- il y a 11 heures
Olivier Galzi, nouveau maire d'Avignon et président du Grand Avignon (DVD), a commencé son mandat par baisser ses indemnités et augmenter celles de ses adjoints. Il justifie sa décision par la volonté d'avoir "des vrais gens" dans son conseil municipal. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-mardi-14-avril-2026-3215898
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00:007h49, Benjamin Duhamel, vous recevez le nouveau maire d'Avignon.
00:04Après Dominique Baudis, Noël Mamère, Patrick de Carolis, voilà un autre habitué des plateaux de télévision
00:09qui porte désormais son écharpe tricolore de maire.
00:12Vous l'avez connu, présentateur joker du JT de France 2.
00:16Il est l'un des nouveaux visages de la France des maires à la tête d'Avignon, ville de 92
00:20000 habitants.
00:21Bonjour Olivier Galsy.
00:22Bonjour Benjamin Duhamel.
00:24Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:26Je voudrais commencer par vous interroger sur les qualités qu'il faut pour être le maire d'une grande ville.
00:31Alors pour être journaliste, il vaut mieux ne pas aimer la langue de bois,
00:33assumer parfois de déplaire, ne pas avoir d'idées préconçues.
00:36Ces traits de caractère-là, c'est exactement l'inverse de ce qu'il faut pour faire de la politique,
00:39non ?
00:39Eh bien, ça a pu être le cas.
00:41C'est vrai que j'ai pu le constater moi aussi en tant que journaliste,
00:44mais je crois que les temps ont changé et c'est ce qui explique peut-être que j'ai été
00:47élu.
00:47Parce que j'ai fait ma campagne sur la base des qualités qui étaient, j'espère, les miennes quand j
00:51'étais journaliste.
00:52C'est-à-dire assumer de déplaire et ne pas faire de langue de bois ?
00:54C'est-à-dire ne pas faire de langue de bois, assumer de déplaire et peut-être aussi, à un
00:59moment donné, dire les choses telles qu'elles sont, effectivement.
01:03Il y a rarement des candidats qui ne disent pas les choses telles qu'elles sont ou qui disent qu
01:06'ils ne les disent pas.
01:06Peut-être, peut-être.
01:08Alors on va voir si vous allez faire de la langue de bois dans cette interview.
01:11Vous vous êtes présenté à Avignon sans étiquette comme le candidat du bon sens.
01:14C'est le nom de votre liste, tout en étant soutenu par le parti d'Edouard Philippe, Horizon.
01:19Ça veut dire quoi, candidat du bon sens ?
01:21Est-ce que ça veut dire que vous avez voulu faire du Macron à l'échelle locale ?
01:25Ce n'est pas un peu passé de mode, ça, Olivier Galzy ?
01:27Alors, le bon sens, non seulement ce n'est pas passé de mode, mais contrairement à ce que disait la
01:31publicité,
01:31ça n'est pas partagé par tout le monde.
01:33Et effectivement, c'est un constat qu'on peut faire à tous les échelons, je crois, au niveau national,
01:36comme au niveau international, comme au niveau local.
01:39Ce n'est pas un peu démago de dire qu'on est partisan du bon sens ?
01:42Non, ce n'est pas démago. Je vous explique ce que ça veut dire derrière.
01:45On est dans un système, on était dans un système, en tout cas à Avignon, maintenant ce n'est plus
01:48le cas,
01:49puisque j'ai été élu, on était dans un système où on avait une logique partisane
01:53dont l'intérêt servi, le premier, était celui du parti.
01:57Ce qui génère, j'allais dire, des parts de marché électorales.
01:59C'est une ville tenue par la gauche, pour vous le dire.
02:01C'était une ville tenue par la gauche, et donc en fait, on va raisonner dans une sorte de cône
02:06qui est celui de la pensée de son parti et de l'intérêt de son parti.
02:09Je pense que le bon sens, quand on veut travailler à l'échelle d'une ville,
02:12c'est d'élargir ce cône et de travailler effectivement au-delà d'une logique partisane.
02:16C'est ce que j'ai appelé le bon sens.
02:17Donc c'est dû Emmanuel Macron dans le texte ?
02:20C'est quoi ? C'est ni de droite ni de gauche ?
02:22Non, ce n'est pas dû Emmanuel Macron.
02:24C'est un truc très simple.
02:25C'est de dire par exemple que la sécurité, ce n'est pas quelque chose de droite.
02:28Donc quand on est une mairie de gauche ou un candidat de gauche
02:30et qu'on ne fait pas de sécurité, je pense qu'on n'est pas dans le bon sens.
02:33Voilà ce que j'ai dit pendant ma campagne.
02:35Pour essayer de vous situer, il a un bon bilan Emmanuel Macron ou pas comme président ?
02:39Emmanuel Macron, il a fait ce qu'il a pu dans les conditions qui étaient les siennes.
02:43Moi ce qui m'intéresse, ce n'est pas tellement le débat national,
02:45c'est de constater, et d'ailleurs peut-être que ça va rejoindre le débat national,
02:49mais c'est de constater qu'on est au bout d'un système,
02:51que ce soit à l'échelle nationale, à l'échelle du pays ou à l'échelle locale,
02:55et qu'il faut apporter quelque chose de nouveau en effet.
02:58Et je pense que mon élection à la tête d'une ville de 100 000 habitants,
03:02sans étiquette, portant une liste de société civile,
03:06est quelque chose de nouveau qui démontre qu'un nouveau chemin est possible.
03:08Alors je ne sais pas si c'est du bon sens Olivier Galzy,
03:10mais votre première décision comme maire d'Avignon a concerné les indemnités
03:13pour les membres de l'exécutif.
03:14Vous avez baissé la vôtre de 14%,
03:16vous toucherez pour être précis 4750 euros net par mois,
03:20mais vous avez décidé d'augmenter vos adjoints.
03:22C'est du brut.
03:23C'est du brut, très bien.
03:24Mais vous avez décidé d'augmenter vos adjoints de 35% pour près de 1500 euros par mois.
03:29J'ajoute que parmi les adjoints, il y a votre compagne.
03:31Est-ce que c'était vraiment la priorité comme première décision de nouveau maire d'Avignon
03:35d'augmenter vos adjoints ?
03:37Déjà, réponse sur la première décision, il y a une règle,
03:39c'est qu'il faut le faire tout de suite,
03:40parce qu'ensuite après on ne peut plus le faire.
03:43Ensuite, vous me parlez de pourcentage, je vais vous parler de valeur absolue,
03:46on parle de 350 euros net pour les adjoints,
03:49qui gagneront donc 1450 euros à peu près.
03:55Je vais juste faire une petite comparaison intéressante,
03:57parce que du coup, j'ai regardé ce que toutes les autres villes qui ont voté en début de mandat,
04:01les indemnités ont fait.
04:02On est ceux qui coûtons le moins cher à notre collectivité.
04:06Je prends l'exemple d'une Nîmes à laquelle je peux me comparer,
04:09qui est juste à côté, une ville qui est juste à côté, celle de Nîmes.
04:12On est 70% en dessous.
04:14Et alors si je prends Paris, c'est fabuleux, c'est 300% de plus.
04:16Oui, sauf que vous êtes aussi le maire d'une ville qui a 30% d'habitants
04:20qui sont sous le seuil de pauvreté, dont près des deux tiers sont éligibles à un logement social.
04:24Il y a peut-être une question de priorité.
04:26Au total, ça va coûter quoi ? 100 000 euros par an ?
04:29Est-ce que c'était vraiment la mesure la plus importante ?
04:30Benjamin Duhamel, vous êtes très bien placé pour savoir
04:33que s'il y a un scandale d'indemnité des élus en France,
04:35c'est certainement pas au niveau local que ça se joue.
04:37D'ailleurs, récemment...
04:38Je n'ai pas parlé de scandale.
04:39Non, mais d'ailleurs, récemment, il y a une loi qui a augmenté ce niveau d'indemnité,
04:42le plafond des indemnités,
04:43parce que, justement, on considérait qu'il fallait quand même pouvoir, à un moment donné,
04:47faire en sorte que ces élus qui font beaucoup de travail puissent...
04:50Non, mais c'est intéressant.
04:50Vous avez aussi un discours qui consiste à dire quoi la politique n'est pas assez bien payée ?
04:54Non, je réponds à votre question.
04:55C'est-à-dire que moi, j'ai placé mes adjoints à 50% du plafond.
04:59Vous imaginez ? 50% seulement.
05:01Et je m'étonne quand même qu'il n'y ait pas plus de débat sur ce qui se passe,
05:04par exemple, à Paris,
05:04où on est à 300% de plus.
05:06Maintenant, sur le fond, quelle a été ma logique ?
05:08Ma logique a été de dire je veux des vrais gens qui sont dans la vraie vie.
05:11Aujourd'hui, la politique concentre, effectivement, soit des fonctionnaires,
05:14parce qu'ils peuvent se mettre en disponibilité et reprendre ensuite le cours de leur vie
05:18quand le mandat est terminé,
05:19soit des retraités, soit des gens qui ont énormément d'argent et qui se moquent des indemnités.
05:22Moi, sur ma liste, ce n'est pas ça.
05:24Ce n'est pas une liste de retraités, ce n'est pas une liste de fonctionnaires
05:26et ce n'est pas une liste de gens qui se moquent des indemnités.
05:29Donc, je leur ai dit, vous allez passer la moitié de votre temps à servir votre ville
05:33et donc vous allez mettre votre activité professionnelle en suspens.
05:35Donc, il fallait les compenser.
05:37J'ai envoyé un signal, mais j'ai aussi envoyé un autre signal,
05:39c'est que moi, je me suis baissé mes indemnités.
05:40Et donc, ça mérite cette augmentation d'indemnités.
05:43Autre décision qui, là encore, résonne avec les débats nationaux.
05:45Vous avez été élu à la tête de l'agglomération,
05:47la communauté de communes en plus de la mairie.
05:49Et contrairement à votre prédécesseur,
05:51vous allez travailler avec deux maires du Rassemblement National
05:54qui occupent deux vice-présidences,
05:56qui représentent les villes de cette communauté de communes.
05:58Est-ce que c'est, là encore, le bon sens
06:00que de dire qu'on travaille avec un maire Rassemblement National ?
06:04D'abord, ce n'est pas contrairement à mes prédécesseurs
06:06parce que c'était déjà arrivé dans l'agglomération.
06:08Contrairement aux prédécesseurs juste avant.
06:10Oui, mais ça, c'était scandaleux pour le coup.
06:12C'est-à-dire qu'on a une agglomération de 16...
06:14Et donc, il y a bien eu une rupture de ce point de vue-là ?
06:16Oui, on a une agglomération de 16 communes.
06:19C'est quoi une agglomération ?
06:20C'est une table ronde de pères, de maires,
06:22qui sont des pères, effectivement, et le président,
06:24et j'allais dire le président de la table ronde,
06:25mais ça reste une table ronde.
06:2716 communes, 16 élus,
06:29la population les a choisis.
06:31Et moi, je vais trier le bon grain de livret,
06:32je vais dire, dans telle ville, vous avez bien voté,
06:34mais dans telle ville, vous avez mal voté.
06:35Non, je ne dis pas ça.
06:37Donc, la population a choisi des maires,
06:38je dis à tous les maires,
06:39vous avez tous droit à une vice-présidente.
06:41Cela dit, M. Duhamel, pour faire ce débat-là,
06:43il y a 73 voix dans mon conseil communautaire,
06:46j'en ai eu 63, j'ai été élu à 88%.
06:48Je pense que ça a pris un peu le match.
06:49Puisque l'intérêt de cette interview,
06:51c'est aussi de voir votre regard neuf sur la politique.
06:53Est-ce que le regard neuf que vous avez sur la politique
06:55comme acteur considère que le Rassemblement National
06:57est un parti comme un autre
06:59avec lequel on peut travailler ?
07:00Non, je considère que quand on est dans une agglomération
07:03et que des maires sont passées,
07:05en l'occurrence au premier tour pour les deux villes
07:06dont vous parlez,
07:07il me semblerait que ce serait une insulte aux électeurs
07:11que de leur dire, vous savez quoi,
07:13à l'agglo, on va élire le conseiller municipal d'opposition
07:17contre lequel vous avez voté.
07:18Je pense que ce ne serait pas exactement normal.
07:21Est-ce que c'est un parti d'extrême droite, le RN ?
07:23Oui, c'est un parti d'extrême droite.
07:24Tout comme d'ailleurs LFI est un parti d'extrême gauche, bien sûr.
07:27Encore un mot sur Avignon, Olivier Galzy.
07:29On ne peut évidemment pas être maire d'Avignon sans avoir une passion.
07:31Et au passage, pardon, sur cette question des extrêmes,
07:33la voix que j'ai prise, moi,
07:35a fait reculer les extrêmes à Avignon.
07:37J'essaie de poser ma question.
07:39Je vous en prie.
07:39On ne peut pas être maire d'Avignon sans avoir une passion
07:41pour le plus grand festival de théâtre de France.
07:45C'est quoi votre plus grand choc au Festival d'Avignon ?
07:47Qu'est-ce que vous avez aimé, par exemple,
07:49l'été dernier au Festival d'Avignon ?
07:50Je n'y étais pas l'été dernier.
07:54Et je vais vous dire, je vais vous répondre différemment.
07:57Vous n'avez pas été au Festival d'Avignon l'été dernier ?
07:59Non, en fait, j'ai été un peu choqué l'été dernier
08:04par une utilisation qui a pu être faite partiellement de ce festival
08:07pour évoquer, notamment, de manière à mon avis un peu trop poussée,
08:14la question palestinienne.
08:15C'est-à-dire ?
08:16C'est-à-dire qu'il y a, parfois, à l'occasion du festival,
08:20effectivement, des voix qui s'expriment et des drapeaux qui sortent.
08:23Et je pense que la culture, c'est quelque chose qui doit rassembler
08:25et qui ne doit pas diviser.
08:26C'est quelque chose d'important que vous dites.
08:27Qu'est-ce qui vous a frappé, choqué, l'été dernier au Festival d'Avignon ?
08:30Et donc, il y a eu, effectivement, de nombreuses tribunes
08:33dans le cadre du festival qui étaient là, effectivement,
08:35pour évoquer le problème de la cause palestinienne.
08:37Donc, le nouveau maire d'Avignon considère que le Festival d'Avignon
08:40est un festival trop politisé, c'est ça ?
08:42Il n'est pas là pour sortir le drapeau palestinien.
08:44Et vous savez, j'étais la semaine dernière à la présentation
08:47de la programmation du festival.
08:50Et un drapeau palestinien est sorti au moment de cette présentation.
08:53Et il se trouve que le directeur du festival s'en est, lui aussi, choqué.
08:56Et a, en l'occurrence, sorti de ses équipes la personne qui avait fait ça.
08:59Et je pense qu'il a eu raison.
09:01Je crois que ce n'est pas le rôle de la culture.
09:02Je crois savoir que la langue arabe était l'invité d'honneur du Festival d'Avignon.
09:05Ce n'était pas ça, le problème, quand même.
09:06Non, non, ce n'était pas ça, le problème.
09:07Le problème, c'est de créer de la division.
09:09Là, on doit créer du rassemblement.
09:10La culture, c'est quelque chose d'universel qui est là pour rassembler les êtres humains.
09:14Voyez-vous, elle n'est pas là pour diviser.
09:15Et sortir un drapeau palestinien, c'est contraire à la culture ?
09:18Mais vous savez, à Avignon, on n'est pas ex nihilo.
09:21À Avignon, on est dans une ville qui concentre un certain nombre de problématiques.
09:24Et effectivement, quand vous mettez cette question sur le devant de la scène,
09:27il se trouve que vous créez de la division.
09:29Et c'est ce qui, d'ailleurs, a généré l'élection de Raphaël Arnaud
09:31comme député d'Avignon.
09:33Raphaël Arnaud, la France insoumise,
09:34qui s'est fait élire en faisant campagne avec un drapeau palestinien.
09:38Je pense que ce n'est pas le rôle d'une campagne au niveau local,
09:40ni d'un festival.
09:41Merci Olivier Galzy.
09:42Et peut-être que vous viendrez nous partager votre coup de cœur
09:43pour le festival d'Avignon cet été, dans les mois qui viennent.
09:46Merci beaucoup.
09:47Et merci Benjamin Duhamel.
09:48À tout à l'heure pour le grand entretien.
09:49Sous-titrage Société Radio-Canada
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