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Pourquoi le limogeage d’Olivier Nora par Vincent Bolloré, à la tête de Grasset, est une déflagration dans le monde de l’édition…

Retrouvez « L'édito politique de Patrick Cohen » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique

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00:00Lors de l'édito politique de Patrick Cohen, pourquoi Patrick, le limogège d'Olivier Nora par Vincent Bolloré à la
00:07tête de Grasset, est-il une déflagration dans le monde de l'édition ?
00:11C'est une petite maison, pas plus de 150 nouveautés par an, romans, essais, loin des mastodontes, Gallimard ou Le
00:17Seuil,
00:17petite par la taille mais grande par le prestige, l'ancienneté, sa moisson de prix littéraire sur ses célèbres couvertures
00:24jaunes.
00:24Voilà plus d'un siècle que Bernard Grasset a installé les éditions qui portent son nom aux 61 rues des
00:29Saint-Père en face de Sciences Po, elles y sont toujours.
00:32Voilà 26 ans qu'Olivier Nora incarnait la maison et deux ans et demi qu'il se savait en sursis
00:37depuis la prise de contrôle du groupe Hachette par Vincent Bolloré
00:40contre lequel il avait eu le culot de signer une pétition de soutien à la rédaction du JDD.
00:45Mais contrairement à Fayard, Grasset n'avait pas été bollorisé.
00:49Nora en était le garant et le symbole. Hier matin encore, avec ses auteurs, il défendait les parutions de sa
00:54rentrée face aux représentants commerciaux.
00:56Quand la nouvelle de son licenciement est tombée vers midi écart, Olivier Nora a disparu, laissant des floppés d'écrivains
01:03en désarroi.
01:03Et un très bref message, je suis fier d'avoir pu porter les couleurs de Grasset en toute indépendance.
01:09C'est ce dernier mot qui est important.
01:10Mais ça veut dire que Grasset vient de perdre son indépendance ?
01:13Vincent Bolloré ne s'est même pas donné la peine de nommer un homme ou une femme de métier, éditeur
01:17ou éditrice.
01:18Il a, comme chaque fois, pris le pouvoir en plaçant l'un de ses lieutenants, énarque et financier, Jean-Christophe
01:23Thierry,
01:24comme un bras d'honneur à deux jours du Salon du Livre, comme pour dire « c'est moi qui
01:27commande ».
01:28Le nouveau livre de Boilem sans salle devrait donc paraître chez Grasset en juin,
01:32quand Olivier Nora préférait attendre octobre pour travailler sur le manuscrit du franco-algérien.
01:37Est-ce ce désaccord qui a provoqué la rupture ?
01:40Ou bien a-t-il servi de prétexte ?
01:42Les amis, comme les concurrents d'Olivier Nora, c'est souvent les mêmes,
01:45ne donnent pas cher de l'avenir de cette vieille maison.
01:47Les auteurs, scandalisés et qui échangent sur une boucle WhatsApp,
01:51devraient fuir en masse s'ils arrivent à rompre leur contrat et récupérer leurs droits.
01:55Ils y ont se faire éditer ailleurs, en quoi est-ce que c'est grave ?
01:57D'abord, ce n'est pas si simple, parce que les gens lisent moins et que le secteur ne se
02:00porte pas très bien.
02:01Ensuite, une maison d'édition, c'est comme un journal,
02:04avec des orientations, des vents dominants,
02:06Le Seuil est plutôt marqué à gauche,
02:08Albain Michel à droite,
02:09mais tous les grands éditeurs portent des catalogues pluralistes.
02:13Vincent Bolloré, depuis la reprise de Fayard,
02:15a cassé ce modèle, avec des recrues,
02:17Bardella, Villiers, Zemmour, Sarkozy, Dupont-Aignan,
02:19Marion Maréchal, Bock-Côté, Golnadel, Fenec,
02:22Riouffol, etc.,
02:23qui pensent tous à peu près la même chose,
02:25qui sont promus par les mêmes médias,
02:27CNews, Europe 1, JDD, JD News,
02:29et dont les livres s'empilent sur les mêmes gondoles des points relais
02:32dans toutes les gares et les aéroports.
02:34C'est une machine de guerre politique et idéologique,
02:37civilisationnelle, comme l'a dit une fois Bolloré,
02:40qui, avec le départ d'Olivier Nora,
02:42étend un peu plus son territoire.
02:43On dira bientôt son hégémonie.
02:46Merci Patrick Cohen.

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