00:00Et à l'occasion de cette journée spéciale jeux vidéo sur notre antenne, Marion, votre invité est psychologue,
00:06clinicien en libéral, spécialiste de médiation thérapeutique avec les jeux vidéo.
00:11Bonjour Bruno Berthier.
00:12Bonjour, merci de m'avoir accueilli.
00:14Merci à vous d'être là. Médiation thérapeutique avec les jeux vidéo, c'est assez surprenant comme terme.
00:20Ça veut dire quoi ? Vous soignez avec les jeux vidéo ?
00:23Notamment oui. En fait, médiation thérapeutique, déjà sans jeux vidéo, c'est ce qu'on utilise tout le temps.
00:28C'est le train en bois, c'est les playmobiles, c'est le dessin de famille.
00:31Qui sont dans le cabinet du psychologue ?
00:33Tout à fait, partout autour de nous.
00:36Et il se trouve qu'avec les ados, on n'avait pas d'outil spécifique pour la médiation.
00:44Et le jeu vidéo s'est imposé comme étant un outil très intéressant à voir, puisque ça fait partie de
00:50leur pratique quotidienne.
00:51Mais concrètement, ça veut dire quoi ?
00:53C'est-à-dire que les jeux vidéo vont permettre de les aborder plus facilement ces ados ?
00:57Notamment, ça peut aider à créer du lien pour les aider, les déstresser dans la situation de discussion et de
01:05thérapie.
01:05Mais aussi, on peut aller chercher des thèmes spécifiques dans chaque jeu.
01:09Aborder la question de la mort par exemple, aborder la question de l'abandon.
01:12Ou aller chercher des fonctions d'organisation, de visuation spatiale, de planification des tâches.
01:19Ça peut avoir un côté cathartique aussi ?
01:21Ça peut. L'avantage de l'espace thérapeutique, c'est que c'est un espace particulier.
01:27À partir du moment où le patient rentre dans le cabinet, on n'est pas dans du jeu, on est
01:29dans de la thérapie.
01:31Les parents demandent souvent, est-ce qu'il faut qu'on achète le jeu pour qu'il s'entraîne ?
01:34Oui, il s'entraînera à jouer au jeu, mais il ne s'entraînera pas à faire de la thérapie.
01:38Même si on peut avoir dans sa pratique perso quelque chose d'auto-thérapeutique.
01:43Mais il ne se passe pas la même chose, parce que derrière, il n'y a pas quelqu'un qui
01:45vient aider, soutenir ce qui se passe.
01:46C'est très intéressant, notamment pour la gestion de l'échec, puisque quand on est tout seul, on est tout
01:51seul face à son échec.
01:52Mais avec un psy à côté, ça permet de pouvoir sentir qu'on n'est pas jugé parce qu'on
01:57a fait une faute, de se sentir soutenu, de se sentir épaulé.
02:00Et ça permet de débloquer énormément de choses derrière.
02:03Mais très concrètement, on voit bien dans les cabinets de psychologues, par exemple avec des enfants, comment ils peuvent jouer
02:08avec des poupées ou des petits personnages, recréer des situations, etc.
02:11Pour le jeu vidéo, ça se passe comment ? Vous êtes assis sur le canapé avec votre ado, votre jeune,
02:16qui joue au jeu vidéo ?
02:18Ça pourrait, parce que j'utilisais une tablette à un moment donné, donc on se déplaçait.
02:22L'énorme avantage aussi de cette configuration-là, c'est qu'on se retrouve sur un à-côté et non
02:27plus du face-à-face.
02:28Donc vous êtes aux côtés de votre patient ?
02:30Exactement. On est à côté, ce qui permet de sentir bouger, de le sentir réagir.
02:36Alors que quand on est face-à-face, pour certains ados, c'est quand même vachement intimidant, même pour certains
02:40adultes aussi.
02:40Ça m'est arrivé de faire jouer des adultes, qui étaient un peu coincés dans le mécanisme de défense.
02:44Et du coup, je leur ai proposé de casser un peu les codes et de venir se mettre à côté
02:47de moi pour jouer.
02:48Ça a permis d'ouvrir certaines portes qui ne voulaient pas s'ouvrir sur un abordou.
02:52En fait, c'est du jeu.
02:54C'est du jeu. Le PC est dans une pièce à côté que les collègues ont appelée la gaming room.
02:59Elle est joliment décorée.
03:00Mon collègue Antoine Barcy, qui est avec moi, lui, il utilise les jeux rétro.
03:03Lui, il a fait toute une ancienne chambre d'ado.
03:06Genre Super Mario, tout ça ?
03:07Complètement. Il a une PS2, lui, PlayStation 2.
03:10Il s'éclate avec ça.
03:11Ça permet de faire jouer aussi, de faire venir des parents pour qui c'était les consoles de l'époque,
03:16faire du lien avec l'enfant.
03:17Et souvent, l'enfant demande en thérapie à la fin de la séance, est-ce que je peux montrer à
03:21papa ou à maman ce qu'on a fait ?
03:23Et c'est vachement intéressant.
03:24Il y a une transmission qui commence à se faire à cet endroit-là.
03:26Il ne s'agit pas que les parents jouent avec l'enfant, mais s'intéressent un minimum à ce qu
03:30'il fait.
03:31Ça marche avec tous les jeux ou seulement, par exemple, les Serious Games,
03:35ces jeux où on peut se mettre dans la peau d'un réfugié ou d'une victime de violence ?
03:39Ou seulement les jeux de rôle, type Les Sims, par exemple, où on est effectivement dans la peau de personnages,
03:44où on doit organiser une vie familiale, une vie en société ?
03:47Les Sims, c'est le premier jeu que j'ai utilisé, donc je connais bien.
03:50Effectivement, il est très intéressant et notamment sur le fait qu'avec les ados,
03:56notamment l'idée, c'est de faire prendre conscience, de prendre soin de soi.
04:02La gestion des besoins amène ça.
04:03Donc son personnage, l'ado peut créer trois personnages.
04:06Il y aura trois petites parties de lui dans chaque personnage.
04:09Donc c'est nous déjà la création du personnage.
04:12On est déjà ultra attentif à ce qui est en train de se passer.
04:15Ça a l'air de rien, il a l'air de jouer, sauf que la manière dont il va cliquer,
04:18il va choisir le nom du personnage, le prénom, le nom de famille.
04:22C'est déjà énorme en fait en termes de décision et on est déjà en train de noter
04:26les traits de caractère, ça plutôt que non.
04:28Évidemment, on va noter que ça, ça a été rayé.
04:31Pourquoi ça a été rayé ? Parce qu'on va le rapporter aux conversations qu'on a
04:35après qu'on est joué, la séance d'après, tiens, il a bugué sur ce caractère-là,
04:40dans ce qu'on a dit tout à l'heure.
04:41Sur un trait de caractère, vous voulez dire d'un personnage ?
04:43Exactement.
04:43Qu'il n'accepte pas ?
04:45Tout à fait, ou qu'il a inhibé d'un coup.
04:48Ah, je vais lui mettre le courageux.
04:50Ah non, il n'est pas courageux.
04:52Ah tiens, qu'est-ce qui s'est passé à cet endroit-là ?
04:54Pourquoi est-ce qu'il a désactivé cet aspect-là ?
04:56Donc ça, on comprend comment ça peut marcher, mais est-ce que ça marche aussi
04:58avec n'importe quel jeu vidéo, j'ai envie de dire, avec une franchise comme Grand Theft Auto
05:02qui peut être un peu violente et sans foi ni loi, si j'ose dire ?
05:06Ça va être l'occasion de mettre de la loi, de mettre de la limite,
05:10d'interroger sur ce qui se passe.
05:13Et puis ça veut dire aussi que dans le cadre d'un jeu, c'est un jeu.
05:17Et dans le jeu, il y a des espaces qui sont délimités par l'espace du jeu.
05:20Et s'il est permis d'écraser un passant, c'est qu'on peut le faire.
05:24Et du coup, ça vient se poser la question, est-ce qu'on ferait ça dans la vie réelle ?
05:27Et pourquoi pas ?
05:28En fait, on peut tout utiliser, on peut faire feu de tout bois.
05:30À l'école, en tant qu'étudiant, il nous avait dit, soyez curieux et créatifs.
05:35Donc n'importe quel jeu peut être utilisé.
05:38Évidemment, je surveille de ne pas mettre certains jeux.
05:40Évidemment, j'en profite pour parler de la norme PEGI qui permet aux parents de se repérer.
05:44Alors ça, c'est la norme qui dit à partir de quel âge on peut utiliser un jeu,
05:47ou en tout cas qui prévient que c'est une récommandation.
05:48De la violence, des scènes un peu choquantes.
05:51Exactement.
05:51Et puis, il y a des nouveaux typos qui vont être introduits en juin, je crois.
05:56C'est notamment pour prévenir des lootbox, des achats en ligne,
06:01pour aider les parents à être encore plus précis dans le choix du jeu.
06:04De ne pas se retrouver avec des achats intempestifs qui vont grever leur compte bancaire
06:09parce que les enfants auront acheté de la monnaie ou des joyaux.
06:13Quand même, on entend, Bruno Berthier, tous les avantages que vous trouvez au jeu vidéo.
06:16Il y a des critiques, on parle notamment de la violence dans les jeux vidéo.
06:21Je pense justement, je disais Grand Theft Auto,
06:23mais d'autres, des jeux qui ont été évoqués au moment où il y a eu des faits divers un
06:28peu tragiques.
06:29Une jeune fille qui avait été tuée par un homme de 23 ans l'an dernier,
06:33apparemment il était en colère parce qu'il venait de perdre à Fortnite.
06:35En tout cas, c'est ce qui a été relayé.
06:37En juin 2023, déjà, le président de la République mettait en cause l'influence néfaste des jeux vidéo
06:43dans les émeutes qui ont suivi la mort du jeune Naël.
06:47Est-ce qu'on ne risque pas d'être, entre guillemets, contaminé par la violence d'un jeu vidéo ?
06:52Ça, c'est un vieux thème.
06:54Quand j'ai commencé au cabinet, m'installer en 2005, c'était le thème de l'époque,
06:57c'était la violence et le jeu vidéo.
06:59Ça a un peu changé aujourd'hui, on a changé de thème pour nourrir d'autres informations.
07:03C'est plutôt l'addiction.
07:04Voilà, on est sur ça.
07:05Qui peut être un problème.
07:06Qui peut être un problème, pas l'addiction parce qu'elle n'est pas reconnue.
07:09Le trouble du jeu vidéo existe, notamment amené par l'OMS,
07:12parce qu'effectivement, il y a du jeu excessif.
07:14Et ça, ça fait partie des points de vigilance qu'on aborde avec les parents
07:17et avec les principaux intéressés, parce qu'ils sont très, très demandeurs aussi de ça.
07:22En fait, comme quand ils sont en train de scroller sur leur téléphone,
07:26en fait, ils s'ennuient à mourir.
07:29Et ils ne savent pas comment en sortir, comment on fait pour s'ennuyer autrement
07:33que par le refuge facile à ce monde-là.
07:35Et sur la violence ?
07:36Et sur la violence, pardon.
07:37Sur la violence, je me souviens de cette jeune fille,
07:40parce que c'est arrivé pas loin de mon cabinet.
07:42C'était dans l'Essonne.
07:43Et on en avait parlé.
07:44Et quand il y a un fait divers comme ça, ça arrive extrêmement vite.
07:47Il n'y a pas de lien qui a été fait.
07:49Il n'y a pas de lien.
07:49Il y a en France, ils sont 92% des 10-17 ans à jouer.
07:54Donc c'est gigantesque la proportion de cette population-là.
07:57Donc la quasi-totalité des gens.
07:59Exactement.
07:59Et c'est ce qui donne l'impression que le jeu vidéo est un jeu d'enfant,
08:03parce qu'ils sont 92% à jouer, alors que la moyenne d'âge, c'est 40 ans,
08:07parce que les adultes sont énormément plus à jouer.
08:10Merci beaucoup Bruno Berthier.
08:11Je rappelle que vous êtes psychologue.
08:12La journée spéciale jeux vidéo continue sur France Interne.
08:15On parlera dans Grand Bien Vous Fasse, dans Zoom Zoom Zen,
08:17dans le Téléphone Son ce soir.
08:19Je ne sais pas, je ne sais pas, je ne sais pas.