsabilité qu'ils ont vis-à-vis des enfants ne peut pas exclusivement dépendre d'une
03:24régulation ou d'une obligation à venir.
03:27Et donc, comment on pense finalement le « safe child by design » au moment de la conception qu'il
03:33n'y ait pas d'externalité sur les enfants ?
03:35Ça passe par les questions de santé. Et là, évidemment, dans l'industrie de l'agroalimentaire, la question du sucre
03:40ou du sel ou des produits transformés à destination des enfants.
03:43On parle bien sûr du monde du numérique aujourd'hui avec l'économie de l'attention.
03:47Et puis, on ne peut pas s'en défaire.
03:50Mais la question du « one health » et de la santé environnementale est finalement la vulnérabilité des plus jeunes.
03:55Si on intègre la protection de l'enfant en amont, quand on est un investisseur et qu'aujourd'hui, on
04:00sait évaluer...
04:01On y gagne. Il y a un retour sur l'investissement, c'est ça ?
04:02Exactement. Beaucoup plus important parce qu'aujourd'hui, on a attendu une quinzaine d'années pour avoir la régulation, par
04:08exemple, sur des secteurs dangereux.
04:10Je pense évidemment au tabac, des choses qui sont, on va dire, préservées, dont on préserve les enfants.
04:17On dit que c'est à partir d'un certain âge.
04:20Mais le temps de la régulation de ces industries-là ne sera absolument pas le même face au numérique aujourd
04:27'hui.
04:27Donc, il y aura une accélération, d'où la question de l'actif à préserver et donc la vulnérabilité stratégique
04:32des entreprises qui n'intègrent pas cette évaluation-là.
04:34Et alors, de quels moyens vous disposez au commissariat à l'enfance ? Et quelles actions ?
04:38Parce que j'ai bien compris le côté transversal, en fait, de la réflexion. De quelles actions vous pouvez mener
04:44?
04:45En réalité, les trois grands champs d'action ont la protection qui est plutôt très immédiate.
04:49Là, ça va être la lutte contre les violences sexuelles, le continuum de violences que peuvent connaître les enfants.
04:55Là, on va faire des choses qui vont être très judiciaires, très régulation.
04:59On va, par exemple, j'ai rendu obligatoire le contrôle d'honorabilité, c'est-à-dire les antécédents judiciaires des
05:04professionnels aux côtés des enfants.
05:05On va l'étendre à tous les secteurs où il y a un contact avec un enfant.
05:09Ça, c'est vraiment très immédiat. Mieux intervenir et mieux faire participer les enfants dans les politiques qui les concernent.
05:15Ça va être le conseil des personnes qui ont été victimes dans l'enfance pour s'appuyer sur, malheureusement, l
05:21'expérience qui a été la leur,
05:23mais pour mieux faire la politique de prévention.
05:25Les questions de prévention, elles sont un peu différentes parce que ça va aller de l'attractivité des métiers.
05:30On sait que la petite enfance est très en tension.
05:33Les métiers du prendre soin sont très en tension.
05:35La question même éducative, finalement, comment on intègre les nouvelles révolutions, en tout cas technologiques,
05:42dans la question de l'éducation et de la souveraineté cognitive de nos enfants,
05:45parce qu'en découle risque d'ingérence, santé mentale, cohésion de notre société.
05:51Les enjeux sont assez systémiques.
05:54Et puis enfin, la question de l'accompagnement.
05:56Et c'est toute la politique de soutien à la parentalité en entreprise et en droit,
06:01par exemple avec le congé parental qui a été rallongé, les congés de naissance.
06:05Avec, alors on est au sommet de la mesure d'impact.
06:07Donc forcément, il faut que je vous pose cette question de comment vous mesurez l'impact
06:12pour ensuite choisir les bonnes politiques publiques.
06:15Ça va au-delà du haut commissariat à l'enfance.
06:17Mais c'est quand même une question centrale.
06:19Vous, à votre niveau, comment vous mesurez l'impact ?
06:20En réalité, il y en a plusieurs.
06:22D'abord, un chiffre qui est glaçant.
06:23Aujourd'hui, on a un enfant qui est victime de violences sexuelles tous les trois minutes.
06:26Plus on réussira à augmenter le taux d'alerte, typiquement l'appel au 119 ou les enfants accueillis dans les
06:34UAPED,
06:34qui sont des unités spécialisées.
06:36Plus on augmentera les condamnations, plus on évitera d'avoir des prédateurs condamnés auprès des enfants.
06:41On en a retiré 3000 qui étaient en poste et qui avaient été condamnés.
06:45Ça, c'est typiquement une mesure immédiate.
06:47Mais elles ne présagent pas de l'impact futur.
06:49L'impact futur, on va le mesurer plutôt avec les questions de santé physique et de santé mentale.
06:56Ça va être l'autonomie, ça va être la confiance, ça va être aussi la lutte contre le non-accès
07:03au droit ou en tout cas le non-usage du droit.
07:05Je pense évidemment à des sujets comme mon soutien psy qui a été spécifique aux adolescents.
07:11Et ensuite, il y a un impact qui m'intéresse beaucoup mais qui, aujourd'hui, il est à plus long
07:15terme.
07:16C'est à quel moment les investisseurs publics et privés intègrent la question de l'impact jeunesse et enfance dans
07:22le screen qu'ils font de leur portefeuille.
07:25Pourquoi ? Parce qu'aujourd'hui, on calcule et on donne un prix au carbone.
07:30Mais alors, aux externalités négatives sur les enfants, rien, absolument rien.
07:36Mais est-ce qu'on pourrait appliquer ça aux lois aussi ?
07:38De se dire que systématiquement, on intègre à la loi l'impact qu'elle va avoir sur l'enfance.
07:44Quelles que soient les lois, d'une certaine façon ?
07:46Moi, quand on avait la présidence de l'Union Européenne, j'ai porté une envie, une ambition qui était la
07:54clause d'impact jeunesse européenne.
07:56Malheureusement, elle n'a pas été au bout de l'ambition que ça pouvait avoir.
08:00Mais je me suis fait des super bons amis.
08:02D'ailleurs, la ministre autrichienne de l'époque était très alente.
08:05Nous avons une clause d'impact en France, la clause d'impact jeunesse.
08:08Mais soyons très honnêtes, elle est partielle, plutôt atrophiée pour ne pas dire autre chose.
08:13Et surtout, elle n'intègre pas à mes yeux la force de la publication, de la transparence.
08:20Et donc, oui, elle est remplie, mais elle n'est pas qualitative.
08:23Alors, c'est une opportunité certainement pour les politiques publiques.
08:26Mais il n'y a politique publique que s'il y a mouvement dans notre société.
08:29On parlait de la mesure de l'impact.
08:31À quel point les jeunes sont déjà aujourd'hui associés à cette mesure ?
08:38Et qu'est-ce qu'on pourrait améliorer en la matière ?
08:40En fait, ce qu'il faudrait améliorer, c'est le fait de systématiser la capacité à accueillir les enfants dans
08:49les endroits où on parle d'eux.
08:51Ils ne sont jamais autour de la table.
08:52C'est vrai.
08:52On parle beaucoup d'eux, alors sans eux.
08:55Et l'idée, c'est de, par exemple, d'augmenter dans les mesures, en tout cas, c'est un de
08:58nos capiailles, en tout cas, chers recherchés.
09:016% des communes aujourd'hui ont un conseil municipal jeune.
09:04C'est quand même pas beaucoup.
09:05Il y a la marge de progression.
09:06Énorme.
09:07Vu qu'on a plein de nouveaux maires aujourd'hui et plein d'exécutifs, un des engagements qu'ils pourraient
09:11prendre,
09:12avoir un adjoint en charge des droits des enfants, qui est transversal,
09:16et d'installer et d'accueillir un conseil municipal enfance-jeunesse.
09:22Il y a la question de la temporalité aussi.
09:25À quel moment, cette mesure de l'impact des politiques publiques ou privées, d'ailleurs,
09:30ce que vous nous disiez, sur les jeunes, à quel moment il est réalisé ?
09:34Est-ce qu'il n'est pas trop souvent réalisé après ?
09:38C'est-à-dire quand le mal est fait, d'une certaine façon.
09:39Bien sûr que si.
09:40C'est le mal français, soyons très clairs.
09:43Aujourd'hui, les politiques de prévention, globalement, et en particulier sur les sujets des enfants,
09:48sont peu évaluées.
09:50Pourquoi ?
09:50Parce que d'abord, on a un budget, un budget de l'État, un budget du gouvernement, un budget français,
09:55qui est siloté.
09:56On a des silos.
09:58Le budget de la santé, le budget de l'éducation, le budget du soutien à la parentalité,
10:02le budget de la politique familiale, le budget jeunesse.
10:03Et à aucun moment, on consent à investir très massivement pour que demain, on n'ait pas à faire du
10:11curatif.
10:12Et comme les budgets sont annuels, ça réduit l'opportunité, l'ambition de la prévention.
10:19Le dernier volet, qui n'est pas anodin, qui est très français aussi, c'est le fait que nous avons
10:24un modèle social,
10:25moi que j'aime, que je défends, mais qui peut-être parfois apporte des limites.
10:29Ces limites, c'est que les externalités sur notre jeunesse, aujourd'hui, sont socialisées.
10:34C'est la société qui porte ces externalités.
10:36Quand une entreprise dégrade la santé mentale des adolescents, je pense à des procès en cours,
10:41je pense à TikTok, au monde du numérique en particulier,
10:45les conséquences de cette santé mentale dégradée, elles sont portées par qui ?
10:49Par la collectivité, par nous.
10:51Et donc, comme on ne se retourne pas contre celui qui a dégradé à l'initial le capital humain,
10:58ou en tout cas le trésor des enfants ou des adolescents,
11:01alors investir dans la prévention en amont avant d'attendre la régulation est une sorte de pari,
11:07mais ce n'est rien d'autre qu'une fuite en amont.
11:09Oui, mais c'est effectivement un pari, parce que là, vous parlez de TikTok,
11:13on peut citer d'autres géants internationaux du numérique,
11:17qui sont à peine soumis aux droits européens, mais bon, ils s'en affranchissent.
11:24Donc c'est un défi pour la puissance publique de faire respecter ce que vous décrivez,
11:30c'est-à-dire de ne pas attendre que les externalités négatives aient produit leurs effets
11:34pour éventuellement faire un procès qu'on n'est pas sûr de gagner.
11:37Vous voyez ce que je veux dire ?
11:38Est-ce que c'est réaliste ce que vous proposez ?
11:40Oui, c'est réaliste, mais il ne faut pas être naïf.
11:43C'est réaliste parce qu'aujourd'hui, la judiciarisation et les condamnations américaines
11:47sont extrêmement fortes et coûtent très chères,
11:49qu'on voit que les directions des affaires juridiques de ces entreprises
11:53commencent à mettre de côté de l'argent pour payer.
11:56Mais enfin, on n'est pas obligé de laisser des drames arriver et de payer en compensation.
12:00La régulation va aller plus vite, en tout cas à mes yeux.
12:03La preuve, des pays entiers interdisent par exemple des sites de jeux vidéo addictifs
12:07où il y a des pédocriminels.
12:09Je pense à Roblox et l'Egypte, c'est un exemple.
12:10La majorité numérique va beaucoup plus vite que ce qu'on a pu connaître sur d'autres politiques publiques.
12:15Mais pour être encore plus fort, c'est ce qui s'est passé avec Chine par exemple,
12:19après la vente de poupées pédocriminelles.
12:2145% de pertes de chiffre d'affaires immédiat
12:24parce que les consommateurs français ne souhaitaient pas participer au soutien d'une plateforme
12:31qui ne respecterait pas les droits du monde.
12:32C'est ce qu'on appelle le name and shame en bon anglais.
12:35Je pense que le name and shame sur les sujets, en tout cas de protection des enfants,
12:38du respect de leur dignité, va plus vite, plus fort peut-être
12:42que malheureusement ce qu'on a pu connaître pour les questions environnementales.
12:46Un dernier mot, il nous reste une grosse minute.
12:47Vous parliez de notre modèle social.
12:51Ça va être, moi je l'espère, mais un enjeu majeur de la présidentielle d'après vous ?
12:55Ce sera un enjeu majeur, ce sera même la pierre angulaire pour deux raisons.
12:59La première, c'est qu'il n'y a pas de souveraineté s'il n'y a pas de démographie,
13:03s'il n'y a pas de peuple français, il n'y a plus de commun.
13:07Et donc protéger les enfants déjà nés, c'est une chose.
13:10Accompagner les parents à répondre à ce désir qui est là, qui est encore réel, en est une autre.
13:15Mais ce qui est certain, c'est protéger les enfants,
13:17ne pas les laisser sous la prédation, sous l'emprise de nouveaux défis
13:20qui jusque-là étaient transférés aux parents en disant
13:23« C'est vos enfants, vous les éduquez, vous les élevez ».
13:26Aujourd'hui, il y a un changement de paradigme.
13:29Ces questions de prédation numérique, de violence et malheureusement même de santé
13:34sont tellement des industries systémiques
13:38avec des fondements de l'économie de l'attention
13:40que oui, la régulation est nécessaire
13:42et que la puissance publique a toute sa place et toute sa part à prendre.
13:45Merci Sarah Elahiri, à bientôt sur Be Smart for Change.
13:48Voilà, c'est la fin de ce Smart Impact dédié à ce sommet
13:51de la mesure d'impact ici au Palais d'Iéna à Paris.
13:54Je vous dis à bientôt sur la chaîne des Audacieuses.
13:56Et les Audacieuses, salut !
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