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Des secrets d’État aux destins intimes, Je t’aime moi non plus – France-Maroc, premier film de cette soirée, raconte l’histoire passionnelle et méconnue d’un duel de pouvoir entre la France et son ancien protectorat, où les blessures d’hier s’invitent à la table des présidents et des rois. Un récit cinématographique tendu et incarné sur deux nations condamnées à s’entendre. Mais que faut-il sacrifier pour éviter la rupture ?
De la ferveur d’une demi-finale de Coupe du monde aux coulisses feutrées de l’Élysée, ce film explore les liaisons à la fois tumultueuses et dangereuses entre la France et le Maroc.
Entre les confessions d’anciens présidents et les récits intimes de grandes figures franco-marocaines, la caméra de Benoît Bringer remonte le fil d’une passion dévorante, faite de blessures coloniales et de destins entremêlés.
En mêlant archives rares, témoignages de premier plan et récits personnels, le documentaire capte un moment de bascule historique : celui où l’ancien protectorat refuse désormais le rôle du « petit frère » et défie l’ancienne puissance coloniale.
Un duel cinématographique entre héritage et émancipation, où les histoires humaines rattrapent la grande histoire.
De la ferveur d’une demi-finale de Coupe du monde aux coulisses feutrées de l’Élysée, ce film explore les liaisons à la fois tumultueuses et dangereuses entre la France et le Maroc.
Entre les confessions d’anciens présidents et les récits intimes de grandes figures franco-marocaines, la caméra de Benoît Bringer remonte le fil d’une passion dévorante, faite de blessures coloniales et de destins entremêlés.
En mêlant archives rares, témoignages de premier plan et récits personnels, le documentaire capte un moment de bascule historique : celui où l’ancien protectorat refuse désormais le rôle du « petit frère » et défie l’ancienne puissance coloniale.
Un duel cinématographique entre héritage et émancipation, où les histoires humaines rattrapent la grande histoire.
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00:00:00...
00:00:16Bonsoir à toutes, bonsoir à tous.
00:00:18Nous sommes des millions à attendre une demi-finale de Coupe du Monde de football.
00:00:23Nous sommes des millions à attendre ce France-Maroc.
00:00:26Une affiche si particulière.
00:00:35C'était un bonheur.
00:00:36Je ne savais pas qu'un match de football pouvait donner tant de bonheur à un peuple.
00:00:42C'est extraordinaire, c'est magnifique.
00:00:45Ce match, je l'appréhende parce que je ne saurais pas comment vivre ce moment entre la France et le
00:00:52Maroc.
00:00:53Ce serait comme si mon père jouait contre ma mère.
00:00:56C'était une rencontre qui était extrêmement symbolique.
00:00:58Elle racontait finalement presque 100 ans d'histoire entre la France et le Maroc.
00:01:03C'est parti, on s'effondre au Maroc.
00:01:11Il y avait quelque chose de l'ordre du rééquilibrage.
00:01:13Maintenant, on est à égalité avec notre fameux ami.
00:01:16On n'est plus justement sous sa coupelle, on n'est pas le petit frère.
00:01:19C'était un peu la revanche de l'ancien colonisé.
00:01:34Les supporters français et marocains se sont réunis pour célébrer la victoire.
00:01:39On est fiers de notre pays, qu'ils soient français et de notre pays d'origine marocaine.
00:01:45Du coup, quand même, allez quand même la France.
00:01:47Mais quand même, on est fiers de notre pays, de ce qu'il y a.
00:01:52Ce jour-là, sur un terrain de foot, la France domine le Maroc.
00:01:58Mais dans les relations entre les deux pays, c'est une toute autre histoire.
00:02:06Depuis l'indépendance du royaume en 1956, la France et le Maroc s'aiment et se divisent.
00:02:15A chaque président ou presque, ça brouille, ça rupture avec le roi.
00:02:21Et à chaque président, ces images de réconciliation fastueuses.
00:02:27Et je peux dire que la réconciliation franco-marocaine peut être citée en exemple.
00:02:33Le président Mitterrand est arrivé aujourd'hui au Maroc.
00:02:36Les relations sont au beau fixe.
00:02:39Tapirouge pour Hassan II.
00:02:40Visite en grande pompe qui clôt un chapitre turbulent des rapports franco-marocains.
00:02:46Réconciliation entre Paris et Rabat, après un an de brouilles diplomatiques.
00:02:51Et souvent, c'est la France qui s'incline.
00:02:55Pourquoi tant de passion, tant d'incompréhension ?
00:02:59Et pourquoi à la fin, c'est le Maroc qui semble dicter les règles ?
00:03:05Il y a des blessures qui ne se referment pas.
00:03:08Des liens humains et des rapports de force.
00:03:12Des marchés juteux dont on ne veut pas se passer.
00:03:18Comment vous qualifieriez la relation France-Maroc en deux mots ?
00:03:24Un seul ?
00:03:25Indispensable.
00:03:27C'est une relation...
00:03:35Je dirais intense et fertile.
00:03:41Complexe.
00:03:42Sans équivalent.
00:03:43Dans le reste du monde.
00:03:46Entendons-nous bien.
00:03:47Dans le mot intense, il y a des hauts et des bas.
00:03:51Voici l'histoire méconnue d'un couple qui se déchire, mais ne se quitte jamais.
00:04:17Le téléphone d'Emmanuel Macron a-t-il été piraté ?
00:04:22En tout cas, son numéro figure sur la liste d'une agence marocaine de renseignement.
00:04:26Elle utiliserait un logiciel espion ultra-perfectionné, son nom Pegasus.
00:04:34En 2020, on a eu accès à une liste de 50 000 numéros de téléphone.
00:04:39À peu près 58 personnes qui, sur Terre, étaient potentiellement espionnées par Pegasus.
00:04:52En fait, Pegasus, c'est un logiciel espion ultra-sophistiqué
00:04:56qui permet de prendre le contrôle de votre téléphone, mais entièrement.
00:05:01Avec ce logiciel, vous pouvez activer la caméra de votre téléphone,
00:05:05le micro de votre téléphone, accéder à tous les messages de votre téléphone,
00:05:08aux photos, même aux messages censés être chiffrés, cryptés.
00:05:13Une fois que vous êtes espionné par Pegasus, vous êtes entièrement piégé.
00:05:18Introduit dans un smartphone, le logiciel permet non seulement d'écouter les appels téléphoniques,
00:05:23mais d'absorber surtout tous les contenus, photos, données, messages aussi,
00:05:28par le biais même d'applications que l'on pensait sécuriser.
00:05:33Derrière ces attaques-là, derrière cet espionnage, en fait,
00:05:36ce sont des États qui utilisaient, et qui utilisent encore pour certains,
00:05:40ce logiciel pour traquer des journalistes, des dissidents, des opposants.
00:05:45Et parmi ces clients, de ce logiciel-là, on a retrouvé le Royaume du Maroc.
00:05:55Et il y a un groupe de personnes ciblées,
00:05:57où dedans, il y a une immense prévalence de figures
00:06:00qui ont toutes contesté, à un moment donné, le Royaume du Maroc.
00:06:05Et là, on se rend compte, en croisant avec nos propres carnets de contacts, d'adresses,
00:06:11que dedans, il y a le numéro de téléphone d'Emmanuel Macron.
00:06:13Un logiciel espion, au plus haut sommet de l'État.
00:06:18Pegasus aurait ciblé un des téléphones du président de la République en 2019,
00:06:22mais aussi celui de son premier ministre, d'alors Édouard Philippe,
00:06:26et de 14 membres du gouvernement.
00:06:41Quel serait l'intérêt pour un État comme le Maroc d'espionner jusqu'au téléphone du président de la République
00:06:45?
00:06:46J'imagine que ça les intéresse de savoir dans quel état d'esprit est la France vis-à-vis du
00:06:55Maroc, de l'Algérie.
00:06:56Pour eux, c'est des renseignements de caractère stratégique, j'imagine.
00:07:01À l'époque, en 2019, Emmanuel Macron se préoccupait beaucoup de la situation de l'Algérie,
00:07:07des premières manifestations dans la rue, de la démission du président Bouteflika.
00:07:12Alors le Maroc, en froid avec son voisin algérien, aurait-il voulu en savoir davantage en espionnant son allié français
00:07:19?
00:07:19C'est la première fois qu'un pays ami, le Maroc, se permettrait d'écouter le portable d'un dirigeant.
00:07:29C'est un séisme très fort.
00:07:33De ce qu'on sait, la réaction d'Emmanuel Macron était assez dure.
00:07:36Il était plus qu'agacé, il était en colère contre le roi du Maroc.
00:07:51Emmanuel Macron, fidèle à sa façon de faire de la diplomatie, de manière directe, appelle le souverain du Maroc.
00:08:00Macron, ne connaissant pas très bien la mentalité d'abord marocaine et puis celle du roi Mohamed VI,
00:08:08l'accuse d'emblée de l'avoir écouté.
00:08:15Le roi lui dit non.
00:08:17C'est ma parole, il ne vous a pas écouté.
00:08:20Sauf que le président Macron, il l'a remis en question.
00:08:27Ça ne se fait pas, ça.
00:08:31Et il lui fait un commentaire qui n'est pas très agréable.
00:08:37Emmanuel Macron lui aurait répondu, il y a deux possibilités.
00:08:40Soit, un, vous ne savez pas ce qui se passe dans votre pays, soit vous mentez.
00:08:44Et le roi raccroché.
00:08:48Président Macron n'était pas préparé à savoir ce qu'est cette relation.
00:08:56Il ne connaissait pas le Maroc.
00:08:57Macron, il passait de la banque à l'Elysée.
00:09:08D'abord, il n'avait pas compris peut-être comment il fallait agir avec les autorités marocaines et avec le
00:09:15roi en particulier.
00:09:16Ce n'est pas si simple.
00:09:46On voit des attaques très fortes contre le président de la République française avec une campagne de presse.
00:09:51Des calomnies folles, y compris sur sa vie privée.
00:10:00Des attaques sur sa sexualité, sur sa vie conjugale, qui sont évidemment impulsées d'en haut.
00:10:08Donc, tout se grippe.
00:10:12Pégasus, vous, président, vous auriez protesté ?
00:10:15Vous voyez, c'est bien une question de journaliste.
00:10:18On parle de siècles de rapport entre deux grandes nations.
00:10:22Ça ne se définit pas par rapport à Pégasus ou des choses comme ça.
00:10:27C'est exactement comme si vous me disiez, oh, ma femme m'a fait une scène hier, on s'est
00:10:31disputé en divorce.
00:10:34C'est aussi petit que ça.
00:10:36Quand le roi dit, jamais nous n'avons utilisé Pégasus, l'histoire, la confiance, ce que je sais du roi,
00:10:45m'aurait amené à le croire.
00:10:49On a su par la suite que cinq ministres avaient été réellement infectés.
00:10:54On ne sait toujours pas si, oui ou non, le téléphone du chef de l'État, Emmanuel Macron, a été
00:10:59réellement infecté.
00:11:00Et il y a eu zéro communication de la part de l'Élysée là-dessus.
00:11:12Je pense que si ça avait été un autre État que le Maroc, qui était venu sur le territoire français
00:11:16espionner des profils comme ceux-là,
00:11:18le chef de l'État, les membres du gouvernement, la France aurait été bien plus violente, bien plus brutale dans
00:11:22sa réaction.
00:11:24Mais là, il y avait sans doute beaucoup à préserver.
00:11:37Que faut-il préserver ?
00:11:41Pourquoi une telle réaction au rabat ?
00:11:45Pourquoi un tel silence à Paris ?
00:11:47Que se joue-t-il dans les relations entre la France et le Maroc ?
00:11:52Un seul épisode, même éclatant, ne saurait l'expliquer.
00:11:58L'histoire des relations entre la France et le Maroc, c'est une histoire d'amour contravié.
00:12:05Pour comprendre cette relation, il faut remonter un petit peu loin dans l'histoire.
00:12:22Pour saisir ces relations ambivalentes et complexes, il faut prendre un chemin oublié.
00:12:29S'engager dans un voyage dans le temps et dans l'espace.
00:12:381912, le Maroc est partagé entre deux puissances coloniales.
00:12:43La France occupe la plus grande partie du pays.
00:12:48L'Espagne administre des zones au sud et au nord du royaume.
00:12:54On sait très peu de choses sur l'entreprise coloniale au Maroc.
00:13:00On oublie qu'il y a eu une guerre périfiante dans cette région du pays.
00:13:09Les rifains, les populations du rif du nord du Maroc,
00:13:12étaient en train de libérer entièrement le nord du Maroc et menacer la ville de Fès.
00:13:23Il a fallu attendre 1926 pour que la France intervienne
00:13:28avec un corps expéditionnaire de près de 100 000 soldats
00:13:33qui vont, avec les Espagnols, écraser l'insurrection rifaine.
00:13:50Le rif a été dévasté par les bombes.
00:13:55Ça a été très, très, très violent.
00:13:59Voilà une des raisons de ce malentendu énorme
00:14:03dans les relations franco-marocaines.
00:14:06Ce qui a édulcoré,
00:14:11c'est partie de l'histoire marocaine,
00:14:13c'est la figure du maréchal Lyotet.
00:14:19Lyotet, soldat d'abord, puis bâtisseur d'un monde nouveau,
00:14:22sut gagner l'estime et l'amitié d'un peuple.
00:14:25Il est resté pour beaucoup, Marocains et Français,
00:14:28une figure légendaire.
00:14:30Le maréchal Lyotet était le commandant en chef du protectorat français au Maroc.
00:14:36Et mes parents et mes grands-parents avaient une grande admiration pour lui
00:14:40parce qu'ils respectaient la culture marocaine.
00:14:45Contrairement à l'Algérie, on a éradiqué le paysage urbain.
00:14:52Lui a pris la décision justement de créer des villes européennes
00:14:58à côté de la ville traditionnelle.
00:15:02Ce qui fait qu'il a permis de sauvegarder des joyaux médiévaux
00:15:08qui sont la ville de Fès, de Meknes, de Marrakech.
00:15:16D'où un rapport autre, un autre visage de la colonisation.
00:15:29La relation entre le Maroc et la France
00:15:32s'est construite au gré des accidents de l'histoire.
00:15:37Si les échanges commerciaux entre les deux pays existent depuis des siècles,
00:15:41les liens entre les deux peuples
00:15:43se sont intensifiés pendant la colonisation.
00:15:48Deux peuples, si éloignés,
00:15:51et qui pourtant se sont entremêlés.
00:15:55Des destins aujourd'hui liés à jamais.
00:15:58Comme en témoignent dans un cimetière de Casablanca,
00:16:00les tombes des Français venus bâtir une vie sous le soleil nord-africain
00:16:06et celles des Marocains
00:16:07qui se sont battus pour libérer la France.
00:16:34Quand on regarde ces deux photos,
00:16:36on a l'impression de deux mondes totalement à l'opposé.
00:16:39D'un côté, la famille de ma grand-mère, la famille alsacienne.
00:16:44Ma grand-mère, petite fille blonde dans sa petite robe.
00:16:47Et de l'autre côté, mon autre arrière-grand-père
00:16:50qui lui est dans un décor de studio photo à Meknes pendant la colonisation.
00:16:55Donc il n'est pas entouré ni par sa femme, ni par ses enfants
00:16:59et encore moins par une petite fille.
00:17:00À l'époque, on ne prend pas les femmes en photo.
00:17:05Donc ce sont deux mondes qui sont totalement à l'opposé.
00:17:09Et pourtant, ils se sont rencontrés,
00:17:10d'abord parce que la Seconde Guerre mondiale
00:17:12va être un moment tout à fait crucial,
00:17:14qui dans son horreur va être aussi un moment de mélange des peuples.
00:17:22Mon grand-père marocain, c'était un homme
00:17:24qui n'avait pas fait énormément d'études,
00:17:27mais qui était très attaché à certaines valeurs
00:17:29qui lui ont été enseignées à travers la France.
00:17:32Il considérait que c'était pour lui une obligation morale
00:17:35de s'engager auprès de la France
00:17:37pour se battre contre le nazisme.
00:17:43Mon grand-père fait la campagne d'Allemagne
00:17:45comme beaucoup, beaucoup de gens de l'armée coloniale.
00:17:48Et donc il va libérer plusieurs villages de l'Est de la France.
00:17:52Puis ensuite, il rencontre ma grand-mère
00:17:54qui était alsacienne, dont il tombe très amoureux.
00:17:58Ils se marient et ma grand-mère décide de suivre
00:18:01mon grand-père au Maroc, à Meknes,
00:18:04où il avait hérité d'une terre.
00:18:05Et ensemble, ils vont s'occuper de cette ferme
00:18:08jusqu'à la fin de leur vie.
00:18:10Et ils sont tous les deux enterrés à Meknes.
00:18:16Il y a les rencontres,
00:18:17les mariages mixtes.
00:18:20Et puis il y a le français,
00:18:22la langue de l'ancien colon.
00:18:26Aujourd'hui encore, elle marque le pays.
00:18:30Les petits Marocains l'ont découverte sous le protectorat,
00:18:34pour ceux qui allaient à l'école.
00:18:38Puis progressivement,
00:18:39le français a imprégné la société.
00:18:42J'ai grandi dans un milieu traditionnel
00:18:45de la ville de Fès,
00:18:47dans un milieu assez humble.
00:18:50Mon père était un artisan cellier.
00:18:52Ma mère, comme toutes les mamans à cette époque-là,
00:18:56travaillait à la maison.
00:18:59Et lorsque j'ai été en classe pour la première fois
00:19:02et que le maître a commencé à parler en français,
00:19:08j'ai éclaté de rire,
00:19:09parce que je ne comprenais pas cette langue étrange.
00:19:15La vérité est que la langue française
00:19:18nous a été imposée par l'ordre colonial.
00:19:21À l'école, 90% des matières
00:19:24étaient enseignées en français.
00:19:26La langue arabe, elle est enseignée
00:19:27comme une troisième langue.
00:19:33On a eu accès très vite
00:19:35à la culture française,
00:19:37les traditions.
00:19:38Je connaissais par cœur
00:19:40l'histoire de la Révolution française.
00:19:52On apprenait ce que tous les petits français apprenaient.
00:19:55Les tables de la fontaine,
00:19:57on avait, je me souviens,
00:19:59des manuels scolaires
00:20:00avec la cheminée qui fumait
00:20:02et le chat qui ronronnait.
00:20:05Nous, on n'avait pas de cheminée à la maison.
00:20:08Alors, je me suis dit,
00:20:09mais ce n'est pas fait pour nous, ça.
00:20:11Et puis, il y a Noël.
00:20:12Je me suis dit,
00:20:12qu'est-ce que c'était Noël ?
00:20:13On n'avait pas Noël.
00:20:18Malgré tout,
00:20:20contrairement au fantasme
00:20:21que la France serait venue répandre ses lumières
00:20:24et éduquer les masses,
00:20:26ça n'est pas du tout vrai.
00:20:27quand la France quitte le Maroc,
00:20:29il y a très, très, très peu de cadres marocains
00:20:32qui ont été formés.
00:20:34Nous étions à peine quelques dizaines,
00:20:37peut-être une centaine de bacheliers.
00:20:42Et donc, le Maroc va avoir besoin,
00:20:45pendant encore quelques années,
00:20:46des Français pour pouvoir former leur population
00:20:49et pour pouvoir avoir des cadres compétents
00:20:52pour construire le jeune Maroc indépendant.
00:21:03Jusqu'au début des années 70,
00:21:05le Maroc est le plus grand importateur
00:21:07de coopérants français.
00:21:09Donc, énormément de Français
00:21:10vont venir enseigner dans les universités.
00:21:15C'est l'époque où Barthes, par exemple,
00:21:17est enseignant à Rabat.
00:21:24Et ces professeurs sont des professeurs
00:21:26qui enseignent aussi à Sciences Po, à Paris,
00:21:29qui enseignent à la fac de droit d'Assas
00:21:32et qui viennent passer du temps au Maroc
00:21:33pour enseigner à ces jeunes femmes
00:21:35et à ces jeunes hommes.
00:21:38Et donc, quand le protectorat se termine,
00:21:40ça n'est pas pour autant la fin,
00:21:43j'allais dire, de cette très, très forte relation
00:21:45entre le Maroc et la France.
00:21:49Ces jeunes étudiants sont des gens
00:21:51qui lisent Le Monde.
00:21:53Ils vont à la fac et puis on leur enseigne
00:21:55Edgar Poe et Proust et Racine.
00:21:59Quand ils vont dans les ciné-clubs,
00:22:01ils regardent les films de La Nouvelle Vague.
00:22:04Ce sont des gens qui se sont vraiment poussés
00:22:07et enthousiasmés à l'idée d'être ceux
00:22:10qui vont construire le Maroc de demain
00:22:12et qui sont quand même, pour une grande part,
00:22:15éduqués par l'ancienne puissance coloniale française.
00:22:24Après, on partait en France,
00:22:25faire des études supérieures.
00:22:27Et on revenait au Maroc avec des diplômes français.
00:22:35Aujourd'hui encore,
00:22:37la première nationalité à Scangère
00:22:39à intégrer Polytechnique
00:22:41ou Pont et Chaussée ou Centrale,
00:22:43ce sont les Marocains.
00:22:50Ces contingents d'étudiants marocains
00:22:52sont des sortes de ponts
00:22:55entre la France et le Maroc,
00:22:56sont des ambassadeurs du Maroc
00:22:58lorsqu'ils viennent étudier en France,
00:23:00mais deviennent aussi parfois
00:23:01des ambassadeurs de la France
00:23:03lorsqu'ils rentrent au Maroc.
00:23:06Donc c'est vraiment un relais
00:23:08extrêmement, extrêmement important
00:23:10dans les relations entre la France
00:23:12et le Maroc.
00:23:23Je suis née dans le Riff marocain,
00:23:25donc au nord du Maroc.
00:23:28Mes parents étaient des paysans
00:23:31et on vivait dans un petit,
00:23:34j'allais dire village,
00:23:35disons plutôt hameau,
00:23:37parce qu'il était vraiment petit
00:23:38et donc on travaillait la terre,
00:23:41on avait des bêtes.
00:23:46L'histoire commune entre les deux pays
00:23:48n'a pas seulement marqué le Maroc.
00:23:50Elle a aussi façonné la France
00:23:52au rythme des vagues successives
00:23:54de migrations venues du Royaume.
00:23:57Mon père est parti à la fin des années 70
00:24:00pour rejoindre la France,
00:24:02pour travailler dans le bâtiment.
00:24:09Moi, mon grand-père est arrivé en France
00:24:11au début des années 70.
00:24:13C'était l'administration française
00:24:14qui allait chercher de la main d'œuvre
00:24:16dans ces anciennes colonies.
00:24:18Ils palpaient les muscles,
00:24:19ils voyaient la condition physique
00:24:20parce qu'ils savaient que c'était des hommes
00:24:21qui devaient travailler soit dans les usines,
00:24:23soit dans les mines, soit dans le BTP.
00:24:25Donc il y avait quand même quelque chose
00:24:25de l'ordre de la force physique.
00:24:27Et donc c'est comme ça que mon grand-père
00:24:28a été recruté comme bon nombre
00:24:30d'immigrés nord-africains.
00:24:37Quand ils arrivaient,
00:24:38les immigrés marocains,
00:24:39notamment en passant par Marseille,
00:24:40ils se faisaient prendre en photo.
00:24:41Donc mon grand-père l'a fait au studio Rex,
00:24:43qui était un studio qui prenait en photo
00:24:44toute l'immigration marseillaise.
00:24:46Et donc il est allé dans ce studio photo,
00:24:48il a mis le beau costume à l'occidental,
00:24:50il l'a posé devant un décor de fer forgé.
00:24:52Et c'était l'idée d'envoyer cette photo
00:24:54en fait au Maroc pour dire
00:24:55« je suis bien arrivé »
00:24:56et regarder comment je m'acclimate
00:24:58à ma nouvelle vie française.
00:25:00C'était aussi un signe de réussite
00:25:01d'envoyer cette photo
00:25:02à la femme et aux enfants restés au Maroc.
00:25:07Ma soeur est née, moi-même et ma mère.
00:25:10On a opéré un regroupement familial
00:25:13en 1983.
00:25:16Donc je devais avoir à peu près 4-5 ans.
00:25:21En fait j'ai un souvenir extrêmement précis,
00:25:24pour le coup c'est étonnant,
00:25:25du jour du grand départ.
00:25:26Parce que ça a été un jour de larmes.
00:25:28On ne savait pas quand est-ce qu'on reverrait
00:25:30nos grands-parents,
00:25:31la famille qu'on laissait sur place.
00:25:33Il faut se replonger là-dedans
00:25:35pour comprendre que cette histoire d'exil,
00:25:38même quand c'est pour des raisons économiques
00:25:40et pas pour demander l'asile,
00:25:43elle est toujours douloureuse
00:25:44parce qu'on laisse des gens derrière soi,
00:25:46on laisse une histoire,
00:25:48une famille, des racines.
00:25:54Ça a pris beaucoup de temps, moi,
00:25:55pour que je fasse parler mon grand-père là-dessus,
00:25:56parce que chez nous,
00:25:57c'est des formes de traumas assez intenses.
00:25:59On le dit souvent,
00:26:00mais notre histoire de l'immigration,
00:26:02elle passe surtout dans les silences.
00:26:04Il me racontait les conditions d'hébergement,
00:26:07qui étaient assez miteuses à l'époque.
00:26:09Il me racontait qu'il partageait des matelas à plusieurs.
00:26:12Et moi, je me rappelle que mon grand-père
00:26:14me parlait d'une immense solitude.
00:26:22Et donc, il a travaillé dans le BTP,
00:26:24dans les travaux publics.
00:26:26Il a travaillé aussi à l'élaboration des égouts.
00:26:36J'ai souvenir aussi de l'arrivée en France,
00:26:38évidemment, du choc.
00:26:40Là, pour le coup,
00:26:41c'est un vrai choc culturel.
00:26:42Un pays qu'on avait énormément fantasmé.
00:26:46Je me souviens qu'on y prétendait
00:26:49dans les conversations entre les femmes au Maroc,
00:26:54que les pommes de terre y poussaient plus grosses.
00:26:56Et puis finalement, on arrive
00:26:58et c'est surtout le bruit,
00:27:01les voitures,
00:27:02le nombre de voitures impressionnant.
00:27:04Nous, on en voyait passer peut-être une
00:27:07tous les dix jours
00:27:08depuis le village où on était.
00:27:13On est une famille du bas de l'échelle sociale.
00:27:18On faisait attention à tout.
00:27:21En rasant les murs,
00:27:22parce que ne se sentant pas forcément
00:27:23toujours, toujours bien accueillis,
00:27:26en nous demandant de ne surtout pas
00:27:27nous faire remarquer, nous, les enfants.
00:27:30Et en même temps,
00:27:31les enfants,
00:27:32ils ont pu faire des études,
00:27:35un système scolaire qui les a vraiment
00:27:37aidés à se propulser au plus haut.
00:27:40La France,
00:27:41c'est ce pays qui est capable,
00:27:42en effet,
00:27:43d'avoir des gens qui viennent d'origine
00:27:45et de cultures étrangères
00:27:46et qui deviennent ministres un jour.
00:27:48Et en même temps,
00:27:49c'est aussi ce pays dans lequel
00:27:51on pouvait avoir des débats publics
00:27:53à n'en plus finir,
00:27:54obsessionnels sur l'immigration
00:27:56et qui font se sentir mal
00:27:58beaucoup des gens concernés.
00:28:00Moi, je me souviens,
00:28:00en juillet 2024,
00:28:02quand, à une heure de grande écoute
00:28:04à la télévision,
00:28:05j'entends un des députés
00:28:07du Rassemblement national
00:28:08expliquer que jamais,
00:28:09je n'aurais dû être ministre
00:28:10compte tenu de ma binationalité.
00:28:13Bon, ben,
00:28:13voilà, c'est des choses comme ça
00:28:14que se prennent les gens concernés
00:28:16en permanence dans la tête.
00:28:19À quoi ressemblaient tes vacances, toi ?
00:28:21Déjà, c'était pas des vacances,
00:28:22c'était un vacances.
00:28:25Le voyage au bled,
00:28:26on allait au bled.
00:28:27Et c'était ça, nos vacances,
00:28:29c'était le voyage,
00:28:30plus que les vacances, même.
00:28:35En plus, je ne sais pas pourquoi
00:28:37tous les Marocains
00:28:38partent les mêmes jours.
00:28:41à la même heure,
00:28:42comme les genoux,
00:28:43tu vois, les genoux.
00:28:44On se parle pas,
00:28:45et on part tous,
00:28:46on se retrouve tous sur la route
00:28:47les mêmes jours.
00:28:53Ces familles d'origine marocaine
00:28:55installées en France
00:28:56et qui régulièrement repartaient
00:28:57comme ça avec les enfants
00:28:59l'été venu au bled,
00:29:03en fait, elles contribuaient
00:29:04au rayonnement de la France.
00:29:06On partait à 2h ce matin,
00:29:07je ne sais pas qui a inventé
00:29:08cet horaire.
00:29:10On a la nostalgie de tout.
00:29:12Des sandwiches qu'on préparait
00:29:14avec du poulet froid
00:29:15pour tenir dans la voiture,
00:29:18du fait qu'on n'avait jamais
00:29:19suffisamment de bouteilles d'eau,
00:29:21alors surtout quand on est
00:29:21plusieurs enfants,
00:29:22moi je suis d'une famille
00:29:23de 7 enfants,
00:29:24et donc du coup,
00:29:25il fallait les gérer,
00:29:26les enfants dans la voiture.
00:29:28Et cette route,
00:29:29très très longue,
00:29:31très très longue.
00:29:33Deux jours de route,
00:29:34parfois trois,
00:29:35pour atteindre le sud
00:29:36de l'Espagne,
00:29:36puis le Maroc.
00:29:37Les véhicules sont chargés,
00:29:39parfois surchargés.
00:29:40On ne revient pas au pays
00:29:42les mains vides.
00:29:43On arrive toujours
00:29:44avec beaucoup de cadeaux.
00:29:45C'est pour ça aussi
00:29:45que les voitures sont chargées,
00:29:47c'est parce qu'il y a des frigos,
00:29:47il y a des télés,
00:29:48il y a l'électroménager,
00:29:49il y a de tout.
00:29:54On amenait avec nous
00:29:56beaucoup de livres.
00:29:57Ces livres,
00:29:58ils étaient en quelle langue,
00:29:59ils étaient en français.
00:30:00Ça parlait de quoi ?
00:30:01Ça parlait de la culture française,
00:30:02en fait.
00:30:03Même dans les récits
00:30:04qu'on avait,
00:30:05en réponse aux questions
00:30:06qui nous étaient posées,
00:30:07alors comment c'est là-bas ?
00:30:08Est-ce que c'est bien ?
00:30:09Est-ce que c'est dur ?
00:30:10C'est quoi la vie en France ?
00:30:11Comment ça se passe ?
00:30:12Et donc nous,
00:30:13on leur raconte
00:30:14avec un peu d'exagération
00:30:17ce que ça veut dire
00:30:18d'être franco-marocain.
00:30:19« Mais oui,
00:30:21mais c'est magnifique,
00:30:22ce pays est génial. »
00:30:23Et donc en fait,
00:30:24ça aussi,
00:30:24c'était du rayonnement
00:30:25quand on y pense bien.
00:30:35Il y a tantre commun.
00:30:38Deux peuples
00:30:39dont les destins
00:30:40sont définitivement liés
00:30:41par l'histoire.
00:30:43Des familles mixtes,
00:30:44des amitiés,
00:30:45des intérêts partagés.
00:30:47Et il y a tant
00:30:48qui divise.
00:30:49« Amour contrarié,
00:30:51dit le poète.
00:30:53Un ancien colonisateur
00:30:55face à un ancien colonisé.
00:30:57L'une des plus anciennes
00:30:59monarchies au monde
00:30:59et une république
00:31:01bâtie sur un régicide.
00:31:04Deux palais
00:31:05et une relation
00:31:06qui vacille toujours
00:31:07sur le même fil,
00:31:09celui de l'exercice
00:31:10du pouvoir
00:31:11et de la liberté
00:31:12que l'on concède au peuple.
00:31:24Dans la salle du trône
00:31:26du palais de Riyad
00:31:27à Rabat,
00:31:28le jeune roi Hassan II
00:31:29porté à la souveraineté
00:31:30par la mort
00:31:30de son père
00:31:31Mohamed V
00:31:32a adressé à la nation
00:31:33son premier message
00:31:34dans lequel il s'affirme
00:31:35le continuateur
00:31:36de la politique
00:31:36de son prédécesseur.
00:31:39Cinq ans après
00:31:39l'indépendance du Maroc,
00:31:41un jeune roi
00:31:42qui a fait une partie
00:31:44de ses études en France
00:31:45arrive au pouvoir.
00:31:50Quel chapitre va-t-il ouvrir
00:31:52avec l'ancienne puissance
00:31:53coloniale ?
00:31:55Entre votre père,
00:31:56sa majesté Mohamed V
00:31:57et le général de Gaulle,
00:31:58il y a toujours eu
00:31:59des rapports
00:32:00qui dépassaient
00:32:01le cadre
00:32:01des simples relations
00:32:02de chef d'État
00:32:03à chef d'État.
00:32:04Cette impression,
00:32:05nous l'avons aussi
00:32:06dans vos propres rapports
00:32:07avec le président
00:32:08de la République française
00:32:09est-il indiscrète
00:32:10de vous demander
00:32:11de définir
00:32:12ces relations ?
00:32:14Je dois vous avouer
00:32:15que je ne me suis
00:32:17jamais posé la question
00:32:19car le principal
00:32:20pour moi
00:32:21est que ces rapports
00:32:21existent.
00:32:22Les disséquer,
00:32:23les analyser,
00:32:25je ne pense personnellement
00:32:26pas que l'on puisse
00:32:27mettre en équation
00:32:27les sentiments humains.
00:32:31Les premières années
00:32:33d'Assane II
00:32:33séduisent les Français.
00:32:35Jeunes,
00:32:36cultivés,
00:32:36tournés vers l'Occident,
00:32:39maniant parfaitement
00:32:39leur langue.
00:32:41Mais très vite,
00:32:43le vernis se fissure
00:32:44et l'histoire
00:32:45franco-marocaine
00:32:45bascule.
00:32:49De une colonne
00:32:50à huit colonnes
00:32:51à la une,
00:32:52en trois mois,
00:32:52un fait divers
00:32:53a atteint
00:32:53les dimensions
00:32:54d'une affaire d'État.
00:32:55La victime,
00:32:57Mehdi Benbarca,
00:32:58leader de l'opposition marocaine.
00:33:05Oh !
00:33:06Ah,
00:33:06aïe, aïe, aïe.
00:33:07L'affaire
00:33:08Mehdi Benbarca,
00:33:09ça a été terrible.
00:33:13L'affaire Benbarca
00:33:14du dirigeant
00:33:15de la gauche marocaine
00:33:16de cette époque-là
00:33:17a été la première
00:33:19grande crise
00:33:20dans les relations
00:33:21franco-marocaines.
00:33:22C'est une période qui est troublée, qui est troublée sur le plan mondial, on est en pleine guerre froide.
00:33:29Ben Barka qui est une de ces figures à l'époque du tiers-mondisme et qui prend de plus en
00:33:33plus la lumière.
00:33:34Il est kidnappé à Paris devant la brasserie Lippe sur le boulevard Saint-Germain, il disparaît.
00:33:42Le 29 octobre 1965, devant le drugstore, deux policiers français l'invitent à monter dans une voiture de la police.
00:33:49« Nul ne reverra le leader marocain. »
00:33:53Les Marocains sont accusés d'avoir fomenté ou d'avoir organisé ce kidnapping.
00:34:00Après son assassinat, il a été dissous dans de l'acide. C'est horrible, il est horrible.
00:34:10Cette affaire marocaine en est donc une, aussi, entre Paris et Rabat.
00:34:19Parce que la disparition de Ben Barka a eu lieu chez nous.
00:34:26Il y a eu, en territoire français, intervention directe d'un membre du gouvernement marocain.
00:34:33Et ce gouvernement n'a rien fait pour justifier, ni jusqu'à présent pour réparer l'atteinte qui a été
00:34:45ainsi portée à notre souveraineté.
00:34:46Il est donc inévitable, quelque regret qu'on en ait, que les rapports franco-marocains en subissent les conséquences.
00:35:08C'est une période où le pouvoir marocain s'est de plus en plus constitué comme une véritable dictature.
00:35:18Leur position était baïonnée, des procès politiques fréquents.
00:35:30Ce sont aussi les très grandes manifestations étudiantes de Casablanca, en mars 1965, qui vont être réprimées de manière vraiment
00:35:37extrêmement violente.
00:35:39Ce sont des enfants, des adolescents qui meurent tués par l'armée.
00:35:44Il fallait absolument en finir avec toute forme d'opposition.
00:35:50C'était les années de la terreur.
00:36:03Malgré les échos de la répression qui se poursuit au Maroc, la France normalise peu à peu ses relations avec
00:36:10le royaume.
00:36:13L'élection de Valéry Giscard d'Estaing va sceller officiellement la réconciliation entre Paris et Rabat.
00:36:21Les deux palais surjouent la romance.
00:36:24C'est l'amour, comme au premier jour.
00:36:43J'ai trouvé un confrère agréable, un ami vraiment sincère.
00:36:52Et sur le plan de l'âge, un copain parfait.
00:36:59Une amitié mise en scène en public, qui serre en coulisses les intérêts des deux pays.
00:37:06Les grands groupes français raflent les marchés d'un Maroc en pleine modernisation.
00:37:12Routes, barrages, logements.
00:37:14Les banques françaises dominent le secteur financier de l'ancienne colonie.
00:37:19Et l'armée du royaume s'équipe de dizaines de mirages français.
00:37:31Le Maroc est un ami et un client très précieux.
00:37:37Bienvenue, chers amis, dans cette France qui vous accueille à la fois comme un souverain et comme un frère.
00:37:50Le président de la République, Madame Giscard d'Estaing et le roi Hassan II vont arriver ici, au Théâtre Louis
00:37:59XV,
00:37:59où la comédie française va jouer le jeu de l'amour et du hasard.
00:38:04La relation qu'il y a eu entre les présidents français, Giscard d'Estaing, Jacques Chirac par la suite,
00:38:12et les droits du Maroc, elles étaient, je trouve, immorales, tout simplement.
00:38:19Parce que, du côté français, on ne voyait que les intérêts français qui étaient énormes, de toutes les manières, au
00:38:26Maroc.
00:38:27Donc, on fermait les yeux sur les atteintes aux droits de l'homme, le baillonnement des intellectuels.
00:38:36C'était ça le prix à payer.
00:38:38Il faut dire que, du côté marocain, on savait y faire.
00:38:42Il y avait beaucoup d'hommes politiques, de journalistes, qui étaient invités au Maroc à titre gracieux,
00:38:49et notamment à la Mamoulia, à Marrakech.
00:38:55La Mamoulia était un haut lieu de corruption des esprits.
00:39:03C'est un hôtel où les autorités marocaines reçoivent leurs hôtes de Marques,
00:39:12et l'ensemble de ceux qui, ayant reçu un accueil tout à fait exceptionnel,
00:39:19finissent par créer une sorte de lobby pro-marocain en France,
00:39:25à l'Assemblée ou dans les médias ou ailleurs.
00:39:29Vous avez été invité à la Mamoulia, vous ?
00:39:32Non, moi, je n'ai pas fait partie de ces clients intitrés.
00:39:37Et j'ai toujours souhaité, quand je me rendais là-bas, le faire en payant mes déplacements.
00:39:47Je sais que c'est une pratique qui est souvent habituelle,
00:39:50mais je n'ai jamais fait partie de ces Français-là.
00:39:58Non, je ne veux pas à la Mamoulia.
00:40:02Non. Non, non.
00:40:03On parle d'une diplomatie de la Mamoulia,
00:40:06de personnes qui seraient invitées, reçues dans des résidences du roi.
00:40:19Qu'est-ce que vous en pensez ?
00:40:22J'en pense que si vous m'invitez à déjeuner, je ne viendrai pas.
00:40:27Parce que recevoir chez soi, c'est un geste d'amitié.
00:40:33Recevoir chez soi, c'est une culture, c'est une histoire.
00:40:38Quand vous avez un ami marocain, visiblement vous n'en avez pas,
00:40:42vous verrez qu'il vous ouvre sa maison,
00:40:46qu'il vous invite à déjeuner, à dîner, à partager le thé,
00:40:50que c'est une culture.
00:40:54Il faut y voir simplement un geste d'amitié.
00:40:58Vous savez, quand on passe une semaine, dix jours, à la Mamoulia,
00:41:03aux frais de la princesse, on ferme les yeux sur un certain nombre de choses.
00:41:08Disons, les réflexes se ramollissent.
00:41:11Nous, ça nous faisait très mal.
00:41:14On ne reconnaissait plus le pays qui nous a nourris,
00:41:18par sa littérature, par les principes fondateurs de la République.
00:41:33Moi, je critiquais le système dans une revue, tout simplement.
00:41:39Par conséquent, j'ai été arrêté en janvier 1972.
00:41:46J'ai été torturé dans les locaux de la police à Rabat.
00:41:52Après, j'ai été condamné à dix ans de prison.
00:41:57Les conditions de détention étaient absolument moyenâgeuses.
00:42:03Vous vous souvenez du jour de votre arrestation ?
00:42:05Oui, parfaitement.
00:42:07Parfaitement, je me souviens, oui.
00:42:14Ils sont venus me chercher,
00:42:17peu importe leur visage,
00:42:18les mots qu'ils ont prononcés.
00:42:25Je me souviens
00:42:26du baiser d'adieu
00:42:29déposé sur ton front
00:42:30et sur celui des enfants.
00:42:35Je partais
00:42:35comme pour quelques voyages
00:42:38alors que le soleil
00:42:41repoussait les nuages.
00:42:48Je me souviens
00:42:49de ton ventre
00:42:51portant depuis huit mois
00:42:53notre troisième enfant.
00:43:05Vous avez vécu la torture dans votre chair ?
00:43:08Oui, bien sûr, bien sûr.
00:43:10J'ai vécu dans ma chair,
00:43:12mais je pense à des centaines,
00:43:15voire des milliers
00:43:16d'autres camarades,
00:43:18d'autres amis
00:43:19qui, pendant vingt ans,
00:43:21ont été coupés du reste du monde.
00:43:24et emprisonnés
00:43:26dans des conditions
00:43:27infra-humaines.
00:43:28de ton super-humaines
00:43:33quie,
00:43:34au sujet et au mutatoire
00:43:57leur quitte
00:44:06La moitié d'entre eux sont morts et ont été enterrés sur place.
00:44:15Ce sont des choses qui vous poursuivent.
00:44:17Pendant très très longtemps, j'étais pas sûr que j'étais libre après ma libération.
00:44:25Toutes mes nuits, j'étais en prison, dans mon sommeil.
00:44:30Ça me poursuivait, mais en même temps, ça m'a donné, je crois, beaucoup de force.
00:44:39Si j'ai écrit toutes les choses que j'ai écrites, c'est parce que j'ai vécu tout cela.
00:44:47Je veux crier à la face du monde que l'humanité, ce n'est pas cela, c'est autre chose.
00:45:05Il y a un comité des droits de l'homme aux Nations Unies qui, en 1990, s'est intéressé au
00:45:10Maroc
00:45:11et a demandé où étaient Tazmamart et Kalatengouna, qui étaient des centres de détention, de tourisme.
00:45:19Oui, c'est la capitale des Rontes.
00:45:22Tazmamart, oui, existait effectivement.
00:45:23Il y avait à Kalatengouna, d'après ce rapport des Nations Unies, un centre de détention secret.
00:45:28Oh mon Dieu, Kalatengouna, c'est la capitale des Rousses.
00:45:30Il connaît mal la géographie du Maroc.
00:45:32Il peut y avoir des centres de détention dans des lieux qui sont prévus de tourisme.
00:45:35Non, non, non, c'est pas possible.
00:45:36Et, alors, justement, les disparus au Maroc, ça a existé selon des rapports que vous contestez.
00:45:42Mais est-ce que vous dites, en tout cas pour l'avenir, plus jamais ça pour mon pays ?
00:45:49Je dis plus jamais ça, mais je dis surtout plus jamais une partie infime de ça, car le reste, je
00:45:55le conteste.
00:45:56C'est-à-dire, vous dites, il y a eu des exactions, mais pas autant qu'on dit.
00:46:00Oui, mais pas autant qu'on dit.
00:46:28Sous les deux mandats de François Mitterrand, les années de plomb se poursuivent au Maroc.
00:46:34Les deux hommes se rencontrent, et les échanges commerciaux continuent.
00:46:40Mais la question des droits de l'homme trouble la relation.
00:46:45Daniel Mitterrand, l'épouse du président français,
00:46:48met l'étardement aux côtés des femmes des prisonniers politiques pour leur libération.
00:46:52Ce qui irrite fortement le roi Hassan II.
00:46:57Hassan II n'aimait pas qu'on lui donnait le sang.
00:46:59Et surtout, ne supportait pas qu'on intervienne pour la libération des prisonniers politiques.
00:47:06Ils se mettent dans une colère noire.
00:47:12Juillet 1999.
00:47:16Hassan demeure,
00:47:18et le prince héritier Sidi Mohamed devient Mohamed VI.
00:47:25Jacques Chirac est désormais au pouvoir.
00:47:28Comme il l'avait promis à Hassan II, avec qui il s'était lié d'amitié,
00:47:32le président français prend le jeune roi sous son aile.
00:47:36Les deux pays se rapprochent.
00:47:41J'assiste à des moments de complicité quand le roi venait à l'Elysée,
00:47:45quand sa famille pouvait venir à l'Elysée.
00:47:48Il y avait là une estime, un respect.
00:47:52Quelque chose de très fluide, de très amical, de très chaleureux dans la relation.
00:47:56Il y a un style nouveau,
00:47:59il y a une modernité du côté du roi Mohamed VI.
00:48:06Avec Jacques Chirac, puis Nicolas Sarkozy,
00:48:10c'est à nouveau la lune de miel entre l'Elysée et le Palais Royal.
00:48:14Une amitié retrouvée,
00:48:16qui se traduit en marché lucratif pour les grands groupes français.
00:48:21A chaque visite présidentielle, des contrats sont signés.
00:48:26La relation franco-marocaine bascule pleinement dans l'ère du business.
00:48:31Aux portes de l'Europe, voici le nouveau temple de la marque aux losanges.
00:48:35L'usine Renault à Meloussa au Maroc,
00:48:37inaugurée en grande pompe par le roi Mohamed VI et Carlos Ghosn,
00:48:40le PDG de l'entreprise.
00:48:42Un investissement colossal,
00:48:441 milliard d'euros, 6 000 salariés,
00:48:46production, 340 000 véhicules par an.
00:48:50C'est un grand pays,
00:48:52près de 40 millions d'habitants.
00:48:54Et pour moi, le Maroc est devenu une porte d'entrée en Afrique,
00:48:58une plaque tournante.
00:48:59On a beaucoup développé les usines automobiles,
00:49:03les call centers,
00:49:05les coopérations industrielles.
00:49:08Le premier TGV,
00:49:10arabe entre guillemets,
00:49:12a été donné à la France sans appel d'offres par le roi du Maroc,
00:49:16qui a voulu que ça soit français.
00:49:19Il s'est posé à Tangier,
00:49:21avec sa majesté, la première pierre.
00:49:26Mohamed VI modernise le Maroc
00:49:28et incarne aux yeux du monde
00:49:29l'image d'un monarque réformateur.
00:49:33Mais en 2011,
00:49:35alors que le printemps arabe secoue le Maghreb,
00:49:38des milliers de Marocains descendent dans la rue
00:49:40et font entendre une autre voix.
00:49:45Pour désamorcer la crise,
00:49:47le roi annonce une révision de la Constitution.
00:49:51Plus de pouvoir pour le Parlement,
00:49:53plus de pouvoir pour le gouvernement.
00:49:56Un geste qui parvient à calmer la colère.
00:49:59Mais après cet épisode,
00:50:01malgré les promesses d'ouverture,
00:50:03l'espace des libertés se rétrécit à nouveau dans le royaume.
00:50:08Au début du règne de Mohamed VI,
00:50:11on avait l'impression,
00:50:13voilà, des choses qui avaient changé.
00:50:15Les langues se délient,
00:50:16la presse commencent à devenir indépendantes.
00:50:19Et puis, il y a eu un retour de bâton.
00:50:21Ces expériences ont été
00:50:23ont avorté.
00:50:26Nous ne sommes plus à l'époque de Hassan II.
00:50:29Les disparitions,
00:50:31la torture systématique,
00:50:33tout cela appartient au passé.
00:50:36Mais sous un gant de velours,
00:50:38le palais royal garde une main de fer.
00:50:472017.
00:50:48Le RIF est le théâtre d'un mouvement populaire
00:50:51qui dénonce les inégalités sociales
00:50:53et le manque d'infrastructures.
00:51:00La répression est brutale,
00:51:02selon des organisations de défense des droits humains.
00:51:05Elle documente des violences physiques,
00:51:08des actes de torture.
00:51:10Et des condamnations allant jusqu'à 20 ans de prison.
00:51:15Et en 2025,
00:51:17quand cette fois une partie de la jeunesse
00:51:19descend dans les rues
00:51:20pour réclamer à son tour
00:51:21plus de liberté et de justice sociale,
00:51:24elle évite soigneusement de défier la monarchie.
00:51:27Au Maroc, s'attaquer au palais royal,
00:51:30c'est aujourd'hui encore risquer des représailles.
00:51:35Le prince Hicham Alaoui,
00:51:38cousin du roi et partisan
00:51:39d'une démocratisation du royaume,
00:51:42le résume ainsi.
00:51:44Nous sommes passés de l'âge du plomb,
00:51:47celui de Hassan II,
00:51:49où la hache du pouvoir tranchée large et dure,
00:51:51à celui du scalpel.
00:51:53Un instrument pointu et précis,
00:51:56destiné à ôter les tumeurs les plus gênantes.
00:52:02De nos jours comme hier,
00:52:04au Maroc,
00:52:05les voix qui dérangent le pouvoir
00:52:07s'exposent à la répression.
00:52:12Le 15 mars 2015,
00:52:15alors que j'étais avec une amie,
00:52:18vers 9h30,
00:52:19des personnes défoncent la porte
00:52:21de mon appartement,
00:52:23m'agressent violemment,
00:52:26me déshabillent
00:52:27et tentent de me filmer nu sur le lit.
00:52:31et ce n'est qu'en commençant à crier
00:52:34et je découvre qu'il s'agit
00:52:36de la police nationale.
00:52:38Après avoir été filmé,
00:52:40je suis monoté,
00:52:41couvert d'une petite serviette
00:52:43et conduit devant tous les voisins
00:52:47au poste de police
00:52:49où je découvre les accusations
00:52:51qui étaient adultères,
00:52:54participation à l'adultère.
00:53:06À l'époque,
00:53:07j'étais directeur de programme
00:53:08de l'association marocaine
00:53:10pour le journalisme d'investigation
00:53:12et surtout,
00:53:13j'enquêtais sur la surveillance électronique
00:53:17qui cible les journalistes.
00:53:18Et cette arrestation est venue
00:53:20le lendemain
00:53:21de l'obtention d'un lael,
00:53:24d'un document
00:53:24qui prouve en grande partie
00:53:27que cette surveillance-là
00:53:29est bien réelle.
00:53:32Ça fait des années
00:53:33qu'on sait que le Maroc
00:53:34n'est pas un ami
00:53:36de la liberté de la presse.
00:53:37C'est un pays
00:53:38qui met en prison
00:53:39les journalistes
00:53:39qui expriment des opinions
00:53:41qui vont déranger
00:53:42le roi du Maroc
00:53:43ou son entourage.
00:53:44C'est un pays
00:53:46qui fabrique
00:53:47des scandales
00:53:49contre tous ceux
00:53:51qui dérangent le pouvoir.
00:53:52Donc c'est un pays
00:53:53qui est aussi connu
00:53:54pour harceler
00:53:55et détruire en ligne
00:53:56qui a ce qu'on appelle
00:53:58sa presse de diffamation.
00:54:00Ce sont des médias
00:54:01qui ont été créés
00:54:02ou propulsés
00:54:04par les services secrets
00:54:05marocains.
00:54:07Les plus connus
00:54:08de ces médias-là
00:54:09sont
00:54:09Chauve-TV,
00:54:10Le 360,
00:54:11Kawalis,
00:54:12Barlaman,
00:54:13etc.
00:54:15Ces médias-là,
00:54:16ils ont tout de suite
00:54:18diffusé
00:54:19la version officielle
00:54:20et un soi-disant
00:54:22flagrant délit
00:54:23d'adultère.
00:54:24Voir,
00:54:25ils ont
00:54:27ajouté
00:54:28d'autres accusations
00:54:29à savoir
00:54:29un bon mode de vie,
00:54:32des choses
00:54:32totalement mensongères.
00:54:34Quand une voix
00:54:36les dérange,
00:54:37ils tombent
00:54:37sur cette personne-là,
00:54:38que ce soit
00:54:38un opposant politique,
00:54:39un historien qui dérange
00:54:40ou un journaliste
00:54:41qui dérange,
00:54:42et ils vont lui inventer
00:54:44des scandales
00:54:45d'agressions sexuelles,
00:54:47un dossier fiscal
00:54:49à charge.
00:54:51Ils vont faire croire
00:54:52que tel journaliste
00:54:52était en fait
00:54:53un espion.
00:54:55Une fois arrêté,
00:54:56après deux jours
00:54:57de garde à vue,
00:54:59on m'a affecté
00:55:00à la prison de Zaki,
00:55:03dans le pire
00:55:05des blocs,
00:55:05le bloc D,
00:55:06que les détenus
00:55:08eux-mêmes
00:55:08appellent la poubelle.
00:55:10Et donc là,
00:55:10c'est un autre épisode
00:55:11de vengeance
00:55:12qui commence
00:55:13dans des conditions
00:55:14de détention infernale.
00:55:16J'en garde encore
00:55:17les séquelles
00:55:18jusqu'à aujourd'hui.
00:55:20Donc on dort par terre,
00:55:21près des toilettes,
00:55:22les poules,
00:55:23les rats,
00:55:24tout ce que vous voulez,
00:55:26des difficultés
00:55:26à respirer,
00:55:28une privation
00:55:29de sommeil.
00:55:43Après un mois
00:55:43passé dans un bloc
00:55:44de haute sécurité
00:55:45et neuf en cellule,
00:55:48Hicham Ansouri
00:55:48est libéré.
00:55:51Il a purgé
00:55:51sa peine
00:55:52pour adultère,
00:55:53mais le pouvoir
00:55:54le menace désormais
00:55:55de nouvelles poursuites.
00:55:58Il décide alors
00:55:59de partir en France,
00:56:00où il obtient
00:56:01l'asile politique.
00:56:04L'avis de ceux
00:56:05qui essayent
00:56:06d'informer
00:56:08en étant indépendants,
00:56:09elle est très difficile,
00:56:10elle est quasiment impossible.
00:56:11Mais même en exil,
00:56:12ils se sont retrouvés
00:56:13poursuivis,
00:56:14traqués par Pegasus.
00:56:16C'est un pays
00:56:17qui ne lâche pas
00:56:18ceux qui dérangent
00:56:19les intérêts du roi.
00:56:22qu'est le pays
00:56:23arabo-musulman
00:56:24plus démocratique
00:56:25que le Maroc.
00:56:28Le Maroc
00:56:28est un pays
00:56:29libre,
00:56:32démocratique,
00:56:33où vous pouvez
00:56:34vous présenter
00:56:35aux élections,
00:56:36mais où il y a
00:56:37une autorité.
00:56:40On ne peut pas
00:56:41attaquer la personne
00:56:42du roi
00:56:43qui est chef religieux.
00:56:44C'est exact.
00:56:45mais comparé
00:56:46à tous les autres,
00:56:49c'est extraordinairement libre.
00:56:52Est-ce pour autant
00:56:53que tout est parfait,
00:56:54monsieur ?
00:56:54Non.
00:56:55Bien sûr que non.
00:56:58Mais est-ce que vous pouvez
00:56:59m'expliquer un endroit
00:57:00où c'est parfait ?
00:57:02On ne mesure pas
00:57:06combien c'est important
00:57:09que des voix
00:57:10se fassent entendre
00:57:12concernant les voix.
00:57:12comme elles se font entendre
00:57:15pour des causes
00:57:16de liberté,
00:57:18de démocratie,
00:57:18etc.,
00:57:19ailleurs,
00:57:20dans d'autres pays.
00:57:22Je ne pense pas
00:57:23que la France
00:57:23ait aidé
00:57:25considérablement
00:57:27les Marocains
00:57:28dans leur combat
00:57:30pour le respect
00:57:33des droits de l'homme
00:57:33et dans leur aspiration
00:57:35à une véritable démocratie.
00:57:40Les intérêts économiques
00:57:41de la France au Maroc
00:57:42expliquent-ils à eux seuls
00:57:44son silence
00:57:45sur la question
00:57:45des droits humains ?
00:57:47Ou existent-ils
00:57:49des enjeux plus profonds,
00:57:51plus vitaux,
00:57:52qui retiennent la France
00:57:53et l'empêchent de rompre ?
00:57:55Il y a quelques années,
00:57:57dans une période dramatique,
00:57:59les coulisses
00:58:00d'une nouvelle crise
00:58:00entre les deux pays
00:58:01ont révélé
00:58:02les secrets
00:58:03d'une dépendance.
00:58:08de la France.
00:58:12Incident diplomatique
00:58:14entre la France
00:58:15et le Maroc.
00:58:16Le Maroc proteste
00:58:17après l'initiative
00:58:18d'une ONG
00:58:18réclamant l'audition
00:58:19du patron
00:58:20du contre-espionnage
00:58:21marocain
00:58:21accusé de complicité
00:58:23de torture.
00:58:26Le 24 février 2014,
00:58:30des policiers
00:58:31se présentent
00:58:32à la résidence
00:58:33de l'ambassadeur
00:58:35du Maroc
00:58:35en France,
00:58:37à Neuilly,
00:58:38avec une convocation
00:58:39destinée à M. Amouchi,
00:58:43directeur général
00:58:44de la sécurité
00:58:44du territoire marocain,
00:58:46à la suite
00:58:47de la plainte
00:58:48d'une ONG française
00:58:51qui accuse M. Amouchi
00:58:53d'acte de torture.
00:58:58Abdellatif Amouchi,
00:58:59c'est la figure centrale
00:59:01du renseignement
00:59:01au sein du Maroc.
00:59:03C'est un profil
00:59:03assez discret
00:59:04d'une loyauté absolue
00:59:06envers le roi du Maroc
00:59:07qui a la confiance
00:59:08du roi
00:59:08et qui est cette même personne
00:59:10qui est derrière
00:59:11les campagnes
00:59:12soit d'espionnage
00:59:14ou de...
00:59:15on va briser la réputation
00:59:16de tel ou tel opposant.
00:59:19Donc Abdellatif Amouchi
00:59:21fait l'objet
00:59:21d'une enquête en France
00:59:22pour des faits
00:59:24de torture
00:59:24et Abdellatif Amouchi
00:59:27le prend très mal.
00:59:28Pour lui
00:59:28et pour le Maroc,
00:59:30pour la cour marocaine,
00:59:31c'est un crime
00:59:32de lèse-majesté
00:59:33que la France
00:59:34puisse s'attaquer
00:59:35à un beau dignitaire marocain.
00:59:38En adressant
00:59:39une convocation
00:59:40à Abdellatif Amouchi,
00:59:42la justice a agi
00:59:43en toute indépendance
00:59:44sans informer
00:59:45le gouvernement français.
00:59:47Mais aux yeux
00:59:48de Rabat,
00:59:49l'affaire est une intrusion
00:59:50insupportable
00:59:51dans la souveraineté marocaine.
00:59:54Le roi du Maroc,
00:59:55personnellement,
00:59:56a réagi tout de suite
00:59:58en disant
00:59:59que c'était inadmissible.
01:00:00C'était une colère
01:00:02d'humiliation
01:00:02pour quelqu'un
01:00:04qui était très proche
01:00:05de lui,
01:00:05en qui il a confiance.
01:00:07Et il se sentait humilié
01:00:09en tant que personne
01:00:10et en tant que jeu d'État.
01:00:12Le roi en a fait
01:00:13une affaire personnelle.
01:00:16Après cet incident,
01:00:18les Marocains décident
01:00:19de suspendre
01:00:20la coopération,
01:00:22non seulement
01:00:22en matière de justice,
01:00:24mais aussi
01:00:24en matière de renseignement.
01:00:26Nous, évidemment,
01:00:27nous essayons
01:00:28de reprendre contact
01:00:29avec nos homologues marocains.
01:00:32Mais en fait,
01:00:34les interlocuteurs
01:00:35ne répondent pas.
01:00:37C'est-à-dire qu'ils ont
01:00:37vraiment coupé
01:00:38complètement
01:00:39les ponts,
01:00:41la relation.
01:00:42Votre homologue,
01:00:43votre équivalent
01:00:44côté marocain
01:00:45ne me prend plus
01:00:46au téléphone.
01:00:47Il ne me prend plus
01:00:48au téléphone.
01:00:52Malgré tout,
01:00:53j'ai appris
01:00:54que le roi
01:00:54se rendait
01:00:56comme il le fait
01:00:57parfois
01:00:57à son château de Baie
01:00:58dans l'Oise.
01:01:01Tant que j'en parle
01:01:02au président Hollande,
01:01:03je lui ai dit
01:01:03écoute,
01:01:04ce serait quand même bien
01:01:05que tu essaies
01:01:05d'appeler le roi.
01:01:07On lève
01:01:08ce compte oncieux.
01:01:10François Hollande
01:01:10a suivi mon conseil.
01:01:12Il a tenté
01:01:12d'appeler le roi
01:01:13mais le roi
01:01:13ne l'a pas pris
01:01:14au téléphone.
01:01:17Oui,
01:01:18pendant une période,
01:01:19il y a eu
01:01:20cette éclipse,
01:01:21on va dire une éclipse.
01:01:22On n'arrivait plus
01:01:23à retrouver le roi.
01:01:25Alors vous savez
01:01:25qu'il était
01:01:26quelques fois en France
01:01:27quand même.
01:01:36À ce moment-là,
01:01:37la France est engagée
01:01:38dans la guerre
01:01:39contre l'État islamique
01:01:42en Irak
01:01:43aussi bien
01:01:44qu'en Syrie.
01:01:48Et nous savons
01:01:50qu'il y a
01:01:51une menace terroriste
01:01:52qu'existaient
01:01:53des projets
01:01:54d'attentats
01:01:55en France
01:01:56préparés,
01:01:58commandités
01:01:58depuis la Syrie.
01:02:02Les Marocains
01:02:03étaient susceptibles
01:02:05de nous apporter
01:02:06des renseignements
01:02:08utiles
01:02:09d'autant plus
01:02:10qu'on comptait
01:02:12parmi
01:02:13les djihadistes
01:02:15francophones
01:02:16qui
01:02:17nous menaçaient
01:02:19depuis la Syrie
01:02:20et depuis l'Irak
01:02:21un très grand nombre
01:02:21de Marocains.
01:02:24Le Maroc
01:02:25pouvait donc
01:02:25nous éclairer
01:02:26sur leur identité,
01:02:29pouvait nous aider
01:02:30à combattre
01:02:31ce mouvement
01:02:32qui nous menaçait
01:02:33directement.
01:02:35Et donc
01:02:36la suspension
01:02:37de la coopération
01:02:38avec le Maroc
01:02:38était un problème
01:02:40pour nous
01:02:40sérieux.
01:02:45ça pouvait pas durer,
01:02:46pas possible,
01:02:47et sur le plan
01:02:48diplomatique,
01:02:49et sur le plan
01:02:50judiciaire,
01:02:51et sur le plan
01:02:51de la sécurité.
01:02:52On a mangé
01:02:53le chapitre pour Hamel !
01:02:55On a mangé
01:02:56le chapitre pour Hamel !
01:02:57À gauche !
01:02:58Là, là, là !
01:03:07On est dans cette période
01:03:09des attentats
01:03:10contre Charlie Hebdo,
01:03:12des attentats...
01:03:13Bon, c'est
01:03:14une période dramatique.
01:03:20En dépit
01:03:21des circonstances,
01:03:22François Hollande
01:03:23échoue à renouer
01:03:24directement le dialogue
01:03:25avec le roi.
01:03:27Il demande alors
01:03:28à Elisabeth Guigou,
01:03:29simple parlementaire,
01:03:31mais qui a des liens
01:03:32privilégiés
01:03:32avec le royaume,
01:03:33de solliciter
01:03:35une audience
01:03:35auprès de Mohamed VI.
01:03:37Le roi Mohamed VI
01:03:39m'a toujours montré
01:03:40beaucoup de bienveillance
01:03:41vis-à-vis de ce que
01:03:42je pouvais représenter
01:03:43dans l'amitié
01:03:44franco-marocaine.
01:03:47Je suis allée à Rabat,
01:03:49où j'ai été reçue
01:03:50par le roi.
01:03:52Et donc, là,
01:03:53c'est le roi
01:03:54qui a parlé,
01:03:55en tout temps
01:03:56me disant
01:03:56que je ne peux pas
01:03:58accepter ce qui s'est passé.
01:04:00J'ai écouté
01:04:01beaucoup le roi,
01:04:04exprimé
01:04:04toute sa colère,
01:04:05sa rancœur.
01:04:07Et je lui ai dit
01:04:08« Majesté,
01:04:10je vous prie
01:04:11d'accepter
01:04:11nos excuses. »
01:04:17Alors,
01:04:17j'étais arrivée
01:04:18avec une proposition.
01:04:20Une proposition
01:04:21d'une nouvelle convention
01:04:23de coopération
01:04:24entre la justice française
01:04:26et la justice marocaine
01:04:27pour éviter,
01:04:28justement,
01:04:29que ce genre
01:04:30d'incident
01:04:32ne puisse se reproduire.
01:04:34Selon cette convention
01:04:36qui n'existe
01:04:37avec aucun autre pays,
01:04:39désormais,
01:04:40lorsqu'un Marocain
01:04:41ou franco-marocain
01:04:42est poursuivi en France
01:04:43pour des faits
01:04:44commis au Maroc,
01:04:45la justice française
01:04:46doit immédiatement
01:04:48prévenir Rabat,
01:04:49quitte à fragiliser
01:04:50ses propres investigations
01:04:52et subir
01:04:53des pressions politiques.
01:04:55La France
01:04:55peut aussi désormais
01:04:57renvoyer l'affaire
01:04:57à la justice marocaine.
01:05:00Mohamed VI
01:05:01accepte,
01:05:02avec l'accord
01:05:03de François Hollande,
01:05:05Elisabeth Guigouf
01:05:06est ensuite ratifiée
01:05:06cette nouvelle convention
01:05:07par les parlementaires français.
01:05:10Madame la ministre,
01:05:13mes chers collègues,
01:05:14compte tenu des informations
01:05:15de certaines organisations
01:05:17de défense
01:05:17des droits de l'homme
01:05:18sur la justice marocaine,
01:05:19on parle de cas de torture,
01:05:21de détention arbitraire,
01:05:22est-ce que l'adoption
01:05:23de cette convention
01:05:24vous a posé
01:05:24un cas de conscience
01:05:25en tant que président
01:05:26de la République ?
01:05:28La président de la République,
01:05:30ne doit pas mettre en cause
01:05:32ces principes,
01:05:33notamment les questions
01:05:35de liberté,
01:05:36de droit de l'homme,
01:05:36au prétexte
01:05:37qu'il conviendrait
01:05:38de reprendre une relation
01:05:40qui se serait dégradée
01:05:41avec un pays ami,
01:05:42pour autant.
01:05:44Donc,
01:05:45si j'avais eu
01:05:45un cas de conscience,
01:05:46je n'aurais pas admis
01:05:49ce que nous avons fini
01:05:51par consentir.
01:05:56Et puis,
01:05:57on se reste sur le gâteau,
01:05:58la visite au Maroc
01:06:00de Bernard Cazeneuve,
01:06:02ministre de l'Intérieur,
01:06:04qui a fait l'éloge
01:06:05de la coopération
01:06:07franco-marocaine
01:06:08dans le domaine sécuritaire
01:06:09et qui,
01:06:10à cette occasion,
01:06:11a remis la rosette
01:06:12de la Légion d'honneur
01:06:13à M. Amouchi.
01:06:15La France
01:06:17avait déjà eu l'occasion
01:06:18de distinguer
01:06:19M. Amouchi
01:06:20en 2011
01:06:21en lui attribuant
01:06:22le titre
01:06:23de chevalier
01:06:23de l'ordre
01:06:24de la Légion d'honneur.
01:06:25Elle saura prochainement
01:06:27lui témoigner
01:06:27à nouveau son estime
01:06:28en lui remettant
01:06:30cette fois
01:06:30les insignes
01:06:31d'officier
01:06:32de la Légion d'honneur.
01:06:35La France
01:06:36a gagné
01:06:36le pardon du Maroc.
01:06:38Les relations
01:06:39peuvent reprendre.
01:06:41Le président de la République
01:06:42est arrivé tout à l'heure
01:06:43à Tangier,
01:06:44visite de 48 heures.
01:06:45Il entend réaffirmer
01:06:46le partenariat
01:06:47entre nos deux pays
01:06:48dans une période
01:06:48marquée
01:06:49par quelques tensions.
01:06:51Le président Hollande,
01:06:54l'un des derniers déjeuners
01:06:55qu'il organise
01:06:55à l'Élysée,
01:06:56est avec le souverain
01:06:58en très grande forme,
01:06:59avec Léida Slimani,
01:07:00avec Jamel Debbouze,
01:07:02pour bien montrer
01:07:04que les relations
01:07:05sont redevenues
01:07:07au beau fixe.
01:07:07à l'Élysée.
01:07:10C'est un atout
01:07:11pour le royaume
01:07:12d'avoir des personnalités
01:07:14telles que vous,
01:07:15d'autres,
01:07:16des grands artistes
01:07:17qui ont l'attachement
01:07:18pour ce pays
01:07:18et qui le représentent aussi.
01:07:20Je crois que c'est un atout
01:07:22pour la France
01:07:22et pour le Maroc,
01:07:23pour les deux.
01:07:25Moi, française,
01:07:26je connais
01:07:27la façon
01:07:28dont les Marocains
01:07:29réagissent.
01:07:31Et même chose,
01:07:33les Marocains
01:07:33qui sont souvent
01:07:34en France
01:07:35peuvent expliquer
01:07:35au Maroc
01:07:36comment les Français
01:07:38voient les choses.
01:07:39C'est développé comme ça
01:07:41ce qu'on appelle
01:07:41le lobby pro-marocain
01:07:43pour, disons,
01:07:46montrer l'image
01:07:47la plus positive.
01:07:50Ce sont des personnalités
01:07:53françaises
01:07:54et marocaines
01:07:55qui sont en phase
01:07:56avec la gouvernance
01:07:59telle qu'elle est pratiquée
01:08:00au Maroc aujourd'hui
01:08:02et qui,
01:08:04ne s'en cache pas,
01:08:05qui essayent
01:08:06d'être des relais
01:08:07en quelque sorte
01:08:07de cette image.
01:08:11Le Maroc joue
01:08:12de cette diversité,
01:08:17certains diraient
01:08:17de cette ambiguïté-là.
01:08:18Dans mes propres déplacements,
01:08:20lorsque je venais au Maroc,
01:08:21je venais
01:08:23avec des personnes
01:08:24d'origine marocaine
01:08:26et c'était très heureux
01:08:27d'être là.
01:08:28Et ça, ça influence
01:08:29les relations avec le pays ?
01:08:32Oui, surtout
01:08:33dans les moments
01:08:34justement de tension
01:08:36parce qu'elles en souffrent
01:08:38ces personnes-là.
01:08:39Donc, elles viennent
01:08:40dire
01:08:41il faut trouver des solutions.
01:08:45Elisabeth Guigou,
01:08:47né au Maroc,
01:08:48amie du pays,
01:08:49a permis la réconciliation
01:08:51entre François Hollande
01:08:52et Mohamed VI.
01:08:55Neuf ans plus tard,
01:08:57qui va œuvrer en coulisses
01:08:58pour réconcilier
01:08:59Emmanuel Macron
01:08:59et le roi
01:09:00après l'affaire Pegasus ?
01:09:05Je me disais
01:09:06que j'aime les deux pays
01:09:08et je ne peux pas
01:09:09prendre position.
01:09:10Ma position,
01:09:12c'est qu'il y ait
01:09:13une réconciliation
01:09:13au plus vite.
01:09:14J'ai pris l'initiative
01:09:18de parler
01:09:20deux ou trois fois
01:09:21avec Mme Macron,
01:09:22avec Brigitte.
01:09:28Les acteurs marocains
01:09:29comme Darben Jénoun
01:09:31vont à l'Élysée
01:09:33avec un accord tacite
01:09:35du roi.
01:09:36Ces gens-là
01:09:36ne se permettraient pas
01:09:37de relancer le dialogue
01:09:39sans un accord tacite
01:09:40du souverain.
01:09:41Ils vont en éclaireur.
01:09:45Ça a duré une heure et demie
01:09:46et d'écouter.
01:09:48D'écouter, d'écouter,
01:09:49de poser des questions,
01:09:50d'écouter.
01:09:52Et je pense que
01:09:53ça a été...
01:09:55Elle a tout rapporté
01:09:56à Emmanuel.
01:09:58Mais je n'ai pas
01:09:59parlé avec elle.
01:09:59Je préfère parler
01:10:00avec elle parce que lui,
01:10:01je le connais tellement bien.
01:10:03Je lui aurais parlé,
01:10:05mais il n'aurait pas retenu.
01:10:08Venant de Brigitte,
01:10:09elle a vraiment senti
01:10:11que c'était grave
01:10:12et important
01:10:14et que la réconciliation
01:10:15avait un prix.
01:10:17Le prix,
01:10:17c'était la position
01:10:18de la France
01:10:19sur le Sahara marocain.
01:10:22Le message est passé
01:10:24très clairement.
01:10:25Sans cela,
01:10:26il n'y aura pas
01:10:26de réconciliation.
01:10:29Le Sahara marocain
01:10:31selon Rabat,
01:10:32officiellement,
01:10:33le Sahara occidental.
01:10:35Un immense territoire
01:10:37au statut indéterminé
01:10:38selon l'ONU,
01:10:39situé au sud
01:10:40des frontières
01:10:41internationalement reconnues
01:10:43du Maroc.
01:10:45Le peuple sahraoui,
01:10:47originaire de ces terres,
01:10:49les revendique,
01:10:50soutenu dans sa démarche
01:10:51par l'Algérie.
01:10:54Le frère ennemi du Maroc
01:10:55voit dans la mainmise
01:10:57du royaume shérifien
01:10:58sur ce territoire
01:10:59une menace
01:11:00pour son influence régionale
01:11:01et s'y oppose.
01:11:04C'est vraiment
01:11:05un point de grande rivalité
01:11:07entre le Maroc
01:11:08et l'Algérie.
01:11:09Jusqu'à présent,
01:11:10la France
01:11:10en était tenue
01:11:11à rester fidèle
01:11:12à la position
01:11:13onusienne,
01:11:14donc dans l'attente
01:11:14d'une résolution
01:11:15de l'ONU.
01:11:16Et le président
01:11:17de la République française
01:11:18prend la décision,
01:11:20après plus de deux ans
01:11:21de froid glacial,
01:11:23de faire ce pas gigantesque
01:11:26en direction de la reconnaissance
01:11:28de la marocanité
01:11:29du Sahara occidental.
01:11:31Pour la France,
01:11:33le présent et l'avenir
01:11:34de ce territoire
01:11:35s'inscrivent
01:11:36dans le cadre
01:11:36de la souveraineté marocaine.
01:11:39Le Quai d'Orsay
01:11:40sait très bien
01:11:41que cette décision
01:11:42va entraîner
01:11:42une tectonique des plaques
01:11:43avec l'Algérie,
01:11:46on le voit aujourd'hui,
01:11:47très nettement
01:11:48avec les tensions
01:11:49ces derniers mois
01:11:51extrêmement fortes
01:11:52avec l'Algérie.
01:11:53À un moment
01:11:54où ces relations
01:11:55sont glaciales
01:11:55avec l'Algérie,
01:11:56comme avec le Maroc,
01:11:58la France
01:11:59fait le choix du Maroc.
01:12:01La France a besoin
01:12:03du Maroc
01:12:04pour sa politique
01:12:06et sa présence
01:12:07en Méditerranée,
01:12:09en Afrique.
01:12:11L'influence du Maroc
01:12:12s'étend sur le continent africain,
01:12:14en particulier
01:12:15dans la région du Sahel,
01:12:17où les groupes djihadistes
01:12:18gagnent du terrain.
01:12:19au Mali,
01:12:20au Niger,
01:12:21au Burkina Faso,
01:12:22au Tchad.
01:12:24Des pays dans lesquels
01:12:25la position de la France
01:12:26s'est considérablement affaiblie
01:12:27ces dernières années.
01:12:30Paris ne veut pas risquer
01:12:31de perdre un allié de plus
01:12:32dans la région.
01:12:35Le paradoxe
01:12:36dans cette histoire,
01:12:37Pegasus,
01:12:38c'est que c'est la France
01:12:39qui a été attaquée.
01:12:41Et finalement,
01:12:42les Marocains
01:12:43décident à instaurer
01:12:44un rapport de force
01:12:45tel que nous,
01:12:47on a cédé
01:12:48à leur désidérata,
01:12:49alors que dans les fêtes,
01:12:52comme semble montrer
01:12:54l'enquête
01:12:54de Forbidden Stories,
01:12:56le présent
01:12:56de la République française
01:12:57a été quand même,
01:12:59en tout cas,
01:13:00sinon attaquée,
01:13:01affaiblie
01:13:01et ciblée
01:13:02par un de nos pays
01:13:04voisins et amis.
01:13:22La réconciliation,
01:13:23ça fait plaisir.
01:13:25Tout le monde était content,
01:13:26on rigolait,
01:13:26on racontait des blagues,
01:13:27tout.
01:13:28Il y avait tout le monde.
01:13:30Il y avait Jamel
01:13:31des beaux,
01:13:31bien sûr.
01:13:33Il y avait Bernard
01:13:33et il y avait sa femme
01:13:36et Jacques Lang.
01:13:38« Monsieur Lang,
01:13:39s'il vous plaît,
01:13:40sur votre gauche.
01:13:48S'il vous plaît,
01:13:49madame Grigaud.
01:13:51Madame Tati,
01:13:53avancez, avancez d'un pas.
01:13:55À Schrapp,
01:13:55s'il vous plaît,
01:13:56juste là.
01:13:56À l'intérieur,
01:13:57à l'intérieur.
01:14:03Président Macron,
01:14:04quand j'étais à Rabat,
01:14:06il m'a remercié.
01:14:07il m'a remercié,
01:14:09de toute façon,
01:14:09moi j'ai fait ça
01:14:10pour mon pays,
01:14:11pour nos pays,
01:14:12pour nos deux pays.
01:14:17Le dîner officiel,
01:14:20c'était le dîner
01:14:21le plus long
01:14:22que le roi a accordé.
01:14:24Et il a fait dîner
01:14:25avec toute sa famille.
01:14:27Le lendemain,
01:14:28je lui ai dit,
01:14:29tu sais que
01:14:29tu es le seul chef d'État
01:14:32qui a eu un dîner
01:14:32qui a duré 2h20.
01:14:35le dîner royal,
01:14:37c'est 1h10 maximum.
01:14:39Et tout ça,
01:14:40c'est pour te dire
01:14:42que
01:14:44tu te traites
01:14:45d'une manière
01:14:45absolument royale
01:14:46et magnifique.
01:14:47Il faut que tu comprennes.
01:14:49Mais j'ai compris.
01:15:10Ce moment entre la France
01:15:12et le Maroc,
01:15:13oui,
01:15:13moi je l'ai lu
01:15:14et je l'ai vu
01:15:15comme une promesse d'égalité.
01:15:17c'est un peu
01:15:18ce qui s'est passé
01:15:18aussi au moment
01:15:19de la Coupe du Monde 2022.
01:15:21On est sur un terrain
01:15:22qui a la même taille
01:15:24des deux côtés,
01:15:2511 joueurs
01:15:25des deux côtés,
01:15:26les mêmes règles
01:15:27pour tout le monde.
01:15:28Et puis,
01:15:29voilà,
01:15:29que le meilleur gagne,
01:15:30que le beau jeu
01:15:32se fasse,
01:15:33que les peuples
01:15:34s'expriment.
01:15:35Je crois fondamentalement
01:15:37que c'est une relation
01:15:38qui est ancrée
01:15:39dans nos peuples,
01:15:40dans nos terres respectives.
01:15:42Et ça doit nous amener
01:15:43à sortir de l'entre-soi
01:15:45et donc à se parler,
01:15:47se dire les choses,
01:15:48nous avons aujourd'hui
01:15:49un devoir de vérité
01:15:50les uns vis-à-vis des autres.
01:15:53Se parler,
01:15:54c'est s'écouter.
01:15:56Il faut que peut-être,
01:15:58dans le dialogue,
01:16:01on donne la primauté
01:16:03à l'écoute de l'autre
01:16:05plutôt qu'à l'écoute
01:16:06de son propre discours.
01:16:19Cette relation
01:16:21n'a jamais été une passade
01:16:23et donc,
01:16:24il y a lieu
01:16:26d'espérer
01:16:28qu'on puisse se retrouver,
01:16:29c'est-à-dire
01:16:29le noyau solide,
01:16:31le roc sur lequel
01:16:32s'est construit
01:16:33cette relation.
01:16:36Oui,
01:16:36il y a un couple
01:16:37franco-marocain
01:16:38qui est indissoluble.
01:16:41C'est-à-dire
01:17:30en deux mots,
01:17:31les relations franco-marocaines
01:17:32sont en relation
01:17:33d'un couple amical
01:17:35qui lui arrive
01:17:37de temps en temps
01:17:37de se disputer
01:17:38et de se réconcilier
01:17:39très vite.
01:17:40C'est un trombe ou ça ?
01:17:42C'est long ?
01:17:45C'est mieux.
01:17:48C'est plus,
01:17:50ça correspond tout
01:17:50à la réalité.
01:17:51Sous-titrage Société Radio-Canada
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